GRAND PORTAIL. PORCHE DE GAUCHE. — VOUSSURE
affreuses. A ce litre, la trahison de Judas trouve place dans la voussure que nous parcourons. Le Sauveur réveille ses apôtres et leur dit : « Levez-vous, allons ; celui qui doit » me livrer est près d’ici. Comme il parlait encore, » Judas, l’un des douze, arriva, et avec lui une grande
» troupe de gens, armes d’épées et de bâtons
» Et aussitôt, s’approchant de Jésus, il dit : Je vous
» salue, maître, et il le baisa » — Tel est le sujet
de celle nouvelle ligne. Les trois apôtres suivent Noire- Seigneur là la porte du jardin des Oliviers. — Le sculpteur a interverti l’ordre du texte sacré : avant le baiser du traître Judas, saint Pierre terrasse Malehus et le tient par l’oreille qu’il est prêt à couper (1). Judas s’approche et trahit son maître par un baiser (2). Plusieurs soldats sont présents à celte scène ; ils ont des bâtons et des lanternes.
L’iconographe continue aussitôt l’bisloire de Judas , et nous rappelle son désespoir et sa mort. — Jésus condamné, Judas est louché d’un repentir trop tardif: il se pend (^). Son vêlement est enlr’ouvert, et laisse apercevoir les entrailles qui s’échappent par une large ouverture. La voussure, à cet endroit, tournant plus rapidement, laisse moins de place : l’artiste a imaginé d’y pendre Judas, et , pour lui donner les mêmes proportions qu’aux autres statues, il lui courbe fortement la tête et les épaules.
Les détails de la Passion se continuent dans la cin-
(1) «Et ecce unus ox his qui eraut cum .Icsii, exlendens manum,
» exemitfiladium suum, et percutiens servum principissacerdotum, am- » putavit auriculam ejus. » (Saint Matthifu, XXVI, 51.)
(2) « Ecce Judas imus de duodecim venit, et cumeo turba multa, cum
« gladiis et fuslibus Et confestim accedens ad Jesum, dixit : Ave
B Rabbi, et osculatiis est eum.» {Ibid., 47-49.)
(3) « Tune videns Judas, qui euni Iradidit, quod damnaius esset, pœ-
» nitentia ductus, et abiens laqueo se suspendit. »
[Ibid., XXVIl, 3.)
quiéme et dans la sixième ligne. Deux soldais se préparent h tourmenter le Sauveur : l’un d’eux lient l’instrument de la flagellation (1) ; l’autre porte déjà la lance et l’éponge (2). — Noire-Seigneur est attaché à la colonne (3).
Du prétoire, la scène est transférée au calvaire. Ici, les deux lignes de la voussure se confondent; dans la sixième, Noire-Seigneur est chargé d’une croix ; devant lui marche le soldat portant l’éponge et la lance (4). — Nous devons revenir à la cinquième arcature ; un hourreau enfonce avec effort d’énormes' coins de hois au pied de la croix de Jésus ; un autre porte une échelle. — La croix est fixée et élevée avant que la victime y soit attachée. Les Pères appellent le crucifiement une ascension sur la croix ; ils la supposent déjà fixée. Une ancienne tragédie grecque est conforme à celle tradition : o On saisit le corps du Sauveur i) et on l’élève sur la croix ; on Py soutient debout, puis U on lui étend les mains à l’extrémité de cha«jue croisillon, » et on les lui perce avec des clous ; on attache ensuite » les pieds de la même manière, au pied de l’arbre. » P\ubens, dans son chef-d’œuvre, et la plupart des peintres modernes suivent une tradition diflerenle ; ils supposent le Christ cloué sur l’arbre divin avant d’être élevé. Le texte des Saintes Kerilures ne dirime point la question ; il nous apprend seulement que le corps du Sauveur fut descendu, la croix restant encore debout.
(1) « Tune ergo apprehciulit l’ilalus Jesuincl nagellavit.»
(Saint Jka.n, XIX, 1.)
(i) C’est probablement dans ce Iwurreau portant la lance et l’éponge, que certains auteurs ont reconnu le Sauveur montré aux Juifs, le roseau à la main et la couronne d’épines sur la tête.
