I. COSTUMES
Vétemenls sacrés et liturgiques.
Nous ne nous occupons point des vétemenls usuels du clei'gé, hors des fondions saintes; nous ne parlons que des ornements sacrés, presrrils par la liturgie.
AuMoyen-Age, les habilslilurgiques consistaient, comme aujourd’hui, en ornements communs à tous les ordres sacrés et en ornements particuliers, réservés à ccrla ns ordres ou à certaines dignités ecclésiastiques.
Les ornements du sous-diacre sont V nmictj Vaube avec son cordon, le manipule et la tunique. Le diacre a de plus Vélole ; au lieu de la tunique, il porte la dalmatique le prêtre a h chasuble. L’évêque se revêt de tous ces ornemenis à la fois; il a de plus la croix pectorale, la crosse et la mitre ; quelquefois il porte simplement l’aube sur le rociiet, avec le pluvial ou la chape. On donne, en outre, aux ai'chevêques le pallium.
Etudions ces différents costumes, surtout au portail nord; nous prendrons pour types les grandes statues de saint Sixte, de saint Nicaise et de saint Remi
1" L’amict (amictus, humerale) est destiné à couvrir la tête et le cou des ministres de l’autel. Au XlIR siècle, on ne le mettait pas sous l’aube, mais sur ce vêtement, et quelquefois même sur la chasuble ; très-souvent alors il était orné de broderies et de pierreries. L’archevêque Gervais avait légué à son église un amict orné d’or et de pierreries. L’amict se plaçait autrefois sur la tête (1), pour la couvrir (amicire, amictus) pendant une partie du saint sacrifice de la Messe, Ceux des saints pontifes de Reims figurés au portail nord, sont remarquables par leur forme et leur richesse; ils sont très-amples, comme des capuchons, et fermés sur le devant par des lacets qui se serrent à volonté.
2“ Le COLLET {collare, collarium) était un ornemeiit qui se
(1) « Impone, Domine, capiti meo gaieam salulis ad expugnandos dia- » bolicos incursus, » dit, chaque joui j^le prêtre en revêtant i’amict.
584 DESGKiPTiOi\ DE LA GATiiÉDDALE DE DEIMS.
mettait autour du COU des prêtres et des diacres. Les diacres qui assistent les saints pontifes figurés à la cathédrale ont tous un petit collet , bien moins large que l’amict brodé. Il ressemble au collet des habits de nos jours. Souvent il est brodé de croix. Sur les tombes des chanoines Panthouf et Pégorare, on en trouve deux modèles très-riches. Dans le volume de cet ouvrage, nous avons souvent fait mention du jugum que portaient les clercs ; peut-être pourrait-on y voir un souvenir du collet. La bande d’orfroi terminée en pointe et ornée de galons, qui entoure l’encolure des chasubles actuelles, rappelle également ce collet.
3® L’aube (alba) est une robe de lin de la plus haute antiquité, et, selon l’usage de cette époque, brodée en soie et en or, Gervais lègue une aube à parements d’or.
Les dessins des aubes de nos pontifes, au portail nord, sont des losanges ou des carrés en relief enrichis de croix, de fleurs-de-lis *, ils forment aussi un pointillé inscrit dans des quatre-feuilles.
Selon les règles, la garniture n’atteint pas le genou. Celle de Gile de Pégorare (dalle tumulaire) est fort courte et remarquable comme dessin.
4® Le CORDON est destiné à serrer l’aube autour des reins, pour empêcher que sa longueur et son ampleur ne gênent les mouvements du célébrant. Il était autrefois d’une grande richesse; les inventaires nous apprennent que Guillaume-aux-Blanches-Mains légua à Notre-Dame deux cordons d’argent.
Les évêques, à la place du cordon, portent une ceinture de soie sur l’étole. Gervais donna à son église de Reims une ceinture d’or avec pendants d’or.
Les vêtements dont sont revêtus les pontifes saint Sixte, saint Nicaise, saint Remi ne permettent pas de voir si leur aube est retenue par un cordon ou par une ceinture.
5® Le MANIPULE {mappula, sudarium. fanon) était une petite serviette, un mouchoir que les ministres portaient d’abord à la main, puis sur le bras gauche, pour s’essuyer le visage. Vers le XII® siècle, il devint un ornement, formé d’une bande d’étoffe fort étroite dans toute sa longueur. Pour s’essuyer, on employa un autre linge, appelé 5 .
ALBES ET MA.MPILES.
