AMEUBLEMENT. — AUTELS EN LOIS
il!
La tribune repose sur un cul-de-Iauipe sculp'.c, où sont en relief les figures symboliques des (jULlie Eva!ig'’listc;?. Elle est abritée par un abal-voix porté par deu.x [)almier:‘, et couronné par un trophée de sculptures (laîis les(juo!les on distingue plusieurs allribuls : le livre (!e la doctrine, Tancre de l’espérance, le llambeau de la foi.
Un riche bas-relief décore le devant de la chaire. Dans l’église de Saint-Pierre, l’artiste ne pouvait choisir un sujet plus convenable qu’un trait de la vie du saint apôtre. Aussi voit-on couché et appuyé sur une béquille le boiteux guéri par lui à la porte du temple.
\r AUTELS EN ÜOIS, Cüii?£SSioC:iAUX , SA^nîSïiLt;.
Il ne nous reste plus à indiquer, parmi !(is lioiseries de Notre-Dame, (ju’un aiileleii chêne sculpté, placé dans une des sacristies de l’église ; un second auld en chêne, onié de panneaux peints sur bois, dans la chapelle souterraine de l’archevcché ; douze confessiQunaux , dont rougiraii la plus modeste église [quatre nous (oit été légués parla Dévolution, et proviennent de SaiiU-Symphoricn et de Saint- Michel (^:,] et enfin les lambris de la nouvelle sacristie des chanoines. Ils furent exécutés avec un soin remaiajuable, par M. Geoffroy, de Pveiius, sur les plans de M. Brunelte. M. Bandeville , habile sculpteur (père de M. i’abbé Bandeville) , fut chargé d’une partie de la sculpture ; M. Grandidier entreprit tous les ferrements. Ici , comme ailleurs , on reconnaît le goût et le fini de la serrurerie exécutée par cet habile maître.
Ces boiseries , pour nous , n’ont qu’un défaut : c’est qu’elles ont absorbé beaucoup tro[» d’argent.
(2) Tome 1", p. ^^30,
La sacristie des chanoines est inutile ; elle est trop éloignée des portes d’entrée, et l’humidité détériore tout ce qui s’y trouve renfermé (1).
TAPISSERIES
COiNSEKVÉES A LA CATHÉDRALE DE REIMS.
Les tapisseries de Notre-Dame sont toutes empreintes de l’esprit religieux du Moyen-Age ; elles nous donnent une idée de la naïveté des croyances des vieux âges ; elles nous retracent la foi vive et poétique de nos pères. A ces litres, elles méritent un examen spécial, une élude détaillée.
Nous ne chercherons point ici à jusiifier la présence des tapisseries peintes et historiées dans nos temples chrétiens. Dés les premiers siècles, le nombre des ornements de ce genre était prodigieux dans les basiliques de Rome ; dès les premiers siècles, Reims vit de splendides tapisseries décorer les parois des saints lieux. Grégoire de Tours, dans le récit de la cérémonie dirbaplémê de Clovis, nous a montré les rues ombragées par des toiles peintes et les églises ornées des tentures les plus riches. « Telis depictis » adumbranlur plateæ, ecclesiæ corlinis albenlibus ador- » nanlur (2). d II ne serait pas difficile de prouver que, depuis saint Remi, l’usage d’orner ainsi la métropole de Reims s’est, de siècle en siècle, et sans interruption, continué jusqu’à nos jours. Nous avons cité, d’après Flodoard, les riches tapisseries données à la cathédrale par Ilincmar et par l’archeveiiue Dérivée (3). De temps immémorial, les rois, à leur sacre, faisaient de riches dons à Ndlre-
(1) En creusant autour de la sacristie un fossé d’assainissement, ou découvrit une mosaïque romaine. L’architecte la fit replacer dans la chapelle de Saint-Jean, auprès de la pierre de Libergier. Elle n’a rien de remarquable.
(2) Tome l«^ PIÈCES justificatives, p.518.
(3) Tome 1", pièces justificatives, p. 382, 383.
TAPISSERIES
AMEUBLEMENT
Dame (le Reims, et laissaient liabiluellemenl à la fabrique les lapis qui avaient servi à la décoration du temple.
Quant aux arebeveques, c’était une obligation qu’ils conlraclaienl à leur avènement, d’offi’ir à l’église quelque somptueux bommuge (1), et il arrivait frécjuemmenl, surtout au temps de la grande renommée des tentures de Flandre, que cet bommage consistait en tapisseries bisloriées, destinées à décorer les murs des nefs, cl surtout la clôture intérieure du chœur (2).
