‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 228 sur 257 · AUTHENTICITÉ DE LA SAINTE ÉPINE, DE REIMS · texte numérisé non relu

AUTHENTICITÉ DE LA SAINTE ÉPINE, DE REIMS

» de Reims , et pour lors vicaire général de Sa Grandeur Monsei- » gneur l’évêque de Meaux, qui néanmoins demeurait à Reims, se » rendant à leurs vœux, vint trouver les dites dames et interrogea » séparément chacune d’elles, au sujet du susdit vase placé sous » ses yeux. Toutes déclarèrent unanimement qu’elles le reconnais- » saient parfaitement, comme provenant du Trésor de ladite » abbaye de Saint-Pierre-les-I)ames; ajoutant que les saintes reli- » ques y contenues avaient été jadis exposées dans leur église à » la vénération des fidèles. Et, pour le prouver, elles lui présen- 0 tèrent un ancien registre de leur abbaye, dans lequel sont énonj> cés, non- seulement les noms successifs de toutes les abbesses » mêmes , mais aussi l’indication des reliques données à cha- » cune, et par elles cédées ensuite à l’église susdite, parmi les- » quelles était rapporté, en termes clairs, et précisément décrit, le » susdit vase, dans l’endroit où il s’agissait de ceux qui avaient été » offerts à l’église par Renée de Lorraine. Aus.si ledit vicaire î) général, après l’avoir soigneusement considéré, et ayant cora- » paré la description de celui qui y était dit avoir été donné V par Henri II en présent à l’abbesse Renée, avec celui qui était J) alors sous ses yeux, ne trouva, entre un et l’autre, aucune dif- }> férence, sinon qu’il manquait dans celui-ci quatre rubis et trois » perles, qui ont été sans doute égarés dans les divers transports » du même vase exigés par le malheur des temps Ainsi, tout bien » considéré, il reconnut que celui qu’il avait sous les yeux était » absolument le même qui avait été conservé autrefois dans le J) Trésor de ladite abbaye, et en conséquence, il consentit qu’il fût » déposé dans la chapelle de l’hôpilal de Saint-Marc oui, jusqu’à » ce qu’il fût autrement ordonné. Tout cela est attesté par deux » pièces authentiques, rédigées par écrit, l’une du Mai 1812,

» à laquelle apposèrent alors leur signature les susdites anciennes U Dames de Saint-Pierre, ledit vicaire général et M. Dombry,

» pour lors son secrétaire, et maintenant chanoine prêtre titulaire JD de notre église métropolitaine ; l’autre ensuite, que nous avons » eue aussi sous les yeux, des mêmes an, mois, et jour, signée de » même par les sœurs de Saint-Marcoul, dans laquelle elles recon- » naissent et avouent avoir reçu en dépôt le susdit vase desdites » anciennes Dames de Saint-Pierre. Mais, dès que , par un effet ») de la grâce de Dieu , nous fûmes enfin arrivé dans la ville de JD Reims, après laquelle nous avions si longtemps soupiré, du .

» nombre des Dames encore subsistantes de Saint-Pierre, il en vint » à nous pour nous annoncer qu’elles désiraient que ces reliques » si précieuses, déposées, depuis environ dix ans, dans la chapelle » de Saint-Marcoul , fussent transférées , avec le vase qui les J) contient, dans notre église métropolitaine, et lui fussent données » à perpétuité. En conséquence, le jour des Rameaux dernier, i nous nous sommes d’abord rendu processionnellement, avec les » chanoines et le clergé de notre susdite église, à la chapelle de » Sainte-Marthe-les-Dames, dite de la Congrégation, et, après y » avoir fait, selon les règles, la bénédiction des Rameaux, qui, en » vertu du décret du concile de Reims, de l’année 1183, tit. 12, » Des évêques, nous est réservée, nous sommes venu à Saint- » Marcoul, et, après en avoir conféré auparavant avec nos chères » sœurs en Jésus-Christ, qui, avec un zèle digne de tant d’éloges, O se sont dévouées au besoin des écrouelles , de leur exprès « consentement, nous avons respectueusement tiré le susdit et » insigne vase , dans lequel est contenue une épine de Notre- » Seigneur, de la petite armoire où il avait été déposé pour un » temps, au-dessous de la Sainte-Eucharistie , et nous l’avons, » accompagné d’une grande foule de peuple , transféré dans » notre église métropolitaine

» f Jean-Charles, archevêque de Reims.

» Par ordonnance de mondit seigneur , )) Gros. »

Note H, page 484.

Authenticité de la Sainte-Ampoule.

La Sainte-Ampoule est une fiole qui renferme des parcelles du baume servant autrefois au sacre des rois.

Nous avons décrit (tome p. 285, t. II, p. 485) le reliquaire ancien. Tous les témoignages se sont accordés à représenter l’huile

sainte comme desséchée, ayant une consistance cérumineiise, une couleur rougeâtre.