1“ Dessin composé du bas de l’aube de saint Vaast, du bord des manches des aubes de saint Remi et de saint Nicaise, et du bas des manipules de saint Remi et de saint Sixte, portail nord ( entrée de l’église ).
2“ Composition tirée de la broderie de l’aube de saint Nicaise, de celle de son manipule , des pendants de sa mitre et de l’agrafe du manteau de sainte Eutrope, portail nord ( entrée de l’église).
' Les manipules, comme on le voit à la cathédrale, dans la statuaire et sur les dalles de Pégorare et de Jean Pantliouf, furent ornes de broderies aux extrémités, et terminés par des franges de soie frisée ou des torsades d’or entremêlées de soie de la couleur de rornement. Une riche croix en relief était placée sur le bras. Les deux bandes d’étofies étaient jointes ensemble par une ganse, qui, au lieu d’être cousue, passait dans deux œillets et se terminait aux deux bouts par un nœud ou rosette, en soie frisée.
0“ La TUNIQUE {tunkn, subtile) était, primitivement, une grande robe en laine, en soie ou autre étotfe, placée sur l’aube.
Le testament de Gervais distingue la tunique épiscopale des autres tuniques. Celle de nos pontifes est presqu’aussi longue que l’aube, et ne diffère point de cette dernière pour la forme et la richesse .
7° La DALMATiQUE. Cet ornement, que portaient les Dalmates, fut affecté aux empereurs romains, d'où il passa au pape, aux évêques et aux diacres de l’Eglise Pmmaine. Il ne différait de la tunique que par les manches plus larges, qui descendaient jusqu’au coude, et même jusqu’au poignet.
Jean Panthouf porte l’ancienne dalmatique. Ce vêtement lui tombe jusque sur les pieds ; il est fendu de côté. Celui de nos pontifes, au portail nord, est un peu moins long que la tunique ; il laisse voir la riche gaimiture de l’aube. Toutes les ouvertures sont ornées d’un galon brodé.
Cet ornement, on le voit, a subi de grandes modifications : les manches ont été ouvertes, et on l’a consiclérablem.ent raccourci.
8« L^étole {stola, orarium) a été également changée. Primitivement, c’était, comme son nom l’indique, une grande robe (i), ouverte par-devant, ornée sur les bords de riches orfrois. Quelquefois , ces bordures {orarium) se détachaient de la robe et se plaçaient seules sur le cou. De là est venue l’étole actuelle.
Au Moyen-Age, les étoles ne s’élargissaient pas aux extrémités , comme aujourd’hui ; elles conservaient leur forme de simples bor-
(i) Stola, robe de toilette des dames romaines
dures. Ainsi , au portail nord , tous les pontifes , et Gile de Pégorare, &ur sa dalle, portent cette bande étroite dans toute la hauteur.
Les extrémités des étoles, au portail nord, sont enrichies d’une broderie en relief, haute de 8 centimètres et terminée par une frange en soie frisée. Le dessin de la broderie rappelle celui des aubes. C’est tantôt un quadrillé en soie, rehaussé de pointillé en or, tantôt des losanges, tantôt des compartiments remplis par un quatre-feuilles en relief.
L’étole du prêtre ne se croisait point sous la chasuble, comme on le peut voir sur la dalle de Pégorare.
9° La CHASUBLE (planeta , casula y casubula) était un habit en forme de robe très-ample, couvrant tout le corps. Elle n’avait qu’une ouverture pour passer la tête (casiilay petite demeure), point de manches, et tombait également par-devant et sur les côtés. Lorsque le prêtre devait faire usage de ses mains au saint sacrifice, on repliait la partie antérieure jusqu’à la jointure des bras ; au moment de l’élévation, les ministres sacrés la soulevaient pour aider le célébrant.
Après le XIII® siècle , on commença déjà à échancrer la chasuble sur les bras, et à la diminuer d’ampleur. Les archevêques de Reims l’ont, dans nos statues, tout entière et dans sa forme primitive. Gile de Pégorare la porte de même.
Au Trésor de l’église, nous avons mentionné la chasuble en soie (forme XIIP siècle), avec galons de cette époque : elle est absolument semblable à celle des statues.
Cet ornement du Trésor est complété par une deuxième chasuble, qui sert au diacre à l’autel, durant les temps de pénitence. Primitivement, les diacres et les sous-diacres portaient indifféremment la chasuble comme le prêtre ; mais^ pour ne pas être gênés dans les fonctions du ministère, ils la relevaient par-devant. De là le mot de chasuble pliée (casula plicata). En effet, celle de Notre- Dame est pliée ou coupée sur le devant.