Ces tapisseries servaient pour rornemenl de l’édifice ; un les repliait dans les lem[)S de pénitence; aux jours de grande solennité, les sonneurs déployaient les plus riches (3); ils en ornaient le c’iœur, les basses-nefs, les murs du préau, et peut-être môme les maisons voisines, dans les processions extérieures.
Outre les tapisseries (rilincmar, d’Ilérivée. de Régnault d<‘ Chartres, de Juvénal des Frsins, l’bistoire doit sur-
(1) Pour ilonucr uno idée de la richesse de ces dons, nous rappellerons le le^s fait en iiô7 par .lacques Juvénal desUrsins: « Ilcnieidem ecclesiæ » P.cmensi Icgo sex magna tapéta mea quæ suut de armis ecclesiæ præ- » fatæ et meis, ut tendantur in ciioro præfatæ ecclesiæ diebus festi\ is, et » volo ut hoc Copitulum üla recipiatetse obliget ita facere. «
11 fait ensuite un legs de tapis de moindre a aleur, pour couvrir les banquettes des chanoines. « El ont les exécuteurs testamentaires, dit un » acte joint au testament, estimé lesdits tapis et banquiers (couvertures » de banquettes) la somme de six cents écus d'or.
(2) Régnault de Chartres est signalé dans riiistoirc de Reims comme ayant enrichi son église de magnifiques tentures ; c’est de lui, si l’on en croit la tradition, que la cathédrale avait reçu cette belle tapisserie « où » estoit représenté le roi Charles Vil allani faire son entrée en la ville de b Reiais pour y estre sacré, à la conduite de la Pucelle d’Orléans, en » U'29;» tapisserie dont il existait encore un fragment en 1807, lequel a disparu depuis, sans que personne puisse dire ce qu’il est devenu.
{Toiles peintes et tapisseries de la ville de Tteims.)
(3) Tome p. 338. — V. aussi le testament de Juvénal des Ursins, cité ci-dessus.
MA DESCRIPTION DE LA CAïIlÉDRALE DE REIMS.
îolU mentionner les douze pièces données par Robert de f.enoncourt, les six dont le grand cardinal de Lorraine enrichit sa cathédrale. Notre-Dame les possède encore, il n’en est point de même des six pièces de Beauvais, dont le cardinal de Guise ornait la nef aux grandes solennités, des vingt-el-ime magnifiques tapisseries que ce prélat, le plus riche de France, possédait encore pour les besoins de i’église : sept retraçaient l’iiistoire de Jacob ; six autres rappelaient David et son combat contre Goliath; sur les huit autres se lisait l’iiisloire de Débora.
D’autres dons augmentèrent la précieuse collection de l’église métropolitaine. Le Chapitre pourvoyait aussi à ses besoins en ce genre.
L’estime que le Chapitre faisait de ces tapisseries se prouve encore par le soin qu’il mettait à leur, entretien. Ijualre fois l’an, les coùlres devaient les sortir, les battre et nettoyer; signaler les pièces qui demandaient àêtrerentraitées, doublées ou rafraîchies. Les irais qu’entraînaient ces restaurations n’arrêtaient point le Chapitre : le 29 Avril i050, il paie à Gilles Gadret et à Guy de Lanoy la somme énoi me de o,500 livres tournois, pour la simple restauration des dix grandes tapisseries du fort roi Clovis.
De cette magnifique collection de tapisseries que possédait autrefois la cathédrale de Reims, il ne reste plus que les douze pièces de Lenoncourt, les tapisseries du grand roi Clovis, don du cardinal de Lorraine, celles que fit Pepersack, è la demande de Henri de Lorraine, et enfin les (jualre pièces que le Chapitre commanda à Lombart, d’Aubusson.
Les autres ont été détruites ou ont disparu à l’époque de la révolution de 1793. L’inventaire de 1790 mentionnait encore six pièces de tapisserie, quatorze dites tentures, trois dessus de porte, douze pièces tentures, trois autres dessus de porte, trois pièces basses, quatre pièces
AMIUim.KMENT. — TAF'ISSEKIES.
ii’ois ]:iccos très-lüîSi'es ci de vieilics .v^’r/V.ç. r'nmf! ranü'rue rnihéiJnjile dos sncrcs devint un lee'jasiii à rounTif'-es (1), les la|d‘^sories rxsscrent d’orner les murs des Fiefs latérales; une partie , cependant, vin? couvrir les cluhires de cliarfiento ol de mnçouriei-ic (-ui scpnnd. nl les Jacobins et in Sooié;;^ populaire des magasins de la irpul)lii['je. Cejiauulan! ?.i. ilergeat, le conservateur (lu niuséu, îo.t.c un zèle in!niig*;.jj|e, s’occupa de sauver d;; la (!eslrncii:m les olijcls d’art encore subsistants : les tapisse; les lurent iraui iérc's d n.-; un * saile de rîI(Vel-deville et soigneusement rvj:.l!*«?s ju;-<jidau jr'i i* oii serait conc.'ui' un local favoi-able à I :ir cnpo.'iîi.ui . M:i(\s (*[;.ienl eucoî-c au nom;)re (’e ('.eut cim^-o-nîe.
