BIBLIOTHÈQUES DE LA SUISSE
Nous ne pouvons mieux commencer la description des principales bibliothèques de la Suisse^ pour laquelle nous réunissons depuis bien des années des matériaux nombreux, qu'en retraçant les destinées de celle de Genève , l'une des plus anciennes en date , et l'une des plus remarquables aujourd'hui. Par l'effet d'heureux accroissemens , et grâce à une série d'administrations plus ou moins éclairées et vigilantes , mais constamment probes et dévouées , celte collection de livres peut figurer, surtout en raison de ses magnifiques manuscrits ornés de miniatures, à côté des bibliothèques importantes de l'Europe lettrée.
Sans doute qu'avant la Réformation il existait déjà à Genève plusieurs dépôts de livres manuscrits et imprimés ; les évéques^ le chapitre de Saint-Pierre , les divers couvents avaient tous réuni un certain nombre de volumes à leur usage. C'est du moins ce qu'on peut induire des souscriptions placées en tête ou à la fin de maint ouvrage ancien que l'on rencontre parfois dans la circulation. Mais les données précises sur ces collections manquent absolument. Sans doute que, composées comme elles étaient , en majeure partie, de livres de théologie catholique , elles auront disparu avec les reliques et les ornemens d'église. Il est impossible que dans une ville où l'on imprimait des ouvrages de longue haleine dès le commen-
cernent de i47S ('), et qui compte cinq typographes connus de cette année 1478 à l'an 1500 , le goût de la lecture ne se fût pas d^'à quelque peu répandu. Tout château de quelque importance dans la contrée avait aussi dès-lors son oahinei des livres, ménagé pour l'ordinaire dans quelque tourelle solitaire, et l'auteur du poème intitulé le Mirouer du Monde , imprimé à Genève en 1517 chez Jaques Vivien, nous apprend dans sa préface qu'il le composa au château de Divonne à l'aide des beaux livres de cosmographie qu'y possédait messire Antoine de Gingins (').
Que sont devenus tous ces beaux livres après leur dispersion ? Nul ne le sait. De loin en loin on retrouve la trace de quelquesuns ; mais la presque totalité a disparu pour jamais. Ce qu'il y a de certain, c'est que presque aucun ne figure dans la Bibliothèque publique de Genève. On ne se souciait pas de les admettre, au dé^ but de cette institution , fille de la Réforme , soit à cause de leur ' tendance religieuse exclusivement catholique i soii en raison de leur frivolité. Les romans de chevalerie et les récits merveilleux jouaient en effet un grand rôle, comme nous le verrons, dans cette littérature éditée par les premières presses genevoises. C'est donc avec la Réforme que commencent les annales de la Bibliothèque de Genève. Nous diviserons en deux parties distinctes ce que nous avons à en dire. La première contiendra l'historique de l'établisse* ment dès sa création , et la seconde le décrira tel qu'il se trouve à la en de 1851.
§ L HISTOIRE DE LA BIBLIOTSiQUE.
C'est à François Bonivard , l'illustre Prieur de Sainte Victor, que l'on fait remonter vulgairement la fondation de la Bibliothèque de Genève. Bès l'année 1547, il avait en effet promis de donner ses livres à la ville, pour dresser une librayrie, à la condition que le gouvernement genevois les retirât de Berne, où ils étaient sous séquestre. C'est ce qui eut lieu> comme l'attestent les registres des
(') Le Liçre des sainU Anges, composé en français par François Eximinès (Ximenès) , fut acheçé d^imprimer pour la première fois à Genève , l'an de grâce 1478, le 2(^™" jour de mars, comme le porte la souscription finale. C'est un volume in-folio gothique avec des gravures sur bois.
(') L'exemplaire sur velin de ce Mirouer, que possède la Bibliothèque de Genève, est admirable de beauté et de conservation. 11 est unique. On connaît quelques exemplaires sur papier.
conseils ('). Boaivard coofirma eette promesse en 1551 , et dans l'ratervaUe , vu la triste position pécuniaire dans laquelle il était tombé, non-settlement pn lui laissa la jouissance de ces livres qui faisaient sa consolation, mais encore on lui en acheta de nouveaux, par exemple, l'Histoire suisse de Stumpf en allemand, pour Taider dans la composition de ses Chroniques. On sait de quels pieux égards le gouvernement genevois entoura les deraières années du prisonnier de Chillon. Enfin dans son testament, daté du 14 septembre 1558, on voit qu'il dispose de ses livres, sans comprendre ceus qui appartiennent à Messieurs (des Conseils), en faveur de nobles lean^^François Bernard, secrétaire de ville, et Amblard Corne , syndic , et des manuscrits de ses ouvrages, appelés copies écrites à ia main, en faveur du poète Jaques Bienvenu, qui n'est pas du tout un auteur imaginaire comme l'ont voulu quelques bi-< bliografAes.
Il résulte évidemment de tout cela que dès 1547 la parlie la plus précieuse des livres de Bonivard , qui avait tous les goûts et les instincts d'un bibliophile , était affectée à une bibliothèque dé-* pendant du gouvernement, ce qui ne veut pas dire que cette bibliothèque n'existât pas dès avant le dépôt de ces mêmes livres et leur consécration à l'usage du public, qui ne put avoir lieu qu'après la mort de Bonivard arrivée à la fin de 1570. Prenons les choses d'aussi haut que possible.
Bien que V Ordonnance des Ecoles de Genève, qui institua définitivement en 4559 le collège de Calvin , ne parle pas en termes précis d'une bibliothèque à l'usage de ce collège , on a lieu de croire qu'elle existait dès-loi*s , ou du moins qu'elle se forma peu d'années après. On possède même le catalogue manuscrit de cette collection primordiale. Il se compose de vingt-deux feuillets petit in-folio , ce qui est effectivement fort modeste. Les livres étaient rangés dans huit compartimens à étagères (plutei) (*) , pratiqués
{*) 1547, 44 april, «Les livres du S*" François Bonivard, jadis Seig' de • saint Victor, ont été réacheptés par la Seigneurie et ramenés de Berne jns- « quMci aux dépens de la ville. Et le dit Bonivard les donne à la Seigneurie » en luy en laissant joyir sa vie durant. Résolu que les dits livres luy soient » remis par inventaire. »
(Registres des Conseils, année 4547 folio 81, çerso.)
(') Juvénal emploie ce mot pour désigner des tablettes où l'on dépose les livres.
dans ane grande salle du bâtimeiH du collège , av-dessos de la bibliotbèque actuelle. C'est cette mèmesaltebaute, aujourd'hui sombre et dénudée , qui ne sert plus guère que pour la correction des thèmes de prix , et dans laquelle on voit pouriant encore maims portraits de princes et seigneurs qui gratifiaient de leurs nobles images l'illustre République de Genève (')•
Ce premier catalogue atteste Tenfsince de l'institution comme aussi celle de l'art bibliographique. Les livres sont placés essentiellement par ordre de langues, sans grande distinction de matières , à commencer par les livres hébreux , qui avaient naturel* lement la place d'honneur en ce siècle théologien. Ils sont ainsi désignés : « Libri hebrcoi, ad sinistram ingredienti >» (Les lifMrés hébreus sont vers la première porte à gauche en entrant), La théologie > la rhétorique, la chronologie, dominent naturellement. Les volumes en langues vulgaires sont si rares , qu'on les relègue tous dans un seul pluteus , celui des livres français. C'est ainsi que l'on trouve la Bible en anglois placée parmi les livres français (Libri gallici, pluteo D.) (*). Du reste à-peu-près aucune désignation d'éditions > de dates, de lieu xl' impression et de noms d'imprimeurs. Bien que treize mille éditions eussent quitté la presse avant le commencement du seizième siècle. Ton pouvait à la rigueur se passer de ces raffinemens d'exactitude. Le dernier feuillet du catalogue est absolument blanc , sauf ces mots très-caractéristiques : « Historiœ nonnullœ du nouveau monde » (Qu^ques volumes d'histoire d'Amérique , sans autre). Les premiers livres imprimés à Genève au quinzième siècle, dont nous parlions tout à l'heure, sont naturellement absens comme papistes ou payens.
(') Poar le dire en passant, quelqaes-ans de ces portraits ne sont pas sans un certain mérite artistique, comme, par exemple, ceux du comte et ce la comtesse de Xautrec, qui les offrirent sans doute après la fameuse méuiation de 1738. Il y aurait là pour les amateurs de costumes une étude intéressante à faire. On avait aussi entreposé dans cette même salle haute de Tieilies cartes géographiques et une inscription sur une plaque de marbre 'l>\ n^est plus de mise depuis que Genève est un canton mixte. Cette plaque vient d'être placée dans la sacristie de St-Pierre.
(') L'on trouve néanmoins parmi les livres français , dès la fondation de
\\ bibliothèque, des pamphlets religieux dont le nom seul est toute une ré-
^ <'>on. Ainsi, par exemple, la « Déconfiture de Goliath y et le Devoir des
f f : es de s'enquérir de la volonté de Dieu, par Pierre Viret, 4531. » Ce
les dialogues satiriques comme on en connaît queiques*uns du. célè-
. ^'formateur.
l^eut-éire les livres dé Calvin , que le gouvernement de Genève acheta en 1564 ('), contribuèrent-ils à former cette bibliothèque mdimeniaire, ainsi que ceux de Pierre Martyr qu'il acquit Tannée d*après ('). On voit quelquefois à la marge rindication de la provenance des ouvrages, comme, par exemple, des livres de feu Jaques Spifame ('). Quelques feuilles supplémentaires font aussi connahre les largesses de divers citoyens qui dotaient la collection naissante. Le premier indice de ce genre est celui-ci : « Ces quatre Uvres ont été baiUés par spectahle Henri Seringe, bourgeois, pour la bibliotkèque. Les livres de Bonivard ne sont inscrits qu'à la suite et dans le supplément , ce qui confirme évidemment rétablissement d'une bibliothèque antérieure à leur consignation. Voici le passage : Livres prins à la Chambre des Comptes qui avaient esté à Mon^ de Saint Victor et autres. Nous voudrions que l'espace nous permit de restituer ici cette bibliothèque bonivardjenoe, peo nombreuse mais assurément choisie. Plusieurs de ces splendides volumes, presque tous annotés par leur possesseur, font encore j'orgtieil de la bibliothèque actuelle de Genève et la joie de l'amateor admis à les contempler. Citons seulement le Tite-Live de 1480 , édition de Milan (Ant. Zaroth) ; Y^épuiée de Rome , 1469, (indiqué seulement comme on ferait d'un livre de la bibliothèque bleue, ^ Apuleius de asino a»rdo>»); VAmmien Marcellin de Rome, 1474 (Bonivard note qu'il tient ce livre du banneret Blecheret de Lausanne) ; le Suétone et le Lactance de 1470 (il indique qu'il commença à lire ce dernier auteur en 151 6 au mois d'août) ; le SaintrAugustin de la Cité de Dieu (une note du bibliothécaire porte que ce livre n'était pas relié quand il fut déposé. Quel malheur qu'il le soit aujourd'hui et si mal !)
En voilà assez pour attester le goût dû célèbre donateur. Mais
(*) )S64 , 8 juiUet. « Etant rapporté qu'on fait vendre les Hvreà de feu • Mousieur Calvin a été arresté d'acheter pour la Bibliothèque ceux que » Monsieur de Beze trouvera cstre bons et propres.
(Registres des Conseils, année i-SiSk folio 69 verso^ aux archiçes,)
(*) Registres des Conseils.