Plus tard, le diacre fut obligé de rouler sa chasuble comme une écharpe ; il la portait en bandoulière. A Reims , l’usage s’en est conservé. Dans les temps de pénitence, quand le ministre sacré va chanter l’évangile , il ôte sa chasuble pliée ; mais, au lieu de la
placer sur son épaule, il met surl’étole une large bande en soie de la couleur du jour , appelée orariiim , étple large (stola latior). Celle étole est ornée d’un galon ancien, pareil à celui des chasubles.
10'’ La CHAPK était priinilivemenl une espèce de manteau fort simple, dont le célébrant se servait dans les processions extérieures? en temps de pluie, d’où lui est venu le nom de pluvial. La chape avait un capuchon appelé cape, qui servait à couvrir la tête; c’est le chaperon actuel de nos chapes.
Ce costume se retrouve bien souvent dans la statuaire du portail nord, sans bordure aucune, sans orfrois , sans chaperon; il est rattaché sur le devant par des fermoirs très-riches et très-variés, que l’on saurait bien apprécier de nos jours, si les artistes avaient l’idée de les copier. Plusieurs sont ciselés; d’autres, à jour, retiennent l’étolfe par le moyen d’un petit dard qui la traverse.
Plusieurs pontifes portent la chape avec le petit collet ou amict brodé, d’autres ont le cou dépourvu de cet ornement.
Faisons connaître maintenant les ornements réservés aux évêques et aux archevêques; ils portent les vêtements sacrés déjà étudiés, l’amict, l’aube, la ceinture, l’éiole, la tunique, la dalmalique, le manipule, la chasuble ou la chape. Ils y ajoutent le pallium y le rational , la mitre et quelques ornements accessoires : bas et sandales, gants ; nous parlerons plus tard de l’anneau pastoral et de la crosse.
Il® Le PALLIUM était, autrefois, un ornement impérial, ayant la forme d’un manteau ; son nom l’indique. Vers le IV® sièvle, il devint une simple bande de laine blanche, large de trois doigts ; il entourait le haut des épaules, et les deux bouts pendaient, l’un par-devant et l’autre par-derrièré. Il est orné de croix. Tel nous le voyons sur la chasuble de saint Sixte, de saint Nicaise et de saint Remi. C’est l’insigne des archevêques (i) ; quelques évêques, en France, ont seuls le droit de le porter.
(1) Nous avons dit que le titre et la dignité d’archevêque, ainsi que le pallium, ne datent que du pontificat d’Abel, en 751 ; mais, par
588 DESGRiPTlON DE LA GATilÉDRALE DE REIMS.
12° Le RATiONAL^ que nous retrouvons sur la poitrine de nos pontifes, dans la statuaire , au portail nord, et dans les vitraux , diffère essentiellement de celui que décrit M. Gareiso , dans son excellent ouvrage sur l’archéologie ( 1 ). Ici , c’est un ornement ayant la forme d’un carré long , orné de douze pierres saillantes , placées quatre de front sur trois de hauteur. Suspendu par deux chaînes qui passent sous l’amict , il tombe de son propre poids sur la poitrine. Il ressemble à celui que portaient les grands-prêtres juifs (2).
Il est souvent question de cet ornement dans nos inventaires. L’archevêque Gervais léguait à son église de Reims un rational avec pierres précieuses.
13° La MITRE (mitra) était primitivement une coiffure commune aux hommes et aux femmes. Au IV« siècle, les hommes l’abandonnèrent; l’Eglise la conserva pour ses pontifes. Les vierges continuèrent à la porter : toutefois, elle différait des mitres épiscopales. Ces dernières n avaient guère que huit à dix centimètres de haut.
suite d’un usage, comme on le voit, très-ancien, ou donne à saint Remi, à saint Nicaise, à saint Sixte le nom et les insignes archiépiscopaux. C’est un privilège qui semble accordé au siège illustre de Reims.
« (1) En Italie, on appelé rational ou formale une riche agrafe extré- » mement ornée, dont le pape, les cardinaux et les évêques se servent » pour fermer leurs chapes. Celui du pape est composé de trois pommes » de pin en perles, placées en triangle il y a encore d’autres ornements « riches. Celui des cardinaux est composé de trois pommes de pin » placées sur Mue ligne perpendiculaire.
» En France, on c\Xg cQhii ï archevêque de Reîrns , qui s’attache à la w chasuble par trois épingles en or, dont les têtes sont en perles fines. » (Gareiso, V Archéologue chrétien.)
