GRAND ORGUE
Pour concilier les divers senlimenls, nous croyons devoir distinguer ici doux orgues din'érenlos : un orgue moindre, existant dès le Xll|c siècle, ayant remplacé l’orgue de rierbert : il lut placé pendant longtemps sur le jubé (1) ; et un autre de plus grande étendue, construit en 1400, et placé dans le transse|)t nord. A celle épociue, Cocquaull, dans ses Tables^ mentionne les grosses orgues de Notre- Dame. Si nous en croyons Lacourt, ce dernier orgue aurait élé fait par Etienne Enoque. Endommage dans l’incendie de 1481, il fut réparé, ou plutôt refait à celle époque par Ilélre, avec la menuseric ('2).
La réédification du grand orgue, dès l’an 1487, est appuyée sur une décision du Chapitre (|ue nous relaterons
(1) Lacourt manuscrit, n® 39. « C’est sur le jubé qu'était autrefois » posé le jeu d’orgue, qu’ou a transporté depuis au-dessus de la porte » du préau, pour l’augmenter et lui donner plus d’étendue. »
(2) « Fait par Etienne Enoque, célèbre facteur. Il n’y en a que quatre, » en France, de pareille étendue et bonté. Tous les jeux sont doubles, » parce qu’on ne savait pas autrefois la transposition du clavier.
» Ce fut le nommé Hêtre qui le commença tel qu’il est maintenant. »
Ainsi, avant l’orgue de Hêtre, la cathédrale en avait déjà un exécuté par Enoque, et celui-ci occupait le transsept, et non le jubé.
Nous verrons, en outre, que, sur rencorbellemeut, étaient placées les armes des Ursins, ce qui reculerait l’existence de l’instrument au moins à 1469.
lout-'a-riieiire, el sur la copie du procès-verbal des dommages et interets causés à l’église de Notre-Dame par l’incendie du 24- Juillet (1).
Cet acte a été dressé le 18 Aoûl 1499, par Emeric Simon et Jacfjues Chariot, clercs de notaires royaux, demeurant à Reims, commis et établis par Gobert Doulcet, pour suivre el entendre les personnes.
On nous saura gré de rappeler ici les passages de ce procès-verbal, relatifs à l’orgue, malgré leur couleur de grimoire.
d Ont dit aussi qu’en ladite église ont été construües
» et édifiées de grandes orgues très- magnifiques, dont les » tuyaux sont tous de fin étain, pour lesquels faire il a » été employé, au rapport desdils Lorrain Warnel et » Jacques Jozebois, fondeurs et potiers d’étain, la quantité J» de 14,500 livres d’étain el soudures, valant le cent de M livres IG livres, qui font 2,320 livres, et ont attesté )i lesdils Henri Leroi, Thiéry Noblet el Oudinet Navarre, D maçons, que, pour faire les parpaings et l’échafaud sur » (]uoi sont assises Icsdiles orgues, el la chambre des )) soulllcls d’icelles, a élé mise et employée (ant en pierres, » crampons de fer, main-d’œuvre et plomb pour attacher » lesdils crampons, el montée de pierres, qu’en, peine de » salaire d'ouvriers, la somme de 300 livres 9 sous.
» Pareillement ont attesté Jean Régnault el Jean Dehéry, » menuisiers, que le bois el aussi la charpente et menui- » série dudit échafaud, sur quoi sont assises les orgues » et la chambre des soulllcls, la couverture d'ardoises qui D est hors et joignant l'église, les courtines de toiles cou- » vrant lesdites orgues, peintures el armoires d’icelles, B valaient au juste prix la somme de 700 livres.
(1) Copie e.i traite des origiaaujr, Adrien Havé, avocat cl liomme (le lettres . connu par son érudition sur Thistoire de la ville ; il mourut en 1817.
AMEUnLEMENT. — OIlGUES.
