‹ Histoire et description de la bibliothèque publique de GenèveChapitre 7 sur 16 · DÉPENSES · texte numérisé non relu

DÉPENSES

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(*) Séance du 12 novembre 1842.

(') La constitution de 1847 statua que la bibliothèque publique serait remise à la ville de Genève avec la réserve qu'elle ne pourra jamais être détournée de sa destination et qu'elle restera toujours séparée des biens de rétat (art. 151).

leiB capitaux de cette Société ayant changé d'adinîpislratepi*^, Yïr tat se chargea de fournir directeroeat à la bibliothèque Tailoçatiop aiHiudle qu'elle versait depuis long-teoips pour sa part, Eosiiite , les autorisatioDs pour prendre des litres k domicile durent étn; dé^ livrées par le Conseil administratif de la ville de Genève. Enfin la nomination des bibliothécaires et autres employés fut attribuée i^x^usivement à ce corps , comme aussi ce fut à lui çt non plo^ au conseil d'Etat que la direction eut k rendre le c<Hnp\e annuel de sa gestion (*).

Le dernier acte de rancjenne direciion fut une vente de doublets qui eut lieu au mois de mars 1848 et qui fut naturellement un peu contrariée par les événemens de la révplutiofi de février (').

En 1849 , le conseil administratif de la ville de Gfpève prit à lui seul la noflciiuation du comité de direction qui fut composé d^ 01190 membres. Il nomma aussi m nouveau bibliothécaire à lïi place de M. le professeur Chastel. Cette petite révolution intérieiu'e fui une conséquence inévitable de celle qui avait eu lieu à la suite de la fiftise en vigueur de la constitution de 1847, On aurait, ^oni nous , grand tort d'y voir Teiiplosion d'un sentiment de haine op d'ingratitude. Les temps changent et Timpulsion dirigeante change avec eux. C'est ce que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de constater dans ce narré. La bibliothèque de Geuève ne pouvait pa» rester m milieu de notre Wi"" siècle, utilitaire avant tout, la bi^ bliothèque théologique du collège calviniste des XVI* et XVII' siècles, ni même la bibliothèque académique du XVIII' siècle. Tout dépendra pour son avenir de la bonne ou mauvaise composition de la comqsu|$i$ion de direction* Avec une commission forte elle prospérera ; avec une faible elle dépérira.

Tant qu'on eut pour bibliothécaires nécessaires et en quelque sorte obligés des professeurs de théologie , absorbés par un enseignement difficile et surchargés presque toujours d'une foule de fonctions pastorales ou consistoriales, il fut impossible d'exiger d'eux autre chose que le strict nécessaire, d'autant plus que la

(') En 4848, le budget de la bibliothèque resta à peu près le même que les années précédentes , sauf que ce fut le cabsier de la Tilie qui vers9 à la direction la riomme déterminée.

(') Voyei Catalogue d'ùwrctges que la bibliothèque de Genèoe potaède à doublé et (j^u"* elle vendra au comptant, In-8° d«86 pages auiographiées.

pi^ce de bibliothécaire était à peu près gratuite. Aujourd'hui c'est différent. Les employés placés par la municipalité dans la biblio^ thèque doivent faire leur principle, sinon leur unique affaire, de la maintenir dans un ordre pariait et de servir le public. Aussi bien des choses d'arrangement intérieur, qui n'avaient pu être faites précédemment, ont-elles été exécutées rapidement par le nouveau bibliothécaire.

€e fonctionnaire, M. Privât Bovy, a déjà réalisé, depuis son entrée en fonctions, une foule d'améliorations de détail, d'autant plus urgentes que ^jurant les années de chômage qtii ont suivi la révolution française de février 1848, le nombre des lecteurs à domicile augmenta rapidement. L'ouvrier genevois est encore aujourd'hui ce qu'il était Ju temps de Jean- Jacques. Il aime à lire^ et quand le travail de l'établi ne va pas il ne recule pas devant I9 lecture d'un livre sérieux ('). En 1850, on sentit la nécessité de consacrer une heure chaque jour, le jeudi excepté, à l'échange des livres. Le gouvernement français, absorbé par d'autres affaires, ayant négligé d'envoyer à la bibliothèque les suites de divers ou^ vrages dont il avait donné les premiers volumes , une requête lui fut adressée et ces suites arrivèrent aussitôt.

En 1851 , le chiffre moyen des lecteurs avait presque doublé (*). Cette année-ià de nombreux donateurs enrichirent la bibliothèque publique qui acheta par privilège et avant la vente aux enchères divers bons livres de la bibliothèque du baron de Grenus ('). M. le général bufour, chargé des intérêts de la Confédération suisse dans cette liquidation , fit tout son possible pour faciliter ces acquisitions. Le don le plus considérable fut celui de M. Favre-Bertrand

(') En i848, le nombre des volâmes empriintcs à la bibliothèque circulante dépassa 18,000.