(') On connaît la fin tragique de Jaques Spifame , seigneur de Passy et ancien évêque de Nevers, qui fut décapité à Genève en 1 566 pour avoir pro- , duit un faux acte de mariage. Nous avons trouvé aux registres des conseils que Spifame avait fait une disposition testamentaire en fayeur du collège. (Année 4566, 26 mars, folio 2â recto).
on remarque ayec peine que plusieurs de «es livres, menUoDiiés au catalogue, n'exislent plus. Ce sont principalement ceux en langue vulgaire et surtout en allemand , car on sait que Bonivard le li^ sait. Ainsi l'on demanderait inutilement la Prognoêtieaiion en allemand^ mise sans doute à Tindex comme sentant son Pantagruélisme, ou le roman de Mélutine (^). Mais qu'avait donc fait pour mériter l'exclusion la DialecHquê en allemand (dialectioa germanicè) %
On nous pardonnera d'être entré dans ces détails. Notre excuse est d'abord l'intérêt qui se rattache au nom du personnage , puis la nécessité de rectifier une autorité aussi imposante que celle de
Senebier, qui appelle Bonivard le fondateur de la Bibliothèque
de Genève. Le £ait est que la générosité de ce citoyen contribua à l'augmenter et à l'illustrer, mais qu'indépendamment de lui elle avait ses ressources et ses moyens d'accroissement: les uns éven* tuels comme les dons et les dispositions à cause de mort ; les autres réguliers, comme les dépôts que devaient faire les imprimeurs à teneur d^une ordonnance du conseil , d'un exemplaire de tous les livres qu'ils publiaient. Le célèbre Bobert Estienne avait provoqué cette mesure en donnant l'exemple*
Le bibliothécaire^ durant cette première période, était ordinaire*ment le principal du collège , ce qui prouve encore l'inlimité des deux étabiissemens. Il était choisi dans la Compagnie des pasteurs et professeurs. L'usage des livres était restreint aux membres .du corps enseignant et parfois aux étudians. Le nombre des livres s'était déjà tellement accru quelques années après, qu'il fallut rédir ger un second catalogue. Cette fois-ci il forme un véritable volume manuscrit de 47 feuillets recto et verso, relié en parchemin et portant ce titre : « Catalogua librorum Bibliotkecœ Genevenna scriptum anno Domini J572. » Les livres sont rangés dans vingtquatre plutei ou compartimens marqués A à Z , plus cinq casiers cotés 1 à 5. On commence à trouver des indications régulières de format, et parfois de dates et de lieux d'impression. On peut voir par les supplémens dans quelle progression la bibliothèque s'ac-
(') Bonivard, qui avait VHistoirede Méltuine en allemand (probablement de l'édition de 1474 imprimée à Âugsbourg, ou de celles postérieures de ih9i et 1506, à Heidelberg et à Strasbourg), posséda-t-il jamais Tédition première de ce célèbre roman de Jean d'Arras, imprimée h Genève en l'i78 par Adam Steinschaber ? C'est un des livres les plus rares du monde , et la Bibliothèque nationale de Paris ne l'a pas même complet.
croissait. Les livres proveoaieot d'abord des imprimeurs, que souvent il Mait rappder à leur devoir. Les sieurs Slœr et Ghouet étaient les plus exacts à s'exécuter. LeFevre l'était moins et s'acquittait en bloc de l'arriéré de plusieurs années (*). En J606 le célèbre Simon Goulard faisait un don de livres tout reliés. En 1609 le recteur Laurent et le professeur de Tournes en achetaient de M. Bouvière. Le sieur Marc-Antoine Lombard ayant légué à la bibliothèque 500 florins, spectable Alexius, principal du collège, les employait à une acquisition où figurent de beaux livres d'histoire et d'antiquités, entr'autres Mathieu Paru, historia major. En 1615 le même Âiexius ayant reçu cinquante ducatons de 7 florins et 6 sols , d*tMie personne qui fie votdait pas être nommée, les employait à un achat de bons livres par advis de M. le recteur. Dans cet achat les livres d'histoire naturelle et de bibliographie commencent à se glisser. Ainsi on y voit figurer le Catalogue de la bibliothèque bodléienne d'Oxfort, la Bibliothèque des philosophes de Frisius , celles de Gessner. On se munit aussi de livres de .droit, principalement de coutumiers , de mémoires comme ceux de la Ligue , et même de livres à images comme la Prosopograr phie du sieur du Verdier qui a donné l'idée de nos Illustrations modernes. La veuve et les hoirs de Théodore de Bèze ayant baillé cent florins pour la bibliothèque en 1616 (*), les cent florins de Bèze soi|t consacrés à l'achat des Grandes annales de France de Belleforest, des Chroniques d'Enguerrand de Monstrelet, de la Britannia de Camden , et enfin du Romant de Fieràbras et de V Institution de foy (Doctrinal de Sapience) de Guy de Boye. C'est avec plaisir et reconnaissance qu'on apprend ainsi que la Biblio^ thèque de Genève est redevable de ces deux monumens si capitaux de la typographie genevoise au plus lettré des réformateurs. Ce foit montre déjà la nouvelle tendance des esprits.
Le BouANT DE FiBRABRAS LE GÉANT , l'un des plus rarcs parmi les livres de chevalerie du Cycle de Charlemagne, fut imprimé à Genève en 1478 par Adam Steinschaber. C'est l'édition princeps^ Ce livre qui, au dire de Cervantes^ faisait les délices de Don Quichotte et de tous les grands enfans des siècles passés, est d'autant
(') On lit : « Livres bailles par le sieur François LeFebvre, pour l-acqait » de ce quUl doit h la Bibliothèque. »
(*) La quittance de ces legs est donnée par spectable Aiexius à Théodore Tronchin , mandataire des héritiers de Bèze.
plus précieux pour nous qu'il fui composé, ou ptutôl compilé, par un compatriote. L'âuteur déclare en effel^ dans la préface, qu'il a principalement extrait son roman , d*ung livre qui se dit le Mi* voir kistorial (') , à la demande de Henri Bolomier, chanoine de Lausanne. Il s'excuse de plus , dans le manuscrit orig^inal que l'on conserve aussi dans la Bibliothèque de Genève, de son style peu châtié, ««sur ce qu'il est natif de Savoie en Vaua , » c*est-àdire , originaire du Paya de Yaud , soumis alors à la domination de Savoie.
Quant au Doctrinal de Sapiengb (*) , imprimé aussi à Genève en 1478, c'est sous un titre assez sévère un livre des plus amusans. Le grave auteur, Guy de Roye , qui fut archevêque de Rheims en 1391 , le composa , comme il le dit au prologue, n eepéciallement » pour le salut des simples gens lays (laies) , qui n'entendent n pas les escriptures , et les Curés dévoient en lire chacun di' » manche au peuple deuw ou trois chappitres, et il y aura vingt vi jours de pardon pour eetue qui le liront et dias jours pour ceux » qui en oiront lire, » Ce livre d'édification renferme les histoires les plus merveilleuses , les anecdotes les plus incroyables , ra? contées ^\x populaire pour le préserver des mauvais exemples.
Après cette digression nous reprenons le dépouillement des annales de la Bibliothèque de Genève. En 1618, spectableTureltin, ministre et professeur en celte cité, donne quatre doubles d'Espa^ gne dont on achète entr'autres la Bihle en espagnol qui coûte 18 florins. En 1619 speclable Abel Roche déclare qu'il a la charge de la Bibliothèque depuis le 19 avril. Il reçoit des livres donnés par Jonas Ross , libraire de Francfort, qui les offrit à la sollicitation d'un libraire genevois qui avait été à la foire de Pâques. Francfort sur le Main était alors en Allemagne , pour la vente des
(*) Par Vincent de Bauvais.
(') La Bibliothèque de Genève possède deux exemplaires du Doctrinal de Sapknce, mais tous deux incomplets , Pun des feuillets de la fin et l'autrQ de ceux du commencement. Celui qui ne provient pas de Théodore de Bèze fut donné par Baulacre qui a consacré un article à cet ouvrage dans la JBihliothèque germanique. Nous en avons dans notre bibliothèque particulière un magnifique exemplaire, parfaitement complet, et nous possédons aussi rédition du même livre imprimée à Promenthùwc (près de Nyon) en 1482, par maître Loys Guerhin. C'est le plus ancien livre connu imprimé dans le canton de Yâud. Nos exemplaires proviennent de couvens de Fribourg qui les vendirent avant la guerre du Sonderhnnd,
livres, ce qu*est aujourd'hui Leipzig dans le même pays. Nous avoDS sous les yeux les catalogues de Francfort publiés par Draud sons le titre de Bibliothèques officinales de livres nouveaux en 4025, et il suffit d'y jeter un coup-d'œil pour se faire une idée de rimportance du commerce de la librairie à Genève au dix-septième siècle. Les Genevois vendaient alors des livres comme aujourd'hui des montres, et l'impression de ces livres était la grande industrie de ce temps-là. Les imprimeries occupaient les ouvriers par centaines , mais on se plaignait des qualités inférieures du papier qu'elles employaient. Cela provenait de la mauvaise espèce de chiffons que consommaient les papeteries du voisinage, qui liraient leurs matières premières de la Savoie et d'autres pays pauvres où Ton était généralement mal assorti en linges et autres bardes.
En dépit de celte infériorité, les imprimeurs de Lyon, longtemps sans rivau^r sur le marché des livres de l'Europe centrale, se plaignirent haotement de la concurrence que leur faisaient les imprimeurs genevois jusque dans leur propre pays. C'est alors qu'intervint en France une ordonnance qui prohibait dans le royaume l'entrée des livres publiés à Genève. La religion servit aussi de prétexte, surtout après la Saint- Barthélémy , parce qu'on avait imprimé en Suisse et à Genève des satires très violentes de ce sanglant coup d'état. Ce fut à celte époque , pour le dire en passant , que les imprimeurs genevois mirent sur les titres de leurs livres , au lieu du nom de leur ville, ceux de Cologny ^ de Saint-Gervais et de Colonia Allobrogum, (Cologne des Âllobroges). Ils comptaient ainsi dépister les limiers de la censure qui n'étaient pas très
forts en géographie Un douanier pouvait à la rigueur ignorer
qu'un faubourg ou un village de Genève portait le ménde nom qu'une localité de Savoie, de France ou d'Allemagne. Quelquefois on faisait deux tirages , l!un avec le titre de Genève et l'autre avec le titre pseudonyme. C'est ce qu'on peut vérifier entr'autres dans maint volume édité par Pyrame de Candolle, qui avait établi à Genève son imprimerie Caldoresque Q) avant de la transférer à Yverdon sous le nom de Typographie HelveUale^- Caldoresque, Le curieux volume de Duret intitulé : u Le Thrésor des langues de cet Univers^ » imprimé par de Candolle, porte indifféremment,
(') Appelée ainsi de Jean de Galdora , grand sénéchal de Naples , auquel les Candolle , venus de Montbéliard à Genève , faisaient remonter leur généalogie.
selon les exemplaires, à Cologny et à Genève. Malgré ces artifices, l'imprinierie de Genève souffrait de cette prohibition, et elle réclama jusqu'à ce qu'enfin elle obtint de Henri IV , qui favorisait cette cité, des lettres patentes du mois de septembre 1609. Par ces lettres, l'entrée en France des produits des presses genevoises est permise , « sauf cens qui traitent de théologie» « Le nouveau converti ne pouvait pousser la condescendance envers ses anciens co-religionnaires jusqu'à leur pei*mettre de faire en France une active propagande réformée. Ceci explique pourquoi mainte édition genevoise porte : « Avec privilège du Roi Très chrétien. «»
11 se Élisait déjà à Genève , au commencement du XYIl""* siècle, des ventes publiques de livres , car le registre d'Abel Roche porte quelquefois : m ouvrages achetés à Vincant de M. » Ce registre est précieux pour découvrir le véritable éditeur ou même l'auteur de tel volume publié sans nom d'imprimeur ou d'auteur. C'est ainsi que Ton voit François LeFebvre, imprimeur, donner avec le Thrésor des Sentences dorées, les Psaumes de Cla^if^ l^ jeune, à quatre parties ^ et la- Philosophie des Epicuriens, un poème imprimé l'an de Grâce 1619 sans nom de Ueu^ C'e^t TAnthithésb de Notrk Seigneur Jésus-Christ et du Pape , dé^
diée auw champions et aus domestiques de la foi ('). On comprend que de semblables ouvrages fussent interdits en terre pa^ pale et en tout pays catholique. C'est en effet une satire très viralente contre la cour de Rome, accompagnée, dans notre exemplaire du moins , d'une grande planche gravée sur bois qui peut donner une idée de ce qu'étaient alors à Genève les arts du dessin et de la gravure. Au haut de cette gravure on lit : Voigy le pour- TRAiGT DU Pape d'Enfer, et au bas ces trois vers , échantillon de la poésie indigène :
monstre infernal Tn as fait nn mal Qui tant te nuirai...
