TAPISSERIES DU GRAND ROI CLOVIS
Ces tapisseries étaient jadis au nombre de six ; elles furent données à Notre-Dame de Reims jiar le cardinal de Lorraine, le 2 Décembre 1573 : « Monsieur de Reims, dit » Flodoard, estant de retour, donna à l’église, le 2 Dc- » cembre 1573, six grands tapis ; et est à remarquer que » jamais il ne retournoit à Reims qu’il ne rapportast des » dons pour son épouse, d
R ne reste à la cathédrale que deux pièces de celle précieuse collection, encore une des deux est-elle incomplète!
La première, conservée entière, représente : 1” /e couronnement du roi Clovis; 2« la bataille que livra le roi franc à Syagrius , et à la suite de laquelle Soissons fut soumis ; 3^ la prise de Soissons ; sur un plan plus reculé, le roi de Cambrai Regnacairey avec ses troupes y auprès du roi CloviSy bardé d'armures éclatantes.
C’est ce qu’exprime l’inscription en lettres gothiques qui se lit en haut de la tapisserie.
Eq ceste présente histoire est démontré la vie du roy Clovis,
roy de France ; et traicte ce premier chapitre comment le dit
Clovis, fils du roy Childéricq et de la royne Baronne (1 ), sa
femme, après la mort son père, fu couronné roy en grand magnificence.
(l) Lisez: Basinc.
Apres lequel couronnement fait en habondance de honneur et de noblesse, iceluy roy Gloyis manda partons les pays gens de guerre et les assambla, tendant aller assiéger la cité de Soissons.
Et en multitude de gens d’armes et habillements de guerre nécessaire à la besogne, ledit Clovis se part, et poussa son siège devant la dite citée de Soissons, et furent de son costé faictes plusieurs proesses au devant de la dite place.
Et finalement par force de proesse et vaillance conquist et mist à son obéissance icelle cité , et en repuisa hors Soages, capitaine dudit lieu, quy estoit fils de Gillon le Romain.
On ne sait ce que l’on doit le plus admirer de l’originalité des figures, de la forme et de la somptuosité des vêlements, du brillant et de la variété des armures, de l’éclat et de la vivacité des couleurs, ou bien de la vie et du mouvement dont l’artiste a su animer sa composition. On croit entendre le cliquetis des armes, le hennissement des chevaux, le choc des combattants, comme aussi les cris des vainqueurs et les gémissements des blessés. C’est (dit M. L. Paris, dans l’ouvrage des Toiles peintes de Reims) un admirable tableau, où le génie militaire du XV^ siècle semble revivre tout entier.
La seconde nous offre V Alliance de Clovis avec le roi Gondebaudy et nous rappelle comment Aurélien vit la princesse Glotilde.
On voit : 1® Clolilde recevant le député de Clovis et les présents de ce roi. Aux côtés de Glotilde, se tiennent des jeunes filles de sa suite, qui considèrent avec curiosité les riches parures qu’on vient de lui offrir. — Plus loin, on retrouve Clolilde au bas des marches de l’église d’un mouiier^ répandant ses largesses. G’esl bà qu’un mendiant pré-
AMEUBLEMENT
TANSSEBIES.
Iciidii lui prend la main et la porte audacieusement à ses lèvres. De retour dans ses appartements, la princesse mande le mendiant : il arrive et dépose aussitôt à ses pieds les dons que lui envoie Clovis. Ce mendiant était Aurélien.
II ne reste de cette taj)isserie que quelques fragments indiquant les sujets dont nous venons de parler.
La troisième, restée, à Tépoque de la llévolution, dans les salles de la municipalité, gisait roulée dans un coin obscur des greniers de rilôtel-de-Ville ; mais une demande faite à la mairie a fait connaître (jue celle belle tapisserie venait d’élre vendue à vil prix, comina vieillerie, à un brocanteur.
On y voyait : V /a défaite des Francs dans les plaines de Tolbiac, et Aurélien montrant à Clovis le ciel comme son unique ressource ; — Clovis reprenant courage et remportant la victoire ; — son arrivée à Reims ; — 4^ son baptême des mains de saint Remi.
La quatrième a pour sujet la fondation de l'église Sainte- Geneviève et la guerre contre Alaric.
Voici rinscri[)lion qui la couronne :
Les coscs ainsi faites, ledit roy Clovis et ClotiUlc sa femme
se partirent et vinrent en la cité de Paris, auquel lieu ils tirent fonder
[une église
en riionueur de saint Pierre et de saint Pol, qui de présent est appelée
[Sainte-
Geneviève, en laquelle église reposent le corps d’iceluy roy Clovis et sa
[femme.
Après l’église parfaite, Clovis lit armer et ala contre Gondebauld, roy de Bourgogne, lequel avoit fait mourir le père et la mère de la royne Clotilde. El tant fit Clovis par puissance d’armes , que iceluy roy et toute Bourgongne se submist à sa volonté.
Après le dit Clovis alla contre Alaricq, roy mescréant ; et comme il estoit près de Tours, il envoya les messaiges faire oblacion à Dieu, les-
[quels en entrant
en l’église Saint-Martin, ouirent canter un ver du psaltier, disant: Præ-
[cinxistî
me Dne virtute. El lacjuelle cause moslrant victoire, ils raporter and.
[Clovis.
Et moult joieulx dudit signe de victoire, chemina jusques à ung fleuve, lequel par habondance d’yaues il ne pooit- passer ; luy fist son oraison à Dieu, et incontinent par miracle divine, se apparu devant )y .1. blancq chéri', lequel passa ladite iaue, et le suivi ledit
, [Clovis.
Celte tapisserie n'est pas entière : le milieu a été raccommodé avec une pièce diiïérente, prise d’une des tapisseries de la môme collection. Celle prétendue restauration jette une grande confusion dans le tableau ; cependant on découvre avec un peu de peine, à droite et à gauche, des sujets entiers. A gauche, se trouve la fondation de l’église Sainlc-Geneviévc ; à droite, est la défaite de Gondehaud, meurtrier des parents de Clolilde ; plus loin, la merveilleuse traversée delà Vienne: un cerf lancé par des chasseurs se [irécipite dans l’eau et montre à l’armée des Francs l’endroit guéahle de la rivière. Ce qui manque delà tapisserie représentait la défaite d’Alaric par Clovis.