(*) Aujourd'hui, la bibliothèque de Genève est ouverte au public cinq heures consécutives par jour, de il heures à k pour la consultation, et cinq fois par semaine, de i heure h 2, pour l'échange des livres.

(') On avait trouvé dans les papiers de M. le baron de Grenus' un actiB autographe mais non signé par lequel il laissait sa bibliothèque, riche surtout en ouvrages d^histoire , à la bibliothèque de Genève. Peut-^étre eùt-^ce été lé cas de faire un appel à la générosité et à l'équité du Conseil fédéral. Cette baute autorité n'aurait sans doute pas vu grand inconvénient à laisser k Genève cette collection dont la vente n'a pas rapporté à la Confédération héritière plus de 7,000 francs sur une succession d'un million et demi, ,

qui ne fut pas remplacé comme membre de la direction. Outre 1 ,000 francs en espèces . il donna un bel exemplaire des Acia êanctorutn des Bollandistes qui vaut près de fr. 2,000. Le gouvernement français envoya la suite des documens inédits sur Thistoire de France, le Cartulaire de Noire-Dame de Paris ^ les voyages de Freycinet, de Dumont-D*[Ir ville, de la Favorite , de VUranie, de VArtémiae, etc. , autour du monde, la campagne du Lusor et beaucoup d'autres livres précieux accompagnés d'atlas. Le gouvernement autrichien , sur la demande du bibliothécaire , M. Privat-Bovy, et par Tenlremise de M. Mirabaud, adressa le complément de la grande carte lopographique du nord de ritalie.

De nombreuses améliorations ont eu lieu, cette même année et la suivante, dans les aménagemens des salles. De nouvelles tables ont été placées dans celle de lecture. Les manuscrits les plus beaux et les plus ornés ont été étalés dans des cases vitrées mises dans un meilleur jour et où ils peuvent être examinés par les visiteurs sans que Faction du soleil et de la lumière les altèrent. Les incunables les plus remarquables, les anciennes éditions genevoises et une certaine quantité d'autographes d'hommes illustres ont été aussi placés dans des compartimens vitrés. La pendule, ouvrage très curieux de mécanique, qui depuis long-temps ne marchait plus, a été très habilement réparée.

Dans cette année 1851 , le nombre des consultans a été de 3,353 en 201 séances , dont 893 d'étudians. On a compté en moyenne de 16 à 17 lecteurs par séance, au lieu de 9 , moyenne des années précédentes. 11 est sorti 14,608 volumes. La bibliothèque , outre son budget annuel qui a été maintenu au même chiffre de 7,500 fr. , a joui d'un boni provenant de Tannée précédente, ce qui a permis d'acquérir 1,211 volumes et 548 brochures. Il faut ajouter à ce chiffre toutes les publications et les mémoires des sociétés savantes reçus de la Société de physique de Genève.

Ce fut surtout pendant le tir fédéral que Ton put juger de Tinlérét que le public de Genève et du dehors apportait à l'institution de la bibliothèque. Pendant celte fête, 14,574 personnes sont venues visiter ce bel établissement. Ce qui attirait surtout l'attention de ces visiteurs, c'étaient les superbes manuscrits ornés de miniatures, les atlas de géologie, les livres sur les antiquités de VEgypte,

de la Grèce et de Tltalie, les voyages illustrés et les tableaux, portraits et pièces de mécanique.

L'année 1852 étant à peine au milieu de son cours au moment où nous écrivons , il n'est pas encore possible d'apprécier Tensem-* ble de ses résultats. Mais ce qu'on peut constater dès à-présent et à toute heure , c'est l'activité qui règne dans la bibliothèque pu^ blique de Genève, l'aspect d'ordre et de bonne tenue qu'elle présente, le zèle et le dévouement des employés. Ces dispositions à faciliter l'étude nous ont singulièrement aidé dans la dernière partie de notre tâche , celle qui fera l'objet d'un dernier article , la Description des raretés et des curiosités de la bibliothèque de Genève,

La bibliothèque publique de Genève, i3ropriété municipale, est placée dans le bâtiment du. Collège qui fut fondé en 1558 à la demande de Calvin. « 11 y avait déjà, » disent les Registres des Conseils , bien avant la Réformation , « un collège public dans Genève » pour enseigner le latin , près de la porte de Rive , dans l'endroit » qui retient encore aujourd'hui le nom de Vieus Collège, Mais » outre qu'il n'était pas composé d'un nombre suffisant de classes , » et qu'il n'était pas réglé de noanière à faire faire à la jeunesse de » grands progrès dans l'étude des belles-lettres , sa situation n'é- » tait ni comniode ni agréable.. Aussi ^ la plupart des particuliers M faisaient-ils instruire leurs en fans dans diverses écoles répandues » en divers quartiers de la ville. Calvin qui sentait depuis longp temps combien il était nécessaire de faire un nouvel établisse- » ment propre à faire fleurir les belles-lettres à Genève , témoigna » là dessus sa pensée au Conseil au mois de mars 1556. » (*)