Ouand le c-uNe fut r:*.îabli, <pin- d les rL:ii.'e;: ronlnjrcnt ‘ '1 iiossesFK 11 (Je leur mobilier ‘^auvé du naufrage révoluli.-nnaire, les tapissoiics furent :m [di(|ii('es aux murs des nefs latérales ; (;i’..:‘kjiie.s-uncs seiviroiit, iiiaiboni’eusenionl, à couvrir le [> avé eomne d^ vnlgaii-es l.-pis.
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On se pluignai! cepen laui de In (]is[>os:îion de ces (a* pisscries dans redifiee. v Foies inte; rompent d’une manière » désagré<ahle les lignes n;'( liitectnrcdes , sous prétexte de » présenior :■ Ficil de forl mauvaises copies de beaux lableaiix (’c j’a.ncienac (X’ole italienne.... On ajoutait (pj’clles .absorbc-ni les sons répercutés par les murs , et brisent l’harmonie du chant ecc^ésinslione.
(i) Tonu' I"
Dominé par ces pensées, le conseil de fabrique fil enlever el replier les quaranle-qualre tentures qui décoraient les murs de Notre-Dame.
Des réclamations eurent lieu: les tapisseries furent tendues (le nouveau. Elles descendaient jusqu’au soubassement.
On prétendit alors qu’elles pouvaient recéler des voleurs (jue la surveillance des gardiens ne pourrait soupçonner sous ces lourdes tentures. On les suspendit à un mètre audessus des degrés de pierre.
Mais, ici, elles coupaient réellement les lignes arcbilecturales. Le bon goût , l’arcbéologie pouvaient réclamer. Pour faire droit à ces plaintes nouvelles, ôn prit le parti de les reléguer dans les galeries ; là, elles ne détruiront aucune ligne barmonique ; elles lemplaceronl avantageusement , au triforium , le fond bleu qu’avaient peint les artistes de 1825; seulement, ceu.\ qui n’auront ni le temps, ni la volonté de visiter les galeries, ceux pour qui , celte ascension sera peut-être difficile, sinon impossible, seront privés du plaisir de voir ces riebes tentures que la piété de nos pères aimait à contempler.
il est donc de notre devoir de les décrire. Peut-êlie inspirerons-nous à quelque visiteur le désir de se transporter en face de ces monuments remarquables de la Renaissance^ en attendant qu’on leur trouve une place qui soit plus conforme aux intentions des donateurs, plus en lapporl avec la destination de ces tableaux religieux.
1o TAPISSERIES DE RORERT DE LENONCOURT.
Robert de Lenoncourt, le même qui donna à l’église de Saint-Remi, la belle ta|)isserie de dix pièces (ju’a publiée M. Achille Jubinal, offrit à Notre-Dame une autre tapisserie de quinze pièces. Elle représentait l’iiisloire de la Sainte-Vierge, envers laquelle Robert de Lenoncourt se montra toujours si dévoué. « La charité de Monsieur de
A.MEIJÜI.KMKNT.
TAI'ISSEHIKS.
>1 lieims n’cbluil oisive envers son église, dit, en |jnrl;int ü (le ce prélat, un historien du XVlle siècle : il donna, en » 1oi]0, une très-belle tapisserie pour entourer le chœur,
D afin d’en honorer Dieu , en laquelle est représentée la »> vie de la Vierge. »
Ces [iiéccs ont à [leu prés la même dis[)Osilion. Le sujet principal , (pii est un êvcnemcM de la vie de la SainiC‘Yicr(jc y se trouve au premier plan, sous une espèce de porticjue élégamment orné et martpié aux armes de Lenoncourt, écartelées avec ccdles de Notre-Dame de Deirns. Le fronton de ce porti(|uc ofi're une inscri|)lion latine relative au sujet; au-dessus est une scène céleste. Sur chacun des cotés de la ta[dsscrie, dans la partie inférieure, sous un verset de l’Ecriture, est un personnage biblicpie représentant l’auteur sacré qui a écrit ou prononcé les paroles de ce verset ; et dans la partie supérieure, on voit des figures de l’Ancien Testament, qui se rapportent au sujet piincipal. Au bas de chaque lajiisserie est une légende rirnéc, rappelant les divers sujets qui y sont contenus.
