‹ Histoire et description de Notre-Dame de ReimsChapitre 55 sur 257 · GRAND PORTAIL. — DEUXIÈME PARTIE. -CONTRE-FORTS · texte numérisé non relu

GRAND PORTAIL. — DEUXIÈME PARTIE. -CONTRE-FORTS

A côté (le lui, est un diacre, pieds nus, tenant le livre des Evangiles. C’est probablement saint Etienne, le diacre de l’Eglise de Jérusalem. 11 était, comme saint Siméon, un des soixante-douze disciples qui furent, au jour de la Pentecôte, remplis du Saint-Esprit en meme temps que les apôtres. C’est à ce titre, sans doute, et comme prédicateur de l’Evangile, que Ticonograplie lui donne place dans ces contre-forts.

La première statue que nous retrouvons h l’angle de la tour septentrionale, du côté de la prison, c’est celle de saint Thomas, portant un livre richement sculpté. Il regarde vers le contre-fort voisin, où se trouve de nouveau Notre-Seigneiir, lui montrant son côté ouvert. La pose du saint apôtre est frappante d’expression ; il semblerait que de sa bouche va sortir cette belle profession de sa foi : Vous êtes mon Seigneur et mon Dieu.

Contre le |)an coupé de la tour se dresse la statue de saint Barthélemy ; il tient à la main droite l’instrument de son supplice, le couteau avec lequel il fut écorché vif.

Enfin, dans le dernier contre-fort, se trouve un apôtre, qui n’a d’autres caractères que ses pieds nus, son livre et le bâton qui le soutient dans ses voyages. Au portail nord, sur les parois de la porte d’Enfer, auprès de saint Barthélemy, saint André, le frère du prince des apôtres. Nous n’oserions affirmer qu’il est représenté de nouveau en cet endroit ; nous ne retrouvons point la croix qui rappelle ordinairement le supplice de l’apôtre de l’Achaïe.

ëveque de JéiiisDlem et remplaça son frère saint Jacques le Mineur, mis à mort par les Juifs (62). Pendant le siège de Jérusalem, il se retira avec les fidèles à Pella, au-delà du Jourdain, et revint habiter sur les ruines de la cité sainte. Saint Siméon fut crucifié sous Trajan, en l’an 106, et comme chrétien, et comme descendant de David; il était âgé de cent vingt ans.

2® Rosace. — Pour bien juger des statues qui entourent l’ogive dans laquelle la rose est encadrée, il faut se transporter, par les escaliers intérieurs, au-dessus de cette rosace, derrière le fronton du portique central. L’iconographe, travaillant pour la gloire de Dieu, a donné une grande perfection aux moindres détails, que l’œil ne peut apercevoir du parvis.

Dans les deux angles de la rosace^ à la hauteur des contre-forts du grand portail, près de Noire-Seigneur et de sa sainte Mère, on peut facilement admirer deux statues, aussi élégamment sculptées que celles que nous venons d’examiner.

M. Povillon y voit deux soldats, l’un amalécile, l’autre 'philistin, représentés la lance à la main. M. Tarbé reconnaît dans ces deux soldats armés de pied en cap , et portant une lance ornée d’une handerolle, les deux armées spectatrices du combat de David contre Goliath, figuré plus haut. Nous n’admettons pas entièrement ces deux explications.

La statue de gauche repose sur un élégant chapiteau, et s’abrite sous un dais fort riche. Elle représente David. Le prophète royal est en costume de berger ; à son côté pend une pannetière carrée et coquillagée ; sur ses épaules est attaché un large chapeau, dont les glands, liés pardevant, descendent sur sa poitrine. Sa main gauche porte un bâton terminé par une boule (1). Celte arme, nous dit saint Augustin, était la ligure de la croix avec laquelle le Christ, le vrai David, devait combattre et terrasser le prince

(O David, devant combattre Goliath, nous dit la Sainte Ecriture, prit le bâton qu’il avait toujours à la main : « Tulit baculum suum, quem » semper babebat in manibus. b (I. Rois, XVII, 3.)

GRAND PORTAIL. — DHIjXIÈMK PARTIE. — ROSACE. IGl

(les icnèbrcs figure par Goliath (1). Le personnage [)lacé en face du royal berger est bien plus grand que celui-ci; il a une barbe Irès-rciirnie ; sa lète est couverte d’une loque l’elombant sur le cô(c ; son corps est couvert d’une tunique et d’un large manteau ; ses pieds sont nus.