Calvin exposa que le bâtiment du Collège étant mal placé et trop petit , il en faudrait construire un autre qui fut dans une situation plus avantageuse et d'une grandeur convenable. Pour cet effet , il estimait qu'une étendue de terrain , dépendant de l'hôpital

C^) La liberté des -études , telle qu'on l'entend aujourd'hui 9 ne pouvait s'allier avec le système de Calvin. Les écoles particulières étaient sans doute pleines des traditions et des souvenirs du culte détruit*

qu'on appelait VHépiial de Boiomier, et qui contenait de la vigne haute , connue autour de Genève sous le nom de Butina, serait très propre pour cela. Il ajouta que si le Conseil approuvait cette proposition, «on pourrait supprimer les écoles particulières.»

Le conseil approuva la pensée du Réformateur et commit aussitôt quelques-uns de ses membres pour examiner le local proposé. Le projet demeura suspendu pendant deux ans à cause de diverses circonstances , notamment durant les négociations de Talliance avec le canton de Berne. Il fut repris au commencement de 1558, et une nouvelle commission , composée de membres du Ck)nseil et de ministres, ayant été nommée, Calvin, qui en faisait partie, proposa de nouveau le local des Butins de Boiomier, « Le Conseil , » dans sa séance du 15 avril, approuva ce choix ^ et Ton mit la » main à l'œuvre avec tant de diligence que le bâtiment du Collège, » tel qu'on le voit encore aujourd'hui , fut fini au mois à' octobre » suivant. » (*) Sept classes furent instituées et 240 florins de gages annuels furent assurés aux sept régens. Une salle haute fut assignée pour une bibliothèque dont le principal devait avoir la charge.

En 1699, ce local étant devenu insufiisant, le gouvernement genevois décida de transporter la bibliothèque dans un emplacement plus abordable , plus vaste et plus commode. C'est celui qu'elle occupe actuellement et qui a reçu successivement, durant

{*) 11 parait toutefois qae le Collège ne fut entièrement terminé que quelques années après , car on lit aux Rjéf^istres des conseils pour Tannée 156^2 : « Le bâtiment du Collège duquel ont pris soin Ami de Ghateauneiif et B Jehan Budé étant fort avancé , le Conseil décide de les récompenser de » leurs peines et de donner au dit Budé 35 écus, en lui déclarant par là » que l*on n'entend pas le payer entièrement , le Conseil se proposant de lui » donner davantage, quand tout l'ouvrage sera fait. »

Voici lé passage textuel des Registres des conseils qui a trait à la construction du Collège en 4 358 :

c 11 a été parlé comme on a visité le lieu pour bastir le Collège, et Ion- » guement advisé comme cela se doibt faire ; assavoir comme on a déjà porté » de la terre hors les Vtins de Boiomier au pré de Rive pour faire le chemin. » Le reste de la place des dits Utins sera aplanie en mettant de la terre du » haut au bas pour l'égaliser et Ton bâtira les classes devers les côtés d'oc- » cideut et levant à mode de potence comme plus commodément se pourra 9 faire. »

« Ordonné qu'on se tient au dit advis et les seigneurs commis aux forti- » fications demeurent chargés d'avoir cure du dit bâtiment. Ordonné aussi » de recommander aux notaires de faire mettre dans les testamens des dons » pour le Collège. »

un siècle et demi , divers aceroisseineDS. C'est bien mal à-propos qu'un écrivain français, M. Valéry, dit en parlant de la bibliothèque de Genève : « Son local est affreux et a Vair d'une espèce de grange. « (<) Il serait difficile , au contraire, de trouver des salles plus convenables et ayant un aspect plus en harmonie avec leur destinatiou. Sans doute cet établissement n'a rien de monumental , les abords en sont même peu faciles. Mais les pièces sont vastes, hautes, bien éclairées ; les plafonds soutenus par des poutres longitudinales et transversales, ont un caractère sérieux et sévère qui convient à un lien consacré à l'élude et aux recherches littéraires. La bibliothèque a deux entrées. Tune par le logement du bibliothécaire, dû côté de la terrasse de Saint-Antoine , et l'autre , qui est la principale et celle réservée au public , par la rue Verdaine (dans la partie supérieure). Après avoir traversé un couloir , une petite cour et quelques degrés, on arrive dans la première salle qui est consacrée à la lecture.

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