1. La première tapisserie nous offre V Intérieur du temple de Salomon. On lit au-dessus du portique : Te^nplum Salomonis. Au milieu d’une foule nombreuse , Joachim et Anne sont venus présenter leur offrande au Seigneur : Infecunda lulit Joachim vota sacerdos. Celle offrande est repoussée par le grand-prélre , a cause de la stérilité d’Anne : Indignum est, Joachim, te mimera offerre, eo quod non fechti semen in Israël. Le personnage placé à gauche, à l’angle inférieur, semble indiquer que la slérililé est une malédiction du ciel : Maledictus qui non fecerit semen in Israël; celui de droite annonce l’aumône comme un moyen de la faire cesser : Famelici satura ti sunt donec sterilis peperü (1 Rois, 2); et, en effet, un mendiant tend une sébile dans laquelle il reçoit qucl-
qiies pièces de monnaie. Au-dessus, comme figures, on voit, à gauche, la punition d’Adam et d’Eve, source des malheurs dont Marie devait être comme la réparatrice, avec cette inscription au-dessus : Ejecit Dominus Adam, et collocavit ante Paradisiim voluptatis Cheruhim, et flammeum gladium atque versatilem, ad cusiodiendam viam ligni vilœ (Gen., 3) ; et au-dessous : Pellitur Eois sü pjrothoplauslus ab hortis. A droite, le vœu d’Anne, femme d’Helcana et mère de Samuel. Anne prie : Domine^ si dederis servœ tuœ sexuni virilem , dabo cum Domino omnibus diebus vitæ ejus (ï Rois, i). Le grand-prêtre Héli la juge mal : Usquequo ebria cris ? digéré paulisper vimim quo modes (Ibid.). Les sentiments d’Anne sont exprimés dans ce vers : Prolis inops , non mentis egens, fert jurgia vatis. Légende générale :
Adam et Eve hors Paradis terrestre Sont en misère et calamité.
De Joachim refusa le grand-preslre L’oblation pour la stérilité.
La femme llelchane vient au temple, éplorée , Suppliant Dieu de luy donner enfant, Ouoique de llely, prestre, fust democquée , Son oraison le ciel pénètre et fend.
IL La seconde tapisserie n’a qu’un seul sujet. Joachim, rebuté par le grand-prêtre, va tristement visiter ses troupeaux, comme l’indique ce vers : Tristis adit lœtum pkano depulsus ovile. Un ange vient le consoler en lui disant : Amia, nxor tua pariet filiam tibi , et vocabitur nomen ejus Maria. D’un autre côté, Anne, tjui est occupée à la lecture des saints livres, reçoit aussi la visite d’un envoyé céleste, (|ui lui dit : Lœtm ab œtherea venio tibi nuncius arce. Il lui promet un enfant dont le nom retentira dans tout l’univers : In omnem terrain exiet seminis lui sonus. Les deux époux reviennent pleins de joie : ils se
AMEUnUiiVlENT.
TAMSSEIUKS
rcnconli’cnl OLiprès delà porte Dorée, el s’embrassent, nonnobstant les regards des curieux qui sont aux fenêtres. Celte rencontre, fpii fait le sujet principal, est ainsi annoncée au-dessus de la porte : Aurca virgineo concepUi porta Ycfnlgcl. La poi le est baignée par un ruisseau dans lequel on voit des canards ipii nagent, une femme qui lave du linge, un beager (jui puise de l’eau, etc. Les personnages bibliques appliquent à l’enfant qui doit naîlie d’Anne ces paroles des livres sapientiaux : Ab inilio cl ante sœcula creata sum (Eccles., 24), et : Nondum crant abgssi^ et ego jam concepta eram. Ces divers événements, tirés, comme les précédents, du Prolévangile apocryphe de saint Jacques, sont rappelés dans celle légende :
Par l’ango fut consolé .loacliiin.
Ayant promesse (pie la Vierge sacrée Issroitile Ury; lors vint, le chef enclin,
Hencontier Anne à Ih porte Dorée.
Et ailonc fust de la dame honorée Fait sans macule digne conception,
Ainsi (pie estoit do Dieu préordoiinée,
Pour aux humains donner rédemption.
111. Celle tapisserie n’a aussi ([u’un seul sujet : la Généalogie de Marie. De Jessé s’élance une lige, d’où sortent, à droite et à gauche, les rois ancêtres du Christ, et au sommet se trouve Marie, entourée de gloire. A gauche, au bas du tableau, est Isaïe faisant cette prophétie : Egredietur virga de radice Jesse^ et jlos de radice ejus ascendet (Is., 11). A droite, on voit Osée disant : Israël germinabü sicut liliiim J et crurnpet radix ejus ut Libani (Osée, 14). La legende est :
De la race de Jessé spécialle Ont nobles rois selon l’humanité Esté produicts, dont la Vierge royalle Est descendue plaine d’humilité,
Eta conceu, gardant virginité,
Dieu et homme sans le sceu de nature.
