‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 169 sur 257 · Troisième partie de la hampe · texte numérisé non relu

Troisième partie de la hampe

Le troisième morceau est moins long, et cependant il renferme onze sujets dans cinq compartiments.

La Prise de Jésus au jardin des Olives. — En tête s’avance le traître Judas ; il embrasse son maître ; des gardes, vêtus de longues cottes maillées, le suivent de tout près. Le chef lient d’une main un écu pointu bardé de fer, de l’autre, une lanterne qu’il place sous la figure de Noire- Seigneur. Parmi les apôtres qui viennent du côté opposé, saint Pierre se reconnaît au glaive dont il veut frapper les ennemis du Sauveur.

[Dans la crosse de saint Gautier, celui qui porte la lan-

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terne la lient à l’extrémité d’une fourche à manche torse ; de la gauche, il porte une large épée.]

La Flagellation. — Le Seigneur, dépouillé de ses vêlements jusqu’à la ceinture, esl attaché a une colonne, les bras liés par-devant, de manière à présenter les reins aux bourreaux qui le frappent avec des fouets à triple lanière, garnis de nœuds.

Le Portement de croix. — Jésus marche chargé de l’instrument de son supplice ; un soldat le frappe d’un bâton, tout en soutenant le pied de la croix.

Le Crucifiement. — Jésus, nimbé, est attaché à la croix ; de chaque côté, deux personnages se tiennent à genoux : l’un est armé d’une lance, l’autre présente une éponge liée au bout d’un bâton. [Dans la crosse de saint Gautier, Marie est placée auprès de Longin.]

La Résurrection des morts au moment où Jésus expire. — De deux sarcophages à moulures droites , supportées par six petites colonnes à fûts cannelés , sortent deux morts, qui soulèvent la pierre de leur tombeau. Un arbre placé entre ces deux cercueils montre que celle scène se passe dans la campagne.

Joseph d'Arimathie, les mains jointes, et Nicodème, un livre à la main, se présentent devant Pilate et demandent le corps de Jésus. Le gouverneur est assis sur un siège très-bas et abrité sous un dais. Autour de la salle sont appendus des rideaux.

La Descente de croix. — Joseph d’Arimathie reçoit le corps de Jésus, pendant que Nicodème, ou un autre assistant, arrache le dernier clou avec une énorme pince. La Très-Sainte Vierge, pendant ce temps, prend la main droite du Sauveur et la baise. [Dans la crosse de saint Gautier, il y a une échelle dressée contre la croix. A Reims, cette échelle n’existe pas.]

La Mise au tombeau. — Les trois personnages qui se trouvent aû pied de la croix, se retrouvent ici autour du

cercueil. Le sarcophage est carré, placé sur six colonnes ; sur les faces du tombeau sont percés des quatre-feuilles en forme de croix.

La Garde du tombeau. — Sous le tombeau, entre les colonneltes du soubassement, dorment trois gardes accroupis. Au-dessus du sarcophage, sous un petit dais en draperie, brûle une lampe. Ce détail se retrouve dans une des verrières de Labsidede la cathédrale.

La Résurrection.— [Ce sujet commence le quatrième cylindre de la crosse de saint Gautier.] Notre-Seigneur est sur son séant; sa tête soulève le couvercle du tombeau ; il tient à la main une longue croix. A côté du tombeau, un arbre indique (jue la scène se passe dans un jardin. [Ici, on ne retrouve pas les gardes sous le tombeau, comme dans la crosse de saint Gautier.]

Notre-Seigneur descend aux limbes. — Ce lieu d’expiation est figuré par la gueule enflammée d’un horrible démon, que le Sauveur frappe avec le pied de sa croix triomphale. Notre-Seigneur tend la main à un personnage que M. Grésy prend pour Adam, près duquel apparaîtrait la télé d’Eve, sortant du gouffre.

Quatrième morceau de la hampe.

Ici s’arrête notre description : le quatrième morceau de la hampe n’existe plus. Mais si, comme tout porte à le croire, l’identité des crosses est entière, pour arriver à la volute, il y avait encore huit sujets dans cinq compartiments :

U Apparition de Vange aux saintes femmes ;

U Apparition de Notre-Seigneur à Magdeleine ;

La Rencontre des disciples d'Emmaüs ;

Le Repas avec les mêmes disciples ;

U Apparition de Jésus à ses discijües ;

L'Apparition à saint Thomas;

U Ascension ; ,

La Descente du Saint-Esprit.