Les catholiques répondaient par la Généalogie des Huguenaux ,
(') Il ne faut pas confondre ce poème avec un autre, composé en latin àpeu-près sous ce titre et imprimé aussi à Genève , mais cinquante ans auparavant. Le poème latin , accompagné de jolies vignettes gravées sur bois par le petit Bernard , est intitulé : Antithesis Christi et Anie-Chritti. In-8°, 1578 , chez Eustache Vignon.
et la religion de part et d'autre ne gagnait rien à ces violences. Nous apprenons également quel est le véritable auteur d'un autre pamphlet qui appartient à cette même polémique, la Mappe^Ro* maine (i) , attribué tantôt à de Bèze et tantôt à un autre écrivain calviniste. On lit à Tannée 4623 : «r M. Jaquemot donna en blanc (non relié) la Mappe-Romaine qu'il avait traduit de Tanglois. » Jaquemot, qui était de Bar en Lorraine, fut longtemps régenta Neucbâtel en Suisse , et il publia les Muses neuchdteloiaes, dont plusieurs pièces sont dédiées à des Neuchàtelois ('). Parfois il se feisait des échanges entre les auteurs de ces sortes de livres. Ainsi le préfet des capucins de Saint-Julien Dom de Civitate nova (de Villeneuve) envoie à la Bibliothèque de Genève un livre de controverse. Les neveux de M. Duplessis donnent une belle Bible hébraïque, et M. de Tournes l'Index des livres défendus (Index Hbrorum prohibitorum). Dès ce moment en effet on distinguait entre les livres permis et non permis. Le bon Àbel Laroche ne se gênait pas pour supprimer ce qui sentait le fagot. 11 existait surtout un professeur Le Clerc qui avait la manie, à ce qu'il paraît, d'offrir des livres suspects. Aussi, à la suite de tous ses dons, le bibliothécaire écrit-il impitoyablement : « Mis à la garde-robe. >» Reste à savoir si c'était une réclusion momentanée ou une suppression totale. Ainsi Ton voit cet anaihème prononcé sur des disputes touchant la nature et Téssence du Christ , De Jesu filii naiurâ et essentiâ , sur des traités de la Trinité (Argumentum pro Trino et uno et àe*Tribus personis in unâ). Rabelais ne trouve pas grâce devant le rigide conservateur qui écrit sans sourciller : « Le 10 septembre >}1620, M. Le Clerc, professeur, donna les œuvres de maître » François Rabelais en françois, et les mêmes en allemand. — Mis vt à la garde-robe, » On voit que dès ce temps-là la grave académie de Genève avait ses natures austères et ses esprits enjoués et facétieux.
Décidément le professeur Le Clerc était pour la littérature amusante. En 1622 , il donne un vieil livre, dit la Mer des histoires. Ce vieux livre vaudrait aujourd'hui , selon l'édition , plus que tous
(*) La Mappe romaine, contenant la Conception romaine, V oiseleur romain y VEdom rmnain , La fournaise romaine et la Réjouissance de VEglise. Le tout extrait de Tanglois de T. T. , à Genève , par Jean de la Cerise.
(') Musœ Neocomenses a Joanne Jacomoto Barrensi. Genève, in -8" IdOZ.
les volumes qu'apporiaieul à Tenvi MM. les Choûet et les hoirs Grenot, éditeurs de grands ouvrages théologiques. Le bibliothécaire donne lui-même les Optuculeê de Calvin reliés, ce qui est certes un beau présent , et M. Turettin envoie son examen des Dialogues du Père Cottoii , ce qui a moins de valeur.
Quand il s'agissait de livres importans, le Conseil mandait le conservateur à Thôlel-de-rville et les lui remettait solennellement. C'est ainsi qu'Abel Laroche inscrit : « Le mardy 20 août 1622 me » furent baillés en la Chambre des Comptes , par M. le syndic Sar- »razin et M. le conseiller Colladon, V Histoire universelle de n M, d'Aubigné, imprimée à Maillé en 1616, et V Architecture annuitaire du capitaine de Marchi en italien, le premier cou- » vert de veau bleu et le second de veau rouge, enrichis d'or sur »> la tranche. »
Les académies voisines sont en rapports réguliers avec celle de Genève et les professeurs échangent leurs ouvrages. « M. Faber, professeur à Lausanne, donne toute reliée sa logique. »
En 1626 nous voyons apparaître un nouveau bibliothécaire infiniment moins exact , Spanheim le père , qui inscrit , sans faire mention de la provenance et très sèchement , tous les livres nouvellement entrés. On remarque parmi ceux-ci : <* Nostradamus , histoire de Provence^ et le Grand Miroir du Monde ('). Les étrangei's de distinction sont à-peu-près seuls signalés comme donateurs. Les ducs de Wurtemberg donnent des Atlas et M. le baron deBeverley aussi un Atlas minor. M. Flourmenois, flamand, fait cadeau des Inscriptions antiques de Gruter, et M. Diodati, marchand, d'un Soaliger sur la chronologie (de emendatione temporum). MM. de Tournes sont seuls indiqués comme libraires donateurs. Ils envoient de beaux livres en blanc, entre autres les Généalogies des rois et princes de Gaule de Paradin , édités par eux.
Enfin les indications finissent par disparaître totalement ou à peu près. Pour donner une idée de leur concision , tout ce qui concerne les actes de la Bibliothèque dans Tannée 1635 oc-
(') Il ne faut pas confondre ce Miroir avec le Mirouee précédemment indiqué. Le Grand Miroir du Monde, par Joseph Du Chesne, sieur de la Violette, Doct. médecin, a été imprimé deux fois, la première a Lyon en 1587, in-/*°, et la seconde à Genève en 1626, in-8°, avec des notes de Simon Goulard de Senlis. C'est de cette seconde édition qu'il s^agit sans doute.
ciipe à peine une petite page au registre complémentaire du catalogue. Mais avec l'année 1 656 l'exactitude relative reparaît avec un nouveau bibliothécaire, E. Girard. «Pendant que j'ai eu la charge des livres, dit-il , et sous le rectorat de M. Spanheim, on a acheté de M. Rouph (*) pour 299 florins. »> Ce M. Roupb, à en juger par les livres provenant de lui , et que l'on voit encore dans la Bibliothèque avec son nom en tête, était un fin connaisseur. C'est de lui que provient le charmant volume contenant l'art poé» tique et les Dialogues sur l'orthographe du femeux Jaques Pelletier (du Mans) , ainsi que l'histoire de Bresse ei Bugey de Guichenon et les postilles sur les Evangiles.
De nouveaux noms d'imprimeurs apparaissent , Allemands naturalisés pour la plupart, comme Hermann Wiederhold, l'éditeur du premier Richelet, qui eut un moment ses presses sous le patronage de Fatio, au château de Diiilier, et Ritter. Les fils des anciens imprimeurs sont devenus syndics ou professeurs. M. Chouet le jeune, professeur à Saumur, envoie, sur la demande du bibliothécaire, Spizeliua, de la littérature des Chinois (de SinênHwn littérature). Le syndic Liffort (Lefort) fait présent d'un petit livre de politique (Bireotorium politicum), M. Turretin , de retour de ^Hollande, donne le Théâtre des villes de Belgique, M. Lukin, miriistre anglais, à son départ, donne quelques livres. M. Pictet, pasteur, en remet aussi.
Sous la date de 1665 , nous trouvons une note importante : « M. Antoine Léger, des Vallées vaudois^ du Piémont, professeur » à Genève , remet au bibliothécaire , le jour avant son décès M (47 octobre) , pour être gardé pour les églises du Piedmont, un » petit livre manuscrit intitulé : Les Eâfpositions du Cantique » des Cantiques de Salomon, en lettres antiques (gothiques) , et « les poèmes intitulés 1** la Barca , 2® Novel Sermon, 3° iVo- » hla Leisson , 4^ Lo Paire Eternel , 5** Lo novel Confort , »6^ Le dispresi délia morte , del mondo e de H quatre Se^ n mens de Penitensa^ en langage ancien vaudois. Ce livre, relié >i en parchemin , est en l'armoire. » (')
(') Une famUle de ce nom existe encore dans le Pays de Gex. Le notaire Roaph fit un moment les affaires de Voltaire à Feruey, et liquida sa succession pour une partie.
(') C'est le manuscrit inscrit sous le n® 4 07 , Manuscrits italiens , Théologie, du Catalogne des manuscrits de la Bibliothèque de Genève rédigé par Senebier et imprimé k Genève en 1779 , in-S®.
Cottservé avec quelques autres , écrits aussi dans le patois des Vallées vaudoises, le manuscrit dont il est ici question a donné lieu à toutes sortes de mésaventures littéraires. Consultés par les philologues réformés, ces petits livrets, négligemment reliés, devinrent bientôt l'objet d'une sorte de culte. Jean Léger, neveu d'Antoine , pasteur et modérateur des églises des Vallées , puis , après la persécution de 1655, pasteur à Leyde, donna d'amples extraits de ces livres dans son histoire des Eglises évangéliques des Vallées vaudoises (^). Poussé par un zèle plus fervent que raisonné, il accrédita le renom de haute antiquité que la tradition accordait à ces manuscrits en les faisant remonter jusqu'à l'an il20. Son but était de constater que les pures doctrines évangéliques, le christianisme primitif, avaient été conservés dans ces hautes vallées sans altération aucune, dès les premiers siècles de l'Eglise. Senebier, en déclarant dans son Catalogue estimé , que ce manuecrit lui parais-^ sait être du XI I^^ siècle, confirma cette croyance. Ce savant était du reste peu fixé sur la véritable langue dans laquelle ces trài^ tés étaient composés ; ils lui paraissaient tenir du laliii , du français et de l'italien , et même il inscrivait en tête de l'un d^eux (N® 206) : « lÀvre de Dévotion en langue catalane, » Quoi qu'il en soit , Jean Léger, en transcrivant des passages de Tun de ces . manuscrits pour son Histoire des Vallées, ne s'aperçut pas que les pages avaient été transposées par un relieur inexpérimenté , et donna, comme faisant partie du même chapitre , des fragmens qui n'ont aucun rapport entr'eux. Durant tout le dix-huitième siècle , qui fut plutôt le temps des raisonneurs que celui des philologues et des érudits, on ne s'aperçut pas de l'interpolation, et la Version de J. Léger s'accrédita ainsi d'année en année. Au reste il est pos« sible que le sens du passage ne fut pas beaucoup plus clair d'tihe façon que de l'autre. M. Raynouard lui-niéme , dans son ouvrage sur la littérature provençale et sur la langue des Troubadours, n'y a pas pris garde. C'est tout récemment que le savant M. Herzog de Bâle, ancien professeur de théologie à l'académie de Lausanne et aujourd'hui professeur à Halle, a constaté l'erreur déjà précédemment reconnue par MM. Privât, bibliothécaire, et Coucourde, étudiant des Vallées. Il résulte de l'examen de M. Herzog, que ces
(*) Histoire générale des Eglises évangéliques des Tallces de Piémont ou vaudoises. Leyde 1669, in-folio, fig.
manuflcrits n*ont pas à beaucoup près l'antiquité qu'on leur attribuait (ce qui était du reste focile à voir par l'étude des caractères de récriture) , et que l'introduction des doctrines réformées dans les Vallées vaudoises ne remonte guère plus haut que 1523 ou 1524. La philologie et l'étude grammaticale de ce dialecte viennent ici à l'appui de la théologie historique et de la paléographie. C'est fâcheux pour ce peuple, qui prenait le tilre de ChréHans primitifs. On signale aussi par ci par là , dans ces livrets vaudois , des doctrines plus catholiques que réformées, entr'aulres sur la transsubstantiation.
A mesure que la Bibliothèque de Genève s'augmentait, la fantaisie y prenait pied , et de temps à autre l'administration se permettait de& achats de livres qui auraient été repoussés un siècle auparavant, comme le Monde dans la lune (*), Cardan, etc.., acquis de M. Labadie par M. Tronchin , recteur. .
