ASPECT GÉNÉRAL DE L’ÉDIFICE
OTRE-DAME de Reims a la forme d’une croix latine; l’inflexion du grand axe qui se manifeste dans le corps de l’édifice est bien moins sensible que dans d’autres églises.
Dans sa longueur, elle a un porche à trois baies s’ouvrant à l’ouest, une nef centrale de dix travées, un transsept au milieu duquel se trouve le sanctuaire , puis une abside circulaire composée de onze travées.
La largeur offre une nef centrale et deux bas-côtés.
On pénétrait autrefois dans la cathédrale par onze ouvertures : trois au portail principal, trois au portail
nord, deux dans le transsept sud, une dans la première travée au nord; donnant sur la rue du Trésor, deux dans la première et la cinquième travée du collatéral sud. L’une de celles-ci est obstruée par le tombeau de Jovin , ainsi que les deux du transsept sud, par l’autel de la Résurrection. Au portail nord, une seule ouverture a été conservée : celle de gauche fait partie de la sacristie ; celle de droite, ouverte jusqu’au milieu du XVIIR siècle, a été fermée au moment où le Trésor fut établi dans cette partie de l’église.
Au-dehors, cinquante contre-forts, liés avec le périmètre du mur extérieur, maintiennent l’équilibre de l’édifice. Quarante piliers isolés et trente pilastres portent les voûtes à l’intérieur. Sept chapelles se développent autour du chevet: deux sont collatérales et rectangulaires aux deux côtés de l’arrière-chœur, cinq convergent vers l’axe de la nef.
Dans sa hauteur, la cathédrale se compose de trois parties ou étages principaux. Toutes les travées à l’intérieur et à l’extérieur sont reliées entre elles par des galeries hautes et basses, formées d’une suite de colonnettes et d’ouvertures à ogives.
On arrive à ces différents étages par sept escaliers spacieux : deux sont ménagés dans les tours du grand portail, et deux dans chacun des murs du transsept ; le septième, pratiqué dans la chapelle du fond, fut longtemps fermé ; il vient d’être rouvert par suite des travaux entrepris dans cette chapelle.
Cent ouvertures , symétriquement percées , se divisent ainsi :
lo Sur la façade occidentale, deux grandes roses, neuf lancettes , deux croisées ogivales.
Les bas-côtés sont éclairés par vingt-quatre fenêtres.
30 Le transsept en a huit, trois grandes lancettes et deux roses.
ASPECT GÉNÉRAL DE l’ÉDIFICE. 7
4® Dans chacune des deux chapelles collaléraies s’ouvrent deux croisées.
5“ Les cinq chapelles de l’abside comptent chacune trois fenêtres.
00 La grande nef reçoit le jour de vingt croisées supérieures.
7o Le sanctuaire est éclairé par onze fenêtres.
Si les verrières des bas-côtés n’avaient pas été détruites à une époque de triste mémoire , la cathédrale de Reims le disputerait facilement, par ce nombre de vitraux , par leur importance , aux cathédrales de Chartres et de Bourges, aujourd’hui sans rivales dans le monde.
Nous aurons l’occasion de constater qu’elle lient encore un des premiers rangs parmi les monuments religieux, par la richesse de son ornementation, et surtout par le nombre de ses statues.
A l’extérieur, elle compte deux cent onze grandes statues, de 8 à 4 mètres de hauteur ; cent vingt-six moyennes, de 2 mètres; neuf cent trente-sept de 60 à 70 centimètres; sept cent quatre-vingt-huit animaux de tout genre et de toute grandeur. A l’intérieur, il y a cent quatre-vingt-onze statues moyennes et cinquante animaux qui se perdent dans les chapiteaux. Ce qui fait deux mille trois cent trois statues et figures d’animaux.
Si maintenant nous examinons l’ordonnance générale de l’édifice, nous serons étonnés de la régularité et de la symétrie qu’il présente dans toutes ses parties.
La cathédrale de Reims est le jet en pierre d'une seule idée. Elle est faite, en quelque sorte, à l’image de la Trinité, ce dogme fondamental de la croyance catholique. Dans sa hauteur, dans sa largeur, dans sa longueur, l’édifice se divise en trois parties : trois étages, trois nefs, dont la principale se partage en trois portions à peu près égales : la nef proprement dite, le chœur , le sanctuaire.
Une comme idée, Notre-Dame de Reims n’est pas moins admirable par l’unité de son plan.
Le premier étage est une série d’arcs de triomphe : le mur d’enceinte disparaît, et se réduit en fenêtres élégantes, encadrées dans des contreforts saillants, qui forment comme les pieds-droits de chaque arc triomphal. Les trois portails ne rompent même pas cette uniformité de contreforts et de fenêtres encadrées et protégées par des piles saillantes. Les façades nord et sud remplacent les fenêtres géminées par de longues baies à lancettes , et la façade principale par des roses ou des quatre-feuilles surmontés de trilobés. Cette décoration ne dépasse pas en hauteur les vitraux des basses-nefs.
Au-dessus de ces fenêtres, s’élèvent les toits des collatéraux, dissimulés tout autour de l’abside par une galerie en pierre, qui devait régner le long de la nef.
Le second étage offre une similitude parfaite avec le premier. Ce sont des fenêtres semblables, séparées entre elles par les statues qu’abritent les contreforts. Aux différents portails, trois grandes roses inscrites dans un arc ogival simulent les fenêtres. Ce second étage est couronné, comme le premier, par d’élégantes galeries.
Le troisième étage est formé par les combles, dont l’élévation prodigieuse donne de la dignité au monument.
Contrairement à bien d’autres cathédrales , Notre-Dame de Reims est terminée ; elle n’a rien d’inachevé, d’incomplet, de disparate, et à part quelques détails d’ornementation, la partie primitive de l’édifice est en parfaite harmonie avec le portail principal, auquel on travaillait encore en 1430. Celui-ci , il est vrai , est plus riche, moins sévère que ceux du nord et du sud, mais le plan en est le même.
A l’intérieur surtout, l’unité est irréprochable.
On dirait qu’une même génération d’artistes et d’ouvriers éleva ces constructions si parfaitement ordonnées, si complètement harmonisées ; et cependant , commencées en
ASPECT GÉNÉRAL DE l’ÉDIFICE. 9
1212 , elles ne furent terminées qu’en 1430 , c’est-à-dire après 218 ans d’efforts et de sacrifices généreux.
(( Ici plus que partout ailleurs , on respecta l’œuvre du » maître; et si l’on veut se faire une idée de ce que devait » être une cathédrale conçue par un architecte au commen- » cernent du XIII® siècle , époque la plus belle de l’art » ogival, c’est à Reims qu’il faut aller ; si l’on veut avoir » une idée de ce que doit être une cathédrale duXIIR siècle » achevée, complète , c’est encore Reims qu’il faut prendre D pour type, en ajoutant les flèches au portail occidental, » et en relevant celles des transsepts (1). «
De celte rare et merveilleuse unité , en même temps que des proportions excellentes de toutes les parties , il résulte un ensemble qui produit sur l’âme une impression de pieuse suavité et de satisfaction intime, à laquelle échappent difficilement les hommes même les plus étrangers aux inspirations religieuses de l’art.
(1) Viollet*le-Duc, Dict. cV architecture,