VI. VITRAUX DE LA CHAPELLE ARSIDALE
Le besoin de vitraux peints se fil bientôt sentir^ surtout dans la partie absidale de l’église. La vue était continuellement fatiguée par le contraste des fenêtres hautes et de celles du bas. Pour y remédier, on fit exécuter des verrières de couleur, composées d’une série de losanges bleus, violets et jaunes du plus mauvais effet. Elles eurent pour principal avantage de faire regretter les fenêtres blanches qu’elles-mêmes remplaçaient.
Elles durent disparaître (piand Monseigneur le cardinal Gousset entreprit la restauration complète de la chapelle absidale de l’église. 11 la dota alors de trois verrières peintes et imagées , consacrées à la Très-Sainte Vierge.
Dans cette église, dédiée à la Sainte-Vierge depuis quatorze siècles et demi, elles nous donnent l’idée la plus entière de celte auguste Vierge ; suivant l’heureuse idée d’un apologiste moderne, elles nous montrent Marie dans le plan divin, avant l’Evangile, pendant l’Evangile et après l’Evangile. Nous voyons, dans une unité parfaite, son origine, sa vie sur la terre, et sa puissance dans le monde figurée par les miracles qu’elle y a opérés.
Dans les deux baies du côté de l'évangile, sont traduites en tableaux ces j^aroles des livres saints : Egredielur virga de radice Jesse. Jessé est étendu sur sa couche; de lui s’élance une lige lleurie d’où sortent à droite et à gauche les rois ancêtres du Christ. Marie s’épanouit comme une Heur au sommet de celte branche : El jlos de radice ejus ascendet.
Dans le bas de la verrière, le cardinal Gousset, dans l’attitude de la prière, dédie ces fenêtres à la Très-Sainte Vierge.
INTKHIEÜU. — VITRAUX DE LA CHAPELLE ABSIÜALE.
il Nous ferons ici remarquer que ce poiTraiL du cardinal [|1 donateur est une délicieuse miniature, d’une ressemblance parfaite, d’une perfection de dessin exquise. Pour en bien ' juger, il faut monter dans la galerie, au pied de la ver-
! rière. A notre avis, c’est un défaut. Les autres person-
1 nages aux traits grossiers sont reconnaissables de loin.
I C’est ainsi (pie les artistes du XIIP siècle avaient autrefois
I compris la peinture sur verre.
ÏLe vitrail du milieu raconte la vie de la Mère* de Dieu (1) : ~ I/ange apparaît à Marie et lui remet le message céleste ; — celle-ci se rend auprès de sa cousine Elisabeth et entonne le chant sublime du Magnificat ,
. extase de la reconnaissance et de l’amour; — elle donne le jour à rEnfanl-Jésus ; — les bergers viennent à la [ crèche; — les Mages s’y rendent également, précédés
B par l’étoile m\stérieuse; — Ilérodc ordonne le massacre
des Innocents ; — la sainte famille fuit en Egypte ; — Marie retrouve son divin Fils dans le temple, au milieu des docteurs; — Jésus et Marie assistent aux noces de Cana; — la Très-Sainte Vierge meurt, entourée des apijtres ; — son corps est déposé dans le tombeau ; — il est porté dans les deux par les anges ; — enfin, Marie, assise près de son divin Fils , reçoit la couronne que lui ont méritée ses vertus.
Les deux autres baies sont occupées par plusieurs miracles qui ont signalé la puissance de Mariesurlaterre (2). Peut-être pourrait-on regretter de ne pas voir figurer dans cette verrière quelques-uns des prodiges dont Flodoard nous a conservé le souvenir dans V Histoire de V Eglise de Reims,
(I) Ces médaillons se suivent de bas en haut, et de gauche à droite.
(2) Ils ont été choisis dans une Histoire des miracles de la Mère de Dieu, écrite au X11I™« siècle, par Gautier, abbé de Coi ncy, historien et poète, dont les œuvres, restées longtemps inédites, ont été enfin publiées de nos jours par le savant M. Hoquet, curé-doyen de Berry-au-bae.
.1^0 DESCUimON DE LA CATHÉDRALE DE REJMS.
Saint lldeplionse , archevêque de Tolède (058), pour avoir défendu la virginité de Marie, reçoit de ses mains une aube sans coulure dont il devait se servir tous les Samedis. — Des malades invoquent la Trés-Sainie Vierge ; ils sont guéris du mal des ardents. — Le moine Théophile, vida me de l’évêque d’Adana (587) , fait un pacte avec le démon et lui remet un écrit ; — il se repenl; la Sainte- Vierge lui rend cet écrit. — Saint Mercure, soldat, veut combattre Julien l’Apostat; il se met en priéies devant la statue de Marie ; — il coml)al cet empereur dans une expédition entreprise contre les l^erses et le blesse mortellement. — Des voyageui’s, voulant traverser la mer, sont assaillis au n)ilieu de la nuit par une tempête; un religieux les exhorte à invo(juer l’étoile des mers; Marie fait descendre sur le mal un cierge allumé qui les dirige. — Un religieux recouvre la vue après s’être mis en prière devant une chasse ciselée par lui, dans laquelle sont renfermées des reliques de la Très-Sainte Vierge. — Des ménétriers, pendant une épidémie, se réfugient, la nuit, dans une église ; la Mère de Dieu leur apparaît tenant un cierge allumé. Elle laisse tomber (]ueh|ues gouttes de cire dans un bénitier, et leur dit que tous ceux qui se serviront de celle eau seront guéris : Omties ad quos perveneril aqua ista salvi facti snni. — Saint Don, trentième évêque de Clermont, à la fin du VID- siècle, reçoit une chasuble des mains de la Très -.Sainte Viei ge, en récompense de sa t^iélé. — Dans un combat auprès d’Oiléans, des assiégés, (lu haut de leurs murailles, opposent à leurs ennemis l’image de Marie; un trait atteint la Vierge au genou, le sang coule ; dés ce moment, les traits reviennent sur les assiégeants. — Sous Théodore, Muselinus vient attaquer Conslanlino[)le : saint Germain intercède pour la cité ; Marie ap[)aroît au-dessus de celle ville, étend son manteau, reçoit tous les li\aits et les renvoie contre les ennemis.