Les profèles l’ont dict en unité ,
Et préélevée royalie géniture.
IV. Dans la quatrième, le sujet principal est la Naissance de Marie. Des femmes donnent des soins à la mère, d’autres à l’enfant ; une servante puise de l’eau à une fontaine pour ce dernier objet. On lit sur le fronton : Prospéra lux unicum Mariam producit ad ortum . Le personnage biblique placé à gauche dit ces paroles : Sapientia œdificavü sibi domum (Prov., 9); l’autre : Fons ascendebat e terra irrigans universam super ficiem tenace (Gen., 2). Les figures sont, à gauche, la lutte de Jacob avec l’ange, à laquelle l’aurore vient mettre fin, avec ces inscriptions : Dimitle me, jam enim ascendit aurora. — Non dimittam te, nisi benedixeris mihi (Gen., 32), et ce vers : Rorida complexus longos aurora resolvit; à droite, la prophétie de fialaam , entre ces paroles : Orietur Stella ex Jacob qui
(Nombr., 24), et ce vers : Fastidium [sic) rutilât ..Balaam sydus in orbe. — Légende générale :
L’ange lula à Jacob longue espace,
Puis luy donna sa bénédiction,
.Ralaam nonça qu’une estoille, par grâce,
Dudit Jacob naistroit sans fiction.
En déraonstrant que l’incarnation Du fds de Dieu en la Vierge viendroit ,
C’est que Jhésus, pour la salvalion De tous humians, de Jacob descend roit.
V. Sujet principal. Présentation de Marie, enfant, au temple de Jérusalem.
Quoique cette tapisserie soit presque totalement détruite, nous allons en donner la description.
Marie est à genoux sur les degrés du temple; le grandprêtre lui tend les bras.
AMEUliLEMENT. — TAPISSERIES. 4^1
Le prophète Jérémie, témoin de cette consécration de Marie, prononce ces paroles : Lætahüur vhrjo in choro (XI.) De Tautre côté, David , h la vue des jeunes vierges qui suivent Marie, s’écrie : Addiicenlur régi virgincs post cam. Celte scène se passe dans le temple, au fronton duquel se lisent ces paroles : Tt gradibus templo. — Firma hæc terquique dicata.
La figure à gauche rappelle Jephté, arrivant à sa demeure après avoir fait à Dieu le vœu indiscret de sacrifier la première personne qui viendrait à sa rencontre. Inlulerunt sacerdotes arcam fœderis Dornii. in locum simm (Rois, 5|. Archa dio Salmori archana sacello.
A droite, la fille de Jephté se présente au grand-prêtre; elle est à genoux entre deux personnages, et prononce ces mots : Pater mi , si aperuisti os lunm ad Domn., fac mifii quodeumque pollicüv.s es.
L’arche ilu temple par solennel f^râce Jepté voulant luire sacrifice Joachim et Anne a Dieu sempiternel Sans tache avoit de vice originel.
Ainsi prcsenloit devant Emmanuel
De la fille au roy célestiel
Qu’ont présenté au sainct temple Marie ,
Quy se vouais sans qu’elle contrarie
VI. Sujet principal , Travaux manuels de Marie. La jeune Vierge, qui travaille h une sorte de tapisserie , est entourée de belles allégories qui indiquent ses vertus et ses prérogatives. On lit sur le portique ces paroles que Dieu adresse à sa fille bien-aimée : Tota pulchra es , arnica mea, et macula non est in te (Cant.^ 4). Aux côtés sont les emblèmes de la virginité, c’est-à-dire, deux licornes dressées contre un pilastre , et qui semblent rendre hommage à Marie. Les personnages bibliques font son éloge, celui de gauche, en disant ; Operata est consilio
mannum suarum (Prov., 31) ; l’autre : Bhillce fUiœ congre ■ fjaverunt divitiaSj lu supergressa es universas (Ihidi.). Audessus, à droite et à gauche, se voieHt les diverses allégories indiquées par ces paroles : Plantatio rosœ ; Lüium inler spinas ; Spéculum sine macula; Fons horlortm; Oliva speciosa ; Turris David cum propugnaculo ; Puldira ut luna; Elecl a ul sol; Virgo J esse floruit ; Cedrus exaltala ; Puleus aquarum vivent ium ; Porta cœli; Civitas Dei ; Stella maris; Hortiis conclusus. — Légende générale :
Marie, Vierge chaste, de nier eslüille, l'orte du ciel, comme soleil esleue ,
Puits de vive eau, ainsi que lune brille,
Tour de David, lis de noble value,
Cité de Dieu, clair miroer, non pollue,
Cedre exalté, distillante fontaine Kn un jardin fermé, est résolue De hesoigner, et si de giAce est plaine.