Telle était déjà la Sainle - Ampoule au commencement du XVIIe siècle. Notre historien, I). Marlot, grand-prieur de l’abbaye de Saint-Nicaise de Heims, qui écrivait sous Louis XIII, parle ainsi de la Sainte-Ampoule : « La liqueur qui est dedans n’est » pas entièrement liquide, mais un peu desséchée, semblable à » du fin baume congelé. Estant tirée avec une aiguille d’or par ï l’archevesque, au sacre des rois, elle donne sa teinlurje rou- » geâtre au sainl-chrêrne, après estre mêlée, ainsi que le rap- » portent ceux qui estoient présents au sacre de Louis XIII. Il y a n bien diminution du tiers et non plus *, car Froissard s’est méy> pris lorsqu’il a dit, traitant du sacre de Charles VI, que la » Sainte-Ampoulle ne diminuoit pas : elle décroist à mesure qu’on > en prend, bien que ce soit fort peu et moins de la grosseur » d’un grain de froment. »

Le même D. Marlot, témoin oculaire, nous rapporte (1) les hommages rendus à la Sainte-Ampoule et les cérémonies avec lesquelles on la transporta du monastère de Saint-Remi à la métropole. Nous ne pouvons résister au désir de citer son récit :

« Le Vendredi 15, le roi fut entendre la messe dans l’église de B Saint-Remi, pour rendre ses vœux au tombeau de ce saint apôtre )) et vénérer le baume de la Sainte-Ampoule , perpétuellement 5) conservé près de sa châsse , dans le plus beau monument qui » soit en France. »

D. Marlot raconte la visite faite, le 16, à Saint-Nicaise et à Saint-Pierre-les-Dames. Il continue ;

« Le Dimanche 17, dédié à la solemnilé du sacre, les sieurs » marquis de Sablé, Nangis le fils, le vicomte de Rabat et le baron »> de Chéboutonne, députés de Sa Majesté pour apporter la Sainte- » Ampoulle, partirent du palais entre les six et sept heures, suivis » de leurs escuyers portant chacun une bannière peinte et désignée » aux armes de leurs maistres, et faisant conduire devant eux » une hacquenée blanche pour seoir le grand-prieur de Saint- » Remy, qui devoit porter la Sainte-Ampoulle,

» Monsieur le cardinal de Joyeuse , choisi pour représenter

(t) D. Marlot, Théâtre d'Homieur, liv. III, ch. IS.

» l’archevesque de Reims absent, se rendit cependant à l’église » avec les huict évesques qui dévoient assister, et quelque demi- » heure après arrivèrent, en leurs habits pontificaux, messieurs les n pairs ecclésiastiques : Geoffroy de Billy, évesque duc de Laon ;

» Charles d’Escart, évesque duc de Langres ; Réné Potier,

» évesque comte de Beauvais ; Cosme Clausse, évesque comte de » Chaalons ; Charles de Balsac, évesque comte de Noyon ; puis » les laïques représentés par monseigneur le prince de Condé,

» M le prince de Conti, M. le comte de Soissons, le duc de Nevers,

» le duc d’Elbeuf et le duc d’Espernon. »

Après avoir fait connaître l’ordre tenu en la procession faite pour aller quérir le roi et le conduire à l’église, D. Marlot ajoute :

« Pendant que chacun prenoit sa place, les quatre barons qu’on » avüit envoyés à Saint-Remy estoient en chemin pour faire )) apporter la Sainte-Arnpoulle ; les rues estoient ornées de lapis- ') sériés depuis Saint-Remy jusques à la cathédrale. Les princi- » paux de la Justice et de la Maison de Ville alloient devant, por- » tant chacun une torche de cire blanche armoiriée ; quelques six » vingts habitants du Chesne-le-Pouilleux, bien armés, le tambour » battant, la mèche allumée, avec une feuille de chesne au chap- » peau, servoient de garde pour la conduire ; tous les religieux » de Saint-Remy cheminoient processionnellement et en chappes ; » leur grand-prieur , monté sur une hacquenée couverte d’une » housse de toille d’argent, portoit dans un reliquaire pendu à » son cou la Sainte-Arnpoulle, estant sous un poêle aussi de toille » d’argent, soutenu par quatre religieux, vestus d’auhes blanches, » et les quatre barons paroissoient aux quatre coins avec leurs > étendards et quelques soldats des gardes pour l’escorter.

)) Monsieur le cardinal de Joyeuse, estant adverti de l’arrivée » de la Sainle-Ampoulle, partit de l’autel pour la recevoir en la » nef, avec les huit évesques qui l’assistoient, précédés des cha- » noines et habitués de l’église. Mais avant que lui estre délivrée, » le grand-prieur de Saint-Remy le supplia qu’il voulût s’obliger, » à l’accoustumée, de la rendre après la cérémonie ; ce qu’il ac- D corda en parole de prélat. A l’instant, les chanoines et les hahi- » tués de l’église chantèrent une antienne , et le cardinal dit » l’oraison, laquelle finie, il rentra au chœur, portant la Saintei) Ampoulle , qu'il montra au peuple : à la vue d’icelle, le roy se » souleva de sa chaire et la révéra, ainsi que fit toute l’assistance.

)) Les quatre barons qui Tavoient été quérir entrèrent aussi dans » le chœur, portant en main les ponnonceaux de leurs armoiries,

» et s’assirent, pour ouïr la messe , ès chaises des chanoines à » costé gauche . «

Nous ne redirons pas la cérémonie de l’onction ; nous laisserons également l’abbé et ses moines retourner processionnellemenl à Saint-Remi, les habitants du Chesne revendiquer la haquenée, et l’emmener après avoir blessé plusieurs des bons religieux bénédictins.

Notre intention n’est point non plus de retracer le souvenir d’une journée bien triste dans les annales rémoises; du jour où le député de la Convention brisa la relique consacrée par la vénération de douze siècles.