» Aussi nous ont aUeslc lesilils Oiubrl tic Morisson cl » Wicl-Bcrnicr, niaîlres organistes, qu' Oudin IlestrCj oru ganisic, constructeur des dites orgues, Vl eu pour scs sa- )) Inircs GOO livres loiirnois, cl ledit Oudin a dit, en se » plaignant, (ju’il n’était pas suffisamment payé et qu’il )j n’en cntreprcndroil pas autant pour mille livres (1).
» Et ont dit Icsdils Morisson et Hernicr, (jue le laiton et » fil d’arclial, et autres menues choses fournies auxdites orgues, jieuvcnt valoir cent livres et plus. »
Au total, cet orgue aurait coûté 4,020 livres 9 sous tournois.
De cet acte il résulte : 1“ que les grandes orgues actuelles fni’cnt construites par Oudin Ilélre, pour la somme de COO livres, et ()uc l’on y employa 14,500 livres d’étain ;
(jifelles étaient placées dans la croisée du transsept nord. Ce toit en ardoises qui est hors et joignant r église, celle chambre oîi était placée la sou/lhrie, en sont une preuve convaincante. Aujourd’hui encore, on voit à l’extérieur, au-dessus du portique du Jugement dernier, au portail nord, des crampons et des trous , restes évidents de la chambre extérieure où se trouvait établie la soufïlerie. Les souHlets communiquaient, sans doute, par le haut des grandes fenêtres géminées.
Plus tard, la soufïlerie fut replacée dans le charlrier ou carlulairc du cloître , et fermée par une grille. Une clochette attachée à l’arcade voisine de l’orgue faisait communiquer l’organiste avec le soufïleur. Le ferrement qui tenait la cloche est encore existant.
3" Le même procès-verbal nous insinue qu’en 1499, les
(1) Lacourt dit que « Houdin Heslre, constructeur dudit orgue, a eu » 600 livres pour la façon : il valait mieux que i,000 livres; il l’a fait à CO prix pour l’amour de Dieu. Les ouvriers qui ont fait le buffet et la » menuiserie on\ eu 700 livres. >*
(Note du Marlol'Lacourt, \om. p. 74^ mss.)
orgues étaient couvertes de courtines de toile, drapées en forme de rideaux.
La quantité d’étain employé nous fait connaître la grandeur et la puissance des orgues édifiées après 1481.
L’orgue augmenté attendait un artiste capable de lui faire produire de dignes accords. En 1487, le 20 Mars, d’après Lacourt, le (Ihapilre vota une augmentation de traitement à l’organiste (1).
Cocquault nous donne sur les orgues de 1487 quelques autres détails non moins importants.
« Lesdites orgues, dit-il , tiennent la largeur de la » croisée de ladite église, répondant directement à l’op- D posite du grand-autel, au coslé séneslre d’icelui.
î Sont de hauteur de bois pour le moins de GO pieds ; J) le plus gros tuyau a de hauteur 20 pieds, et pour gros- » seur 4 pieds ou une aune de Paris.
)) Lesdites orgues sont doubles. 11 y en a, avec les » grandes, un petit. Ils tiennent à iceluy par le bas et à 5 l’opposile du dos du joueur.
D II y a ès dites orgues 2,400 flûtes ou tuyaux, savoir, D aux grandes, 1832, et le reste aux petites.
» Aux grandes, il y a six grands soufUels de 10 pieds » environ de long et de moitié de large (2). »
Devant la montre, on coulait un grand rideau à compartiments carrés, avec une fleur-de-lis au milieu de chaque carré.
L’encorbellement existe encore. A gauche, étaient
(1) «« Ordinavil Capitulum quod aiigmcnlatio fiat slipendiorum orga- « nistæ et quod de cætero, anno quolibet, habeat pro suo salario summam » octo libranim Parisiensiuiu. » (Lacocrt mss., p. 73.)
Nos artistes modernes ne se contenteraient pas d’une somme aussi minime.
(•2) CocQUAUi.T, l. lit, p. 29 : Recueil de la grandeur, largeur de ledifxce de l'église de Reims.
AM KU BLEME NT