III. - TROISIÈME PARTIE DD GRAND PORTAIL
Encore loul pénétré du sacre de Saül, de David et de Salomon, nous arrivons à la galerie des Dois, qui forme lu troisième partie du portail. 11 n’était pas possible de trouver une plus heureuse transition.
L’imagination de l’arcliitecte s’enllamme; son cœur de Français s’anime; il fait un dernier effort jiour se surj)asser lui-méme. 11 s’est souvenu (ju’autrefois la religion avait remporté, par saint Demi, une éclatante victoire sur l’erreur, dans la personne de Clovis. Les grandes villes, comme les grandes nations, aiment à perpétuer les faits les plus éclatants de leur histoire, en les gravant sur la [lierre ou sur le bronze. L’artiste rémois , d’une main habile, va graver sur les murs de notre vieille basilique le fait dont Reims s’honore le jilus. Le roi des Francs y sera figuré couibant son front superbe sous la main du saint pontife , et recevant une vie nouvelle dans les eaux sacrées du baptême (1).
lo DESCRIPTION ARCIUTECTI'RALE.
Pour donner plus d’éclat à cette grande scène, le sculpteur place les rois dans une suite de niches ogivales, formées par des colonnettes isolées, supportant des frontons triangulaires; ces frontons sont remplis par des trèfles à jour et unis par d’élégants clochetons. Les socles des statues sont également ornés d’ogives et de frontons appliqués sur les faces.
(1) Nous avons établi, dans les pièces justificatives du tome que la cathédrale elle-même n’a point eu la gloire de voir baptiser le roi Clovis.
168 DESCUIPÏIO.N DE LA CATIIÉDHALE DE REIMS.
Üevurit la galerie s’élève une balusli'ade élégante, à jûur(1) autrefois ornée des armes du Chapitre (^2); maintenant, au milieu et aux deux exlrémilés,sonl adossés trois anges, [lortanl des reliquaires sur des voiles. Copiés sur les anges de l’abside (Xlll<^ siècle), ils ri’apparliennenl i pas au sl}le du {lorlail occidental. ^
Au-dessus des sept statues du baptême royal, s’élève le rronlon du poi’lail, rormant un angle aigu. 11 est orné, r au centre, d’un qualre-reuillos, et sui- les cotés, decrocliels rampants, comme tous les {‘routons du portail. .Vu sommet 'i, ^ est un pinacle posé en diagonale et .surmonté d’un tleuron en pierre, à plusieurs langs de feuillage.
"2° DESCRIDTDJN ICONOGRAPHIQUE.
Dans les se[)t niches de la façade, l’artiste a iiguré le baptême de Clovis .
Au centre, le roi des Francs est debout, nu, dans une cuve baptismale à pans coupés, ornée de moului’es, d’arcalures et de clochetons.
(1) CflU- galerie porte le nom de Gloria. Nous avons dit, dans l.i pre- j
mière partie de eet ouvrage, art. rsarjes, l’origine de cette dénomination. ;
(2) iJ’azur à la croix d’argent somme de France aux quatre quartiers, j
Un auteur anonyme, dont les manuscrits n’ont pas été publiés, a dit formellement que ces armoiries ap|)artenaieut au sénat et au peuple de ^
Reims. Ü’après cet annaliste, elles auraient été placées en cet endroit ?
en signe de la confiance des habitants en la protection de la Sainte- )
Vierge. Cette conjecture est pieuse, mais n’est pas \ raisemblable. Jamais î
la ville de Reims n’a eu de semblables armoiries.
Le Chapitre obtint ,1e privilège de placer ses armes en cet endroit du grand jmrtail, en récompense de la libéralité avec laquelle il épuisa son trésor, soit pour la construction de 1212, soit pour la reconstruction de i;81.
(PoviLLo.x, Dcscript. de Notre-Dame de Heims.)
(JR AND l’UUTAlI..
GALERID ÜKS UülS.
A droite, se lient saint Remi^ en liobils pontificaux. Un inagniticiue rational, orné de [lierreries, lirille sur sa poitrine. Le prélat s’appuie sur une crosse riclieincnl ciselée. Sa télé est couverte d’une mitre rehaussée de nombreux brillants. Le saint évéïjue étend la main pour recevoir la Sainte-Ampoule (pi’une colombe lui appoi le du ciel (1).
A güucbe de Clovis, la reine saiiitc Clotilde, couronnée, vêtue d’un riche manteau, présente la couronne du roi.
I.es deux autres statues placées prés de saint Uemi sont celle d’un diacre (\)Cu[-ù [va saint Thierni, discifile de saint Uemi), tenant la croix archiépiscopale, et celle d’un roi tenant un sceptre.
Un regai'd, prés de sainte Clotilde, nous vuyuns anreli- (jicïix. M. Lovillon [irétend «jue aa \na\na asi saint Monlan, le solitaiie <pii piopbétisa la naissance de Saint Uemi : il le reconnaît à son bubillemcnt monasli(jue. Nous ci’oyons plutôt (pie c'est l’abbé de Saint-Uemi , lecjuel avait, au sacre, le privilège exclusif d’apporter la Sainte- Ampoule. 11 a une robe, serrée à la taille par une ceinture en cuir : une petite dague y est suspendue ; elle indique le droit de suzerain que possédait l’abbé de Saint- Uemi sur de nombreux vassaux. Son manteau est replié sur le bras; des clous couvrent les coutures de ses souliers. — Prés de lui est également un roi tenant son sceptre sur le bras gauche. Uien ne nous engage à y reconnaître, avec M. Povillon, AurélieHj le favori de Clovis, présent au baptême de son maître.
Toutes les autres niches qui tournent de chaque côté des deux tours et en suivent les saillies, sont occupées par cinquante-six statues de rois couronnés, tenant les uns
un sceptre, d’autres un lis, quelques-uns un livre.
(1) Cette légende sera étudiée dans l’article consacré à la Sainte-Ampoule.
Le sculpteur s’est efforcé de diversifier leurs poses. Nous ne nous arrêterons pas à les décrire. Elles sont d’une exécution grossière ; ce n’est point que nous les croyons plus anciennes que les figures des trois portes , ou faites par des artistes inexpérimentés ; mais placées uniquement pour faire de l^sffet, et pour être jugées à distance, elles ne devaient point avoir le fini des statues inférieures.
Plusieurs écrivains se sont demandé si ces statues représentent des rois de Juda ou des rois de France. Nous n’hésitons pas à y reconnaître, comme à Chartres et ailleurs, les monarques qui ont gouverné notre pays. Aucune raison n’engageait l’iconographe à placer ici les rois de Jérusalem : la cathédrale des sacres devait, au contraire, nous montrer la suite de nos princes couronnés. C’est un monument intéressant, dit M. Povillon, que celui qui présente une série non interrompue des anciens souverains. Plus heureuse que l’église métropolitaine de Paris, qui en offrait une suite chronologique sur la façade de son portail, la cathédrale de Reims a conservé les siens dans les temps orageux du XVI IP siècle.
Aucune de ces statues, cependant, ne nous paraît pouvoir être nommée.