(2) Durand de Mende, après avoir parlé du rational juif, ajoute que dans la nouvelle loi, il est remplacé par le livre des évangiles, que les évêques portent respectueusement sur la poitrine , quand ils sont consacrés. C’est pourquoi ce livre est souvent couvert d’or.
L’Ordre des réceptions de G. Fillastre, vers 1400, témoigne qu’à cette époque, le rational faisait partie des ornements des archevêques , dans, notre métropole.
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t* Mitre de saint Nicaise, au portail nord ; crosse et croix au tympan du même portail [Baptême de Clovis].—- 2“ Gants et sandales.
COSTUMES ET AMEUBLEMENTS I)U MüAEN-AGE. 589
, Les mitres de nos évoques, au portail nord, sont de plusieurs formes : les unes ressemblent à celles des prêtres juifs de l’ancienne loi , les autres sont arrondies par le haut , ou se terminent en croissant, ou même en pointe.
Le Cérémonial des évêques dislingue (rois espèces de mitres : la mille simple en étoffe blanche, sans or : elle sert aux. offices des Morts et pendant la Semaine-Sainte ; la mitre précieuse, garnie d’or avec pierres précieuses : elle sert dans les grandes solennités, au commencement et à la fin des offices ordinaires, et dans les processions ; et enfin une mitre intermédiaire en soie blanche brodée d’or, ou en drap d’or simple , sans broderie , sans pierres précieuses.
Celle qui est sculptée dans nos portails est la mitre précieuse, ornée dans le bas et sur le devant d’une bande en broderie couverte de pierreries.
Pour compléter cette étude des ornements pontificaux, il nous resterait à parler des gants et des bas, sur lesquels sont appliquées de riches croix brodées en relief et inscrites le plus souvent dans un rond ou dans un quatre-feuilles.
Les sandales font également partie des ornements épiscopaux. Le respect était, autrefois, si grand pour les saints mystères, que les ministres de l’autel changeaient de chaussure avant d’entrer dans le sanctuaire. Les évêques seuls ont conservé cet usage.
Depuis plusieurs siècles, les sandales qu’ils portent sont en étoffe de soie. Celles que nous voyons au portail nord ressemblent à de hauts brodequins divisés sur le cou-de-pied en quatre parties par des bandelettes brodées, couvertes de pierreries.
2° Costumes civils et militaires.
Nous pourrions continuer notre étude : elle est pleine d’intérêt; nous passerions en revue les autres costumes que l’on rencontre dans la statuaire de Notre-Dame de Reims. Nous craignions de fatiguer le lecteur. Qu’il nous suffise de signaler les robes à longues manches dont sont revêtus les clercs; la tunique des moines,
couverte souvent d^’un scapulaire et d’un manteau ou coule la robe Irainante des vierges, serrée à la ceinture par une courroie ou par une cordelière, et accompagnée d’un voile quelquefois très-court, e! d’autres fois descendant presque jusqu’à terre. Nous admirerons surtout les costumes militaires de tous genres, figurés au portail nord et au portail occidental, à l’intérieur et à l’extérieur.
Nous signalerons cependant le manteau réservé aux rois, aux reines ou aux grands de leur cour; placé sur les épaules, il est attaché sur le devant , ou par une petite bande d’étoffe faisant partie du manteau, ou par une petite bandelette retenue par des agrafes. Quelquefois l’agrafe est posée sur l’épaule.
Ce vêtement, au portail nord surtout, laisse apercevoir presque toujours une robe trainanle , sans manche , serrée à la taille par une ceinture étroite^ ornée de broderies ou de pierreries, qui, ellemême, est attachée par une boucle très-élégamment sculptée. Le bout de la ceinture pend presque jusqu’aux pieds.
Quelquefois , à cette ceinture est sus[>endue une bourse. Nous recommandons à l’allention des archéologues celle que porte un ange placé au chevet de l’église Une boucle la retient sur la ceinture par des cordons ; de petits glands pendent de chaque côté de la bourse, qui est plissée comme une aumônière.
La dalle l^unéraire de Libergier mérite également d’attirer nos regards : le costume de cet illustre architecte est un beau spécimen des vêtements civils du XllU siècle. Une robe fermée dans la partie supérieure par de petits boulons rappelle la soutane des membres du clergé ; un ample manteau descendant jusqu’au-dessous des genoux se rattache sur le devant ; il se termine par une sorte de capuchon qui pouvait se rabattre sur la tête. Celle-ci est couverte d’une toque plate que nous avons plus d’une fois retrouvée dans la description des statues de nos portails.
