‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 3 sur 66 · DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Lorsque la Dissertation sur V Ancien-Pwparut (en ^1818), accompagne'e du plan de cette place forte^ elle causa autant de surprise aux habitants de Provins qu’aux étrangers. On en connaissait les vastes ruines, les tours et les caveaux ; mais on ne se doutait pas de cet ensemble qui règne dans toutes ces constructions, de leurs rapports entre elles, et de cet ordre symétrique qui en lie et eu coordonne toutes les parties, et déploie un plan vaste et raisonné; enfin d’un grand système de fortifications exécutées en meme temps sur un terrain découvert et aplani, lesquelles décèlent, à l’observateur attentif, les intentions qui ont guidé les fondateurs dans toutes les parties de détails ; l’époque précise de ces grands travaux; enfin, le peuple auquel on pourrait les attribuer.

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On n'a jamais compris^ ou plutôt on ne s^est jamais demandé ce que voulaient dire, ni ces prolongements , espèces d’ailes puissamment fortifiées qui se détachent en ligne droite du corps de la place de Provins, s’étendent à une grande distance, et semblent n’avoir aucun objet ; ni ce qu'était dans l’origine ce Bourg-Neuf, ou nos annalistes n’on vu qu’un ancien marché aux toiles, et qui, de nos jours, n’est pas connu delà grande partie des Provinois, et n'est plus que la demeure isolée d’un vigneron ; enfin on ne se doutait pas que Y ancien Pros^ins n’était pas une ville, mais un établissement purement militaire, et une forteresse unique de son espèce, pour son étendue, ses constructions encore existantes, dontlesruines même font l’étonnement des amateurs de la haute antiquité, et sont les plus considérables qui existent en Europe. On n’a pas vu non plus que cette place forte se terminait à la grosse tour, et que le cloître de Saint- Quiriace et le collège que l’on comprend dans ce qu’on appelle la Ville-Haute ne faisaient pas partie de Y ancien Provins ; enfin l’histoire , manquant des observations et des recherches qui

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nous occupent, a constamment garde' le silence sortant d’objets d’un si grand inte'rêt, et cet oubli a pu faire croire que r^/?cze7z Provins^ qu’on n’appelait que le Châtel^ ou la Taille- Haute^ e'tait d’une me'diocre importance.

Le nom à' A gendicum , dont parle souvent Jules-Ce'sar dans ses Commentaires ^ convient uniquement à \ ancien Provins^ et non à Sens, comme quelques auteurs le pre'tendaient, et les gens instruits etde bonne foi n’en douteront plus après la lecture de cet ouvrage. La Dissertation sur V ancien Prooins a forme, à cet e'gard, l’opinion que viennent de manifester les collaborateurs de la grande entreprise de l’e'dition des Classiques latins qui commence à paraître. Les quatre premiers volumes offrent les Commentaires de Ce'sar enrichis de notes latines, par M. Acliaintre. Ce savant, non-seulement, d’après ce que j’en ai dit, et d’après ses me'ditations sur les passages de Ce'sar, se de'cide \^oi\v Age ndicum-Prooins^ mais il a ]oint une dissertation ad hoc, ou il s’appuie de mon ouvrage, dont il cite plusieurs fragments. M. Barbie'-du-Bocage, de rAcadèmie-des-Sciences et célèbre géogra-

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plie, qui s’est chargé des cartes de l’édition des Classiques latins , place aussi Agendicuni a rendroit ou se trouve Provins, et c’est ce que lui ont prouvé les anciens itinéraires qui méritent le plus de confiance. M. Lemaire, professeur en langue latine et éditeur de ce grand ouvrage, a fait placer dans le quatrième volume des Commentaires de César ^ le plan de \ ancien Provins^ que j’ai fait graver sous le nom àéAgendicum,

Ce devait donc être un point d’histoire décidé, au moins pour les Provinois; mais le Secrétaire de la Société d'agriculture de Provins, par des motifs que je ferai connaître dans le Post- Scriptum^ a imprimé, contre Agendicuni- P ravins^ une notice qui n’cst qu’un tissu de fausses citations et de mensonges. A cela sont jointes les personnalités les plus offensantes et les plus déplacées.