Rhull croyait bien avoir anéanti à jamais la Sainte-Ampoule, et les souvenirs que la Convention abhorrait. Il s’était trompé. Le maire de Reims avait chargé du soin d’apporter à l’Hotel-de-Ville la relique vénérée, un officier municipal, administrateur de la fabrique de Saint-Remi M. Philippe Hourelle. Ce magistrat et l’abbé Seraine, curé de Saint-Remi , ne pouvant substituer une autre fiole à la fiole du reliquaire, détachèrent une partie considérable du baume congelé aux parois. Tous deux en emportèrent une portion ; le curé eut la parcelle la plus forte ; chacun d’eux renferma précieusement son trésor.

Les saintes parcelles que possédait M. Seraine purent échapper à la rage des révolutionnaires et furent, en i819, restituées à l’autorité légitime par M. Seraine lui-même. La partie échue à M. Hourelle avait été conservée par lui avec le plus grand soin; à son décès, une portion fut donnée à M. Lecomte, juge au tribunal civil de Reims; l’autre périt lors de l’invasion de 1814.

On avait cru que le dernier prieur de Saint-Remi, D Lécuyer, avait, en se retirant de son monastère, emporté avec lui la Sainte- Ampoule, pour la soustraire aux profanations. Des procès-verbaux, dressés en 1819, constatent que D. Lécuyer n’avait pu emporter avec lui la Sainte-Ampoule, comme il l’avait désiré, qu’une notable portion du baume sacré était en la possession de M. Seraine, une autre entre les mains de M Lecomte.

Ces parcelles et des esquilles sauvées par d’autres personnes furent remises entre les mains de M. Dessain , procureur du roi , et de M. Bertin, curé de Saint-Remi , renfermées dans une boîte d’argent fermant à trois clefs, et déposées dans le tombeau de saint Remi. La longueur des pièces, attestations, procès-verbaux établissant l’authenticité de ce dépôt, ne nous permejttant pas de les relater ici, nous en donnons la liste , renvoyant le lecteur à l’ouvrage de M. P. Tarbé : Trésors des églises de Reims.

1° Procès-verbal constatant l’existence des parcelles de l’ancienne Sainte-Ampoule, enlevées par M. Seraine, et conservées par lui et parM. Hourelle. Signé : Seraine.

2» Attestation de MM. Hourelle touchant l’existence de ces parcelles conservées par leur père et par leur mère.

3* Attestation de M. Lecomte, juge au tribunal civil de Reims, qui reçut de M“® Hourelle une portion de ce baume, et s’offrait à la remettre à qui de droit.

4® Déposition de M, Engrand, religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, en 1793.

Déclaration deM. Pertin, curé de la paroisse de Saint-Remi depuis 1802.

6» Attestation de M. Povillon, affirmant qu’il a vu les parcelles du baume chez M Seraine, en 1794 et en 1804.

7° M. Baudard, religieux bénédictin, ancien prieur de Saint- Nicaise, affirme avoir vu, en 1805, la portion conservée par M"'® Hourelle.

8® M. Huet, ancien maire des Mesneux, affirme qu’en 1803, M. Seraine lui a dit : « Je conserve des parcelles du baume que » contenait la Sainte-Ampoule. »

9°M. Godinot-Dinet affirme également qu’en 1793, M. Seraine lui a dit confidentiellement être en possession de parcelles de la Sainte-Ampoule, enfermées dans un carré de papier blanc, scellé d’un fil blanc, et sur lequel il avait écrit : Morceaux ou fragments de la Sainte- Ampoule.

10®M. Gouillard, bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, juge-de-paix du troisième arrondissement de Reims, atteste que M. Seraine a enlevé des parcelles de la Sainte-Ampoule, qu’il les a vues, et qu’elles sont identiques à celles qu’il a pu examiner en 1780, lorsque le reliquaire lui fut confié pour le réparer.

1 1“ M. Courtin , religieux bénédictin de la Congrégation de

Saint-Maur, atleste que la Sainte-Ampoule actuelle est absolument celle qu’il a connue pendant dix années avant la Révolution

12“ Déclaration de M. Bernard, religieux bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur. Invité, en 1814 , par l’architecte de Monsieur, frère de Louis XVIII, à donner des renseignements sur la Sainte-Ampoule, il a écrit à D. Lécuyer, neveu du prieur : celui-ci lui a répondu que son oncle n’avait point enlevé du tombeau de saint Remi la sainte relique En 1818, il a écrit une seconde fois à D. Lécuyer, et a obtenu la même réponse.

13“ M. Menonville, vicaire de la paroisse de Saint-Jacques, déclare que M. Seraine lui a montré la précieuse relique soustraite au conventionnel RhulL

14“ M. Dessain de Cheviières déclare avoir appris deD. Lécuyer lui-même le projet formé par lui de soustraire la véritable Sainte- Ampoule. Il était persuadé que le dessein avait été exécuté, et que Rhull n’avait brisé qu’une fausse Sainte-Ampoule. Mais, après le retour des Bourbons, il fit écrire à D. Lécuyer, neveu du prieur; il en obtint réponse : D. Lécuyer avait conçu le projet de soustraire la véritable Sainte-Ampoule, il avait même déjà substitué une autre fiole à la fiole contenant l’huile sainte; mais la crainte d’exposer ses religieux à de violentes persécutions, détermina le prieur à retirer la fausse Sainte-Ampoule et à replacer dans le reliquaire la véritable, comme elle l’avait toujours été.