Les Vandales qui tranchent la tête à saint Nicaise nous offrent, dans le portail nord, plusieurs armures, plu.deurs costumes militaires en usage au siè*:le. Tous sont revêtus du haubert^ ou colle de mailles^ ou jaque de mailles. C’est une espèce de tu-
(t) Voyez la dalle de Pégorare.
jlique composée de clinuioiis ou de pelils anneaux de fer, et descendant jusqu’aux genoux.
Sous ce vêtement, se trouve la cotte d'armes en drap, de même forme , de même dimension que la précédente. Plusieurs des Vandales l’ont, au contraire, sur la cotte de mailles.
Au lieu du heaume, ou casque solide, en usage au Moyen-Age, les soldais ont la tête couverte d’un bonnet de mailles semblables à la cotte. Il leur couvre entièrement la tête et les épaules. Ils tiennent tous à la main de larges épées, dont le fourreau est retenu à la taille par une courroie.
Ces cosi urnes diffèrent de ceux dont sont revêlns les mêmes Vandales figurés au grand portail, à l’inlérieur. Là, ils ont le heaume ou casque complet, composé de la calotte ou timbre couvrant la tête, de la crête, bande de métal dominant le timbre, de la visière saillante et mobile.
Les cottes de mailles sont remplacées par des cottes d’armes, ou des cuirasses ornées d’écailles.
Dans ce même portail et dans les deux voussures, à l’intérieur, on voit plusieurs soldats bardés de fer. Ils ont les cuissards , \es jambières et les gantelets en mailles de fer. Parmi les boucliers figurés dans la statuaire de l’édifice, on remarque celui dont est couvert Goliath ; il est haut , ovale et couvert d’écailles. Le soldat qui est représenté à l’intérieur , dans la première ligne à droite du grand portail, porte un bouclier rond très-petit. Il est formé d’un ensemble de bandes de fer ou d’acier, réunies au centre par un motif rond et ciselé. Enfin, sur le chambranle de la porte droite du portail extérieur, nous avons mentionné un soldat armé de pied en cap. Le bouclier qu’il porte au bras est triangulaire, bombé et orné sur le milieu d’un lion, emblème de la force .
IL AMEUBLEMENTS
De nos jours, on est souvent embarrassé pour donner des formes gracieuses aux objets destinés à servir aux saints mystères, à orner les églises : que ne prend-on pour modèles ceux que nous ont légués nos pères! Pour la plupart, ils sont tout à la fois simples, de bon goût, variés et riches d’ornementation.
59i DESCUÎPTION DE LxV CATHÉDRALE DE REIMS.
Les vases sacrés, les reliquaires, les croix et les autres objets mobiliers que l’on trouve dans la statuaire de la cathédrale, surtout au portail nord et au chevet de l’église, formeraient , par leur réunion dans un album , la plus belle et la plus intéressante collection des insignes sacrés en usage au Xîll^ siècle.
La même statuaire nous fait connaître les instruments de musique, les armes des guerriers, les objets d’un usage ordinaire. Examinons d’abord les vases sacrés et ceux que Von emploie dans les cérémonies de V Eglise.
i® Vases sacrés, objets employés dans les cérémonies de V Eglise.
Dans le tympan consacré à Saint Nicaise et à saint Demi, au portail nord, on voit im autel complet. La table est recouverte d’un long voile ou nappe, retombant sur le devant et sur les côtés, selon les prescriptions liturgiques. Il est abrité psiv un baldaqum en forme de portique, richement sculpté. Le fronton trilobé est soutenu par deux colonnes posées sur un socle drapé. Derrière le fronton, s’élève un premier étage, couronné par une suite d’arcatures formant galerie. Dans le fond de cet édicule sont suspendus des rideaux drapés, que l’on coulait au moment des saints mystères. C’est ce que nous avons appelé le ciborium (t. p. 99). Les draperies ressemblent à celles que M. Violîet-le-Duc a fait peindre sur le mur de la chapelle absidale.
Un autre autel est sculpté au grand portail, sur les chambranles du porche de droite. Il est dressé sous un portique formé de quatre colonnes, surmontées d’un dôme à deux étages (XV« siècle). Sur l’autel, il n’y a ni chandeliers, ni croix, mais simplement le livre des évangiles, un pied de calice et une chasuble.
Rappellerons-nous cette église d’Ephèse figurée dans la voussure du même porche, et dans l’intérieur de laquelle on voit un autel, un ciboire, et une lampe ?