N'oublions pas que la Bibliothèque était exclusivement placée sous la direction de la Compagnie des pasteurs et de l'académie de Genève, corps essentiellement dévoués à la propagation de la réforme. Ne nous étonnons donc point si nous voyons de loin en loin le corps académique se constituer éditeur de quelque ouvrage venant à l'appui des doctrines qu'il s'efforçait de répandre. Par exemple, en 1634, « la Confession de Cyrille, patriarche de Constantinople »» (*) ayant été imprimée à Genève , et l'impression portée en la Bibliothèque, 70 copies y furent reliées et distribuées
comme suit :
» A MM. du petit Conseil par le portier du collège. ... 28
A chacun de la Compagnie 26
Vendu à deux seigneurs anglois et écossois ....... 2
Envoyé à Constantinople par advis de la Compagnie ... 15 De plus M. le syndic de Normandie ayant amené un seigneur françois pour voir la Bibliothèque , lui en donna une copie. »
(•) Le inonde dans la lune prouvant que la lune peut être un monde et que la terre peut être une planète , de la traduction du sieur de la Montagne. Rouen, 4656, in-S**.
(*) La Bibliothèque de Genève possède deux manuscrits de la Confession de Cyrille Lucar, patriarche de Constantinople , l'un entièrement autographe (n® 57 des manuscrits grecs de Senebier) et l'autre signé de sa main sur une copie faite dans le levant (n® 58). Le manuscrit autographe avait été donné à la Bibliothèque par M. J. Diotati. Tout un roman se rattachait, il y a deux siècles, à ces documeiis.
« On en a vendu du surplus à un gentilhomme de Hollande qui n'en a baillé qu'un quart d'écu, et à un seigneur allemand qui en a baillé 3 florins Item , des seigneurs de Berne étant venus voir la Bibliothèque, M. Mestrezat leur en a distribué des exemplaires reliés. Enfin, le i5 janvier i550 , un évéque grec passant à Genève avec un marchand grec dévalisé , le bibliothécaire leur en remit i5 copies pour être par eux portés et distribués en Grèce. Les deniers de ceux qui ont été vendus ont été remis à M. Malet , charge ayant des deniers de la Compagnie.» Cette publication de la Confession du patriarche Cyrille , Lucar ou Lascaris , était une grande affaire pour la (acuité de théologie de Genève , qui voulait constater « que les Grecs , indépendans de l'Eglise romaine, con- N viennent de senlimens avec les réformés. » Les docteurs de Rome s'inscrivirent en faux contre cette confession , et les Jésuites obtinrent du concile de Jérusalem une déclaration portant que les Grecs n'ont jamais eu les sentimens qui y sontexprimés. Le malheureux Cyrille, déposé trois fois, périt enfin par ordre du grand sei- * gneur ('). La Bibliothèque de Genève possède un assez ^frand nombre de ses lettres*
(') La Confession de Cyrille Lucar fut imprimée d'abord à Génère sous le titre de Créance de VEglist orientale. Par une singulière fatalité il n'existe point d'exemplaire de cette édition , faite aux frais de la Compagnie des pasteurs, dans le catalogue actuel de la Bibliothèque de Genève. Elle fut réimprimée par Ayroon dans les Monwnenê nuthentiqiMS , etc. , page 257 à
Nous sommes arrivés dans un premier article jusqu'à la fin de la première période des fastes de la Bibliothèque de Genève. Mais avant de terminer cette histoire il nous reste deux points importans à traiter: d° ce qui concerne le prêt des livres, 2° le recensement et le contrôle de ces mêmes livres. Ainsi que nous l'avons dit, l'usage des livres était extrêmement restreint, et il n'y avait pas de jour d'ouverture précis pour la lecture et la consultation. On prendra une idée de cette publicité très resserrée en parcourant le livre intitulé : « Mémoire des livres de la Bibliothèque prêtés par le principal, » De 1626 à d665, c'est-à-dire, pendant près de quarante ans, ce mémoire n'occupe que cinquante feuillets, soit cent pages , d'un cahier in-S"» de formai très allongé. L'emprunteur signait au registre , s'il appartenait au corps académiaue, ou déposait un reçu qu'on lui rendait à la rentrée des livres, s*il n'était pas du corps enseignant. Les professeurs Godefroy , Spanheim et Leclerc^ sont alors les plus forts lecteurs à domicile. On leur confiait même les manuscrits précieux, car Godefroy écrit au registre ^ le 14 septembre 1647 : « J'ai emprunté à la Bibliothèque un extrait » manuscrit en parchemin des Epitres de Grégoire-le-Grand (sans
doute le n" 20 des manuscrits latins de Senebier) , une bulle du «> pape Adrien , au|5si en parchemin , et le manuscrit en parchemin » OLi sont les annales dites de Fulde n (probablement le n^" 81 des manuscrits français, Chronique de France, in-fol. velin , du XIll»« siècle).
Dans de certains cas on prétait avec tant de générosité , que des catégories entières de livres sortaient à la fois. C'est ainsi que sous la date du 20 octobre 1636 nous trouvons une feuille détachée pf)rtant en tête : « Inventaire des livres de la librairie du Col^ Uge desquels il a pieu à M. le principal de me permettre de me servir, que je promets luy rendre et restituer à sa volonté. » Or cet inventaire ne renferme pas moins de deux pages in-folio de livies reliée et une page de livres in albo (en blanc), tous ouvrages de droit et d'histoire. Cet heureux emprunteur, qui usait si large* ment delà liibliothèque, a signé La Piemente.
On prétait des livres aux étudians sur la caution de leurs maîtres de pension. Le bibliothécaire inscrit : u Prêté à M. S. Hartnol, Anglais, mon pensionnaire, l'histoire des Pays-Bas, et à M. Garnier, étudiant, demeurant chez M. Guyonier, Diodore de Sicile* » On envoyait aussi des livres au dehors : « Le 9 avril 1652, selon l'avis de M. le principal et sur l'ordre de la vénérable classe, j'ai envoyé un^ivce arabe à M. Bottinguer, auquel la dite vénérable classe, avec le consentement de MM. les scholarques (*), l'a preste pour quelque temps. En foy de quoy j'ai signé le présent. j4 Léger. » El plus bus : tt Rendu le dit livre.» Avec un contrôle si peu serré, des ouvrages devaient nécessairement s'égarer. Aussi sentit-on de bonne heure la nécessité d'un recensement de tous les livres. Pour le faciliter on rédigea en 1620 un Catalogue alphabétique des ouvrages , sans acception des matières (^). Les livres non rentrés ou égarés au 6 septembre 1626 occupent deux pages petit in-folio. On en retrouve un chez M. de Valence, juge de Saittt*Julien , qui
le tient de Temprunleur.
A la fin du J?™» siècle on rédige un nouveau catalogue (c'est le
quatrième). Il comprend 123 feuillets soit 250 pages environ. Les
(') Les Scholarques étaient les membres du Conseil délégués pour les af < faires dV'ducalion.
(^) Catalogus librorum Bibliothecas Gencvensis ex ordiue aliihabetico disposilus. Anno 4620. Manuscrit petit in-folio de 94 pages.
livres sont toujours rangés dans les vingt-quatre coniparlimens (pluiei)^ nuiis on a ajouté un ordre des formats in-folio, in-quarto, in-octavo et in-douze. Ces derniers livres sont peu nombreux. A la marge de chaque article est écrit le mot vérifié, quand le livre est en place. A la fin on lit : m Le compte des livres manquants qui sont inscrits au vieil catalogue vient à huiotante-sept en tout » Mais en revanche de ce déficit on trouve cette rubrique : Livres qui se trouvent dans les armoires de plus que Vinven^ taire ne porte; plus les livres non reliés. En tout 63 pages. Ce qui explique cette grande quantité d'ouvrages non catalogués , c'est que dans ce nombre les vérificateurs font entrer les liasses * de papiers et de correspondances. Par exemple, les lettres diverses de Calvin avec les réponses, qui forment aujourd'hui une trentaine de gros vdumes , figurent dans les articles non catalogués. Ces précieux autographes, qui constituent pour les écrivains de Thistoire de la Réforme une mine inépuisable (') , sont désignés très vaguement. On lit entr'autres : « Paquets de lettres concernant l'é- » gltse de Neufobastel et la vocation de M; Jaquemot. — Item. Pafi quet de lettres et responses de Berne , de Neufohastel , de Basie , » de Sohaffhouse, d'Heidelberg, etc. — Item. Un paquet de lettres » très importantes de Calvin aux roys de France, d'-Angleteri*e, à » divers princes et princesses. — Item. Vingt et un volumes de ré- » gistres du Consistoire , le premier de Tan i605 et le dernier de «l'an 1647. «
A mesure que le temps marchait , et que Ton s'éloignait de lepoque de la Réformation depuis laquelle plusieurs générations s'étaient déjà succédées , on sentait l'importance d'arracher aux injti-
(') Les lettres de Calvin et les autres manuscrits relatifs à ce réformateur ont ctc catalogués par Senebier avec une grande sollicitude. Néanmoins ta mine est si riche que Toi; en rencontre encore d'inconnus et dUncdits. M. de Falloux avait envoyé nagucresà Genève, pendant son passage au ministère de Pinstruction publique, un délégué pour les compulser encore une fois après tant d'autres. Cet envoyé , M. Bonnet ^ s'était occupé précédemment de Renée de France , fille du roi Louis XII et duchesse do Ferrare, personnage important de la Réforme. M. Aimé Herminjard prépare un travail sur la correâpondance des réformateurs et plus particulièrement sur Yiret. M. Corvin de Jastrzebski a découvert des documens importans sur les rapports des églises réformées de Pologne avec Genève au 16™* siècle. La source est loin d'être épuisée. Plusieurs savans théologiens d'Allemagne ont aussi mis à profit ces richesses, entr'autres MM. Henri, Baum, Kirchoffer, Ranke. Ou trouve dans cette collection des lettres de Jeanne d'Albret , mère de Henri IV, à Théodore de Bèzc.
res du temps, à la dispersion et aux chances de destruction , ces feuilles volantes, long-temps sans valeur, et dont un carré serait payé bien cher aujourd'hui par maint collecteur d*autographes. Plus tard ces précieux documens furent encore plus solidement préservés par une reliure ou au moyen d'un classement dans des portefeuilles.
Nous touchons à une époque impoitante dans l'histoire de rétablissement que nous suivons pas à pas , époque de transformation et de renouvellement. On touchait au dix4iuitième siècle, et après un siècle et deaii d'existence, la bibliotlièque de Genève avait atteint le chiffre de 3000 volumes {*). Le local qui lui avait été primitivement consacré, était déclaré inconmiode et insufitsant. La direction devait aussi recevoir une impulsion plus régulière et plus énergique. En d699, le petit Conseil décida en principe que le transfert dans un meilleur emplacement serait pratiqué aussitôt que possible. Il institua aussi une Direction de la Bibliothèque publique , dans laquelle Télénnent laïque venait siéger à côté des ecclésiastiques. Un membre du gouvernement présidait même cette direction.
Dès ce moment , nous allons marcher d'un pas plus sûr et plus rapide , parce que les documents deviennent plus clairs et plus abondants. Pour tout ce que nous avons dit jusqu'ici , nous avons été obligé de reconstituer le passé à Taide de lambeaux de registres, et de raisonner par inductions quand des lacunes ou des vides nous privaient du fil indicateur. L'histoire de la bibliothèque, pour ceux qui s'en sont occupés jusqu'ici , ne commence guère qu'avec 1 ouverture de la nouvdle bibliothèque dans une partie du local qu'elle occupe aicore actuellement, la grande salle consacrée jadis à l'enseignement des collégiens. Cet événement fut annoncé solennellement au public, le 14 mai i703^ par Jean-Alphonse Turretin, dans la cérémonie des promotions. Dès l'année précédente la nou* velle direction, assemblée pour la première fois le 10 octobre 1702, avait élalx>ré un nouveau règlement. Les directeurs étaient ohoisis parmi les pasteurs et professeurs. Deux bibliothécaires alternaient par semestre. Le seul jour d'ouverture était le mardi , et durant deux heures seulement.