15“ M. Th. Bouré, desservant de Berry-au-Bac, déclare, devant M. Dessain de Chevrières, qu’il avait vu les parcelles de la Sainte- Ampoule sauvées par M. Seraine. Celui-ci, cédant à des instances réitérées, lui en accorda une faible partie ; il la plaça dans un morceau du suaire de saint Remi. Cette relique , il consent à la remettre quand on la demandera .

16“ Attestation de M. L. Champagne-Prévoteau ; il était à côté de Rhull, lorsqu’il brisa la Sainte- Ampoule; deux fragments de cristal, avec des parcelles de baume , sautèrent et vinrent se placer sur sa manche gauche; il les a recueillis; il est prêt à les remettre à qui et quand on jugera à propos.

17o M. Legoix, orfèvre, déclare que son père, Nicolas Legoix, orfèvre, ayant toute la confiance des Bénédictins de Saint-Remi, avait été chargé par D . Lécuyer de desserrer les vis qui retenaient fortement la Sainte-Ampoule dans le tombeau de Saint-Remi;

qu’appelé par le convenlionnel Rliull pour s’expliquer sur l’identité de la Sainte-Ampoule , il l’avait positivement reconnue pour la fiole véritable, et qu’il avait alors reconnu certainement, et avec beaucoup de chagrin , que D. Lécuyer avait abandonné le projet d’enlever la sainte relique.

18° Déclaration signée par D Lécuyer, neveu, et légalisée par le maire de Gommegnies ; il affirme que plus d’une fois son oncle, l’ancien prieur, lui a exprimé les plus vifs regrets de ne point avoir soustrait la Sainte-Ampoule, arrêté qu’il était par la crainte d’exposer à la mort ses confrères restés à Reims.

1 9° La dernière pièce concernant la Sainte-Ampoule est datée du 11 Juin 1819. C’est la plus importante. Elle mentionne la déposition des parcelles de la sainte relique, faite par MM. Seraine, Jean Lecomte, Th. Rouré et Louis Champagne, en présence de trois anciens religieux du monastère, MM. Engrand, Rlondel, Leroy, de la famille Hourelle, de deux marguilliers de Saint-Remi, de M. Povillon , et de M. Meiller, artiste.

R est donc bien certain qu’une portion du baume sacré existant avant la Révolution, est aujourd’hui conservée dans le reliquaire de la Sainte-Ampoule.

Mais quelle est l’origine de cette huile conservée avec tant de sollicitude? Vient-elle réellement du ciel? Remonte-l-elle au temps de saint Remi?

Nous avons, tome 1°^, p. 547, établi la possibilité et, jusqu’à un certain point, la convenance d’un miracle obtenu par saint Remi au jour du baptême de Clovis-, rien donc, dans la tradition rémoise, n’est contraire à la raison, à la saine philosophie, à l’enseignement théologique : mais le miracle de la Sainte-Ampoule envoyée du ciel est-il réel, et la Sainte- Ampoule est-elle certainement miraculeuse ?

Déjà, au temps de Marlot, cette question avait exercé la sagacité des savants et des critiques. Les uns, s’appuyant principalement sur le silence de saint Grégoire de Tours et de quelques auteurs contemporains , niaient V existence du fait miraculeux. Les autres admettent un miracle, soit qu’à la suite d’Hincmar, ils soutiennent que le saint-chrême venant à manquer au baptême du roi de France, me colombe apporta du ciel la fiole qui servit à fonction sainte et

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qui, depuis, fut employée pour le sacre de tous nos rois [Marlot, dans son Histoire de Reims (1), et surtout dans son Théâtre d' Honneur , est le champion le plus ferme de ce sentiment ] ; soit qu’ils veudlent diversement expliquer le fait miraculeux.

D’abord exposons les raisons apportées par ceux qui nient ï authenticité de la Sainte- Ampoule , et ne la font remonter qu’au IX® siècle ; puis nous citerons les autorités tendant à établir que cette huile servit au baptême du roi très-chrétien ; en troisième lieu, nous dirons les variantes que présentent les défenseurs dé l’authenticité de la sainte relique.'

I. Saint Demi , dans son testament ; le pape Anaslase II, et saint Avilus, évêque de Vienne, dans leurs lettres de félicitation à Clovis ; saint Nicet, évêque de Trêves, dans sa lettre à Clodowinde, reine des Lombards ; saint Grégoire de Tours , qui naquit onze ans après la mort de saint Demi; Frédegaire, son continuateur, qui fiorissait sous Pépin le Bref, avant Hincmar ; les auteurs de la Vie de saint Arnoul, disciple de saint Remi ; les auteurs du Gesïa Dagoberti et du Gesta Francorum ; la préface de la messe gallicane sur les miracles de saint Demi ; Alcuin, dans la Vie de saint Vaasl; le moine Roricon, dans sdi Chronique , et beaucoup d’autres, parlent du baptême de Clovis, et tous gardent le silence sur le miracle en question. Or, est-il croyable qu^un fait aussi important, s’il était véritable, eût été omis par des auteurs contemporains qui, tous, devaient se faire un plaisir de relever la gloire de l’archevêque de Reims, et la grandeur de la monarchie française ?

Telles sont les raisons apportées par ceux qui nient Fexistence du miracle : nous ne les avons pas atténuées

II A cette preuve si forte , mais purement négative , D. Marlot oppose le témoignage d’ Hincmar, qui a vécu, il est vrai, plus de trois cents ans après le baptême de Clovis, mais dont l’autorité s’appuie sur d’anciens écrits et sur les traditions conservées dans son église .

(t) Marlot latin, t. h»', p, 49.

