‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 54 sur 257 · GRAND PORTAIL. — DEUXIÈME PARTIE. — CONTRE FORTS · texte numérisé non relu

GRAND PORTAIL. — DEUXIÈME PARTIE. — CONTRE FORTS

et de vérité. Nous ne présentons qu’avec hésitation celte explication, que personne n’a encore donnée.

En face du Sauveur est Marie, que l’Eglise a toujours saluée du litre de Reine des apôlres. Sa place est donc avant ceux-ci et auprès de Jésus. La Très-Sainte Vierge est vêtue d’une robe et d’un voile qui de la tête tombe jusqu’aux pieds. Elle se tourne vers saint Pierre, comme pour marquer que son divin Fils devant retourner vers son Père, c’est à Pierre qu’appartient désormais le gouvernement de l’Eglise.

A gauche de la Sainte-Vierge, sur l’autre contre-fort qui soutient la tour méridionale, s’élève la statue du prince des apôlres. Saint Pierre est vêtu d’un long manteau ; il lient dans sa main la clef traditionnelle. Comme au portail nord, il a une figure ovale, le sommet de la tète rasé, une couronne de cheveux bien fournis, la barbe épaisse et frisée. Son manteau est relevé sur les bras, comme nous le représentent ordinairement les gravures antiques. •

A la droite de son maître, et sur le meme plan, appuyé nu second contre-fort qui maintient la tour septentrionale, et conséquemment au troisième rang , nous trouvons saint Jean, vêtu d’un long manteau, parfaitement drapé, qui se rattache sur la poitrine. Il est nu-pieds, sans barbe, tenant la palme delà virginité et le livre fermé de l’Apocalypse. La place d’honneur qu’il occupe en cet endroit s’explique par l’amour spécial que Jésus lui portait (1). On pourrait dire aussi que saint Jean, gardien de la virginité de Marie (2), méritait, à ce second titre, sa haute place dans un portail consacré à la Très.-Sainle Vierge. Enfin, l’iconographe Ta peut-être placé dans celte partie du por-

(1) « Discipulus quem diligebat Jésus.»

(Saint Jean, XllI, 23 ; — XXI, 20.)

(2) « Deinde dicit discipulo : Ecce mater tua. Et ex illa hora accepit

» eam discipulus in sua. » ( Ibid., XIX, 27.)

lail, pour nous rappeler que, dans le fronton situé au-dessous, ce même disciple était avec Marie au pied de la croix.

Tournant maintenant du côté du palais, sur le contrefort qui forme angle, nous verrons d’abord l’apôtre saint Paul. Placé près de saint Pierre, le docteur des gentils soutient le même angle de la tour. Nous aimons à voir l’un près de l’autre ces deux apôtres que l’Eglise a unis dans sa liturgie, ces deux fondateurs de l’Eglise de Rome, Romœ 'parentes, ces deux princes du collège apostolique, aposlolorum principes, dont le sang consacra le sol de Rome idolâtre et en fit le centre, la capitale du monde chrétien. L’apôtre des nations a les pieds nus, le front chauve, un livre à la main ; sa longue robe est serrée à la taille par une cordelière noueuse, pour exprimer son ardeur et son zèle; un manteau lui tombe des épaules; â la main il tient une longue épée levée, ce qui, d’après M. l’abbé Crosnier, est une exception aux lois ordinaires de l’iconographie. (Au portail nord, nous avons vu saint Pierre avec l’épée inclinée vers la terre.)

Saint Jacques le Majeur occupe le contre-fort suivant. R a aussi les pieds nus, et tient le bourdon du pèlerin ; sa tête est couverte d’un capuce attenant au long manteau qui le couvre.

Sur le pan coupé de la tour, se trouve un évêque, revêtu de tous les habits pontificaux. Sa main tient une crosse de la plus rare élégance, et bien digne de fixer l’attention de l’archéologue. La volute est formée par un chien aux longues oreilles ; il tient de ses pattes Parrondi du bâton pastoral. — Cet évêque n’est pas un apôtre, car il a les pieds chaussés. Ne serait-ce pas saint Siméon, qui succéda à saint Jacques le Mineur sur le siège de Jérusalem (1) ?

(1) Saint Simeon eut pour père Cléoplias ou Alphée, et Marie pour mère. On croit qu’il est le meme que Simon, frère de saint Jacques le Mineur, de saint Jude et de .Toseph, et cousin du Sauveur. Il fut élu

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