M. Minutoli fit un nouvel inventaire ; un registre fiit ouvert pour
(*) 4485 in-fo'.io, 719 m-4^ 1399 in-8«, ia-12 et in-18.
inscrire. les dons (*) el un autre pour recevoir les noms des visiteurs étrangers. On achète douze chaises de crin couvertes de maroquin noir. On s abonne aux journaux des savants , de Trévoux et de Hollande. Il est proposé de prier les pasteurs et les notaires d'intéresser dans les paroisses et dans les testaments en faveur de la bibliotlièque. Le règlement est imprimé à 500 exemplaires. En 1704 , les nouveaux conseillers des Deux-Cents souscrivent pour deux louis d'or. Les directeurs font copier par le peintre Bomimo les portraits de Calvin et de Bèze , sur les originaux que possède le professeur Tronchin. En 4705, il est décidé de demander aux archives quelques missels, et Toriginal de la confession de foi des Églises de France signé par Henri IF" luimême. On paie aux frères Gardel six écus pour le portrait d'Erasme. M. Bonnet, résident de Prusse à Londres, suit les ventes et achète pour le compte de la bibliothèque. On achète pour ÎOOO florins de livres à M*^« Sarrazin.
Plusieurs particuliers commencent à donner des médailles, des gravures et des tableaux. M. Guillaume Franconis offre un beau buffet des Indes (*). La bibliothèque soutient un procès contre M. Puerari pour un legs de 42O0 florins.
En 1709, il est décidé de faire une petite bibliothèque pour les étudiants et d'y mettre les doublets. En 17H, M. Jean-Ant. Lullin lègue 400 écus. M. Chenard, docteur-médecin, siège dans la direction.
1713. On accorde à M. Lenfent les documents nécessaires pour son histoire des conciles de Bâle et de Lausanne.
4 714. Destination de soixante-quatorze louis reçus des nouveaux élus des Deux-Cents, à l'achat de livres de droit et de médecine.
17 j 5. M. Friscbing, avoyer de Berne, foit un don de 200 L. et recommande de n'acheter que des livres d une seule science.
1717. On exige des imprimeurs une liste de ce qu'ils impriment , pour qu'ils remettent bien les exemplaires. — M. de la Corbière donne un manuscrit de Bonivard. On refuse de le com-
(') Ce registre est un ma^niGiiue iii-foiio relie en maroquin rouge et doré sur tranches. Malheureusement la transcription des dons a été interrompue. Elle sera reprise incessamment.
(') C'est une armoire en laque du Japon d'un très beau travail avec des oiseaux dorés en relief et des serrures curieuses.
muniquer à M. Ruchat de Rolle , et l'on confirme le règlement de ne pas laisser sortir des manuscrits pour des étrangers.
171 8. La chambre des comptes (') refuse d'acheter des rideaux et paie les nouvelles tables. Il est décidé que Ton ne recevra que les portraits d'hommes distingués , de rois et de princes.
1720. Le nombre total des volumes est déjà de 7028. La place commence à manquer et Ton propose de foire un cabinet pour les curiosités d'histoire naturelle, médailles, instruments de physique, etc., que Ton continue de donner à la bibliothèque. M. Fatio de Duillier donne 30 volumes, un demi et un quart de cercle.
4722. On propose d'instituer à la maison-de- ville une bibliothèque particulière de droit et d'histoire. Rejeté.
1723. La direction est dans la perplexité à cause de ses contrats de rente sur l'hôtel-de-ville , frappés de dépréciation. (Système de Law).
1724. Dons nombreux, entre autres de M. Pitt et du prince de Hess-Philipstadt, reçus boui'geois. L'hôpital donne quelques livres abandonnés au grenier. M . Chouet offre des lettres des Réformateurs.
1725. MM. Chouet, Buisson et Grenus sont chargés d'examiner des livres sur les provinces de France. On achète des livres sur l'histoire' de Bourgogne, pour faciliter Les travaux de M. Abauzit touchant l'ancienne histoire ecclésiastique de Genève. La marquise de Langallerie fait un don au nom de son fils reçu bourgeois (•).
1726. Le magnifique Conseil accorde enfin deux nouvelles chanvbres qui sont déjà en partie garnies dé livres ('). On décide^ de mettre une marque aux volumes.
(') La Chanfhre des comptes était & pea près Téquivalent du Département des finances du gonvernement actuel de Genève.
(') Cette môme année, 4725, on vendit à Paris, en vente publique et sur catalogue imprimé et distribué, avec la fameuse bibliothèque de Gisteriiay Dufay, capitaine aux gardes françaises et célèbre bibliophile, les deux plus rares peut-être des livres imprimés à Genève au XV® siècle, le Aoman du noble Roy Ponthus et la Chronique d'Àpollin de Tyr. Ces deux romans de chevalerie, sortis des presses d*Adam Steynscha1}ler et de LoysGarbin, les deux premiers imprimeurs de Genève, furent adjugés pour le prix de 20 livres et dix sous (n* 2366). Ahl si Padminist ration delà bibliothèque de Genève avait eu alors Theureuse idée de les acquérir ! Nous verrons ce que ces mêmes exemplaires se vendront en mars i852 à la vente des bibliothèques du feu roi Louis-Philippe
(') LEGENn;E AUREyf: SANCTORUM quos coUeijH frater Jannensin, L'imprimeur>
1727. Refusé ù M. BaUier, professeiu* à Bàle^ le manusepil d'Homère (manuscrit de V Iliade, du id'' siècle). — Le portrait du roi de France, enrichi de diamants, donné par feu Daniel Martine, CNCcasionne un procès. — M. de la Bâtie lègue 2000 livres. Procès avec sa veuve qui n'en veut r.emetti*e que 1000. La bibliothèque perd sa cause devant le petit Conseil et en appelle devant le grand.
1730. On décide de demander a la maison-de- ville un Con^ fesêionnal de Tarchevéque de Florence Antonini, imprimé avant 1500. H est proposé d'écrire à M. Ruchat, bibliothécaire à Lausanne , pour tâcher d'obtenir la Légende dorée , imprimée à Genève en 1480 {*), M. Jacob Vemel est désigné comme ayant rendu de grands services en conseillant de bons livres imprimés en Italie, pays où il a voyagé et fait connaissance avec des savants. (Déjà précédemment on s'était abonné au journal italien de Venise.)
On signale la pénurie des fonds , de grands achats ayant toul absorbé , et l'on propose de vendre les doubles et les premières éditions des auteurs. Sur la remarque qu*il y a plueieurê livrée dont il est utile de conserver les premières éditions, on laisse cette affaire au discernement du bibliothécaire.
Nous ne pouvons nous empêcher de signaler ici la (aidance en général plus utilitaire qu'esttiétique de la bibliographie pendant le IS"" siècle. Voilà, à Genève , les belles éditions (HÎnceps provenant de Bonivard, presque aussi précieuses que des manuscrits , qui sont ea péril d'éti^ vilement vendues sous prétexte qu'on en ^ feit de plus récentes et de plus amples. Remercions MM. Bordier, Baulaci*e et Abauzit, qui étaient alors bibliotliécaires en charge , de n'avoir point fait usage de leur plein-pouvoir!
On remarque dans les registres que nous compulsons, d après l'extrait qu'en a ^ait M. Privat-Bovy, bibliothécaire act.uel, Tex- Créme embarras où se trouvait la direction, vei*s Tannée 1730, à propos des dons étmnges qu on lui offrait parfois, et qu'elle
Adam Steynscbabler , de Schweinfurt (de Schwinfordia) , était établi à Genève (in florentissimà Gebencnsi cmiate)y sous Tépiscopal (1« Louis de Savoio. — La bibliothèque de Genève possède aujourd'hui trois exemplaires de cet incunable, et celle de Lausanne n'en a plus.
(') Le petit conseil, vu l'augnicnlation progressive d€ la bibliothèquo, ac"> corda Tappartenient entier, à peu près tel qu'il existe aujourd'hui, avec la salle.de distribution des livres, les deux petites salles coutiguës, colle de lecture et celle des manuscrits (Prcface du catalogue de la bibliothèque par M. le professeur Vaucher,)
D'osaii refuser, il était reçu au 18* siècle , qu'une bibliothèque deyait ressembler autant à un cabinet de physique , à une galerie de tableaux , et à un musée d'histoire naturelle , qu'à une collection de livres imprimés et manuscrits. Les machines pneumatiques, les bocaux remplis de monstres et de reptiles, les animaux empaillés^ les minéraux, les globes, les planisphères, les portraits, les médailles affluaient à la bibliothèque et finissaient par l'encombrer au lieu de Tomer. Comme on n'avait point de collections spéciales pour ces divers ordres d'objets, on les faisait tous refluer sur cette malheureuse bibliothèque. De nos jours , les choses se passent plus régulièrement et chacun y trouve son compte.
On voit par les procès-verbaux de il M, que sur la proposition de M. Baulacre, on plaça le plus grand nombre possible de ces curiosité» &àns\2L chambre ayant vue sur la cour du collège. La bibliothèque , ainsi délivrée, fut nettoyée en onze jours par trois hommes. Elle ne lavait pas été depuis 1726. La chambre des comptes ne voulut prendre à sa jcharge que le salaire d'un seul ouvrier.
1732. M. Lamberti annonce qu'il complétera le don de ses Mémoires ('). On achète le nouveau Dictionnaire de Bayle et le Trésor des antiquités d* Italie de Graevius qui coûte 440 fl. de Hollande les quarante^cinq volumes. Ces acquisitions prouvent le rapide accroissement de la bibliothèque, grâce à des rentrées éventuelles, comme les donations et les legs, qui parfois étaient considérables, et les ressources ordinaires, comme les contribch tions (les nouveaux bourgeois, les dons des nouveaux conseillers, les immatriculations des étudiants et quelques autres.
» Dupuis Gentilli , de Bourgogne , reçu bourgeois , donne la Bibliotheca Sehusiana de Guichenon (rare). On achète Y Histoire du Languedoc par un Bénédictin (*). M. Bordier rappelle qu'il y a assez long-^emps qu'on n'a pas fait de legs à la bibliothèque , et M. le président se charge d'en parler aux notaires. »
» Le magnifique Conseil fait apporter à la bibliothèque deux anciens tableaux restés depuis long-temps dans le vieil arsenal :
. (') Lambert], originaire des Grisons et diplomate instruit, employé dans la plupart des négociations des derniores années 'du règne de Louis XIV, s'était retiré à Nyon où it a rédigé quinze volumes in-'(*^ de mémoires iiiiéressans.
(») Doni VaisàeUe.
J "> 1 adoration des mages , 2'' un évéque de Genève à genoui devant la vierge et Tenfant Jésus. L'évéque est probablement lean de Brognier , cardinal de Viviers , qui présida le concile de €on-' stance et gouverna Téglise de Genève. Ces tableaux sont en détrempe et des deux côtés. C'était probablement une armoire d'autel de Saint-Pierre. Ces deux tableaux sont les seuls épargnés à la réfonnalion. »
Les peintures dont il est ici question, sont déposées aujourd'hui dans le musée Rath à Genève. Elles ne sont pas les seules que l'on connaisse provenant de peintres genevois antérieurs à la Ré» formatiez. M. le marquis Costa de Beauregard, à Cbambéry, possède dans ses belles collections un tableau peint à l'huile, représentant un sujet religieux sur un fond d'or^ et qui porte en toutes lettres le nom d'un artiste genevois (Genevensis) et une date bien antérieure à la Réforme.
1733. M. Grenus se charge de procurer les pièces concernant le concile de Bâle trouvées dans les archives. — Les nouveaux membres du Deux-Cents sont invités à faire un don. Ils donnent 80 louis. — On achète Montfaucon , vol. XII et XIII, le Glossaire de Ducange et le Gallia Ckristiana, On diffère Tachât de l'Histoire do la Chine et des Actes publics d'Angleterre par Ryme , qui coûtent 420 florins de Hollande.
i734. Il est fait mention d'un livre fort rare acheté dans les doublets de la bibliothèque dû pape, les Conformités de saint François d'Assise avec Notre Seigneur J.-C. , de Pierre de Alva. r< On décide d' acheter peu de livres nouveaux et d'attendre la mort d'un auteur pour acheter ses ouvrages, crainte d'éditions nouvelles. » Remarquons que l'impatience moderne s'accommoderait peu d'une semblable temporisation. Que diraient les lecteurs et les ailleurs si on s'avisait d'attendre le décès de MM. de Lamartine, Michelet et autres, pour acheter leurs œuvres. Les uns et les autres goûteraient peu cette prudence d'outre - tombe. Les sciences , surtout les sciences naturelles , ne s'en trouveraient pas non pins très bien.