Celte statue représente ou Saïd ou Goliath. Trois raisons nous portent à y voir le picmier roi d’Israël, et non le géant des Philistins. — Goliath sera représenté une fois dans le cordon (jui entoure la rosace, et deux fois dans l’intervalle qui sépare la rose de la galerie des Rois ; or, il n’est pas probable (jue riconograplie l’ait ainsi figuré quatre fois dans un espace aussi reslreint. Saül, au contraire, îc premier roi du j)ouple hébreu, doit avoir sa place audessous d’une série de staîuetles (jui nous rappelleront David sacré par Samuel, et Salomon recevant également l’huile sainte des mains du prophète ^Tltban. — Aous aurions peine à découvrir le farouche guerrier de Gelb, figuré plus haut couvert du casque et de la cuirasse, armé de sa lance redoutable, dans ce personnage portant une loque plate, retenant de la main gauche les plis de son manteau, tandis que la droite s’appuie sur un balon. — 8'’ La galerie supérieure retrace le baptême du premier roi irés-ebrétien; au-dessus de la rosace est cette autre galerie peu visible au dehors, mais dont les vitraux sont consacrés à redire le sacre des monarques français. La rosace qui sépare ces deux galeries doit, selon nous, montrer les rois hébreux, dont, la consécration servit de modèle, de type inspirateur pour le sacre de nos rois. — La taille de ce personnage ne doit point nous induire à y voir Goliath : Saül surpassait de toute la tête le peuple d’Israël (2).

(1) « Baculus crucis typumhabuit. Verus David Ghrislus cum baciilo, » id est, cam signo crucis descendit. » (Saint Acgüstî>', serm. 197.)

(2) Saul. . . . ab humero et sursum eminebat super omnem populura.»

(I. Rois, XIX, 3.)

Le contour de la rose est orné de dix groupes de sialuelles, rappelant quelques faits de l’histoire de David et de Salomon. Comme nos interprétations ne sont pas conformes à celles de plusieurs écrivains qui ont décrit la cathédrale, nous appuierons notre sentiment sur les textes mêmes de la Sainte Ecriture.

A droite, dans le bas de l’arc ogival, apparaît David ; il tient la tête de Goliath, pour la rapporter à Jérusalem (1). Peut-être l’iconographe, en plaçant cette scène au-dessus de Saül, a-t-il en vue ce verset du livre des Rois, où il est dit que le jeune vainqueur fut introduit par Ahner en présence du roi, tenant en main la tête hideuse de Goliath (2). Dans le front du géant est encore fixée la pierre qui lui donna la mort (G); ce qui ne permet pas d’admettre l’explication donnée par M. Povillon, qui a vu dans ce groupe Isboseth assassiné pendant son sommeil, et un des meurtriers portant à David la tête du fils de Saül.

Samuel sacre le jeune berger de Bethléem et répand 'Sur sa tête une partie de l’huile qu’il lient dans une petite corne. « x\lors Samuel dit à Isaï : Sonl-ce là tous vos en- » fants? — Isaï répondit ; Il en reste encore un petit qui » garde les brebis. — Envoyez-le quérir, dit Samuel, car » nous ne nous mettrons pas à table qu’il ne soit venu. 5 Isaï l’envoya chercher, et le présenta à Samuel. Or, il » était roux, d’une mine avantageuse, et il avait le visage » fort beau. Le Seigneur dit au prophète : Sacrez-le pré-

(I) «I Assumeiis autem caput Philisthæi, attulit illud in Jérusalem. »

(I. Rois, XVII, 5i J

(3) K Cumque regressus esset David, percusso Philisthæo , tulit eum » Abner, et introduxit coram Saule, caput Philisthæi habentem in manu.»

( Ibid., XVII, 67.)

(3) • Percussit » fjus. »

Philisthæum in f route ; et iufivus est lapis in fronte

( Ibid., XVII, 49.)

GRA^'1) PORTAIT.. — DEUXIEME PARTIE. — ROSACE. 1 ()o

)) scnlcmenl , rar c’cst lui ({uc j'ai choisi. Samuel prit la » corne pleine d’huile, et le sacra au milieu 'de ses frères (1). » Nous avons déjà fait remar([ucr combien ce sujet convient au frontispice de la calhcdrale des sacres.

