‹ Histoire et description de la bibliothèque publique de GenèveChapitre 6 sur 16 · DE 1S39 A · texte numérisé non relu

DE 1S39 A

Notre lâche resterait néanmoins incomplète et inachevée si, avant d*aborder la partie purement descriptive de l'institution qui a fait l'objet de cette étude ^ nous ne consacrions encore quelques pages au tableau des améliorations et des accroissemens qu'elle reçoit journellement depuis dix ans.

L'idée de révolution politique entraîne souvent à $a suite celle d'un bouleversement pernicieux aux lettres et aux éludes. En effet , on n'a vu que trop souvent les grands mouvemens du corps social réagir d'une manière fatale sur les établissemens littéraires^ Cependant toutes les révolutions n'ont pas également ce caractère fâcheux. Il arrive aussi parfois que sans le vouloir et même sans le savoir les commotions politiques provoquent dans le domaine des sciences d'heureuses réformes qui n'auraient eu lieu sans cela ni si vite ni si complètement. Tel fut , on peut le dire , le caractère des grandes améliorations introduites dans la bibliothèque de Genève pendant ces dernières années. Ces améliorations sont contemporaines des révolutions de 4842 et de 1846. Peut-être se.se-. raient-elles réalisées sans elles ; mais assurément elles se seraient feit attendre plus long-temps.

Si les mouvemens révolutionnaires de 1793 à 1798 exercèrent sur la bibliothèque publique de Genève une action fatale , qui la paralysa dans le développement incessant qu'elle poursuivait depuis deux siècles, on peut dire que ces révolutions de 1842 et de 1846 eurent un résultat opposé. Elles stimulèrent au lieu d'engourdir, elles créèrent et augmentèrent au lieu de détruire et d'amoindrir, il est vrai de dire que dès avant 1841 l'impulsion avait été donnée , et que les nouvelles institutions ne firent qu'activer l'élan. Dès 1839 deux aides permanens avaient été adjoints aux bibliothécaires (0» et la décision qui fut prise alors d'ouvrir la bi-

{*) Le premier et le principal de ces employés, M. Honguer, fut cliargé spécialement de servir les personnes qui venaient travailler à la bibliothèque. Ce fonctionnaire, qui est encore attacUé aujourd'hui à' rétablissement , a rendu et rend à chaque instant une foule de services au public consultant et lisant. M. Ilonguer possède h un rare degré les qualités qui

bliolhèc]ue cinq heures par jour et cinq jours par semaine au lieii de trois (') , ne contribua pas peu à la faire connaître et fréquenter d'un pablic plus combreux.

En 4840 , M. Bourrit, que l'état de sa santé avait engagé depuis peu à prendre sa retraite, succomba. M. Dîodati, son collègue, resta seul bibliothécaire , car la direction décida de surseoir indé->' finiment à la nomination d'un second. Ainsi finit la combinaison des deux bibliothécaires alternant. On pensa avec raison qu'un seul homme chargé toute l'année de la direction et de la responsabilité , convenait mieux que deux qui pouvaient tr6p se reposer Tun sur l'autre. M. le professeur Diodati , élevé pour ainsi dire dans la bîMiothèque et connaissant parfaitement tout ce qui s'y était fait depuis une trentaine d'années, rendit durant sa gestion des services aussi nombreux que modestes. Cette même année on put d^à s'apercevoir d'une augmentation dans le nombre des consultans. H s'en présenta 495 qui firent en tout i, 392 visites. Le géiivernement sarde envoya les Monumenia hisioricœ pairiœ , gi*ande collection de documens historiques où nous trouvons de précienx matériaux pour notre propre histoire, car on sait quelles richiesses offrent les archives de Turin à ceux qui veulent étudier à leurs sources les annales du pays de Yaud, de Genève, du Valais et'en g^ral dè'la Suisse romande. Ce même gouvernement ayant demandé, par l'organe de M. de Saluées, à échanger ou à acquérir ies deux volumes manuscrits des actes, de Félix Y (Amédée YIII) , le pape de Ripaille , après. son abdication à Lausanne, on eut encore le bon esprit de refuser. En effet, la Suisse étant comprise en grande partie danis le ressort qni fut assigné à ce pontife devenu évèque de Sabine et cardinal-légat da Saint-Siège en Savoie et en Helvétie par la grâce de Nicolas Y, son successeur au pontificat, ces' volumes renferment de nombreuses données sur l'histoire ecclésias-^ tique de notre pays an milieu du quinzième siècle (*). Les héritiers