Ce témoignage est formel : « Après la bénédiction des fonts > baptismaux, par une permission de Dieu, le chrême vint à i manquer, et à cause de la foule du peup-e, on ne pouvait en aller » chercher au temple saint. Alors le saint prélat, levant les D yeux et les mains au ciel, commença à prier en silence, en ver- )) sant des larmes; et voici qu’une colombe, plus blanche que la » neige, apporta dans son bec une petite ampoule pleine desaint- » chrême (1). L’odeur merveilleuse qu’elle répandit surpassait » toutes les odeurs que l’on avait jamais senties dans le baptistère ; » tous ceux qui étaient présents furent remplis de cette suavité in- D exprimable : le saint pontife prit la petite ampoule , la colombe 5) disparut, et Demi répandit de ce chrême dans les fonts bap- » tismaux. Le roi, qui avait vu un si grand miracle, renonçant D aux pompes et aux œuvres de Satan, demanda à être baptisé. » Nouveau Constantin, il s’avança vers la sainte piscine (2). »

Toute la difficulté est donc en ce point unique : le témoignage positifs explicite d’Hincmar doit-il l’emporter, comme autorité, sur le silence des auteurs contemporains?

Hincmar n’a pas voulu tromper ses lecteurs, tous l’admettront facilement; mais n’a-t-il pas été induit en erreur par une tradition populaire, reçue sans examen, avec trop de confiance?

Nous croyons pouvoir assurer qu’Hincmar n’a pas été trompé : voici nos preuves.

Hincmar , dans la préface de la vie de l’apôtre des Francs , nous assure qu’il a recueilli les fragments d’une ancienne vie de saint Demi , écrite immédiatement après la mort du saint prélat. [Elle existait déjà au temps de saint Grégoire de Tours: ce père de l’iiistoire la mentionne : « Est etiam nunc liber i) vitæ ejus qui eum narrat mortuum suscitasse; « mais il ne semble pas s’être mis fort en peine de la feuilleter.] Or, rien ne montre mieux le soin que mit Hincmar à la recherche de la vérité, que ce qu’il écrivit à Odon, évêque de Vienne : a Envoyez- 0 moi, lui marquait-il, les leîtres du bienheureux Avitus à saint » Remi, et si vous pouvez trouver d’autres écrits relatifs à saint

(1) « El ecce subito columba, nive candidior, altuüt in rostro anipullam ») chrismate sancto plenam, etc. »

(2) Hincmar, Vita saneli UemUjU, chap. 21.

» Remi, ils me seront plus précieux que Vor et les topazes. » (Flodoard, liv. III, ch. 21.) Odon ne put reirouver ces lettres de saint Avitus à saint Remi.

Est-il donc croyable qu’Hincmar, le plus grand homme de son temps; llincmar, qui envoyait aux extrémités de la France, pour se procurer des documents aulhentiques relalifs à la vie de l’apôtre rémois; que le savant et judicieux Hincmar se soit laissé abuser au point de recevoir comme certaine une légende apocryphe, aussi extraordinaire que le serait celle delà Sainte-Ampoule?

Un autre témoignage de la même tradition nous est fourni également par Hincmar. On lit au XLF capitulaire de Charles le Chauve, qu’llincmar, sacrant ce prince à Metz comme roi de Lorraine, rappela le souvenir du sacre de Clovis, oint par saint Remi avec une huile envoyée du ciel, dont, ajoute-t-il « nous avons » encore ( cœlilus sumpto chrismate, unde udhuc liabemus, pe- » ruïK^ti et in regem sacrati). » Nous avons montré combien est puissante cette attestation publique et solennelle d’IIincmar (1). Elle nous paraît devoir l’emporter sur le silence des auteurs cités.

Nous ne voulons pas appuyer un fait sur de simples probabilités. Nous ne dirons pas que tous les anciens écrits parlent des nombreux et éclatants miracles faits par saint Remi, et par lesquels il convertit la nation des Francs [nous n’en connaissons pas d’autres que celui de la Sainte-Ampoule]; que saint Grégoire de Tours lui-même mentionne cette odeur divine qui remplit tout le baptistère. Nous avons exposé, t. !«»', p. 559, pourquoi le témoignage négatif de saint Grégoire de Tours, dans le fait présent, n’est pas d’un grand poids à nos yeux ; nous avons montré que de savants critiques admettent que les annales du Père de l’histoire ont été tronquées en beaucoup d’endroits, notamment dans le récit du baptême de Clovis ; que le silence de l’évêque de Tours n’est peut-être pas aussi complet qu’on le prétend. Les Centuriateurs de Magdebourg avaient sous les yeux un texte original plus complet que le texte actuel : ils ont dit : « Parmi d’autres » rites, les évêques introduisirent aussi le chrême ; car, lorsque )) Remi baptisa Clovis, le chrême manqua (sans doute parce qu’il » n^était pas nécessaire) ; mais Grégoire de Tours , Henri

7> d’Erfurt disent qu’une colombe apporta un vase plein de )» chrême (1). »

Si Eon nous demande d’autres témoignages antérieurs à celui d’Hincmar^ nous dirons que dans la Vie de saint Berchaire , premier abbé d’Hautvillers [ diocèse de Reims] , et mort en 685, plus d’un siècle avant Hincmar , il est rapporté d’après le livre des Gestes de saint Remi^ que ce prélat avait oint Clovis du saint-chrême par le ministère des anges : « Angelico ministerio » sacro chrismate illinierat. h Que signifient ces paroles, sinon que la Sainte-Ampoule vient du ciel?

