SECONDE PARTIE
ANS une première partie , traitant de Fhistorique de Notre-Dame de Reims , nous en avons étudié les constructions successives ; nous Tavons vue , avec toutes ses dépendances, telle que Font faite les âges de foi. Nous avons dit les embellissements qu’ajouta le XV^ siècle , les chapelles peintes, les autels sculptés, le jubé , la clôture de pierre ; nous avons gémi sur les ruines qu’amoncelèrent dans Notre-Dame le mauvais goût du XVIIIe siècle et la générosité d’un trop célèbre chanoine. Nous avons pleuré sur les profanations qui s’accomplirent dans le temple saint, de 1790 à 1800. Ces dévastations commencent à disparaître. Un sacre a rendu à la cathédrale une partie de son antique splendeur ; des restaurations intelligentes ont été entreprises : elles se poursuivent sous l’impulsion d’un prélat dont les âges futurs rediront la munificence ; elles sont dirigées par un architecte des plus distingués. Aujourd’hui , d’ailleurs , un amour sérieux ,
raisonné du style gothique a succédé à l’enthousiasme pour les formes grecques et païennes.
Ces restaurations, nous les avons mentionnées. Nous avons ensuite parcouru la vie du monument depuis les premiers instants de son existence jusqu’à nos jours; nous avons redit les évènements auxquels il a pris part , les sacres, les conciles dont il fut le théâtre ; ses usages intimes, sa liturgie si belle et si pieuse.
Cette première partie de notre travail était aride, il est vrai ; il fallait de la patience pour compulser les vieux manuscrits, pour analyser les anciens cérémoniaux, pour dépouiller les livres de fondations. Mais du moins nous marchions appuyé sur des faits , sur les témoignages de l’histoire. Il nous suffisait de citer les récits des annalistes, les devisdesarchitecles. La reconnaissancenous fera toujours un devoir de reconnaître les secours que nous ont rendus, et les ouvrages imprimés sur la cathédrale, et les mémoires que nous regrettons de ne pas voir imprimés, et les notes qui nous furent confiées.
Maintenant, nous sommes en présence du monument lui-même : il nous faut le décrire. Un sentiment d’hésitation s’empare de nous. Comment peindre cette basilique, toute parée de ses guirlandes de fleurs, percée de ses lumineuses ogives, vivante de ses innombrables statues, élevant ses clochetons aigus comme autant de soupirs de reconnaissance et d’amour, portant au front la glorieuse bannière de Jésus-Christ, signe de salut et de rédemption ; étendant sa grande ombre protectrice sur la cité agenouillée à ses pieds? Comment redire dignement les pensées, les mystères, la poésie répandus dans tous les membres de ce vaste corps? Car ici tout porte à la méditation, tout prie, tout adore ; chaque pierre redit un mystère, rappelle un miracle. Les colonnes, semblables à des sœurs, s’élèvent visà-vis l’une de l’autre, et, en se rencontrant, elles s’inclinent et s’embrassent comme les prières qui s’unissent au pied de
FElernel. L’ogive , en s’élançant, porte jusqu’au ciel l’hommage du peuple chrétien. Qui donc pourrait voir la cathédrale de Reims sans l’aimer , sans l’admirer ? Elle est toujours belle, toujours magnifique , soit que le soleil la salue à son lever, soit qu’en plein midi il l’inonde de ses rayons, soit que, le soir, il la dore de ses derniers feux. Qu’elle est belle encore pendant une nuit étoilée, alors qu’à la clarté de la lune, elle revêt une physionomie nouvelle ! Les arcs-boutants, les piliers, les pyramides, les balustrades, les pignons, les niches, les statues qui se dressent, se courbent, s’élancent, rampent, se prolongent en saillie, apparaissent comme une légion de fantômes qui s’animent et se mettent en mouvement. Le voyageur attardé vient-il à passer devant l’édifice , les saints qui veillent au seuil du temple , semblent lui dire : Ayez confiance , nous veillons sur vous.
Nous ne craignons pas d’exagérer, en racontant les magnificences de Notre-Dame de Reims. Nous ne redoutons pas le reproche de partialité envers ce monument, objet , depuis tant d’années , de nos études et de notre amour. Ce que nous appréhendons, c’est de rester beaucoup au-dessous de notre sujet, et de diminuer peut-être par notre travail l’admiration si légitime que sa vue inspire à tous.
Dans cette description, nous irons du dehors au dedans. Après avoir fait connaître les dimensions de l’édifice, sa position, ses éléments de construction ; après avoir étudié son aspect général , son plan, son unité, nous considérerons en détail l’extérieur. Nous commencerons par les trois portails ; nous interrogerons leurs innombrables statues , pour leur faire dire à chacune leur nom, leur histoire; nous examinerons les tours restées incomplètes ; nous dirons les projets d’achèvement ; nous ferons connaître la sonnerie de Notre-Dame ; nous décrirons les ro-
saces, les fenêtres, les galeries, les combles, le carillon et le clochera l’Ange.
Nous pénétrerons ensuite dans l’intérieur de l’édifice. Il ne nous présentera pas les mêmes richesses. A l’ornemenlation luxuriante du portail occidental, va succéder une architecture sévère et d’une étonnante sobriété d’ornements. Le voyageur parfois s’en étonne. Espérons qu’une étude sérieuse de cette partie de l’édifice fera comprendre au lecteur que, même dépouillée, appauvrie, Notre-Dame de Reims mérite encore l’hommage de son admiration. Ici , comme pour l’extérieur , nous visiterons en détail chacune des parties de l’édifice : les colonnes, les chapiteaux avec leur flore variée , les voûtes si hardies , les fenêtres , les chapelles absidales en voie de restauration , le pavé, les pierres sépulcrales ; nous jetterons un coup d’œil rapide sur les orgues , sur l’horloge, sur les tapisseries, sur les tableaux, et enfin sur le Trésor, et sur les objets qui ont échappé au naufrage révolutionnaire.
Notre plan est des plus simples. Cette seconde partie sera divisée en quatre chapitres ri® Généralités;^^ Exté-rieur de Notre-Dame ; 3® Intérieur ; 4o Mobilier actuel.