font le bon bibliothécaire, savoir: Pinstruction , la patience, la complaisance et une. mémoire imperturbable.

(*) Les heures d'ouverture furent fixées de H à 4 pour la lecture, et le mardi de 1 à 5 heures pour le prêt des livres.

(•) Nous avons publié, dans les Archives pour Vhistoire suisse (Zurich, 1854 , tome VIH), la Correspondance du Pape, Félix V, avec son fils Louis, duc de Savoie, au moment de son abdication au concile de Lausanne. Nous continuons le dépouillement de tous les actes qui ont trait h ce personnage si singulier et si remarquable.

de M. le professeur B^fost donoèreot sohEâfHeec dis volumes pro^ venam de ce sàTiM, et eutr'autrcafEoripide de Musgrate dont il se servait habituellement. M. Jean-Louis Dupan eontinua de doter la bîbliolhëqpEie de notnbrent ouvragés intémsaiit'paf ttcnlièremeiit Oeoèré qu'il trouvait dans les ventes de Suisse et d'Allemagne. €01 homme escelient ne reculait devant aucun sacrifice à sa portée quand il s'agissait d'aeqoérir ei d'offrir quelque diose d'utile ou de préoieux. Cest ainsi qu'eu id&% seulement > il donna M5 vcAt^ mes (*). M<»* Necker de Saussure légua un beau portrait du bten-> ftiteqp de la bibliothèque, Amédée Luilin, peint par LargilKèfe i*)^ M. le professeur Nedter donna id3 volumes et M. GoUadon 140.

En iS&i 5 la direction ne tint pas une de ses séanee^ è caUsd de h mort de M. lé proresseur de CandoUe et fit ofiHr ses tùva^h* Siens de condoiéauoe à la familte (").

En 1844, trois cents peraonùes vinrent visiter ta bibUotbôqué ei 273 7 travaillèrent. Les dons s'élevèrent à l,âll vcAumes. dui*^ nombre» M. VavGïcat Scfaanb , neveu et béricier du professeur M^ lot, en donna l^OSO. Ce beau présent enrichit sii^ièreineM bi eollecfiOD des livres de droit , car M^ Bellot possédait tous le»bo«E( ouvrages de jurisprudence ancienne et modema La parlie^u dvoh se trouva donc aiuâ tout d^un coup au niveau des autres. ' '

En 1845 i M. Chastel > professeur de théologie histdriqaov vesuhplaça M«. Diodaii oomine bSUiothécaire. Cie savant s'occupa^ 'entre ses fonetions ordinaires , du classement de la Correspondaneii des égfises protestantes dé France aveu la vénérable Compagnie dqiuiu le milieu do seislème siècle jusqu'au dix^buitième» Celte pTédeooo ooUectioD fbt ainsi placée dans des dossiers distincts pom" dkacpie omtespoodanee et obMée daa» une série de grands portè^feuiB«e ifi^foUo au nombre de qwnae. Elle forme , avec l'ample rdonlon de doeuasens sur le m^ne ohfet provenant de Court de Gébeliti ,

C\ H. J.-L, Dupan, frère de celui dont il a été parlé, nommé membre, érection en 4(148, légua èMore l,QQO ftancs h la liibliotkàftte ^ à sa mort qui eut lieu en 1845.' Il lui donna auséi toua se» livre» de IribMaera^ Ubiè et 4'antiqaitéB.