Concluons donc qu’avant le IX« siècle , le miracle de la Sainte-Ampoule était reconnu comme bien authentique.

Maintenant, à ceux qui refusent de faire remonter jusqu’à saint Remi l’huile sainte des sacres , nous dirons : Assignez donc , du IXe au V® siècle, une époque où l’on commence à vénérer la Sainte- Ampoule de Reims Dites sous quel archevêque, pour quel roi elle fut d’abord employée. Et si vous ne pouvez assigner cette époque, admettez donc avec nous la tradition conservée par Hincmar. Cet argument de prescription nous paraît concluant.

Dès lors, les historiens reçoivent sans aucun examen comme incontestable le miracle de la Sainte-Ampoule. C^est Aimoin ;870), dans son Histoire de Frame; c’est Flodoard ; ce sont tous les écrivains français jusqu^au temps de Luther. Les écrivains italiens, espagnols, allemands se sont exprimés de même ; l’historien anglais, Matthieu Pâris , si partial en faveur de sa nation , parlant des pairs de France , ajoute : « L’archevêque de Reims, qui sacre » les rois avec un chrême envoyé du ciel (à cause de quoi le roi » des Francs est regardé comme le premier des rois), est le » premier des pairs de France (2). »

Enfin, ajouterons-nous avec dom Marlol, le miracle de la Sainte-

(1) ft Pon’o inter alios ritus, etiam chrisma addiderunt ; nam ubi Re- » migius Ghlodoveum baptizasset, non adfuit chrisma (forte quia non » fuit necessarium) : sed ait Grcgorius Turonensis et Henricus Erfor- » diensis columbam ore attulisse vas chrismate plénum. »

(2) « Archiepiscopus Remensis, qui regem Francorum cœlesti chris- » mate consecrat (quapropter rex Francorum censetur dignissimus), est » omnium Franciæ primus par et excellentissimus. »

Ampoule^ reconnu depuis le IX« siècle par une tradition non interrompue, ce miracle gravé sur la pierre en caractères ineffaçables(i), ce miracle n’a été contesté que parles hérétiques du XYI® siècle. A cette négation sans preuves, nous préférons l’afrirmation d’Hincmar et la croyance des siècles.

in. Nous arrivons aux variantes que présentent , dans leurs récits, les défenseurs de la sainte relique.

Tandis que les. premiers auteurs font apporter la Sainte-Ampoule par une colombe, Asson (Vita sancti Bercharii), la Chronique de Morigny (liv. Il), Guillaume le Breton {Philippid ., liv. 1), une épitaphe de Clovis, la font descendre du ciel par le ministère d'un ange.

Les prières du sacre suivent l’une et l’autre version.

Matthieu Paris (Rerum anglic.), Rigord (Gesta Philip. Augusti), Pétrarque [de Vita solitariay îib. II, cap. II), se contentent de lui donner une origine céleste, sans indiquer de quelle manière elle fut envoyée.

Le P. Longueval, dans son Histoire de VEglise gallicane div. V), donne une troisième explication, que Pluche et les Bollandistes jugent probable, o Voici, dit Longueval, ce qui me paraît là-dessus de

plus certain. Une ancienne Messe sur les miracles de saint 5) Remi nous apprend que ce saint évêque , voulant baptiser un » malade, ne trouva pas de chrême pour faire les onctions, qu’il i> mit deux fioles sur l’autel, et qu’elles furent remplies. ïlincmar » rapporte le même miracle. Il est à croire que Clovis fut oint de

0 ce même chrême miraculeux. Ainsi, il sera vrai de dire qu’il a )> été oint d’un chrême descendu du ciel , et il ne sera pas surpre- > nant que les auteurs n’aient point parlé de miracle en parlant

1 de son baptême, parce qu’il n’était pas arrivé à cette occasion. » C’en est assez pour justifier la tradition, si glorieuse à nos » rois et à l’Eglise de Reims. »

Nous n’admettrons pas le tempérament si ingénieusement imaginé par le P. Longueval ; il n’est appuyé sur aucune preuve, et il contredit les témoignages formels d’Hincmar et la tradition .

(l) Toujours, dans la statuaire de la cathédrale, à côté de saint Remi, apparaît la colombe avec sa fiole miraculeuse.

Nous croyons cependant pouvoir relater ici la dissertation de l’abbé Pluche, sur la Sainte-Ampoule. C’est une réponse à un savant qui partageait ses sentiments sur la religion, qui croyait, par conséquent, à la possibilité des miracles, mais qui ne pensait pas que celui de la Sainte-Ampoule fût assez prouvé pour qu’on pût lui donner le nom de sainte. C’était sous la minorité de Louis XV, avant Tépoque du sacre.

Pluche, en reconnaissant d’abord, comme tout chrétien, que la religion ne nous fait pas une loi de croire à d’autres miracles qu’à ceux rapportés dans les Livres saints, admet cependant ici un prodige, un miracle obtenu par saint Remi. 11 combat les critiques qui, rejetant le récit de Froissart et d’autres chroniqueurs € que la Sainte-Ampoule ne diminue point, » en déduisent cette conséquence illogique : Donc elle n’est point divine et miraculeuse.

