‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 168 sur 257 · RELIQUAIRES. VASES, OBJETS EN ARGENT OU EN CUIVRE · texte numérisé non relu

RELIQUAIRES. VASES, OBJETS EN ARGENT OU EN CUIVRE

Pour iTiellrc de l’ordre dans cette élude des objets conservés au Trésor de la cathédrale , nous diviserons cet article en trois sections. Dans la première , nous étudierons les vases anciens; dans la seconde, ceux qui furent oHerls par Charles X, et dans la troisième, nous ferons une revue rapide des autres objets modeines.

REI.IOUAIRE.S , VASE.S , ORJETS ANCIENS.

i . Crosse ( lu Xi' siècle [faussemenl attribuée à saint Gibrien).

Par sa forme simple et légère, cette crosse rappelle le bâton des premiers pèlerins. Elle devait avoir n peu près 1 mètre 55 c. de longueur : 0*^* 15*^ pour la volute, 1"™ 23^ pour la hampe, et 0"^ 17^ pour le fer. 11 ne nous en reste qu’un fragment. La hampe se partageait en quatre morceaux désignés par ces mots : primus, secundus, tertiuSy quarlus. Elle est divisée horizontalement en vingt compartiments, par des moulures composées d’un rang de perles compris entre deux filets, unis entre eux par un fleuron à quatre feuilles. Les sujets sont séparés par des faisceaux de colonneltes supportant des arcs ou cintres plus ou moins surbaissés.

11 nous eût été impossible de donner une idée complète de ce bâton , si nous n’avions découvert une notice de M. Eugène Grésy, sur trois crosses historiées du XII^ siècle^

celle de saint Gautier ^ celle de saint Aubin et celle de saint Gihrien (1).

Ces trois crosses sont tellement identiques , que la comparaison la plus rigoureuse ne permet pas de voir de différence essentielle dans la plupart des sujets. C’est à s’y méprendre, et pour le faire de l’entaillevir, et pour le dessin^ et pour les moindres détails de la composition (2).

Le Trésor de la cathédrale ne possède que le premier morceau de cette crosse deux autres sont conservés dans le cabinet de M. E. Clicquot, de Reims.

Ces trois fragments réunis, la crosse de Reims ne serait pas encore complète : non-seulement la volute a disparu, mais il manque à la hampe un quatrième fragment , comme le prouve l’examen des deux autres crosses. R serait facile de la rétablir dans son état primitif à l’aide du mémoire de M. Grésy.

Nous ne nous arrêterons pas à faire voir, avec ce savant archéologue, le symbolisme exprimé par la triple matière de cette crosse , qui est d'ivoire à l’enroulement de la volute , de buis à la hampe , de fer à son extrémité. L’ivoire, on le sait, exprime la douceur avec laquelle il faut ramener les faibles; le buis, par la dureté de son bois, est le symbole de la fermeté des dogmes, et le fer acéré indique la sévérité qu’on doit employer contre les rebelles :

Attrahe per primum, medio rege, punge per imum ;

Allrahe peccantes, rege justes, punge vacantes.

Nous arrivons de suite à la description des sujets, qui

(1) M. l’abbc Bulteau , si connu par sa remarquable Description de Notre-Dame de Chartres , fit connaître, au Congrès de Reims (1861). une quatrième crosse identiquement semblable.

(2) A la première inspection des planches de ce mémoire, nous avons été portés à regarder de suite si elles n’avaient pas été faites d’après les dessins de M. Maquart, tels qu’ils sont dans les Trésors des églises de Reims par M. Tarbc.

TRÉSOR DE NOTRE-DAME. 459

commencenl à l'Annoncialion cl se lerininenl h la Pcntccole.

Premier morceau de la hampe.

Dans les quatre compartiments du fragment inférieur (le la crosse, sont enfermés sept sujets.

V Annonciation. — La Vierge est debout, voilée; elle tient à la main gauche un livre de prières. L’ange a l’aile gauche étendue en avant, la main droite élevée vers Marie; de cette main s’échappe un rouleau , oii sont écrites ces lettres : Ave : ma [Ave Maria).

La Visitation. — La Vierge et sainte Elisabeth sont voilées; elles se tiennent étroitement embrassées, les bras passés autour du cou.... [Dans la crosse de saint Gautier, on remarque des zigzags à la voûte, pour indiquer le toit de la maison.]

La Nativité. — La Vierge est alitée , contrairement à l’opinion de saint Bernard et de saint Jérôme, suivie par les Latins : ceux-ci la représentent à genoux ou en prières. Au pied du lit se tiennent saint Joseph et une femme qui serait sainte Anne , d’après les Evangiles apocryphes.

L’Enfant-Jésus est jjlacé au-dessus de sa mère , dans une petite crèche carrée, portée sur 'deux colonnettes réunies par un même chapiteau. L’àne et le bœuf le réchauffent de leur haleine. Un ange, émergeant des nuages, lient à la main un phylactère avec cette inscription : G L’A 1 EXGE {Gloria in cxcelsis).

Apparition de Vange aux bergers. — Les pasteurs, au nombre de trois, sont vêtus de longs manteaux terminés par un capuchon pointu. Ils se montrent de la main l’ange placé au-dessus de leurs têtes. L’envoyé céleste lient un phylactère, où l’on déchiffre ces mots : ANGIO VO ( Annuntio vohis gaudium magnum ) (1 ) .

