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Tentures

Parmi les objets mobiliers du Trésor, il ne reste plus de tentures anciennes remarquables par le dessin et le tissu. Les inventaires cités dans le volume nous ont appris comment la Révolution les avait détruites. Les courtines de l’autel, les voiles qui servaient pour les expositions du Très-Saint Sacrement, les dais, pour la plupart, ont disparu.

Ces tentures n’étaient pas très-nombreuses peut-être, car les tapisseries dont nous avons parlé, en tenaient lieu, et à l’époque des derniers sacres, on apportait du gardemeuble de la couronne les riches étoffes qui devaient servir pour la cérémonie.

Nous ne parlerons pas ici des tentures de l’exposition

du Très-Saint Sacrement, du trône épiscopal, du reposoir du Jeudi-Saint : elles sont indignes défigurer au milieu des ornements de l’église. Nous ne mentionnerons pas également les grands rideaux et les (apis de soie et de velours cramoisi dont on se sert dans les grandes solennités. Il est vrai que ces riches étoffes contribuent à la magnificence des cérémonies , mais elles n’ont rien de remarquable au point de vue des arts.

Horloge du Chœur.

Nous ne pouvons quitter la sacristie de la cathédrale et le riche Trésor qu’elle renferme, sans faire remarquer un monument placé près de cette sacristie. Nous voulons parler de l’horloge du chœur.

Lacourt fait mention d’une horloge qui avait été offerte à la cathédrale par les Chartreux (1). Elle a été détruite et remplacée par celle que le Chapitre commanda le 20 Mars 1668, « à Jehan Leblanc, serrurier. Elle devait avoir » trois mouvements : celui des minutes, de la lune et de i) la sonnerie, et être portée en la place de la petite hor- )) loge qui était auprès de la sacristie , moyennant 300 » livres et la vieille horloge , qu’on abandonnait à » Leblanc (2). »

Celte horloge fut elle-même , sinon remplacée , du moins refaite en 1773, comme nous l’apprend un devis

(1) Lacourt, Marlot annoté, fol. 58, et Varïn, Arch- adm., t. !«•', page 728.

(2) Maucroix, Mémoires, t. ID, page 280. L’horloge porte, en effet, cette inscription : M* F. Maucroix et tous chanoines m'ont fait faire par Jean Le...,, année 1669.

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TRÉSOR DE NOTRE-DAME. 525

c]u 13 Janvier, fait entre le Chapitre et Barbier Ponce, montant à la somme de 4,035 livres (!;•

Le mécanisme est renfermé dans un buffet en bois haut de 12 mètres, terminé par quatre frontons aigus ornés sur les arêtes de feuilles rampantes. Chaque face est remplie par des arcatures formées de colonnes à lancettes géminées et trilobées. Entre les pignons s’élèvent quatre clochetons carrés amortis par un chou en fleur.

Le tout repose sur un encorbellement en bois, appuyé sur une cariatide très-gracieuse, représentant un homme portant avec effort sur son dos l’horloge tout entière. Cette statue est bien travaillée ; elle a conservé la peinture de l’époque à laquelle fut faite la menuiserie.

Sur la face principale, on voit, dans le haut du pignon, deux petites figurines d’anges peintes, debout sur un culde-lampe ; ces anges sont séparés par une cloche sur laquelle ils frappent tour-à-tonr, avec un marteau, les différentes heures du jour et de la nuit. Un troisième ange, placé sur l’extrémité du fronton, leur indique quand ils doivent frapper; il incline alternativement la tête d’un côté et de l’autre. Autrefois, il sonnait trois fois de la trompette avant chaque heure.

A droite et à gauche du cadran, sont établis deux plateaux circulaires, fixés sur un axe en rapport avec la roue de la sonnerie, de manière qu’à chaque heure, celleci leur imprime un mouvement de rotation. Ce petit secret, quoique bien simple en lui-même, attire beaucoup de curieux; c’est à qui verra ces personnages en marche. Les uns figurent, à gauche, les Rois-Mages se rendant à la crèche, et à droite, la Très-Sainte Vierge assise sur un âne, fuyant en Egypte, escortée de deux anges et de saint Joseph, qui, de temps en temps , frappe l’âne de son bâton.

(!) Arcli. du Chapitre.

Au-dessus du cadran, un globe représente la lune, et tourne selon ses différentes phases.

Ce cadran était autrefois couvert de peintures. Les chiffres ont été replacés sur un fond blanc , vers l’année 1825, afin d’être plus visibles

L’horloge était également pourvue d’un petit carillon. Les cloches subirent le sort des peintures. « Auparavant » que de sonner l’heure, dit Lacourt, quand le nombre » est pair, quantité de petites sonnettes sonnent quelque » verset de prose, comme depuis Noël jusqu’à Pâques, » le verset de Lœtabundus, qui répète six fois avant que » l’horloge sonne ; depuis Pasques jusqu’à la Pentecoste: » Yictimæ paschali laudes; depuis la Pentecoste jusqu’à » l’Assumption: Ergo nos supplicantes tibi ; depuis l’As- )) sumption jusqu’à Noël : Ave, Maria, gratia Dei plena per » secula ; pendant lequel six des petits personnages » paraissent l’honorer et faire quelque chose , comme, » entre austres, un saint Joseph frappe sur l’âne portant D la Vierge en Egypte. Et ce tout se fait par le moyen » d’un ange qui est au sommet du dit orloge, qui premiè- » rement résonne trois fois avec une trompette qu’il )) tient, puis le reste va. Au devant du dit orloge est un D cadran au milieu duquel est représentée la Vierge » tenant Noslre-Seigneur , et au-dessus est une lune » qui montre auquel état y en est (1).

Nous avons fait connaître toutes les richesses conservées dans la cathédrale de Reims. Puissent ces derniers débris de l’art antique, ces produits de l’âge actuel, vivre pendant de longs siècles et toujours respectés! Assez et trop, nous

(1) Dcacription de Notre-Dame, t. III, p. 29.

TRÉSOR DE NOTRE-DAME

avons vu les révolutions amonceler les ruines : Salisque superque vidimus excidia. Puisse cette belle cathédrale , dont nous avons redit si faiblement les grandeurs, revoir les beaux jours de sa gloire, où !a foule venait s’agenouiller avec tant de foi sur ses dalles de pierre, où les puissants de la terre se pressaient dans son enceinte pour y acclamer, avec les rois de la terre, le Dieu qui règne dans les deux et de qui relèvent tous les empires !

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