Vil. Marie épouse saint Josepli. Le fronton a pour inscription : Rorida virgineo decoratur conjuge virgo. Les personnages qui sont aux cotés disent à la louange des époux , l’un : Confidit in ea cor viri sui (Prov., 31); l’autre : Yirum de mille ununi reperi (Lccles., 7). Les |
figures sont, à gauche, le mariage de ïobie, indiqué par I
ce vers : Fœdera septenis Sara percutit orba maritis ; à | droite, les noces d’Isaac, et ce vers : Traditur Isaaco speciosa Rebecca marito. La légende générale , un peu intervertie, doit être ainsi rétablie :
D’Asinodeus Sarra fut préservée,
Qui sept maris livra à mort cruelle.
A Thobie Dieu l’avoit observée, !
Selon la loy fust joingt avecques elle.
Isaac pour femme cust Rebecca la belle ;
Car Abraham luy en dict la manière ; ;
Et Joseph print Marie vierge pucelle , |
Que Dieu garda chaste, pure et entière.
AMEUBLEMENT
TAPISSERIES
VJII. Le sujet principal de la huitième tapisserie est V Annonciation. L’ange Gabriel , en chape, fait à Marie celte salutation : Ave, gratta piena , Dominus teciini (Luc, 1). A gauche, non loin de la Vierge, mais en dehors du porli(|ue^ est .losepli occupe à ses travaux. On lit sur le fronton : Virgo sab.datur, intacta-rnanens gravidatur. Le personnage de gauche est Isaïe prédisant : Ecce virgo concipict et parict fdium (Is., 7); celui de droite est David, (|ui dit : Descendet Dominus sicul pluvia in vellus (Ps. 71). Au-dessus, à gauche, est la tentation d’Eve, cause de l’incarnation, puis ce vers : Vipera vim perdit, sine vi patiente paella; à droite, on voit Gédéon, invité par un ange à se mettre à la télé des guerriers (}ui l’allendenl, et contemplant, pour signe de sa mission, la pluie qui arrose la toison sans mouiller la terre. Ces faits sont indiqués par ces paroles de l’ange : Dominus tecarn, virorum forlissime (Juges, G), et par ce vers : Rore madet vellus, permansit arida tellus. — Légende générale :
Le vil serpent faulceiiient argua Nostre more Eve, et enfin la iléceupt.
L’ange divin Marie salua,
Se humiliant, le Fils de Dieu conceupt;
Et Gédéon, noble juge, receupt Signe céleste au mondain territoire.
Par la pluie ou la rosée qui client Sur la toison en signe de victoire.
IX. La neuvième tapisserie a pour sujet principal la Naissance du Sauveur. A côté de l’Enfant-Jésus, on voit Marie, au-dessus de laquelle on lit : Qiiem genuit adoravit ; puis Robert de Lenoncourt, à genoux, dédiant ses tapisseries, et disant ces paroles : Per tua, Virgo, nieum tu pignora solve reatîim. Autour d’eux sont saint Joseph, derrière la Vierge , et plusieurs groupes de bergers qui viennent
adorer le Sauveur. Dans le fond se trouvent le bœuf et l’àne de la tradition. Au-dessus du portique sont des anges chantant: Gloria in excelsis Deo (Luc, 2); sur le fronton on lit : Dos corjnovit possessorem suum, et asinus prœsepe domini sui (Is., 1). A gauche est Isaïe s’écriant : Piirvulus nains est nobis cl filins ilatus est no bis {h., 9); à droite , Michée dit ces |)a rôles : El lu Dethleem, lcrra Juda, non eris mininia in principibiis Jnda (Midi., 5). Les ligures sont, à gauche, le huisson ardent , Moïse disant ces paroles : Yadam, el videbo visionem hanc magnam, quarc non comburalur rubus (Exod., 3), et ce vers : Lucet cl ignescit, sed non rubus igné calescil ; à droite, la verge irAaron Üorissant sur le lahernacle au milieu de toutes les autres, et celle autre inscription : Ilic contra niorem produxil virgula jlorem, — Légende générale :
.Moyse fust très-foit esbaliy,
Ouaiul apercent le verd buisson ardent Dessus le mont d’Oreb ou Siuay,
El n’eslüil rien de sa verdeur perdaul. Pareillement la pucellceust enfant Sans fraction ne aucune ouverture ;
El la verge d’Aaron fust florissant En une nuicl. Cela le nous figure.