QueU^^uefois la bibliothèque faisait de singuliers trafics. Par exem^^le, dans son désir de compléter sa collection d'images des docteurs réformés, elle charge M. Lefort de négocier avec M. Cordîer, horloger, V échange du portrait de M. Claude contre une
place à Saini' Pierre (galerie de Rohan) (*). Le portrait a été Élit à Paris. — On vérifie les comptes du recteur, M. Maurice, qui cootioue d'avoir l'administration des fonds. M. Ghevrier, revenu de Turquie , offre à la bibliotlièque quelques produits de la nouvelle imprimerie de Constantinople.
1740. Le comte de Lautrec envoie deux médailles sur la pacification des troubles. — On achète la copie du procès de la canonisation de saint François de Sales pour deux louis. Le recteur Vernet propose d'exiger desétudians en droit un demi écu pour la bibliothèque , comme on fait pour ceux de théologie et de philosophie. — M. Chouet rapporte que le magnifique Conseil lui a refusé, pour la bibliothèque , un tapis qui ornait l'autel de Saint-Piërre.
« On propose d'introduire dans la direction quelques négocians instruits. » Le Conseil décide que l'on nommera trois nouveaux directeurs.
1742. M. Baulacre annonce les riches présens de M. Luliin, comme , par exemple : 1° les Sermons de saint Augustin, qui», d'après Monifaucon , sont un manuscrit du 6* ou du 1^ siècle ; 2° le Roman de la Rose avec miniatures ; 3° les Tablettes de cireou Rationarium des dépenses de la maison de Philippe-ie-Bel , roi de France ; 4<' les Offices de Cicérou , éditions de 146ë et 1466 sur vélin.
M. Dodwell, ministre anglais, a donné aussi quelques cartes faites à la main sur vélin par André Benincasa d'Ancône, l'an 4476 O.
M. Case donne quelques papiers de M. de Calignon , chancelier de Navarre , où se trouve la minute de TEdit de Nantes , et quelques lettres de Henri lY en original.
M. Vernet offre les têtes en plâtre des douze Césars.
Cette année, 1742, est donc une année capitale pour la bibliothèque de Genève et elle mérite d*étre marquée avec une pierre blanche dans ses fastes. En effet, c'est comme on vient de voir, l'année du don magnifique et vraiment royal que fit Ami Luliin, professeur d histoire ecclésiastique.
(') Les places dans les églises à Genève ont étù, dans ces dernières années, r'objet de plusieurs tractations.
(■) Ces cartes marines sont un ancien Portulan, L'une d'elles est remarquable en ce que, faite avant la première expédition de Christophe Colomb en Amérique (t492), elle pressent et indique le nouveau continent qui est désigné comme une très-grande terre maritime, au dc-là des Iles fortunées (Canaries), habitée par des hommes nuds.
Cet amaleor, cher aux bibliophiles, qui réunissait rinstructiou, le goût et la richesse, avait rassemblé à grands frais une collection de manuscrits curieux dont la plupart avaient fait partie de la fameuse collection du conseiller Paul Petau (^). Lullin acquitce que la reine Christine de Suède n'avait pas voulu prendre pour elle dans cette bibliothèque unique. On sait que Christine donna ensuite tout ce quelle avait acheté à la bibliothèque du Vatican , et c'est ainsi que Rome et Genève ont aujourdhui en leur possession des manuscrits uniques au monde. Le professeur Lullin , non content d'avoir doté de son vivant la bibliothèque de sa ville natale de ces trésors précienx , lui légua encore après sa mort tous les manuscrits dont il s'était réservé l'usage, avec un très grand nombre de beaux livres imprimés. Il mit le comble à sa munificence en joignant à ce legs celui d'une somme d'argent destinée à payer les réparations nécessaires pour loger ces nouvelles richesses. *
Le 7 mai 1742 on fixa deux assemblées annuelles, chaque premier mardi de mai et de septembre , outre une petite assemblée mensuelle du recteur, des bibliothécaires et de quelques membres pour les affaires courantes (').
M. Caze donne des autographes provenant du marquis d'Azzilières, ancien député des églises réformées.
Le recteur Galandrini annonce qu'on a eu pour cent francs d'un Italien les bustes des douze Césars moulés sur les antiques de bronze du cardinal Albani. On les placera aux trumeaux des fenêtres de la grande salle.
En 1743 la bibliothèque s'enrichit encore d'une manière toute spéciale du legs considérable qui lui fit le fameux peintre genevois Jaques-Antoine Arlaud ('}. Ce legs consistait en médailles d'or qu'il
(*) Paul Petaa avait acheté ses manuscrits, en grande partie, de Pierre Daniel, le plus célèbre collecteur de son temps. Daniel lui-môme avait très heureusement mis à profit, pour composer son cabinet, les guerres civiles de la France qui, au seizième siècle, ruinèrent tant de monastères et dispersèrent tant de riches bibliothèques. Voyez entr'autres sur l'origine de plusieurs des manuscrits de Daniel , Particle Bongars dans le dictionnaire de Bayle.
(') La direction était alors composée de dix-neuf membres), dontjtrois syndics scholarques, le recteur et les deux bibliothécaires, sept professeurs, un pasteur, le procureur-général, un médecin, un négociant, un homme de lettres et un artiste. On nommait aussi parfois des directeurs honoraires à l'étranger.
(^) Jaques- Antoine Arlaud, né à Genève en 1668, a laissé une grande
avait reçues de différens princes et grands seigneurs , en un beau cabinet de tableaux , en livres rares et dans une ample coUeciion de gravures. L'héritier demandait à garder, en échange de quelque autre chose , un plan de Paris ; mais on ne lui en accorda que la jouissance pour ne pas porter atteinte à la teneur du testament. Des réparations ayant été décidées pour placer avantageusement les tableaux de M. Arlaud , la chambre des comptes ne voulut accorder que 25 écus sur 85.
Au mois de juin de la même année, Tarmée espagnole environ-» nant Genève , on eut des craintes assez vives. On décida de ne montrer qu'aux connaisseurs les objets précieux, et de prendre des mesures de sûreté.
M. Laroche, réfugié, offre , moyennant une petite pension viagère , la sphère qu'il a construite. Refusé, vu que la machine marchant au moyen d'un sceau d'eau , est peu correcte.
L'éditeur de Bâie du dictionnaire latin de Robert Estienne (The» sauruB linguœ laHnœ), envoie un exemplaire de son éditiou pour témoigner sa reconnaissance de ce qu'on lui avait prêté Texemplaire chargé de notes de Tédiiion originale.
En 1744 on proposa d'acquérir quelques pièces fugitives pour les réunir ensuite en volumes. Le prix trop élevé de 10 louis empêcha d'acheter un manusciît dans la langue varague (côte de Malabar) écrit sur des feuiUes de palmier. Le recteur annonçait cependant qu'il avait en caisse 2,700 livres, y compris un legs de M. Jaq- André Saladin.
Beaucoup de médailles de la bibliothèque étant fausses, on décide d'en acheter d'authentiques, surtout des douze empereurs romains.
4745. M. Cunac donne un tableau de ja passion chargé de Bgures, que l'on croit de Paul Lucas ('). On nomme un bedeau (}ui
réputation comme peintre en miniature. On connaît l^histotre de sa fameuse Léda, 11 fut le maître de dessin et de peinture du Hégent, qui lui avait donné un logement au palais de Saint-Cloud. On conserve à la bibliotlièque de Genève une lettre authngraphe de Newton à Arlaud avec lequel il sVtait intimement lié durant le séjour de notre artiste en Angleterre. La bibliothèque de Genève possède aussi une tète de femme très curieuse, peinte par le Régent et qui porte cette inscription : « Deêsini el donne par ilfonxet- • gneur le Duc d^Orléans , pour Jaques- Antoine Arlaud, A Marly, le lundi » 6 octobre 1743. »
{*) Il faut lire sans doute « de Lucm Cranach. » Ce tableau médiocre, relégué aujourd'hui dans les combles de la bibliothèque, appartient en ef> fcl à l'école de ce célèbre artiste. Paul Lucas n'est connu que par ses vojages.
sert à la fois pour la bibliothèque et le collège (2i écus de gages). Il lui est fait défense de recevoir de Targent des étrangers. On refuse des livres à MM. Ruchat de Lausanne et Engel , bibliothécaire à Berne, en leur faisant des excuses polies. M. Jean Roque, négociant genevois établi à Londres , donne un plan de cette ville en vingt-quatre feuilles.
£n Î747 la question d*un nouveau catalogue fut agitée, vu l'augmentation des livres. On traita aussi celle delà diminution du temps du prêt des livres aux étudians , et l'on discuta s'il ne conviendrait pas de refuser aux proposans des sermonnaires catholiques.
En 1748 M. Burlamaqui donna des livres rares et de beaux recueils d'estampes. M. Chaput d'Orange offrit les bustes de Calvin et de Bèze taillés sur un caillou. Ces singulières effigies viennent de Berlin.
Le bedeau étant souvent emprunté et embarrassé pour donner les livres, on décide, pour éviter que les lecteurs les prennent eux-mêmes, d'engager déjeunes théologiens à bien étudier la bibliothèque afin qu'ils puissent indiquer au bedeau où sont les livres. Le bedeau démande à être délivré de la surveillance du collège.
1749. M. Cromelin donne des lettres autographes de Calvin, et les archives envoient l'Obituaire de l'abbaye de Bonmont ainsi que le nécrologe des chanoines de Saint-Pierre.
On décide de faire mettre à la bibliothèque des fenêtres à Tanglaise du côté de la Vallée du collège et de prendre des précautions contre le jet des pierres des écoliers. Un ser\îce de pompes à incendie est organisé pour la bibliothèque.
1751. M. Caze lègue cent volumes à prendre au choix parmi les siens. On nomme pour choisir MM. Baulacre, Abauzit, Delarive, Vernet, Cramer et Pictet.
1752. M. Cramer lègue tous les livres de sa bibliothèque qui
ne sont pas dans la collection publique, après cependant que ses
amis MM. Delarive, Calandrini et Jallabert auront fait un premier
choix.
On paie à M. Thélusson 50 écus avancés par lui pour l'achat du
Caiholicon de Joannis de Janua (^). M. de Lubières donne un au-
(') Aujourd'hui ce livre de vieille théologie ne vaudrait pas autant. Les goûts changent en bibliographie comme en toutes choses. Le mode môme
Cographe de Scaliger qui témoigne que Duplessis Moraay était très irersé dans le grec et l'hébreu.
1753. Parmi les donateurs de cette année on remarque le duc de Richemond , milord Montjoi , le prince d'Anhalt et le comte de Brulil. — Il est proposé de doubler et de tripler les exemplaires des ouvrages les plus utiles aux étudians en théologie.
En 1754 on remit en vigueur l'usage de Faire inscrire les noms des étrangers qui étudiaient à Genève. M. de Champeaux proniic de procurer un troisième morceau de M. Arlaud pour joindre aux deux tableaux de la Leda , donnés par MM. Lullin et Necker (')• Le prince Galilzin offre un très beau recueil de statues anciennes et modernes et le baron de Strogonow promet une Bible russe.
La bibliothèque ayant résolu d'acheter quelques Bibles rares; entr'autres celle de Sîxte V, imprimée à Rome en 3 volumes in f^^^ M. de Lubières , amateur distingué , rédigea un mémoire sur les caractères distinctifs de cette Bible et sur celle de Clément VU (1592). Ce mémoire fut adressé à Jean-Jaques Rousseau ('). — Le 19 décembre 1754, le recteur présenta une lettre de Rousseau annonçant que la Bible de Sixte Y, en grand papier, allait être mise en vente dans l'auclion de M. de Boze. MM. l'abbé Sabier et Duclos vérifieront l'authenticité et la condition de cet exemplaire. Le petit papier vaut L. 300 et le grand papier L. 600. On décide d'autoriser Jean-Jaques Rousseau a offrir jusqu'à 700 livres.
