DIMENSIONS DE L’ÉDIFICE
5" Largeur de la nef principale, prise entre les piliers,
Largeur de l’axe des piliers ,
6® Les bas-côtés et les chapelles absidales ont de hauteur, sous clef de voûte,
7® Largeur des bas-côtés entre les piliers.
de l’axe du pilier au mur latéral.
La superficie totale (dans œuvre) est d’environ 6,650 mètres carrés. Mettant 1 mètre carré pour trois personnes debout, rédifice pourrait contenir 19,950 personnes.
Comparée aux grandes cathédrales de France, Notre- Dame de Reims est la seconde pour la longueur, la cinquième pour la largeur de la nef principale, la douzième pour la largeur totale. En hauteur, à l’intérieur, elle ne vient que la quatrième , et , si elle était achevée , elle serait également la quatrième pour la hauteur extérieure (1).
L’énoncé de ces dimensions , leur rapport avec celles des principales cathédrales de France , nous offriraient l’occasion toute naturelle d’examiner pourquoi Notre-Dame
(1) Si nous comparons les dimensions des autres cathédrales de France avec celles de Notre-Dame de Reims, nous trouvons les rapports suivants :
Longueur : 149,17. La cathédrale du Mans, la plus longue de France, n’a que 0™ 80' de plus.
Largeur de la nef principale : 12, 23. Chartres compte 16,40. — Cologne, 14,70. — Amiens, 14,62. — Paris, 13.
Largeur totale: 30,13. Périgueux a 60“. — Troyes, 48. — Paris, 46. — Clermont, 43. — Bourges, 41. — Sens, 38. — La Rochelle, 38. — Cahors, 33. — Chartres, 33. — Amiens, 32,50. — Rouen, 32.
Hauteur à l’intérieur : 37,95. Beauvais s’élève à 48. — Metz, 44,32.— Amiens, 44.
Hauteur à l’extérieur : Si l’édifice était couronné de ses flèches : 120,10. Strasbourg, avec sa flèche, 142. — Amiens, 124. — Chartres,
de Reims n’a failli, depuis tant d’années , en aucune de ses parties ; elle est restée libre de tout étai, tandis que les églises de Beauvais et d’Amiens ont dû être consolidées par des cercles de fer. Nous trouverions dans cette recherche une nouvelle preuve de la supériorité de la cathédrale de Reims dans l’ensemble de ses proportions si parfaitement combinées; mais les bornes de ce livre ne nous permettent pas d’aussi longs développements ; nous nous contentons d’énoncer le fait.
ORIENTATION DE LA CATHÉDRALE
ARTICLE Iir.
ORIENTATION DE LA CATHÉDRALE
La cathédrale de Reims est orientée ainsi que presque toutes les anciennes églises de la ville et du diocèse. Au XIIR siècle, en effet, Guillaume Durand, évêque de Mende, donnait comme règle de diriger ainsi nos édifices religieux : « La tête du temple est tournée vers l’orient équi- » noxial (1), pour symboliser la conduite toujours égale de 7> l’Eglise militante dans ses victoires et ses malheurs (2). » Les statuts du chapitre de Reims au XIR siècle avaient proclamé la même loi : « Le chanoine, arrivant au milieu » du chœur, doit incliner respectueusement la tête vers )) l’orient, c’est-'a-dire vers son créateur (3). »
(1) L’orient n’est pas un point fixe : c’est le lieu du ciel où le soleil commence à luire et à se montrer. Il change avec les saisons, ou plutôt suivant les variations du cours du soleil. Quand le soleil se lève à i’équateur, ou l’appelle orient équinoxial. Quand le tropique du Cancer coupe l’horizon , le point d’intersection se nomme orient d’été : c’est V orient d’hiver, quand le Capricorne coupe l’horizon. Ces deux points marquent le solstice d’été et le solstice d’hiver.
(2) Rationale divin, offic. 1494, fol. lll.
Nous aurons occasion de remarquer fréquemment, dans les rites et usages chrétiens du Moyen-Age, des vues toutes symboliques, comme celle qu’indique ici Guillaume Durand.
L’Eglise, au milieu de ses victoires, ne s’enfle pas ; dans les persécutions, comme le dit Tertuliien, elle ne s’étonne pas de sa condition ; elle sait qu’elle est étrangère sur la terre : il n’est point extraordinaire qu’elle rencontre des ennemis. Cet état de l’Eglise tantôt honorée, tantôt persécutée, est bien représenté par cette époque de l’année où les ténèbres de la nuit sont de même durée que la lumière du jour.
(3j Varin , Archives législatives, statuts, liv. I, p. 40. « Canonicus » venions in medium chori debet reverenter caput inclinare versus orien- » tem, hoc est versus creatorem suum. «
Le Moyen-Age s’est montré fidèle, en France, à cet usage, mentionné dans les constitutions apostoliques (1).