X. Celle tapisserie est dite des Trois Maries. Le sujet principal est Marie donnant ses soins à Jésus enfant. Aujirés «l’ellc se trouvent saint Joachim cl sainte Anne. Au-dessus du poni(]ue , on voit le Fils de Dieu dans sa gloire, entouré d’un listel sur leijuel est écrit : Generalionem ejus quis enarrabil Ils., 53)? Le personnage du côté gauche scmhle dire ces paroles : Memoria niea in générationes sœculorum (EccL, 21); l’autre: llœc est generaiio quærcntium Dominum (Ps. 23). Près de ces personnages se trouvent, à droite, Marie, fille de Salomé; à gauche , Marie, mère des apnlrcs Jacques el Jean, instruisant leurs
AMKUIMÆMI-NT.
TAI'ISSEIUES.
rnfanls ; leurs noms sont éci ils à colé d’elles. Au-dessus, à gauclie, est une famille désignée par les noms de Penler el d’ilismérie , (juc saint Jean Damascéne et saint Epipiiane, d’après la tradition, donnent pour parents à sainte Klisabetli, et pour oncles à Marie, comme le disent ces vers : îlismcriœ soror Anna fuit , Pentmjue marüiis, Parius Elisaheth unde Eaptista Joannes ; à droite, on voit Zacharie et Elisabeth, imliqiiés par leurs noms el par ces vers : Ilœc crut Jlismcriœ claro sala mnguine , magno Zac/iariœ conjux, cul nomen Elisabeth cxlal. — Légende générale :
Anna solet dici très Marias (peperissel,
Huas genuere viri Joachim, Cleophas, Salomisque ; lias (lu\crc viri Josc|)h, Alpheus, /ehcdæiis.
Prima paril Christum, Jacohum({uc sccunda minorcm.
Et Joseph jusluin, pcperilcum Simone Judam ;
Terlia majorem Jucohum, xülucremque Johannem.
XI. Le sujet principal est V Adoration des mages. Sur le fronton on voit trois anges déployant celle inscription : Et Verbum caro factum est (Jean, 1). A gauche, David cite CCS paroles du psaume 71 : Reges Tarsis et insulce muncra olJerent ; à droite, Isaïe continue : Et adorabunt vestigia pedum tuorum (Is., GO). Les figui'es sont, à gauche, David .l’cconnu roi par Abner , el ce vers : Plebs notât hœc gentes Christo jungi cup lentes ; à droite, Salomon recevant les hommages de la reine de Saha : Hæc typice gentem notât ad Christum venientem. — Légende générale:
Comment Ahner ala devers David,
(iay et joyeux, plain de chevallerie, li l’adora, aussitost qu’il le vid,
Comme royal, par prudente industrie.
Trois rois aussi Jhêsus, fils de Marie ,
Adorèrent Jhésus-Christ humblement.
De Salomon la haute seigneurie Eusl adorée par Saha liaulemcnt.
XII. Celte tapisserie a pour sujet principal la Présentation de Jésus an temple^ ainsi que Tindiquent ces paroles: Tiderunl Jesiim in Jérusalem , nt sislerent enm Domino (Luc, 2). Au-dessus du portique, on lit : Virgo libenter XPM Simeonis recipit istnm. A gauche, se trouve David disant : Bo^ninus in lemplo sancto suo (Ps. 10); h droite, Malachie avec celte prédiction : Veniet ad templum sanctnm suum dominator quem vos quœritis (Mal., 3). Pour ligures, on voit, à gauche, la purification légale ordonnée par Moïse , et rappelée par ce vers : Hic prœsentatur parlas prior^ ut redimatur ; à droite, la présentation de Samuel, avec ce vers : Oblalum Christum Samuel te dénotât ipsum. — Légende générale :
Comment jatlis une chascune femme Au temple aloit affm de présenter Son premier lils, Marie, la noble dame , Très humblement y a voulu porter i Son fils Jhésus, pour la loy contempler, Et n’en avoit quelcjue nécessité.
De Samuel est assez à noter
Que en pareil cas fustau temple porté.
Xlll. Sur la treizième, on voit la Fuite en Egypte : à la venue du Sauveur, les idoles sont renversées et brisées'; ce qui est exprimé par ces paroles : Commovehuntur simulachra Ægypti (Is., 19). Le personnage de gauche annonce la fuite, en disant : Ecceelongavi fngiens, etmansi in solüudine (Ps. 54) ; celui de droite en indique le terme par ces paroles : Ecce Dominus ingredietur in Ægypturn (Is. , 19). Cet évènement est figuré, à gauche, par la fuite de Jacob, qui se relire en Mésopotamie, à la prière de sa mère : Fuge ad Laban fratrcm meum (Gen., 27), ce qu’exprime encore ce vers : Liquit tecta patris Jacob for^ midine fratris; à droite, par la fuite de David, qui, poursuivi par Saul, est sauvé par sa femme Michol ; on lit en
AMEUBLEMENT
TAPISSEUIES.
liaul : Saul apparilorc^ ( 1 Rois, 19) , et plus bas :
Per Micliol David Saulis insldias cavil. On remarque, audessous du groupe de Jacob, un jeune enfant qui s’amuse à lançc!’ un chien à l’eau contre un canard qui nage. — Légende générale :
(’omment Jacob voulut preiulre la luitc l’our la crainte d’Esaü, son frère , lü Jhésus fust fugitif en Egypte Avec Joseph et la Vierge, sa inere.