Au portail nord, sur un autel devant lequel prie saint Nicaise, est également un calice ù la forme basse; la coupe est rèliée au pied par un nœud ciselé ; il ressemble au calice de saint Remi conservé au Trésor.
Un ange encense le saint martyr avec un encensoir très-bas.
. arrondi et terminé dans le haut par des frontons à jour. Plusieurs autres du même genre, parfaitement sculptés, sont entre les mains des anges placés auprès de nos saints pontifes, dans les divers portiques. L’encensoir est toujours accompagné d’une navette {navis), en forme de petit vaisseau, recouvert ou à jour, au milieu duquel apparaît Pencens, amoncelé en grains.
Les clercs de ce même portique tiennent, les uns, des croix processionnelles^ couvertes de sculptures et de pierreries, et terminées par des quatre-feuilles; les autres, des bénitiers très-élégants dans leur simplicité, concaves par le milieu; d’autres, des livres aux riches fermoirs, à la reliure ornée de nombreuses pierreries, enchâssées avec art. Un de ces livres est entouré d’une garniture ciselée et de quatre médaillons où figurent le soleil, la lune et deux étoiles. Un autre , plus riche encore, est couvert de pierres diversement taillées , et encadré d’une bordure en feuilles aussi finement travaillée que le serait un objet d’orfèvrerie.
Les vitraux de l’abside nous fourniraient aussi de riches dessins pour le mobilier d’une église. Nous rappelons seulement la croix aux bras étendus, et tout ornée de pierreries , sur laquelle est attaché le Sauveur du monde ; la croix archiépiscopale figurée audessus de l’église de Reims ; le livre enrichi de pierres précieuses que tient le disciple bien-aimé; les lampes sacrées qui brûlent devant le Saint des Saints.
Le petit portail nord, aujourd’hui renfermé dans une sacristie, a ses chandeliers du XIII® siècle ; peut-être même sont-ils antérieurs. Ils sont très-bas, à pieds ronds, unis à la tige par un nœud ti‘ès-fort.
Dans le même portail nord, les crosses des abbés^ celles des archevêques, leurs anneaux rivalisent, par leurs gracieux contours, par le fini de l’exécution, par la richesse des détails, avec les reliquaires que tiennent les anges du chevet de l’église. Ces derniers ont la forme d’édicules gothiques, terminés par des frontons et des tourelles à jour. Les faces sont découpées en rosaces ou en fenêtres géminées. Nous avons décrit (page 158) la crosse si élégante d’un évêque placé dans les contre-forts du grand portail.
2" Objets divers.
Deux autres objets mobiliers sont encore clignes d’être signalés dans le portail nord . Le premier, c’est la cuve à pans dans laquelle est plongé Clovis, au moment de son baptême , et une autre, ornée d'arcatures, au milieu de laquelle se trouvent le préfet de Rethel et sa femme, baptisés par saint Remi.
A la galerie des Rois, Clovis est également dans la cuve baptismale. Celle-ci est plus riche, plus ornementée que la cuve du XIÏR siècle ; elle est également à pans coupés; des moulures, .des arcatures, des clochetons en décorent le contour.
Notre attention doit aussi se porler sur une stalle à dossier élevé, recourbé en dedans et terminé par deux petites volutes ; elle est au portail nord. Nous en retrouverons une autre plus riche au portail principal, dans les montants de la porte où sont retracées les scènes de l’Apocalypse. Les accoudoirs de cette dernière sont ornés de volutes à feuilles sculptées, et reposent sur des colonnettes terminées par un chapiteau. On reconnaît l’ornementation du XV® siècle.
Nous signalerons encore une chaise haute à dossier dans le porche de gauche ( portail nord). C’est aux pieds de la statue centrale, dite statue du Beau-Dieu^ dans la scène reproduite sur le socle. La chaise sur laquelle est assise la Sainte-Vierge est ornée d’arcatures, et repose elle-même sur un socle drapé.
Parmi les vases servant au saint sacrifice, nous aurions pu mentionner les burettes que tient un ange placé dans un des contre-forts de l’abside. Elles ont la forme d’une amphore allongée, sans anses, ou d’une fiole allongée, à panse fortement renflée.