TRÉSOH DE NOTRE-DAME

Nous ne pouvons décrire la volute qui couronnait la crosse ; nous n’essaierons pas même d’en donner une idée, car celles qui surmontent les crosses de Pontoise et d’Ecouis, sont postérieures au moins d’un siècle à la hampe. La première est sculptée dans un morceau d’ivoire; trois rinceaux enveloppent extérieurement sa courbe octogone, terminée par une tête de dragon qui sert de base à la scène de l’Epiphanie sculptée en ronde-bosse. La seconde est plus riche : au centre de la volute en vermeil, un sujet à figurines représente la Vierge assise, tenant Jésus sur ses genoux, et devant eux un personnage en adoration, coiffé d’une mitre épiscopale.

La crosse de Reims n’a jamais été peinte [celles de saint Gautier et de saint Aubin ont reçu, au contraire, une décoration polychrome]. Elle est d’un travail barbare poulie style et pour l’ordonnance, mais, sous celte rude écorce, perce un sens profond, et l’imperfection de la forme est racheté par un mysticisme profond. La ciselure est grossière, les corps des personnages sans proportions, les têtes sont énormes, les figures hideuses. Aussi a-t-on cru pouvoir attribuer à un artiste du VR siècle la production de ce morceau de sculpture ; c’est une erreur.

Ce bâton est de la fin du XR siècle, les détails archéologiques le prouvent. Les inscriptions et leurs caractères, la base en chanfrein des colonneltes , les demi-colonnes réunies en faisceau, les chapiteaux, la forme des autels, les tombeaux carrés posés sur des colonnes, les sièges à dossier droit, les draperies accusent celte époque. De plus, les guerriers qui se trouvent représentés sur ces trois crosses .portent des costumes alors en usage. Ils ont le heaume à timbre plat avec ventail percé à jour comme un masque, ce qui se voit dans des chapiteaux du XR siècle , à Saint-Benoît-sur-Loire. Auparavant, on portait le casque conique à nasal. Par-dessus leur cotte

(le mailles, ils sont revelns (i’nne seconde coUe d’armes en étoffe. Celle dernière ne fulinlroduitequ’à la fin du Xl^ siècle, pour garantir la première de la pluie. Les boucliers, au lieu d’être arrondis par le haut, sont triangulaires.

Si celte crosse est bien de l’(3poque que nous lui assignons , elle n’a pas appartenu à saint Gibrien, qui mourut en 509. Ce personnage, d’ailleurs, n’était pas abbé; il n’avait pas le droit de porter la crosse, etreût-il été, il n’aurait pas eu cet insigne alois réservé aux évêques , jjuisquecet honneur ne fut accordé aux abbés que vers le JX<î siècle; M. du Saussay iPanoplia episcopalis, p. 25) prétend même que l’on n’en trouve pas d’exemple avant le Xle. Ce qui n’esl pas exact, car saint Benoît est représenté avec la crosse dans un manuscrit du IX^ siècle.

Mais alors que penser du bâton de saint Gibrien dont j)arlenl plusieurs de nos historiens? Nous croyons, avec Marlol, que ce n’était pas une crosse, mais une simple canne , dont ce saint religieux se servait dans sa vieillesse. Elle était conservée avec soin dans l’église de Saint-Remi comme une relique; une feuille d’or la recouvrait entièrement ; le prêtre la portail en procession, le jour de la fêle de ce saint personnage.

Les proportions de la crosse dont nous recherchons l’origine, les ciselures dont elle est couverte, l’absence totale (Je dorure, démontrent suflîsamment qu’il n’y a aucun rapport entre ces deux objets (1).

Nous ignorons quand et comment elle fut apportée à Reims.

(1) On conservait autrefois à Reiras un bâton plus précieux, avec la Sainte-Ampoule, dans le tombeau de saint Remi. Ce grand veheveque l’avait rec;ii du pape llorraisdas, comme marque de sa légation et de son autorité primatiale sur une partie des Gaules. Au sacre de Philippe Gervais, archevêque de Reims, tenant cette relique précieuse à la main, défendit avec énergie le droit exclusif qu’il avait de sacrer les rois de France.

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