David rend à Saül les armes qu’il lui avait [)rctées pour corn l)a lire (iolialh. « Saül dit encore à David : Allez, et que » le Seigneur soit avec vous. Il le revèlit de ses propres armes, lui mit sur la lète un casfjue d’airain, et l’arma » d’une cuirasse. Et David, s’étant mis une épée au » côté, commença à essayer s’il pouvait marcher avec » ces armes, ne l'ayant point fait jusiju’alors ; cl il dit à ») Saül : Je ne saurais maiTher ; cl il (pjilla ses armes (2).»

BethsabéCy en costume de reine, se présente auprès du roi David ; ce prince est couché : Dethsahée lui demande que Salomon soit roi : « Delhsahée alla donc trou • » ver le roi dans sa chambre. I.e roi était fort vieux.... f) Seigneur, lui dit-elle, vous avez juré par le Seigneur — D et vous m’avez dit : Salomon, votre fds, régnera après D moi (o). »

(1) <i üicitque Samuel ad Isai : Numquid jam compldi sunt tilii ? Qui » cespondit : Adhuc reliquus est parvulus, et pascit oves. Et ait Samuel » ad Isaï ; Mille et adduc eum, nec euim discumbemus priusquam hue » ille veniat. Misit ergo et adduxit euin. Erat autem rufus, et pulcher » aspectu’, decoraque tacie ; et ait Domiuus : Surge, uiige eum, ipso est » enim. Tulit ergo Samuel cornu olei, et unxit eum in medio fratrum » ejus. » (ï. Bots, XVI, 11, f2, 13. )

(•2) a Dixit autem Saul ad David : Vade et Dominus tecum sit. Et induit » Saul David vestimentis suis,etimposuit galeamæream super caput ejus, •) etvestivit eum lorica. Accinctus ergo David gladio ejus super vestem » suam, cœpit tentare si armatus posset incedere ; non enim habebat » consuetudinem. Dixitque David ad Saul : Non possum sic incedere, » quia non usum babeo. Et deposuit ea. »

( Ibid., XVIE 37, 38, 39.)

(3) « Ingressa est itaque Bethsabee ad regem in cubiculum : rex autem senuerat nimis.... Domine mi, tu jurasti per Dominum — Salomon » filius tuus regnabit post me. » [Ibid., L 15, i7.)

Sadoc, le grand-prélre, et Nathan, le prophète, sacrent le jeune prince (1 ).

La partie gauche du contour de la rosace va nous redire la vie de Salomon, sa piété filiale, son zélé pour la gloire de Dieu, sa sagesse, son amour de la justice.

Au bas du cordon, Belhsabée se présente devant Salomon, et lui demande pour Adonias, frère de Salomon, Ahisag, de Sunam. Salomon la fait asseoir sur un trône auprès de lui, et promet de lui accorder ce (ju’elle désire (2). Suivant M. Povillon , le groupe représente Saül abandonné de l’esprit de Dieu. — Dans les deux statuettes qui suivent, M. Povillon reconnaît Saül parlant à une magicienne, chez laijuelle il s’est présenté sous un déguisement, et lui demandant d’invoquer l’ombre du prophète Samuel. Selon nous. Salomon dirige les travaux du temple ; il parle à un ouvrier qui lient à la main une pioche et une équerre, a Salomon bâtit la maison du Seigneur, et il l’a-

cheva (S). » — Deux femmes viennent demander justice à Salomon. «Deux femmes de mauvaise vie vinrent trouver » le roi et se présentèrent devant lui (4).» Toutes deux réclament l’enfant vivant, comme étant le fruit de leurs entrailles. D’après M. Povillon, Samuel annonce à Saül les maux qui vont fondre sur lui.— Salomon ordonne à un

(1) « Et unxil ibi Satloc sacerdos et Nathan prophela. »

{III. Rois, I, 34.)

(2) Venit ergo Bothsabee ad regem Salomoiiem ut loqueretur ei pro

Adonia : et surrexit rex in occursum cjus, adoravilque cam, et sedit super thronuni suum ; positusque est throiius matri regis, quæ sedit ad doxteram ejus. [Ibid., II, 19.)

(.3) « Igitur œdificavit Salomon domuin, et consiimmavit eara. »

(/ôjd. , VI, U.)

(4) « Tune venerunt duæ muliercs merclrices ad regem, sleteriintque

( Ibid., III, 16.)