Pour achever l’étude du portail nord, nous dirons que les grandes statues d’apôtres se présentent chacune avec un insigne particulier ; saint Pierre tient une clef^ saint Paul une épée richement travaillée et couverte de dorures*, saint André presse sur son cœur une croix droite ; saint Jacques marche avec un bourdon de pèlerin ; une pannetière coquillagée pend à son côté ; saint Rarthélemy montre le couteau avec lequel il fut martyrisé, et saint Jean porte un livre que nous avons déjà mentionné.
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Dans le lympande la Uésurrcclion, apparaissent des meubles de tous genres : le siège sur lequel est assis le Souverain Juge ; la lance, la couronne (Vépines, Y éponge, les clous de la Passion ; des tombeaux ronds, carrés, ornés d'arcatures. La forme des tombeaux , cette pierre qui recouvre simplement les morts, et que nous retrouverons encore au grand portail ( tympan en retour à droite), rappelle les sépultures que nous avons décrites dans l’intérieur de Notre-Dame , ces fosses peu profondes, recouvertes d’une dalle de la longueur meme du tombeau.
A l’ameublement déjà mentionné dans le tympan de la Résurrection, nous ajouterons la chaudière posée sur un trépied à pattes recourbées, vers laquelle les démons conduisent les damnés garrottés par une chaîne en fer, les crocs de fer, les pelles, et tout ce qui sert pour attiser le feu. (Les memes emblèmes de l’enfer se trouvent au grand portail, porche de droite. Près de là, dans le tympan de retour, nous avons cité les bourreaux prêts à plonger saint Jean dans la chaudière, activant le feu avec un énorme soufflet, ou remuant de leurs fourches les tisons embrasés.}
IL OBJETS raOFANES, INSTRUMENTS D^’UN USAGE ORDINAIRE.
Ces derniers objets nous conduisent tout naturellement à parler des objets profanes et des vases d’un usage ordinaire,
1° Insignes royaux.
Les couronnes que l’on rencontre dans la statuaire de la cathédrale ne sont pas toutes semblables. Parmi celles que portent les rois, la plupart sont à jour, ornées de trèfles, alternés quelquefois avec un autre ornement, enrichies de pierreries. — Celle de la Très-Sainte Vierge, au grand portail, est ornée de douze étoiles. — Au portail nord, plusieurs sont composées d’enroulements qui rappellent quelques chapiteaux du XII* siècle. La couronne que porte la reine Clotilde , au baptême de Clovis figuré dans le tympan du portail nord, est très-curieuse et très-riche de composition. Celle du roi, surtout, ne ressemble en rien à celles que l’on voit de nos jours. Au-dessus du bandeau qui doit ceindre le front
du monarque, s’élève une garniture de feuilles et d’enroulements d’un très-heureux effet.
Les sceptres sont également très-multipliés, surtout dans la galerie des Rois. Ils sont terminés par une fïeur-de-lis.
Au chevet, un ange porte un sceptre très-remarquable Au lieu de la fleur-de-lis ordinaire, c’est un ensemble de feuilles sculptées, du milieu desquelles s’épanouit une Heur très-richement découpée.
2° Instruments de musique.
Au portail nord, plusieurs anges, dans le tympan de la Résurrection, appellent les hommes au jugement avec de longues trompettes recourbées et évasées parle bas. — Au portail principal, les vieillards de l’Apocalypse ou les ancêtres de Marie, dans les voussures du milieu, jouent de divers instruments : Tun frappe des cymbales y l’autre pince de la harpe; celui-ci, avec un archet, tire des sons d’un violon ; un quatrième joue de la flûte Dans ce même portail , sur les gargouilles , sont des musiciens ; ils tiennent appuyée sur l’épaule gauche une viole, ou pincent de la guitare. L’ange qui supporte la statue de Marie visitée par l’archange Gabriel, fait résonner une petite harpe triangulaire arrondie par le haut. Les cordes, placées horizontalement, sont en grand nombre — D’autres harpes, de forme pareille à celle que nous voyons de nos jours, sont représentées dans la rosace, aux mains des anges qui assistent Marie s’élevant vers le ciel.
30 Professions diverses : objets d'un usage quotidien.
Dans la porte du Reau-Dieu, au pied de la statue de Jésus- Christ, apparaissent, sur le socle, tous les détails d’un intérieur de magasin et d’un tribunal de justice. La scène représente un marchand de drap accusé de vendre à fausses mesures. Il est devant une table et déplie son drap II est accusé et conduit devant ses juges, revêtus de longues robes à larges manches et couverts du bonnet carré. Le drap est de nouveau placé sur des tables à tréteaux, déplié et remis dans ses plis. Un scribe, assis par terre, prend des notes. Le jugement est prononcé : l’accusé est condamné à venir faire amende honorable devant la Très-Sainte Vierge. (Nous avons fait connaître la forme du siège de Marie.)
