‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 53 sur 257 · ICONOGRAPHIE · texte numérisé non relu

ICONOGRAPHIE

Contre-forts. — Les contre-forts se présentent tout d’abord avec les grandes statues qu’ils abritent. Elles sont remarquables par l’ampleur du dessin et le fini de la statuaire. Elles ont quatre mètres de hauteur. L’imagier a su compléter, dans celte partie, le magnifique ensemble que nous avons déjà étudié. Jésus-Christ, sa sainte Mère et les apôtres, soutiens de l’Eglise, telles seront les statues placées dans les contre-forts sur lesquels s’appuie l’édifice.

Au milieu, a gauche, apparaît Notre-Seigneur, tenant le bourdon de pèlerin, portant la pannetière au côté; ses pieds sont chaussés, pour montrer qu’il est voyageur ; sa tête est ornée d’un béret ou toque plate et arrondie, derrière laquelle se voit un magnifique nimbe crucifère rehaussé de pierreries.

L’image de Jmis-Chrisl pèlerin ne se rencontre guère

aux époques qui précèdent le XIV^ siècle : à elle seule, elle indiquerait la date de notre portail. — Ce symbole rappelle le mystère de V Incarnation. « Lorsque le Verbe éter- » nel voulut s’olïrir à la place des victimes insuffî- » santés de l’ancienne loi, Dieu le Père, dit M. Crosnier, » lui présente le bâton de pèlerin avec la pannelière )) ou sac que porte le pauvre. Jésus-Christ, car déjà on » peut lui donner ce nom , avant même qu’il soit » conçu dans le sein de Marie, va commencer son long et JD douloureux pèlerinage sur la terre (1). » Ouelquefois aussi, avant de monter au ciel, au moment où il donne à ses apôtres et à ses disciples l’ordre de prêcher dans tout l’univers et de continuer la mission qu’il avait entreprise parmi les hommes, Notre-Seigneur est représenté sous l’habit de pèlerin, rapportant, cette fois, à son Père sa pannetière et son bâton. De même que le chevalier, après les combats, se plaît à suspendre ses armes dans la salle d’honneur de son castel, le pèlerin, après ses voyages , place avec joie , dans sa demeure, sa gourde, son bourdon et tout ce qu’il a recueilli sur les plages étrangères. C’est probablement cette dernière idée (jui a inspiré le sculpteur, lorsqu’il place, au milieu de ses apôtres, Notre-Seigneur sous le costume que nous venons de décrire.

Peut-être, au lieu de Jésus 'pèlerin^ pourrions-nous y voir Jésus ^ pasteur suprême, tenant en main la houlette pour diriger les brebis du divin bercail , qui est son Eglise (2). Tout à côté de cette statue du Sauveur, dans l’angle de la rosace, est l’image de David avec les mêmes insignes. Les deux bergers, le divin pasteur et le royal berger de Bethléem formeraient un rapprochement plein de grâce

(1) N’est-ce pas l’idée de l’Evangéliste traduite par le ciseau: « lu pro- » pria venit, et sui eum non receperunt ? » (Saint Jean, 1, 1 1.)

(2) <1 Ego sum pastor bonus. . .. Erit unum ovile et uniis pastor. »

(Ibid., XL 14, 16.)

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