!)a\itl, craignant et doutant son l)eaii-})cre Le roy Saül, fouit par la fenestre ,
Et éc!:ap[)a [)ar le divin inysti-re ;
On le cherclioit, le voulant à mort mettre.
XIV. Siii’ la (jualorziéme laj)isserie, le sujet jtrincipal est le TrêpasscmciU de la Sainte-Vierge. Le lit de mort de Marie est entouré des apôtres (jui lui rendent les derniers devoirs. Le [)orlique a deu.x inscriptions, l’une : Cessit bissenis faio tumulala minislris; l’autre : Fulcito me floribusy stipule me malis^ quia amore langueo (Gant., 2). Deux versets du livre des Cantiques sont cités par les deux personnages tiui se trouvent aux côtés ; à gauche : Flores apparuerunt in terra noslra.... Vox turluris audita est in terra nostra (Gant., 1) ; à droite : En lectulum Salomonis sexaginta fortes ambiant ex fortissimis Israël (Gant., 3). Aux extrémités supérieures, on voit, à gauche, les funérailles de Sara, femme d’Abraham, avec ce verset : Sara mortiia est in civitate Arbee , quee est Hébron ; venitque Abraham ut plangeret et jleret earn (Gen., 23), et ce vers : Sara uxor Habrahœ.. . Meruit exitus morbunde turbanepotum. Cette inscription , copiée textuellement, est évidemment fautive. A droite, les obsèques de* Marie, sœur de Moïse, entre ce verset : Vénérant filii Israël et omnis midtitudo in desertum Simij morluaque est ibi IJaria^ soror
Moysi et Aaro)}, cl ce vers : Mœsia fuit lelhi 31ariœ judœa propago. — Légende générale :
Sarra, femme d’Abraham, sans reprise Fiist, à sa mort, du peuple regretée.
La mort Marie, sœur d’Aaron et Moyse,
Par les enfants d’Israël fust plorée.
Aussi Marie, vierge trës-honorée ,
Mère de Dieu, à son trespassement,
Par apostres a esté lamentée ,
Et des chrestiens aussi semblablement.
A droite de celle tapisserie, on lit la dédicace qu'en fait l’arclievcque Robert de Lenoncourl :
Honorant Dieu et sa mère Marie,
L’an mil cinq cents assemblés avccq trente,
Céans donna cette tapisserie Le prélat qui à genoux se présente.
Priez Jhésus et du ciel la régente ,
Oue, aj)rès la mort, entre les bénédicts.
Son âme soit enlevée réfulgente,
Digne d’avoir l’éternel Paradis.
XV. Quoique celle dernière pièce soit de moindre dimension que les autres , elle ne contient pas moins de sujets. Le sujet principal est le Couronnemenl de la Sainte- Vierge. Marie est entourée d’anges qui lui rendent leurs hommages. Au-dessus, on voit la Sainte Trinité lui adressant ces paroles :Yeni de Libano, arnica mea^ veni, coronaberis (Gant., 4). Les deux personnages qui sont aux deux côtés disent, Tun : Domini est assumptio noslra(?s. 88), l’autre : Quæsivi spousam milii eam assumere (Sag., 8). Au-dessus, à gauche, est l’hommage rendu par Salomon à sa mère, avec celle inscription : Positus est tronus matri regis, quœ sedit ad dexterani ejns (111 Rois, 2), et ce vers : Cinxü honore caput, cessit diudema parenti. A droite, on voit le couronnenionl d’Esther, avec celle inscription : Posuit dia-
AMEUBLEMENT
TAPISSERIES
(iema rcgni in capitr fjm{Ks\h.y 5), et co vers : liefjla porpeluum référant libi sceptra coronam. — Légende generale :
Salomon roy, en son trône royal Mect üethsabce portant noble couronne.
A riiumble Eslber, qui a le cuer loyal,
Assucrc la couronne luy donne.
La Trinité la place et lieu ordonne A Marie, mere et pucelle, au\ cieuK De iinpérialle couronne la ^uerdonne;
Par les anges est coruiuicte es hauts lieux.