(1) M. Grésy, sur la crosse de saint Gautier, a vu les bergers se voilant les yeux avec la main, et cette inscription : Puer nalus est vohis.

Le Voyage des Mages. — Ces rois sont couronnés , montés sur des chevaux, et se rendent à Bethléem (1).

Adoration des Mages. — Marie, couronnée, est assise sur un siège à dossier droit ; sur ses genoux, elle tient TEnfant-Jésus, vêtu d’une longue robe : il reçoit ce (jue lui présente le premier Roi-Mage, à genoux à ses pieds. Celte offrande ne peut être spécifiée : c’est un objet rond. Les deux autres sont debout, et offrent, nous le croyons du moins, une pièce d’or. Auprès d’eux brille une étoile à rayons. Cette scène est abritée sous un dais de draperies, dont les plis retombent derrière la Très-Sainte Vierge.

Apparition de Vange aux Bois-Mages. — Tous trois sommeillent sous la même couverture ; leurs têtes couronnées reposent sur un grand traversin carré, piqué en losanges. Un ange vole au-dessus d’eux et leur indique, sur un phylactère, ces mots : NE REDEA {Ne rcdeatis). Dans l’évangile de saint Matthieu, nous lisons ces mots : « Et responso accepte in somnis ne redirent ad Herodem.»

La Présentation au temple. — Sur un autel recouvert d’une draperie tombant de tous côtés, est placé un calice, au-dessus duquel Marie , couronnée , présente son divin Fils. L’Enfant-, lésus est nimbé et vêtu d’une longue robe ; de l’autre co4é, le vieillard Siméon, en chasuble, étend les bras pour le recevoir sur un voile. Derrière la Très-Sainte Vierge, sont deux femmes voilées ; la première porte un cierge , la seconde présente une colombe dans un petit panier; saint Joseph suit, offrant aussi une colombe. D’après \es Evangiles apocryphes, ces deux femmes seraient l’une sainte Anne , l’autre une sœur de la Très-Sainte Vierge. Au-dessus du calice se trouve suspendu un ciborium, recouvert d’un pavillon à côtes. Dans la crosse de saint Gautier, ce ciborium est, sans doute, bien usé.

(t) Le premier moreeau de la hampe de saint Gautier se termine ici.

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car M. Grésy a cru reconnaître à la voùlc des dents de scie qui indiqueraient un voile à plis symétriques.

Deuxième morceau de la hampe (1 ) .

Hérode ordonne le massacre des saints Innocents, — Devant le tyran se tiennent trois soldats, la lance au poing, et la main gauche appuyée sur un bouclier triangulaire , bordé d’un orle. Ils sont revêtus d’une chemise de mailles, garnie de ses chausses et de son chaperon.

Le massacre des Innocents. — Ces mêmes guerriers soulèvent chacun un enfant par le pied ; ils le frappent ; les têtes roulent à terre.

La Fuite, en Ejyple.— Saint Joseph marche le premier, tenant sur son épaule et suspendu à un bâton un petit paquet de hardes. La Trés-Sainte Vierge, montée sur un âne, serre dans ses bras sop enfant enveloppé dans les plis de son manteau. Au-dessus d’eux plane un ange, déroulant une banderolle sur laciuelle est écrit : ACCIPE. (C’est le premier mot du texte : Accipe puerum et fuge in Ægyptum.)

Repos en Egypte. — Marie est assise sous un dais formé par un rideau ; l’Enfant-Jésus repose sur ses genoux ; à quelque distance, deux horribles démons s’échappent du corps de deux divinités païennes renversées contre terre (2).

Le Baptême dans le Jourdain. — Saint Jean baptise Notre-Seigneur debout dans les eaux; deux anges assistent à cette scène : l’un lient la tunique de Jésus, et lui couvre les épaules de ses ailes ; l’autre présente un linge.

La Tentation. — Jésus-Christ est placé sur le pinacle du temple de Jérusalem ; il est assis sur la croix qui forme l’amortissement de la toiture en pierre. Un démon, à la tête canine et cornue , placé devant lui, le tente, comme

(1) Nous déci'iv.ons les deux autres fragments de la crosse , espérant qu’un jour M. E. Clicquot les offrira au Trésor de la cathédrale.

(2) La tradition rapporte qu’à l’arrivée du Sauveur en Egyte, les idoles

furent brisées. [Evangiles apocryphes.)

l’indiquent ces deux lettres gravées sur le bois : NT (Non tentabis Dominum),

Dans le même compartiment, le même démon soutient le pied du Sauveur assis sur une montagne, figurée par des pierres amoncelées.

Entrée triomphante de Jésus dans Jérusalem. — Jésus, assis sur son humble monture, bénit de la main droite Zacbée, monté sur la branche d’un sycomore. Sous la porte de la ville, un personnage étend son manteau.

Le Lavement des pieds.— Sous un dais d’honneur, en forme de tente, Jésus-Christ, à genoux, lave les pieds à ses apôtres. Saint Pierre a le pied sur le bord d’un vase: il semble s’opposer à ce grand acte d’humilité de son maître.

La Cène. — Ce sujet n’est pas absolument le même que dans la crosse de saint Gautier. Le service de la table est différent : ici, on voit trois petits pains ayant la forme d’hosties, des couteaux, et des poissons placés sur des plats; tandis que, dans la première, il n’y a [>as de couteaux, et les poissons sont étendus sur la table. Ici encore. Judas avance la main vers le plat posé prés du Sauveur.

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