Je sais bien que l’esprit de controverse, Ou de parti , aura toujours lieu de s’exercer : on citera des autorités et des itinéraires qui sont pour Sens, quoique l’inexactitude en soit démontrée; on torturera le sens des Commentaires de César pour en faire cadrer les passages avec l’opinion

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cVAgeiidiciim-Seiis ; on supposera des erreurs et des négligences de copistes, ce qui peut n'être pas sans vraisemblance. On a déjà dit que, dans le passage cité, la virgule mise après Agendici prouve vraiment pour Provins, mais cjn’il peut se faire que la virgule doive être placée avant ce mot : ce qui fait tourner la girouette du côté de Sens. Des gens minutieux ont observé que, dans le passage grec de Ptolomée, un monosvHabe interprété différemment est favorable à Sens ou à Provins : ce serait donc pour les gens difficiles et chicaniers une guerre déplumé ; elle se ferait à coup de livres et avec des virgules et des monosyllabes; en y mettant un peu de mauvaise foi et de l’esprit de parti, elle deviendrait interminable.

Mais ce n’est pas sur ce terrain mouvant que je veux amener mes adversaires. Provins est l’Agendicum, indépendamment des discussions. Ce n’est pas sur des opinions d’auteurs cjui peuvent être contestées que je veux appuyer cette vérité; c’est par des faits, desprem es parlantes, et qui tombent sous nos sens. jNos ruines, nos constructions encore debout, nos souterrains,

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l’emplacement choisi, etc., ne peuvent se rapporter à aucune e'poque de la monarchie française, et c’est ce que j’ai prouve 5 au contraire, tout s’explique par le besoin et la nécessité où se trouva César d’entreprendre ces grands travaux et tant de constructions différentes, mais qui concouraient au même but.

Il voulait établir en pays ennemi, dans la proximité de ceux de Sens, ses plus grands ennemis, une forteresse pour les maintenir , assez vaste pour y placer dans le besoin une armée de 36,000 hommes, et capable de renfermer ses machines de guerre , ses provisions de toute espèce, ses prisonniers, etc. A gendicum-P ravins remplissait toutes ces intentions de César. On ne conçoit pas comment Sens, ville ouverte, en un pays plat, où César et Labiénus entrèrent sans résistance , pourrait avoir la prétention d’avoir été cet Agendicum.

Je ferai voir de plus, dans cette nouvelle édition de que le nom de Gen-

tico^ qui n’est pas écrit dans nos annales , mais que la tradition a toujours conservé, a été anciennement un nom de Provins, comme l’a été

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A^endicum ; et, ce dont on ne se serait pas douté, c'est que ces deux noms se tiennent, s'appuient et se prouvent Tun par l'autre. Gentico prouvera (\i\ Agendicum est V ancien ProAns^ coniine Agendicurn démontrera que Gentico était aussi le nom de la haute ville.

Quant à la ville basse de Provins, j'ai fait revivre en sa faveur le nom ^ Anatïlorum^ qui, on n’en peut plus douter, a été un nom de Provins. J 'ai cherché à faire de ce nom une application à la ville basse par des rapprochements et des rapports assez frappants avec la situation et l'histoire de cette seconde ville. C'est encore, si l'on veut, un sujet neuf à traiter, un nouveau problème à résoudre ; c'est à quoi j'invite. Mon amour-propre n'en souffrirait pas quand on ferait de cenoiii une application plus heureuse à notre ville ; mais on ne peut contester, \ ° qn natiloruin ne soit un nom de Provins ; 2° que ce UC soit un mot tout latin ; S'’ qu’il doive se rap- [)orter à quelque chose.