(*) Ce portrait, peint en 4720, a été gravé par J, Tardieu et plarcé en tète dea Sermon» du professeur Lullin, imprimés à Genève en 1761. S v. in-«S^.

S M. De CandoUe, fils, offrit à la bibliothèque le portftfit de son )pcrè par Horniing, ^ condition qu'il ne pourrait être copié ou sorti sans son autorisation.

me fiikie pine^ue inépoi^ble et judepi'iei peu iexploUée^ Que de veiisdgpâeilieas préciettl n'y trouv^^it pas , par exemple , lu Sô?-

èiété âé rhi^ire du proteàtfitiHëmé françaiè qui vienC de fie

cOBstituer à Paris $obs la présidence honoraire de M. Guiisot ! (^) Que de oon^pondanees écrites par des pâsieurs Avançais et datées de lieux où l'oa trouverait à peine aujourd*bui un protestant !

La révolution qui, en 1842, amena nu ehangement de constitua ti<Htl dans le dantôn de Oenève avait eu peu d'effet sur la bibliothè* que publique. Elle resta C6mme un Etablissement auxiliaire des histilâtiôns d'instruction pubtique ; seulement un membre du con^ seil municipal , nouTellemeni institué , remplaça dans ta direetiofl te membre de la Chambre dite Municipale qui en faisait partie tans Faneienne économie.

On se contenta d'abord de Anredeu^ nouveaux règlement, l'un «UT le service intérieur et le second èur la bibltoibèque circulante, justifutiûÉ fort intéressaiitêi dont la «réatîôn remonte au mois de septembre 1843, et qui coldctdà ^eù deS répUraiions fort Mp6r-> tantes qui eurent lieu dans le lôcal de l'antique cûllége de Calvin^ auquel les nouvelles constructions de la rtie Verdaine donnët^t tmedduvelle entrée et un nouvel aspect du eôtéde la ville (^). Cette conceniraiion dans «ft local spécial de fous les ouvrages que l'ejc^ pdtieneè ft Inil t^écoonalire comme cent qui sont lé plus générale^ «nent demandés pour la lecture à domicile, esc fondée surd'ex^ œHèitèéë raisons. Tous ixtjfx qui «avèttt combien )e& livres se dété^ fiorent rapidetf^t en passant de main$ en mains et de* maisons ett maisons, sont oonvâinoué de l'impérieuse nécessité qu'il y d<te sousirairi^ les ùuvrage^ capitaux et décidément précieux d^un dé^ . p6t littéraire aux chances d'une destruction certaine. Du mon^eot qèé dans une vtile lé nofiri)re de^ léoteurs qui empruntent des 1^ très d'une bibliothèque puMique devient quelque pen considéra^ ble , il est urgent d'établir une limite entre les ouvrages que l'on

(') GetU. société g pour but de ^e^ereber, de recueillir et de iaire côu-» Battre tous: les doçiHDeas, ioédits on imprimés, qui intéressent l'histoire des églises protestantes de langue française , en un mot ^ tout ce. qui est relatif aux origines de la réforme française dans les xyi*^, XVII® et XVHP siècles. Elle pu)l>lie un bulletin de ses travaux.

(') Peftdani les déreolitiions nécessitées par Félévaiion des noutelles maisons de la rue Verdaine, on.pfissaii par la promenade de Sajnt-Antoin^ pour ^ntref dans la bibliothèque.

abaodoone à la leciui^e à domicile et ceux qui ne doivaat sortir qii*à bonne enseigne et pour servir à Tétude de quelques rares ea^^ tégories de personnes comme les gens de lettres, les savaes et les fonctionnaires de Vinstruction publique» L'usage de la bibliothèque circulante, nouvellement instituée comme f)artie démembrée de la bibliothèque publique de Genève, fut singulièrement fecilité par la rédaction d'un catalogue spécial qui fut publié par M. le professeur Bétantaux frais du conseil municipal ('). Une sou6crq[>^ tion fut aussi orgamsée au profit de cette bibliothèque i^estreinle. En 1845, dix mille cinq cent volumes circulèrent et soixante el douze étudians figurèrent parmi les travailleurs habitués de la grande bibliothèque. M. le professeur de Saussure fit un legs de fr. 1,000, M. le professeur Boissier un autre 1^ de fr. 500 el M. Rigaud-Constant mit à la disposition de la direction les livres de son beau^père , M, de Constant.