(3) Les Juifs, pour iniliger le supplice de la tlagellation, étendaient à terre la victime. Les Romains l’attacbaient à une colonne. Celle qui reçut le corps du Sauveur conservait, au temps de saint Jérôme, les traces visibles de ce sang précieux.
{l) Ces bourreaux semblent à M. Povillon des anges ou des saints portant pieusement les instruments de la Passion.
GIIAM) rOUÏAlI.. — PORCHE UE GAUCHE. — VOUSSURE, l 1:3
Aux scènes de douleur va succéder le Iriomplie, el la partie droite de la voussure est consacrée à la vie de Notre-Sei^Mieur après sa résurrection.
Avant de retracer les apparitions du Sauveur tà ses disciples, l’artiste nous montre un ange qui encense l’IIommellieu sortant du tombeau. Jésus tient sa croix à la main.
L’ifuagier semble avoir pris f)laisir à représenter toute Vhisloirc de Judas; non content de ce qu’il a figure dans la quatrième ligne de gauche , il le montre ici j)iécipité dans les enfers, la tôle la première. On le reconnaît à la large tonsure qu'il porte ; elle rappelle que le perfide avait accompli son crime , au moment oii il venait de recevoir le pouvoir sacerdotal. — D’horribles démons le saisissent à son arrivée , et l’enlacent de toutes parts en ricanant. — Au fond de l’enfer apparaissent cinq figurines; là encore, comme au [)ortail nord, ce sont des mitres, des couronnes el des tètes de religieux qui sortent des flammes.
A ce souvenir de l’enfer s’unit, dans l’esprit du scul[)leur, la pensée de ces lieux souleri ains où étaient détenues les âmes des justes, avant (jue le ciel fut ouvert ; il va donc nous représenter Notre-Selgneur descendu aux limbes (1). Du pied droit le Fils de Dieu terrasse un démon, el de la main il soulève, pour les emmener avec lui (2j, quatre justes de l’ancienne loi. Ces quatre personnages rappellent les saints patriarches et les prophètes qui ont vécu avant le Messie. — A côté se trouvent deux anges tenant des couronnes.
Dans la deuxième ligne, Noire-Seigneur, couvert d’un large chapeau et revêtu d’un manteau assez grand , se
(t) « Descendit ad inferos- »
(^2) « Exspoliaiis principatus et poteslales, Iraduxit coufidenler, palara tiiumphans illos in semetipso. » {Coloss. , II, 15.)
présente aux disciples d'EmmaüSj reconnaissables à leurs bâtons (Je pèlerins et au chapeau qu’ils portent pendu sur le dos (1). — Les deux figures qui suivent sont les apôtres, auxquels, sans doute, les disciples d’Emmaüs viennent raconter ce (jui s’était passé dans leur voyage.
Dans la troisième ligne , nous remarquons Notre-Seigneur tenant un livre. (iS'ous ne trouvons dans le texte sacré rien qui motive cette position du Sauveur.) — Jésus, la croix à la main, apparaît à saint Thomas : l’apôtre le regarde. Ne pouvant représenter tout le collège apostolique présent quand Jésus se montra au disciple incrédule , l’imagier ne fait paraître que deux apôtres sur la scène.
La quatrième ligne nous offre cinq groupes : deux disciples, une femme, deux apôtres. Ces deux disciples sont peut-être saint Pierre et saint Jean courant au sépulcre de leur maître; cette femme, Marie-Magdeleine, à laquelle le Sauveur apparut tout d’abord (2). Les apôtres (|ui suivent rappelleraient le moment où Jésus se montra aux disciples assemblés, Thomas étant absent.
Dans la cinquième ligne, des anges portent des couronnes. NotroSeigneur, au pied d’un arbre, est prêt à s’élever vers les cieux. Deux apôtres sont témoins de son ascension ainsi que ceux placés dans la sixième ligne.
Les statues des apôtres qui se trouvent dans cette voussure ont été restaurées nouvellement (1825-1827); elles furent copiées servilement sur les statues de prophètes qui se trouvent à l’intérieur de ce portique. Nous ne devons point ici les décrire.
(i) I.o ivcil de celle apparilion esl Irop long et trop connu pour avoir ici une place : on peut le lire dans l’évangile du Lundi de Pâques.
('2^ « Apparuil primo Mariæ Magdalona\>» (Saint M.vnc.c XVI. p u )