On se fera une haute idée de ce qu’était Provins dans le moycn-agc, lorsque nous aurons lait connaître que, par sa population, soncommerce

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et ses manufactures, c était une ville du premier ordre. Ses foires étaient très célèbres; son poids et son aune étaient d’un usage habituel dans plusieurs provinces, et les monnaies qui se frap-

paient à Provins avaient cours dans toute l’Europe .

Les comtes de Brie et Champagne habitaient par préférence le palais qu ils avaient à Provins. La cour de ces princes, comme nous le verrons , était la plus brillante qui fût alors. C’était le rendez-vous des plus hauts personnages du temps, des beaux esprits et des gens de lettres les plus distingués ; et, comme ledit l’abbé Velly f Histoire de FranceJj^ee fut à Provins, dans le treizième siècle, que se forma la première académie française, que le célèbre comte Thibaut IV, si connu par ses poésies galantes , ne dédaignait pas de présider.

Après avoir fait connaître, fort au long, tout ce qui a rapport à la ville haute, yl gendicum- Uentico^ ou \ ancien Yrooins^ et ce qu’a de particulier la ville basse, /hiaiilorum ^ je donne, dans un quatrième et dernier chapitre, des notes historiques sur ce qui est commun à ces deux

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villes : c’est un extrait de nos volumineux manuscrits \ dont je n’ai donné que ce qui peut intéresser le lecteur et l’histoire actuelle de Provins, laissant de côté une foule de choses qui n’ont de rapport qu'au clergé, aux anciens tribunaux, à riiistoire des comtes de Brie et Champagne, etc., et supprimant des anecdotes sans intérêt.

Au nombre des observations neuves^ telles que celles sur Gentico y le Bourg-Neuf, on en trouvera dans cet ouvrage quelques autres qui pourront intéresser, comme celles sur l’hôtelde-Ville , l’Hôtel-Dieu , Saint-Laurent-des- Ponts, Notre-Dame-du-Val, vues des dehors de la ville, vitraux d’Egiise, por tail de Saint- Ay oui , mortier romain, roses de Provins, Dames-Cordelières, beau sexe, Toussaint-Rose, Christophe- Laurent, etc.

Nos manuscrits ne sont pas toujours d’accord sur les faits et sur les dates : je me suis décidé sur ce qui m’a paru le plus vraisemblable 5 ce qui pourrait offrir un champ vaste a la critique. Si

(1) 11 s’en trouve à la bibliothèque du collège vingt- huit volumes in-quarto, de quatre à cinq cents pages cliacun.

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elle est juste, si je m’aperçois de quelques omissions importantes, et sije fais quelques observations nouvelles, comme cela pourrait arriver, ce sera l’objet d’un supplément.

M. Dusommerard, référendaire de première classe à la cour des comptes, et amateur distingué des beaux-arts, ayant lu, dans un séjour qu’il fit à Provins, ma dissertation sur notre ville haute, voulutvisiter les ruines et les monuments que j’ai décrits. Il marqua son étonnement, et nous annonça qu’il amèneraitde Paris, dans un prochain voyage , des peintres et des dessinateurs pour relever ces beaux restes de la haute antiquité, et en faire jouir le public; en effet, il amena huit artistes d’un mérite connu, qui firent une riche moisson, et emportèrent un grand nombre de vues et de desseins de nos monuments. Ils ont été lithographiés et proposés par souscription : le Roi, les Princes, etc., ont souscrit. J’ai reçu, pour leur avoir ouvert une mine aussi abondante, ce sont leurs termes, la faculté de faire copier leurs lithographies; ce dont j’userai. On trouvera dans ce volume le dessein de notre joli monument des eaux miné-

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raies, et le portrait de Messire François d’Ali- . gre, abbe' de Saint-Jacques, qui a tant fait de bien à la ville de Provins, et a tant de droits à la reconnaissance de ses habitants. A la fin de ce volume se trouve le plan de \ ancien Vrovins^ retouche' et augmente' 5 en tête est le portrait de Fauteur.

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