Ce tribunal, ce jugement, celte seiileiicc reportent l’esprit vers ces demeures où la justice humaine fait expier les crimes des hommes. On sait combien affreuses étaient les prisons du Moyen- Age. Les chaînes qui retenaient les coupables nous sont figurées, ou par ces liens de fer, qui, dans la porte d’Enfer, retiennent les malheureux damnés, ou par ces deux barres également de fer qui [grand portail, voussure du porche de droite] sont fixées par des anneaux aux mains des anges rebelles.
l^e financier est figuré, au portail occidental, jiorcbe de droite ; on y voit le coffre-fort tout bardé de fer, les sacs d'argent, les livres à cordons.
L’afc/amîsfe du Moyen-Age nous serait Te.\n'êsQo{Q [grand portail, tympan de retour à droite] par ce soldat préparant le poison que Ton va donner à saint Jean. 11 le broie dans un pilon tout uni , grand et évasé par le haut.
Varchilecte, sur la dalle de Libergier, nous apparaît avec Véquerre, le compas de réduction.
La pioche elVéquerre sont figurés dans la main de Vouvrier du temple, à qui parle Salomon.
Le Moyen-Age a vu, comme nous, ces pauvres et infortunés aveugles , allant mendier leur pain , conduits par leur chien fidèle. Les cariatides de la cathédrale les représentent, ayant, pendu à leur cou, le rustique chalumeau qui doit attirer sur eux l’attention des passants , ou même encore la cornemuse, qu’il& pressent sous leur bras.
Au portail nord, plusieurs objets d’un usage tout ordinaire échappent aux regards, à cause de l’élévation où le sculpteur les a placés. Ainsi, autour de la rosace, E]ve file une quenouille semblable à celles que l’on voit de nos jours; Adam retourne péniblement la terre avec une bêche; auprès de Caïn, apparaît le fer meurtrier de sa charrue; Jahai pince de la guitare; un autre enfant d’Adam amasse de la paille avec un râteau ; derrière lui,.
est dressé un fléau ; enfin, Tubalcaïn travaille le fer auprès d’une forge arrondie par le haut .
La lampe qui éclaire pendant la nuit est figurée dans le porche voisin, entre les mains des vierges sages : au besoin, nous en retrouverions un autre modèle dans le vitrail de l’abside où est figuré saint Jean.
La deuxième fenêtre à gauche nous montre, dans un médaillon, me salle de noces, me table couverte d’une nappe blanche, un vase rempli de vin et deux verres.
Dans un autre vitrail, nous avons signalé un large siège en forme de lit, sur lequel est assis un personnage nimbé ; c^est le seul de cette forme que nous ayons remarqué dans l’iconographie de la cathédrale. Nous avons parlé du bisellium ou chaise curule sur laquelle reposent la plupart des rois dans nos vitraux de la nef; du pliant sur lequel d’autres sont assis.
L’iconographie intérieure de Notre-Dame (grand portail, porte de droite) nous a montré les puits du Moyen-Age, tels que nous les avons encore aujourd’hui ; la Samaritaine descend son vase à l’aide d’une corde suspendue aune poulie fixée sur deux montants.
Au même portail, mais au dehors, dans les chambranles de la porte principale, Timagier a sculpté les instruments des travaux champêtres : la bêche, la faux et la faucille du moissonneur, le fléau du batteur en grange , le tonneau du vendangeur.
Dans la voussure, nous avons mentionné les tenailles que tient sainte Agathe.
Au portail nord, dans le haut du tympan, on a pu remarquer, posé sur deux chantiers, un tonneau cerclé que bénit saint Demi . il est tellement semblable à ceux que l’on fait de nos jours, qu’on le croirait exécuté par un ouvrier duXIX*^ siècle.
Un peu plus bas que ce tonneau, à droite, le sculpteur a figuré un arbre. La branche inférieure qui sort du tronc, par ses nervures, par ses contours et par son épanouissement, offre le modèle le plus fidèle que Ton puisse trouver des crosses ou crochets
qui ornent les corniches, les rampants, les frontons et les pyramides de l’édifice. Ces crochets ne sont donc pas, comme on l’a prétendu, une réminiscence des feuilles d’acanthe ou une volute
du lis.
Nous nous arrêtons ; puisse celte étude intéresser le lecteur et lui faire apprécier le monument que nous avons entrepris de décrire !