On aime à voir ainsi Tilluslre auteur de V Emile s'ingéniant pour enrichir la bibliothèque de sa ville natale. Les directeurs avaient, parait-Il , une certaine confiance en ses connaissances et en son
s'en mêle. On donnerait maintenant toute une bibliothèque d'ancienne théologie pour un beau roman de chevalerie et surtout pour un \ieux recueil de poésies françaises.
(*) On sait que le peintre Arlaud avait coupé en morceaux sa fameuse Léda. La légende des peintres est pleine d'histoires sur la réunion de ces fragmens.
(') Pour montrer avec quel zcle M. de Lubières travaillait à enrichir la bibliothèque de Genève , nous citerons le billet suivant qu'il adressait au pasteur Lullin , bibliothécaire : « Je vous envoie , mon cher monsieur , le Muséum de Venise (statues antiques gravées) qui manquait h notre biblio-^ tbèque et qui y sera mieux placé que dans mon cabinet. Je l'y avais destiné après moi) mais j'aime mieux qu'il y soit dès à-présent. Si j'en avais besoin, j'y aurais recours. Ce que je puis vous assurer, c'est que ce Muséum est rarissime même en Italie, où on ne pourrait l'avoir ni pour or ni pour argent. Je le donne avec plaisir. »
zèle, oar la même année, la bibliothèque ayant décidé d'acquérir V Encyclopédie , Jean-Jaques Rousseau fut encore chargé de Teiller à ce que les planches fussent des meilleures épreuves.
1755. M. Sadau donne un poignard trouvé au pied de la pierre à Niton ; le baron StrogonoffgratiBe la bibliothèque de beaux livres italiens. Le Conseil annonce que pour augmenter les ressources de la bibliothèque, les nouveaux bourgeois paieront désormais 15 florins pour cet établissement.
1756. M. d'Alembert étant alors à Genève, la bibliothèque souscrit directement auprès de lui pour Y Encyclopédie dont il est un des rédacteurs. — Le recteur fait don d'un bassin de cuivre émaillé, peint en 1554 (^) , et M. Bardin du portrait du cardinal de Richdieu. M. LuUin, outre sa bibliothèque et ses manuscrits, lègue 1 ,000 livres.
M. le docteur Troncbin , qui a donné le traité de Turrecremata sur le Psautier, imprimé à Mayence en 1476 , promet de tâcher d'obtenir du comte d'Argenson la suite du catalogue des livres et manuscrits de la bibliothèque du roi. On le remercie et on décide de le nommer directeur honoraire comme ayant de grandes connaissances en fait de livres rares.
M. Jean-Jaques Rousseau fait présent d'un manuscrit sur le siège d'Orléans, en 1428, sur le procès de Jeanne d'Arc et sur sa révision pr les commissaires de Galixte lY. M. Luilin donne le coutumier du Pays de Vaud (1557) , et M. Tronchin le fameux Speculum humanœ salvationia , attribué à Laurent Coster de Harlem , inventeur de rimprimerie, au dire des Hollandais. La retraite de M. Baulacre, au bout de vingt ans d'excellens services, suscite de justes regrets. Raulacre fut en effet l'un des savans du XYlIl* siècle les plus versés dans la bibliographie. Il a écrit sur plusieurs des manuscrits qui sont dans la bibliothèque de Genève des notices remarquables. H les insérait ordinairement dans le Mercure de Neuchâtel.
Les bibliothécaires reçoivent la mission de faire à M""* Luilin des complimens de condoléance en visite solennelle ; une commission spéciale est nommée pour recevoir le legs de feu son époux.
{*) Ce beau plat émaillé, poar lequel des amateurs étrangers et des mar> chands d'objets d'art ont plusieurs fois offert à la bibliothèque d'assez jo« lies sommes, se voit aujourd'hui au musée des antiquités. C'est un morceau capital à tous égards.
1757. M. d'Alembert (ail présent de ses œuvres et M. Tbélusson d'une médaille rare frappée en 1752 en Thonneur de la Saint- Barthélémy avec cette inscription-: <* Firtus in Rebelles. » Cette journée est ainsi exaltée comme un acte héroïque du gouvernement de Charles IX.
1758. M. Jallabert quitte sa charge de bibliothécaire , mais on le prie de continuer le catalogue du legs Lullin. Il se prête de bonne grâce à celte sollicitation.
1759. Vérification des comptes de l'ancien recteur Trembley. M. Maurice, nouveau recteur, reçoit le solde de L. 13/212. —
On propose de Faire venir les journaux par les messageries pour les avoir plus vite. — M'"'' d'Epinay , alors en séjour chez Voltaire à Ferney, fait don d'Hudibras, édition de Londres, 1757. — On fait un grand achat de livres à lencan de M. Leclerc. — Laçons mission spéciale propose de placer les livres et manuscrits Lullin dans la salle des tableaux.
On rejette l'achat de la Compilation des auteurs sur les antiquités ecclésiastiques qui s'imprime a Venise.
En 4760 M. Perdriau donne l'Ovide de 1492 et M. Butinide Surinam 27 bouteilles remplies d'animaux, poissons , etc. On construira des étagères pour les recevoir dans la salle des tableaux.
Les bibliothécaires annoncent en 1761 que les recettes faites les années précédentes montent déjà à 11,000 écus. — M. Keate, anglais , donne son histoire de Genève et prie qu'on lui fasse des remarques sur le contenu de son livre. On le remercie, mais on décide de n'en faire aucune , attendu que cela n'est pas du ressort de la commission. M. Simler demande la communication des originaux des lettres de Bullinger à Calvin. On lui en offre des copies. Le môme offre son édition des lettres des réformateurs. — M. Ch. Bonnet est chargé de changer la liqueur des bocaux remplis d'animaux qui sont dans la salle des tableaux. On sollicite de la famille Baulacre les papiers intéressans laissés par le bibliothécaire de ce nom.
1762. Le Conseil se déclare satisfait des réparations faites. M. le marquis Tanucci fait don au nom du roi de Naples des An^ tiquités d* Herculanum,
Les scholarques font déposer à la bibliothèque les chefe-d'œuvre des maîtres d'état, comme charpentiers, menuisiers, etc. ; ce dépôt cause quelque embarras. On propose d'acheter ceux qui
ont un mérite particulier. On ajourne Tacquisition du grand ouvrage des historiens de France , et Ton propose de demander an Conseil de faire copier la chronique de Bonivard.
. Le 7 mai Jean- Jaques Rousseau annonce un beau présent du maréchal de Luxembourg. C'est la belle édition des fables de Lafon* taine en 4 volumes in-f*^ avec les figures d'Oudry. — M- de Lubières, après ample examen , déclare que le catalogue est encore bien suffisant. Cependant on travaillera à un nouveau, mais sans se hâter.
Des changemens dans la place qu'occupent les livres étant devenus indispensables par ce nouveau travail de classement pour un nouveau catalogue, on accorde aux bibliothécaires un aide pour cliarrier les livres. — M. Cramer travaille à un brouillon du catalogue des éditions depuis Tinvention de Timprimerie jusqu'en l'an 1500 (Editions incunables). — M. Pictet dit qu'il existe quelque part une copie des chroniques de Bonivard et qu'il espère la procurer. Il offre en attendant un autre ouvrage de Bonivard , son
Histoire des capitaines gènèratix (^).
1763. M. Pictet fera mettre sur la Feuille d'avis les livres égarés. — On fixe le prêt à un mois et à trois mois pour les livres scientifiques , vu les abus. — On annonce que le vaisseau chargé de l'exemplaire des voyages du capitaine Norden (de Copenhague) a fait naufrage. On s'en procurera un autre. — Remerciemens votés à M. Dufour de Collonges, qui a donné les manuscrits de M. de Boy vin, contenant des négociations sous Henri II, Charles IX et Henri III. — Les fonds de la bibliothèque permettent de consacrer 1,000 livres chaque année à des achats.
1765. Le roi de Naples ^Ferdinand IV) donne la continuation des Antiquités d^erculanum. — On juge convenable de choisir pour aide à la bibliothèque une personne qui ait quelque instruction ; la paie sera de quarante écus.
Les bibliothécaires demandent des treillis pour garantir les fe* nétres contre les écoliers.
1766. On lit le testament de M. Bovet, architecte, qui lègue ses livres à la bibliothèque , dans le cas où son petit-fils ne se vouerait pas à l'architecture.
(') Histoire des capitaines-gétiéraux de Genève, Senebier cite un manuscrit de cette histoire qne possédait M. Jallabert (Histoire littéraire de Genève, lome I, paipe 459).
1767. M. JaUabert avait joai du portrait d'Abauzit. U revieot à h bibliothèque après la mort du premier, qui excite de vife regrets. M. Vernet rangera ses papiers. -— M. Pictet a fditdemaader à Paris les volumes imprimés au l^ouvre (aux dépens du roi de Portugal) sur les Jésuites.
1768. Donné 4 louis neuis à M. Prestaut qui a copié des lettres de Calvin. — M. Cramer, professeur de droit, est nommé bibliothécaire à la place de feu M. Pictet.
M. de Rochemont donne des copies des manuscrits originaux de Bonivard , de la main de Daniel Leclerc , et des copies des manus* crits d*Antoine Froment et de Michel Rozet. ~ M*»' veuve Mallet- Gallatin présente en don plusieurs livres précieux, et M. Marcet de S:iint-Domingue des coquillages.
1770. Marc-Michel Rey, libraire d'Amsterdam, envoie, avec d'autres livres, la nouvelle édition des œuvres de J.-J. Rousseau, et M. Lifsage donne quatre louis d'or neufis, attendu que la bourgeoisie lui a été concédée gratis, — U est voté des remei*ciemens à M. Rey , mais avec cette remarque : « que la bibliothèque rece-- » vait les livres des grands hommes, soit quHls continssent des M vérités et des vertus , soit des erreurs ou des vices , mais que la » direction n approuvait pas ces livres. » (<]. — M. Yaros de Verbos offre un grand nombre de médailles de bronze. On attendra de voir ce que c'est et l'on remerciera.
Il est voté un placement de 5,000 florins sur les fonds que possède la bibliothèque (20 à 22,000 florins), et qu'à l'avenir dès que la caisse aura plus de 1,000 livres on placera l'excédent. M. Perdriau , ex-recteur, propose déplacer L. 6,000 et remet à M. Claparèdc> nouveau recteur, 26,ô08 florins (en une obligation portant intérêt au 4 ^/o).
1771. La bibliothèque éprouve, au commencement de cejtte année,, un désastre financier. Elle charge le recteur de la représenter dans la masse des créanciers de MM. Cathala et Laserre sur lesquels est la créance précitée.
\ 772. Sur les rapports que des désordres se sont manifestés aux
(M C'était le moment des poursuites exécutées à Genève contre TEroile et le Contrat social. La direction ne voulait pas se compromettre en recevant des ouvrages condamnés au feu par les Conseils.
ouvertures de la bibliothèque les mardis , on décide de n'aduiettre Dt rohea de chambres ni redingotes , ni plus de six personnes à la fois. Les autres attendront leur tour avant d'entrer. — Le grai^d Conseil accorde le tableau en émail représentant un plan de Genève, peint par M. Mii'oglio. — La bibliothèque ayanl décidé en principe de vendre les Acta $anctorum des Bollandistes, qu'elle compléterait difficilement, elle arrête ensuite de ne pas les donner à moins d*un louis neuf par volume. — Le recteur annonce que Ton a reçu le 30 p. **/o de l'obligation compromise. — La révision totale des registres de distribution aura lieu tous les titNs mois vu les abus. — L'on décide que l'un des bibliothécaires devra habiter la ville durant les féeries.
1773. Comme essai on garnit de treillis les rayons contenant les livres d antiquités et les voyages. — Une enquête est décidée pour savoir si le petit-Bis de M. Bovet a suivi la carrière de l'architecture. ~ M. Dtodati, l'ainé, fait don d'une Bible hollandaise avec estampes montée en argent ^ M. Bourdillon, pasteur à Londres , est nommé directeur, vu les services qu'il a rendus et les dous qu'il a faits.