» roram eo. »

GHAND PORTAIL. — DEUXIÈME PARTIE. — ROSAGE. 1 05

soldai de séparer l’enfant en deux, pour 'en donner une partie à chacune des deux mères. « Le roi ajouta : Ap- » portez une épée, et il dit à un garde : Coupez en deux D l’enfant qui est vivant (1). » Forcé de voir ici un soldat et un enfant, Povillon donne une interprétation bien étrange. C’est, dit-il, la défaite de l’année d’Israël : un soldat montre ù Saül un de ses fils percé de coups.— Fnfin, dans le dixiéme tableau, oii les historiens de i\olre-I)ame ont reconnu David prêt à rentrer en Judée, où l’attend le couronnement, nous voyons Salomon priant, les yeux vers le ciel ; il demande la sagesse, un cœur docile, capable de discerner enti-e le bien et le mal et de rendre justice à son peuple.

Au sommet de l’ogive, Dieu écoule et exauce la prière du jeune prince : avec la sagesse, il lui donne les lichesses et la gloire, et l’éléve au-dessus de tous les princes (jui ont existé (^J).

Notre interprétation se rapporte mieux à l’ensemble de ce portail, et au soin (|ue [)renail l’iconographe de graver sur la pierre un enseignement religieux. Celle dernière partie surtout, placée au-dessous de la galerie des Rois, nous paraît dire aux princes : a El vous, rois, inslruisez- » vous; juges de la terre, comprenez les vertus que de- }) mandent vos augustes fonctions (3). Dieu , en vous î) conférant des droits dans le sacre, vous impose de X» grands, de redoutables devoirs. y>

Au-dessus de la rosace, le nu du mur est habilement dis-

(1) « Dixit ergo rex : Afferlc iiiihi gladium,... (lividité infantem vivum.«

(III. Rois, III, 24, 25.)

(2) « Detli tibi cor sapiens et intelligens. ... sed et hæc quæ non postu-

» lasti, dedi tibi, divitias scilicet et gloriam, ut nemo fuerit similis tui w in cunctis regibus. » ( Ibid., lll, 12, 13.)

,3) « Et mine, reges, intelligite; crudimini, qui judicatis terram. »

simulé |;ar des sujels en pied d’une gi’andeur colossale. Ils représentent le combat de David et de Goliath.

LcPliilislin occupe, à droite et à gauebo, rimmense espace (|uise trouve dans l’angle du mur. Il est revêtu d’une cuirasse à écailles; un bouclier lui couvre les épaules: sa main tient une lance armée d’un long fer (1). D’un côté, il est debout, dans une attitude fièi'e, et porte sui* la tête un casque arrondi ; de l’autre, il s’incline à la lenverse, frappé par la pierre tjue vient de lui lancer David. — Devant lui, à droite et à gauebe, est David, n’ayant (pie le léger costume d’un berger. Ici, le jeune pâtre brandit sa fronde ; là, il a le bras levé, sans doute pour couper la lêle du Dbilistin. Prés de lui est son ebien fidèle, qui regarde avec assurance le terrible géant. — La scène se passe au milieu des arbres; les moutons de David (^) sont traïupiillement roucliés, pendant que leur maître terrasse le Philistin.

Saint Augustin, comme nous l’avons déjà indiqué, voit, dans ce combat de Davifl contre Goliath, l’image anticipée de la lutte du Sauveur du monde contre le démon. Cet illustre docteur donne cin'ore une autre explication du texte sacré : David, dit-il, représente le peuple chrétien qui, dans cette vie, doit sans cesse combattre contre le démon figuré par le grand Philistin. L’iconographe de Notre-Dame a eu peut-être en vue l’une de ces interprétations Connaissant [larfaitement le texte sacré, il n’en pouvait ignorer les commentaires.

(1) « Et 0{;ressus \ir spm iusi de caslris IMûlistinorum, nominc Go- » lialli, (le Gclh, allitudinis sex cubitonim et palQii ; et cassis ærca super

» caput ejus, et lorica squaniata iiuluebatur ; etclypeiis æreus tege-

» bat huineros ejus. » (I. Jiois, XVIL 4, 3, G.)

(2) M. Povillon voit, dans ces animaux paisiblement coucIr*^, les lions et les ours (jue David poursuivait j)our (K’fendre son troupeau

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