INTÉI\1EÜU. — I‘KINTUI;ES de DA chapelle AnSIDALE. 8^21
Ces fcnèlrcs onl élc composées par M. Sleinliel et exécutées par M. Coffelier, dont la réj)ulalion est depuis lonp:temps établie dans le monde artisti(jue. « M. Steinhel, di- )) sait naguère M. Ferdinand de Lasteyrie, est l’artiste qui » a le mieux compris la peinture sur verre. Imitateur,
» sans pastiche, des meilleures épofjues de Fart, son des- M sin, toujours pur et d’une extrême distinction, rappelle » la naïveté et la grâce toute primitive des maîtres du XV^ » siècle. Chez lui, l’ornementation est sohre, la part des » accessoires convenablement laite et la disposition des D jjlombs Tort habile. I‘our l’exécution , M. Steinhel a w trouvé dans M. Coll'etier un collaborateur émérite, qui » sait mieux (ju’aucun autre comment et dans (juelles proî portions le verre doit être peint. Personne, en France, i> ne les a encore dépassés » Leurs travaux à la cathédrale en sont une preuve éclatante.
Ces trois verrières, par la nuance des couleurs, par la naïveté de la composition, par rornementation, par l’imperfection (si l’on veut) du dessin, [>ar l’irrégularité des verres, par la mise en plomh, rappellent hdélernent les œuvres du Xlll* siècle et s’harmonisent avec les vitiaux du second étage. Le temps, qui dépose sur les verrières cette poussière que l’on appelle la couverte du vitrail, leur otera, un jour, de leur transparence et foncera les couleurs.
Nous ne pouvons quitter cette chapelle , sans dire un mot des peintures exécutées sur les murs ; elles coniplètenl l’effet des vitraux.
« Les arcades ogivales qui régnent dans tout le pour- » tour inférieur, ont reçu une peinture représentant des » rideaux à fond brun , parsemé de dessins d’or, avec « franges d’or en chef et de^ crépines d’or à l’extrémité ï inférieure. Sur ce fond, drapé à l’aide de quelques w filets, se détachent les encadrements peints en rou<?e
» et en bleu d’un vif éclat. Plus haut, trois fenêtres » simulées, taillées de part et d’autre dans le mur de sé- 0 paralion et dans les contre-forts, en parfaite symétrie i
» avec les trois grandes fenêtres géminées qui forment |
D le fond de l’édilice , ont reçu des peintures en grisaille |; » dont le fini a trompé l’œil de plus d’un visiteur. Ce » sont des médaillons formés de filets noirs sur un fond )j gris; le filet d’encadrement, le meneau et la saillie de » la rose à six lobes , inscrite dans le tympan de la » grande fenêtre, au-dessus des deux baies, sont en rouge.
» Le tout, d’un cficl sévère, l’epose agréablement les yeux,
» sans les distraire, toutefois, de l’attention (ju’ils devront D tout-à-rbeure aux vitraux. Les colonneltes (jui, de disj> lance en distance, |)artenl du socle, et. passant entre les » fenêtres géminées , s’élancent jusqu’à la voûte, sont » peintes d’une couleur vert tendre, et sillonnées de lignes i) brisées de couleur blancbe. Ces colonneltes vont soute- » nir les nervures peintes en vert, liserées d’or, qui sup-
portent elles-mêmes la voûte d’azur , semée d’étoiles » d’or, qui symbolise le firmament, le ciel, le lei’ine de » nos es[)érances. Celte décoration, exécutée par .M. Défi nuelle, cpiia, d’ailleurs, fait ses preuves, révéle une pro- 1) fonde entente de l’art. Ce n’est plus ce badigeon qui 1) salit tant d’édifices ; c’est une vraie peinture qui em- 5 bellit et relève tous les détails. Les couleurs se délacbent » les unes des autres sans se beurler. Des traits habileï ment ménagés, des rinceaux bien exécutés, font res- » sortir les tons, comblent les espaces vides et établissent » partout riiarmonie (l). »
La peinture nous conduit tout naturellement à la sculpture et à l’étude de l’iconographie intérieure de Notre- Dame.
(l) Extrait du Rapport sur /a restauration de la chapelle absidalc , présenté au Congrès de Reims 1861, par M. l’ahbé JACorK>KT, chanoine honoraire de Reims.
ICONOr.RAPHIh: INTKRIEURE DE LA CATHÉDRAI.E. 3*23
ARTICLE Ville.
ICO.mUAPIIIK rNTÉlUKl RK DE LA CATHÉDRALE.
L’inlcrieur de la cathédrale ne possède de statues 1® qu’au petit portail communiquant autrefois avec le Cloître et donnant aujourd’hui dans une sacristie ; 2‘> au portail du couchant ; 3^ aux chapiteaux. ( Les dernières ont été décrites.)
Les autels sculptés auront leur description dans un autre article.