Un mémoire sur les dangers que court la santé des bibliothécaires, par Teffel de l'air froid et perfide des salles, provoque rétablissement d'un poêle, de portes vitrées et de tapis. — M. Senebier est nommé bibliothécaire après M. Lullin qui se retire, vu ses infirmités, après 44 ans de service. — La bibliothèque place ses fonds chez MM. Lullin de Tournes et Comp«.— M. de Saussure, sous les aus[)ices du chevalier Hamilion , ministre d'Angleterre a Naples , adresse une requête au roi de Naples pour avoir la nouvelle suite des antiquités d^Hei'Culanum.
1774. Milord Stanliope fait un présent considérable (non spécifié). On témoigne le désir d'avoir son portrait. — Il est proposé de vendre les diamans qui entourent le portrait de Louis XV qui pourraient tenter les voleurs. M. Diod'ati les fait estimer et on décide de les garder. — Livré au magnifique Conseil une planche en cuivre où est gi*avée l'histoire de l'Escalade.
On décidé de vendre les 50 volumes des Acta aanctorum defi Bollandistes {*) et des doublets, et l'on charge M. Diodati de faire
(') Il est curieux de voir en 1774 lu bibliotbôiiue de Genève so dépouiller
porter dans les greniers les che6-d'œuvre des maîtres charpentiers et autres. — M. Deltic reçoit des remerciemeos pour avoir arrangé les morceaux d'bisloire^naturelle. — M. de Chateauvieox communique que la pendule, le graphomètre et le télescope ont besoin de réparations.
Cette année fut riche en-legs. M. Delarive donna d,OôO florins, M. Roque 500 livres, M. Mollet 200 et M. Brenzil-Hollis dn Dorsetshire dOO liv. sterling pour des livres anglais, écossais et irlan* dais. — Le pendulier Auban rép<irera la pendule pour fr. 200. C'est la même pendule astronomique^ très compliquée et à person* nages mécaniques, qui orne encore la bibliothèque.
1775. Le petit-Hls de M. Bovet, ne comptant pas se faire ar« chitecte, abandonne les livres de son père; mais comme il est gêné, on aura égard à sa position.
Le peintre Perrière a réparé 70 tableaux de la Bibliothèque. Cette année est celle des réparations ; on met de Tesprit de vin rectifié dans les bocaux des animaux, et les lettres des réformateurs sont reliées en 27 volumes par ordre de dates.
1776. M. Necker, ministre en France, adresse le recueil des arts et métiers en 23 volumes in-P^ ; on achète plusieurs objets antiques qui ont été trouvés près de Régny sous la montagne des Voirons. Le poids de l'argent équivaut presque aux sept louis d'or neuis que coûté cet achat. — M. Bourdillon, proposant, reçoit des doublets en considération des services rendus par son oncle.
1777. M. Rocca fils fait jcadeau des ordonnances ecclésiastiques de Genève de 1562 et de 1609. — M. Liotard, peintre, obtient pour la bibliothèque des ouvrages précieux de Timpératrice de Russie.
1778. On décide de poursuivre les libraires Pellet el Bassompierre qui refusent de livrer des livres imprimés par eux , enlr'autres l'Encyclopédie in-4". — On arrête d'exhorter les étudians en droit àé payer de bonne grâce leur redevance pour laquelle il^ font les renitens. ^ ""
à plaisir d^un ouvrage capital , qu'eUe n^a eu l'occasipu d'acquérir qu'un siècle après environ , par l'effet de la générosité de M. Favre-Bertrand qui lui a légué PO. 1851 son bel exemplaire des BoUandistes. En général, au dix-huitième siècle, les grandes collections historiques provenant des catholiques étaient frappées de réprobation à Genève.
Dès Tannée 1778 il est fiicile de constater, aux lacunes et aux' hlanoa du registre des séances des directeurs , que les dissensions civiles de la République exerçaient une fâcheuse influence sur^la marche et Tagraudissement de cette utile institution. C'est ainsi que de 1778 à 1781 on signale une lacune de deux ans dans le registre des dons. C*est sans doute aussi par cette raison que le catalogue des manuscrits, publié par Senebier en 1779, in-8®, est passé totalement sous silence.
En 1781 on propose de ne pas prêter les œuvres de Voltaire, Rousseau et autres. La chose est laissée au discernement des bibliothécaires. — L'abbé Spallanzani et Charles Bonnet communiquent des expériences d'histoire naturelle laites sur les Pipas que possède la bibliothèque dans des bocaux. p
Nouvelle lacune jusqu'en 1785. MM. Picot, Baladin , Abraham Trembley, Delolme et Âubert de Tournes, font des legs cette année-là. On achète les manuscrits de M. Court père, de son fils (M. Court de Gébelin) pour 15 louis d'or, vu qu'ils contiennent plusieurs choses sur les églises réformées.
1780. Dons de MM. Grenus, Canac et Micheli-Ducrest.
On refuse à M. Fazy des Bergues l'ouvrage de Weinmann avec beaucoup de planches, vu que ces sortes de livres ne sortent pas.
Le grand Conseil demande une révision des réglemens de la bibliothèque.
1788. L'abbé Rive , te célèbre bibliophile , bibliothécaire des Etal» de Provence , envoie son ouvrage sur Vart de vérifier l'âge des miniatures dans les manuscrits, — M. Tronchin , fermier général , lègue 2,000 livres de France, et (1789) M. Vernet, professeur, lègue son buste et son portrait.
On accorde à M. l'abbé Rive, en échange de son don, un des trois exemplaires de la Bible gothique d'Olivetan (Bible de Neuchàtel , imprimée à Serrières par Pierre de Wingle dît Pirot Picard, en 1535]. L'abbé Rive, quand il faisait un don, s'arrangeait, on le voit , de manière à gagner au change.
On vote une lettre de félicitation à M. Necker pour sa rentrée au ministère et on lui demande son portrait par l'intermédiaire de M. de Germany , son frère. Réponse bienveillante de M. Necker qui accorde cel envoi. — M. le procureur-général Tronchin , approu-
vaDl la vente des diamants de la bibliollièque , on ks envoie à M. Jolivet , joailler à Paris.
1789. Placement de 1 ,000 livres à 5 p. «"/o chez M. Bontems. *- On décide de s'en remettre au Conseil sur son projet de transférer la bibliothèque à la caserne de la rue neuve. — On décide , vu la tournure des choses, de retirer tous les fonds de chez les banquiers pour les placer à la société authorisée.
D'après rinviuiiion du Conseil, MM. Senebier et de Saïgas ('} sont chargés de faire un examen de tous les monumens qui se trouvent à Genève et de rechercher les moyens de les conserver.
1790. Le recteur déclare avoir placé chez M"°' Hubert-Alleon le reste des fonds de la bibliothèque. ^ On refuse à M. Charles Bonnet^ vu les circonstances , Tachât de l'ouvrage d^Olivier sur les insectes. — On décide de tenir sous clé les livres rares. — M. Senebier fait don de la nouvelle Encyclopédie méthodique. Il donne aussi le catalogue manuscrit de son ouvrage sur les manuscrits de la bibliothèque, p:u'ce qu*il contient plus de détails que l'imprimé.
M. Audeoud donne le livre d'Adam Smith sur la richesse des nations en anglais , et un mouchoir exécuté par un ver à soie. *
M. le pasteur Lecointe fait don île la Bible de Lempereur (1530) et M. de Tournes des Illustrations des Gaules de Jean-le-Maire , imprimées chez Jean de Tournes, son aïeul , en J549. — La [)rincesse Beljolesky donne une tasse faite d'un fer changé en c:iivre.
479J . Le recteur annonce que le fond de la bibliothèque est de fl. 34,777»5»3.
M. Na ville, lieutenant, annonce qu'on offre 41 V^ louis pour les 20 karats 7* de diamants du portrait de Louis XV, et on le prie de conclure à ce prix. — On in vile le magnifique Conseil de ne pas faire construire des fournaux dans les classes du collège sans en avertir, vu le danger du feu.
1792. M. Picot, recteur, annonce un fonds de fl. 48,000. — On propose de former un jeune homme pour la place de bibliothécaire.— On signale l'impossibilité de faire rentrer les livres arriérés. On décide de les faire remplacer quand les gens sont solva-
(^) M. de Saignas clait un gcatiilioinim; français, delà maison de Karbonne, dont les parens s'étaient établis en Suisse ponr cause de religion. Il vivait h Rolle et avait une iiislrnction Irî's éle.idiie. Plusieurs de m's manuscrits sont en nos mains.
blés. — M. le professeur Prévost donne le Théâtre des Grecs traduit en partie par lui avec de Roeheforl et la Porle-du Theil. — M. l'aucien conseiller Calandrini fait cadeau de V Histoire diplomatique des sénateurs de Rome, où il est question de sa famille, et M. Senebier d'un Nouveau-Testament grec d'Estienne , 45^6, mirificum !
M. Grenus-Saladin donne un nombre considérable de livres anciens et rares (théologie, philosophie et mathémathiques ) , et M. Boissier Touvrage de Maittaire sur les livres imprimés avant
Nous arrivons ici à Tépoque de 1793 qui fut critique et désastreuse dans le royaume des lettres comme dans les autres empires. Cette terrible année n'épargna pas plus les bibliothèques que les trônes. Ici finissent , à proprement parler, les annales de celle de Genève pour ce qui tient à son histoire ancieime. La constitution de 1797 ne modifia pas moins l'administration de la bibliothèque que celle des autres services publics. La direction fut confiée au sénat académique, mais à peine essayâit-on de cette nouvelle économie, que survint la réunion de Genève à la France. La bibliothè ]ue ayant été déclarée propriété des Genevois, elle dut naturellement relever, de la Société économique qui fut instituée au milieu du naufrage général de toutes les institutions de Tancienne république, pour sauvegarder les propriétés auxquelles les Genevois avaient des titres inconteslablès (').
Dans un prochain article nous suivrons pas à pas la bibliothèque de Genève dans ses nouvelles vicissitudes, et nous tracerons le tableau de ce qu'elle est aujourd'hui. On verra alors de nouvelles tendances , un autre genre de développement et d'autres destinées. Mais le lustre de la bibliothèque du dix-neuvième siècle n'éclipsera nullement les travaux modestes des fondateurs de cette
(') L'article Y du Traité de réunion de la République de Genève à la République française (26 avril 1798) porte : « Les bieus déclarés communaux » appartiendront en toute propriété aux Genevois qui en disposeront comme » ils jugeront à propos. Néanmoins sont déclarés inaliénabies rh6tel-de- » ¥iUe, les archives, la bibliothèque, les deux bàtimens de Cbantepoulet et » du bastion de Hollande. La République de Genève fait hommage à la Ré- » publique française de ses arsenaux , de sou artillerie et de ses munitions > de guerre. •
ÎQtéressaDte iBstitulioo et de leurs conûauateurs pendaDi ttMil le cours des dix-septième et dix-huitième siècles; On aime à voir que presque aucune des nombreuses illustrations, dont Genève eut à s'enorgueillir durant cette longue période de trois cenis années, n'est absente dans ces épbémérides (0 consacrées à suivre, pas à pas et presque jour par jour, les agrandissemens de la bibliothèque et les preuves d'intérêt que lui donnait , sans relâche et à l'envi , Félite de la petite nation.
E.-H. Gaullibor.
(*) Nous avons cherché Tainement , dans les registres de la biblioihèqae de Genève, le nom de Voltaire. On aurait pu supposer qu'un Uttéraienr si opulent se serait fait un plaisir de doter un établissement qni devait avoir toutes ses sympathies , quand bien même on y mettait en délibération si Ton accorderait , oui on non , la lecture et la circulation de ses ouvrages. Hais si les registres sont muets touchant les actes de la munificence de Voltaire , nous savons par sa correspondance inédite avec son libraire , Gabriel Cramer, quUl empruntait souvent k la bibliothèque , par cette entremise , des livres qu'il ne possédait pas à Ferney. La plupart des citations du Dictionnaire philosophique sont puisées dans des ouvrages que Voltaire priait Cramer d'emprunter à la bibliothèque de Genève. Cette bibliothèque ne possède pas même une signature autographe du seigneur de Ferney. En revanche il en existe plusieurs aux archives de Genève.
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