L’auteur expose ce qu’est la Sainte-Ampoule ; puis, repoussant, comme D. Marlot , le préjugé populaire exprimé par Froissart, « que delà Sainte-Ampoule, toujours depuis Clovis, les rois de » France ont été consacrés , et point n’amcindrit, » il continue ainsi :

O Je n’ai garde de prétendre que l’état présent de la matière » que contient l’ampoule fasse preuve en faveur de l’origine mira- » culeuse qu’on lui attribue; mais je crois aussi qu’il ne la détruit

pas; et ne point comprendre qu’une matière qui n’a rien d^exj) traordinaire aujourd’hui puisse avoir été donnée à l’Eglise d’une J manière extraordinaire et miraculeuse, c’est, ce me semble, ne )) pas entendre assez l’économie de la conduite de Dieu.

» Ce serait donc mal raisonner que de conclure de ce qu’une > chose nous paraît aujourd’hui peu considérable, que Dieu ne s’en j> est point servi autrefois pour opérer un miracle Si la matière » que contient la Sainte-Ampoule est une huile donnée miraculeu- » sement à saint Remi, ce corps, quoique miraculeux et surna- » turel dans son origine, est un corps naturel en lui-même ; c’est î> une huile ou un chrême, et cette liqueur a suivi la condition des 9 corps semblables. Pourquoi voudrait-on que Dieu eût fait pour 9 cetle matière une exception qu’il n’a point faite en faveur des )) sacrements de son Eglise ? Les corps de ces grands saints, qui 9 ont été sur la terre des vases de bénédiction, les temples du 9 Saint-Esprit, les instruments de tant de merveilles, que sont-ils » aujourd’hui ? Un peu de cendre. Conclura-t-on de là qu’ils n’ont pas

ÀUTÎlENïICITÉ DE LA SAINTE-AMPOULE. 579

ï) élé OU qu’ils n’ont rien fait de grand, parce qu’il ne nous en reste D qu’un peu de poussière ? Non, sans doute ; et quand les faits sont î) bien prouvés, poussière tant que l’on voudra, cette poussière est î encore belle et respectable. Nous ne voudrions pas, apparemï ment, nous piquer d’être plus délicats sur ce point que les pre- » rniers fidèles de l’Eglise de Smyrne, tout pleins de Eesprit de Dieu, ï> lesquels, écrivant à ceux de Philadelphie et aux Eglises du Pont cette » belle lettre qu’Eusèbe nous a conservée , et où ils rapportent » le martyre de leur évêque Polycarpe, disciple de l’apôtre saint » Jean, marquent positivement qu’ils ont recueilli les cendres du i saint, qu’ils estiment plus précieuses, plus pures que l’or le plus J) pur, et qu’ils les ont placées dans un lieu décent. Voilà les cenj> dres d’un saint qui venait de b.ire un grand miracle avant de > mourir ; voilà une poussière honorée dans PEglise, et dans un D autre siècle que le X*" ou le XIP.

T> Cela suffit, et ce ii’en est peut-être que trop , pour montrer î> que l’état présent d’une relique et l’altération qui y paraît, n’est » point par soi-même une raison légitime de rejeter cette relique. Je î ne demande ici rien de plus. »

Plucbe dit ensuite :

« Soit que la connaissance d’une huile miraculeuse conservée à !> Reims ait déterminé nos rois à choisir cette ville pour la cérémonie y> de leur sacre, soit que le sacre de nos rois, fixé peu à peu à P Reims en reconnaissance du grand bien que la nation française » y a reçu par les prédications de saint Remi, ait introduit dans » fonction de nos rois f usage d’une huile crue miraculeuse et » conservée dans cette ville (ce qui me paraît plus vraisemblable), » il est toujours certain que, de temps immémorial, on croyait P avoir à Reims une huile miraculeuse. Il ne nous importe pas, » à présent , de savoir en quelle occasion le miracle a élé fait ; il » nous suffit de conclure que c’est une relique respectable par une » antiquité bien attestée; à moins qu’on ne veuille se figurer, de P gaieté de cœur, que quelque politique zélé pour la gloire de nos ); rois ou pour celle de Reims, aura pu supposer cette ampoule et P la faire adroitement regarder comme miraculeuse, pour donner P plus de relief à la cérémonie du sacre. Mais cela se dit gra- P tuitement. De plus , je crois cette superchevie impossible ; car, » ou la supposition s’est faite sous les rois de la troisième ou de la D seconde race, ou sous ceux de la première. On ne peut la placer

580 DESCrJPTION DE LA EATHÉDDALE DE REIMS.

î SOUS ceux de la troisième Di de la seconde. lîincmar, archevêque D de Reims, qui approchait du commencement de la seconde »» race, dans un concile ou assemblée des évêques de la province » de Reims et de celle de Trêves, tenu à Metz en présence de » Chailes le Chauve et de l’impératrice, assure que l’on conservait H tà Reims une huile que saint Remi avait obtenue d’une manière

» miraculeuse Cœlitus siimpto chrismate, unde adhuc ha-

> bemus

» L’archevêque lîincmar a pu se tromper quant à la manière et à » l’occasion dans laquelle saint Remi a reçu cette huile, mais sur » le fait de la relique conservée à Reims, son témoignage n’est point récusable ; c'était un fait public et connu, sur lequel il ne pouvait ni se tromper, ni en imposer à son clergé, ni vou- » loir en imposer à personne.

» Mais qui empêche de dire que l’Ampoule ne soit une invention, » une fable du temps de la première race, comme bien d’autres, » et que l’idée en ait ensuite paru assez belle pour attirer à » Reims le sacre de nos rois ?