Ce fut à cette époque, qu'ensuite d'un arrangement concta entra l'administration du musée Rath et celle de la bibliotlièqtte,.les ob«> jets d'art appartenant à celle-ci, comme tableaux, émaux, dessins, furent transportés au musée des beaux*arts et à celui des antiiyitftés. Parmi ces objets on remarque un petit tableau du Titien, u& portrait de Liotard , un autre d'Arlaud, des émaux de Petitet,< deux, études de main de la fameuse Léda d'Arlaud , une samte famille v une Madeleine et diverses tètes d'études, deux rétables provenast de la chapdie des Machabées et représentant d'anciennes. pemtUDes genevoises dont nous avons déjà parlé, une collection de belles épreuves de gravures à Teau-forte de Rembrand provenant d'Arlaud , enfin d'autres gravures en porte-feuilles. En échange provisoire, le musée offrit à la bibliothèque les portraits de Winckelmanu , de Diderot, d'Euler, par Kupetzki, un tablesiu de V Escalade peint à l'époque même de Tévénement. La propriété des

(') Extrait du catalogue de la bibliothèque publique, à Vusage des leeteurs de la bibliothèque circulante, Genève, 1845. ln-8® de 48 pages. Les ou-vrages sont ^insi classés : 1** littérature ; 2** géographie et voyages ; 3° histoire ; k^ sciences morales ; 5^ sciences naturelles et mathématiques.

Un règlement itur le prêt des livres à domicile , approuvé par le département de Tiustruclion publique , fut rédigé et imprimé à cette époque^ Les pasteurs et les dizeniers servaient généralement de cautions aux personnes pêlx connues qui voulaient emprunter des livres.

objets échangés fiit stipulée en faveur de celui des établissemens auquel Us avaient été primitivement donnés.

Cependant une nouvelle révolution , celle du mois d'octobre 1846, snrvint dans la république genevoise. La constitution qui sortit de cette nouvelle crise , plus radicale que celle de 1842 , fut atissi plus décisive pour la bibliothèque ('). I^ès le mois de novembre de cette année 1842, M. Antoine Carteret, qui siégeait dans la direction comme représentant le corps municipal, avait demandé la nomination d'une commission d'enquête sur la bibliothèque , sur son état actuel , ses ressources et sa véritable situation vis-à-vis de l'Etat et de la ville de Genève depuis le nouvel ordre de choses. La direction « se jugeant suffisamment informée , dé- » cida qu'il n'y avait pas lieu de donner suite à cette proposition ('). Peut-être eut-elle tort. Quoi qu'il en soit^ la révolution àh IMO trouva la qnestion de propriété en suspens^ et la constitution de 1847 la trancha en faveur de la ville de Genève, en ayant sans doole égard à ce que le budget municipal faisait depuis long-temps la grande majorité des frais de l'entretien de cet établissement (>). La remise complète de la bibliothèque à la ville de Genève entraîna plusieurs conséquences nécessaires , mais qui toutes ne se firent pas sentir en même temps. D'abord la Société économique^ qui avait coHiânué à être représentée dans la direction par M. Mallet , docteur en droit et avocat, cessa d'y exercer aucun contrôle, et

(*) Le budget de t8/i2 est ainsi établi :

Recettes.

Solde en caisse, reliquat de 1841. . . F. 1,665.

Allocation municipale » 4,690.

Id. de la Société économique . .. > 1^295.

Total : F. 7,640.

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