Toutefois, le grand axe de Notre-Dame de Reims incline vers le nord de 31 degrés 15.
L’architecte a-t-il voulu choisir pour point d’orientation le lieu où se levait le soleil le jour que commencèrent les travaux ? Nous ne le croyons pas. Toutes nos églises de Reims sont orientées dans la même direction, et ne furent pas construites à la même époque de l’année.
ff) Il est certain que les païens ont toujours affecté de diriger leurs temples vers l’orient. C’est une des règles positives rappelées par Vitruve, pour ce qui regarde les monuments de lathéurgie idolâtrique. Ce culte, en effet, tirait son origine des anciens Ghaldéens et Perses, qui adoraient l’astre du jour comme une de leurs principales divinités. Il se transmit aux Egyptiens , qui , sous les noms de Sérapis et d’Osiris, rendaient un culte de latrie au soleil. Les Grecs d’abord , et puis les Romains virent dans le soleil Apollon et Phœbus. Chez les Phéniciens, ce fut Adonis ; chez les Assyriens, Baal et Bélus. L’instant où cet astre se montrait à l’horizon, après les ténèbres de la nuit , était celui où la divinité favorite semblait plus spécialement digne d’adoration.
Dans les premiers temps du christianisme , pour ne pas heurter trop brusquement les habitudes des païens convertis à l’Evangile , on crut devoir s’accommoder, jusqu’à un certain point, à quelques-uns de leurs anciens usages. En se tournant vers l’orient , pour honorer le véritable Dieu, le vrai soleil de justice qui venait dissiper les ténèbres morales dans lesquelles le monde était plongé, et substituer au culte de la créature celui du créateur, on faisait très- heureusement prendre le change à ces nouveaux prosélytes de la croix. Les constitutions apostoliques , pour se plier à ces antécédents , voulurent que le prêtre de la loi nouvelle offrît le sacrifice non sanglant , la face tournée vers l’orient. On avait, d’ailleurs, soin d’instruire ces. nouveaux disciples du Christ de l’idée mystique que le christianisme attachait à cette direction privilégiée. En outre , n’était-ce pas de l’Orient que la lumière évangélique avait jailli pour illuminer l’Occident C’était là qu’était né , mort et ressuscité le véritable Orient , prédit par les prophètes, la splendeur de la lumière éternelle.
Au commencement du IV® siècle , lorsque Constantin édifia à Rome les deux basiliques du Sauveur et de Saint-Pierre , ainsi que celle de Saint- Paul extra muros, il voulut que l’axe de ces églises courût d’orient en occident, c’est-à-dire en sens inverse du plus grand nombre de nos églises.
ORIENTATION DE LA CATHÉDRALE
Il est plus probable que rarchitecte aura voulu orienter la cathédrale vers le point de l’horizon où le soleil se lève le 15 Août, fête patronale de l’église. Nous avons pu constater qu’en ce jour, le soleil levant darde ses premiers rayons versle milieu de l’abside, avec une précision qui deviendrait étonnante, si elle n’était pas calculée.
Cet usage s’est maintenu à Rome jusqu’au temps présent, et, certainement, on est fort éloigné d’y renoncer.
En France, en Allemagne, en Angleterre, la majeure partie des grands monuments religieux affecte une direction tout-à-fait opposée à celle des basiliques dont nous venons de parler. Là , le célébrant et les fidèles ont la face tournée vers l’orient. Mais parce que la prescription antique se trouve plus régulièrement observée dans ces églises , faut-il conclure qu’une église tournée vers tout autre point de l’horizon est , par ce seul fait, passible de censures ecclésiastiques ? Pour répondre affirmativement, il faudrait qu’il restât démontré que la discipline ecclésiastique consignée dans les canons des conciles en fait une loi obligatoire. Or, cela n’est pas. Le texte de Durand ne saurait être regardé comme une ordonnance épiscopale , mais simplement comme un de ces symbolismes auxquels l’auteur attachait, avec tant d’amour, des significations dont toutes ne sont pas également acceptables et plausibles.
Il n’est pas possible d’articuler une prescription formelle et strictement obligatoire , en ce qui touche la direction du chevet d’une église vers l’orient; il est certain qu’en général, telle fut la coutume observée dans tous les siècles, pour les églises cathédrales et paroissiales. Il restera donc toujours digne de respect, l’usage de tourner le chevet ou l’abside des églises destinées au service public , comme les cathédrales et les paroissiales, vers l’orient équinoxial . Nous n’hésitons pas même à dire que, si l’architecte a la liberté du choix , c’est presque un devoir pour lui de se conformer à cette direction. ( Institutions de l’art chrétien . par l’abbé Pascal , t. II, p. 176.)
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