'1 11 ne restera, ce me semble, aucun soupçon raisonnable sur w ce point, si je produis un témoignage respectable et du temps » même de la première race, qui nous assure que saint Remi a ); reçu une huile miraculeuse. «

Pluche raconte ensuite l’iiistoiré de ce moribond auprès duquel est appelé saint Remi, et que nous avons citée ci-dessus : à la prière du pieux évêque , le vase du saint-chrême et celui de l’huile sainte se remplissent miraculeusement. Pluche établit la certitude de ce prodige, appuyé sur uii des plus beaux monuments de l’Eglise de Reims :c’est une préface de la Messe de saint Remi, antérieure à Charlemagne, et peut-être fort approchante des temps les plus voisins de saint Remi (puisque celte Messe est selon le rite gallican, et que le rite romain ne fut introduit en France que sous Chdrlemagne). « Cette préface, que j’ai lue et que vous trouverez 1) dans l’original conservé à la bibliothèque de l’Eglise de Reims, » dans les Annales bénédictines du Père Mabillon (t. R'’, app. » 2, art. 2); celle préface, entre plusieurs merveilles opérées par V saint Remi, dont elle remercie Dieu, rapporte le miracle de 1) l’huile donnée à saint Remi, et multipliée miraculeusement pour » baptiser et confirmer ce moribond. En voici les termes : » Dum cuidam crgroto haptizando clirisma quœrcretur et nihii

AUTHENTICITE DE LA SAINTE AMi'OULE.

)) invenireiiir, sic ampulas vacuas super allure jussit miili, ut î ipse se intérim in oralione prosterneret ; tiim cœlesli / ore chris- » matis benedictio profunditur (1).

» Le miracle de l’huile ainsi constaté, peul-on douter qu’on i) ail conservé le reste d’une liqueur aussi respectable? llincmar » nous l’assure comme une chose connue, el nous le dit dans une » des plus célèbres assemblées de prélats de France, que l’on ï conservait à Ueiins une partie de 1 huile qui a\ait été donnée à » saint Remi. La persuasion où l’on était de l’authenticité de cette » relique en a introduit l’usage dans le sacre de nos rois; nous la JD retrouvons même réunie auprès du corps de celui à qui toute » l’antiquité Fatlribue ; c’en est assez, ce me semble, pour reconi) naître que l’Ampoule étant d’une origine mi' aciileusey on no » peut lui refuser'le nom de sainte. j>

On voit que l’abbé IMuche se borne à prouver que le chrême contenu dans la Sainte- Ampoule avait été obtenu miraculeusement par saint Reini, mais qu’il rejette l’histoire de la colombe.

Peu d’années après, un illustre membre de FAcadémie des inscriptions et belles-lettres, l’abbé de Vertot, défendit l’authenticité du miracle, avec la circonstance de la fiole apportée du ciel par une colombe, tel que le rapporte llincmar dans la vie de saint Remi. 11 cite les auteurs dont on a vu plus haut les expression.s, et il continue : «Je pourrais ajouter ici le témoignage d’un J) grand nombre d’historiens de différentes nations, à la vérité posü Prieurs à llincmar, mais qui, tous, parlent de la Sainte-Am- » poule comme d’un gage du ciel, d’un privilège et d’une grâce » spéciale accordée au premier roi chrétien de notre nation. » (Mémoires de l' Académie des inscriptions, l. II, p. 869.)

Un évènement si surprenant, la plupart des circonstances miraculeuses qui l’accompagnent, sont consacrés en quelque manière dans la liturgie. L’Eglise de Reims a formé de cette histoire des

(t) « Comme oîi cherchait le chrême pour baptiser un malade, et qu’oti » n’eu trouvait point, il fit mettre sur l’autci tes ampoules vides, de » manière que , s’étant en même temps prosterné pour prier , une « céleste rosée répandit le don béni du saint-dirème, »

répons et des prières solennelles qui se chantent pendant le sacre des rois(l ). Ces chants, ces prières, ces consécrations établis et pratiqués depuis tant de siècles, doivent faire considérer l’histoire de la Sainle-Ampoule, indépendamment même du témoignage d’Hincmar, comme une de ces vérités de tradition qui passent , sans s’altérer, de génération en génération , de siècle en siècle , et se conservent dans les nations par leurs propres usages , même sans le secours des livres et des monuments historiques.

Note I.

Costumes et ameublements du Moyen-Age, d'ayrès la statuaire de la cathédrale.

La statuaire et les vitraux de notre cathédrale, les quelques pierres tumulaires qui ont échappé au vandalisme du XYIII^ siècle, présentent une grande variété dans les ornements sacrés, civils et 7nilitaires en usage au XIIL et au XIV^ siècle, et méritent, sous ce rapport, une attention spéciale de la part des archéologues. Malgré l’intérêt du sujet, les limites d’une note ne nous permettent pas d’entrer dans de bien grands développements. Nous nous cqptenterons de donner quelques courtes descriptions des costumes et des ameublements les plus remarquables. Nous mettrons en première ligne les vêlements sacrés des ecclésiastiques : ce sont les plus intéressants dans l’histoire de la cathédrale. Nous signalerons aussi avec plus de détails les vases qui servent à la céléjjration des saints mystères.

(() O pretiosa geimna qiiæ, pro uuctionc Francorum regura, ministerio angelico , crelitus est missa. ( Rêpom chanté à l'arrivée de la Sainte-

Ampoule ) Spiritus Sancti, qui, douo singularis graliæ, in columba

apparuil et divinum chrisma cœlitus pontifici ministravit. . . . {Répons chanté pendant la préparation du saint chrême. )

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