SUR M. O POIX
Travaillant sans relâche à tout ce qui pouvait faire valoir les eaux minérales de Provins, M. Opoix, dans des fouilles près de Termitage, au-dessus de la fontaine minérale, et à une certaine profondeur, parvint à trouver un lit de pyrites fuartiales qui paraît se prolonger au loin ,* de ces pyrites il réussit à extraire des sels qu’il a reconnu être les mômes que ceux qui constituent la fontaine minérale, ‘en sorte que quel- (paes grains de ces sels fondus dans un verre d’eau commune forment une eau toute semblable à celle du puits minéral, et les vertus en sont absolument les mêmes. Cette découverte est unique, et nul, prés d’une eau minérale, n’a trouvé les sels qui la constituent.
Les premiers essais que M. Opoix fit de ces sels sur des malades, eurent un plein succès. Leur réputation s’étendit au loin ; il y en eut un dépôt à Paris; l’Académie des sciences leur donna son approbation. L’hiver, dans les saisons et les jours pluvieux, on ne faisait usage que de l’eau préparée avec les sels; elle avait môme quelques propriétés de plus : il était possible d’en augmenter les vertus.
Si on j)ouvait avoir quelques doutes sur ce que nous disons de CCS sels, on n’aurait qu’à consulter l’opinion de Naudot l’aîné, qui exerçait la médecine à Provins, et qui faisait un grand usage de ces sels pour les malades, o|)inion consignée dans le Journal r/cJ/ef/ccme du mois de juillet 1779 : il regarde la découverte de M. Opoix comme très utile.
Vers ce môme temps, la vertu de ces sels attira encore l’attention du docteur Lassone, et lui prouva ({u’il avait bien auguré du jeune Proviuois. Enlin, M. Opoix, ne négligeant rien pour que ces eaux obtinssent la réputalion qu’elles méritent, eut la satisfaction de voir ses elforts couronnés j)ar assez de succès pour que le gouvernement conçut la néces-
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sité de nommer un inspecteur de cet établissement, et le titre lui en fut donné par un décret de Napoléon, daté du o vendémiaire an XIII.
La fontaine était alors un puits informe au milieu d’un pré et sans abri. Le nouvel inspecteur demanda à M. Moreau, de Paris, habile dessinateur, le plan d’un petit monument pour abriter la fontaine et la décorer : c’est celui qui existe et qui est soutenu par des colonnes. La ville ne pouvait en faire la dépense; M. Opoix sollicita un étranger qui avait recouvré la santé par l’usage des eaux; il donna à M. Opoix la somme demandée, et celui-ci enrichit la ville d’un monument très gracieux, là où il n’y avait, depuis près de deux cents ans, qu’un puits mal fermé, dans lequel la méchanceté pouvait introduire des matières nuisibles à la santé.
M. Opoix a donné l’époque de la èonstruction, en plaçant sur la frise, au levant, cette inscription :
Tune liydram clavd sternebat Galiia victrix.
Ce fut dans le mois de la bataille d’Austerlitz et de celle d’Ulm. Au-dessus de la porte on lit :
Mille mali species nympha leçabit aqud.
Par une décision royale du 10 avril 1822, basée sur les nombreux services rendus par M. Opoix, son premier titre fut remplacé par celui d’inspecteur honoraire.
Les études littéraires, scientiliques et archéologiques auxquelles M. Opoix ne cessa jamais de se livrer, lui firent toujours goûter le môme bonheur , les mêmes consolations et le préservèrent de cet ennui qui vient ordinairement assombrir les derniers jours de la vie et bâter la fin de tant de*
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vieillards. Il eut encore la force de célébrer l’anniversaire de sa 90® année par des vers simples et touchants que voici :
Adieu , solitaire Ermitage ,
Autrefois lieu triste et sauvage,
Et qui par d’iieureux changements Devint mon plus doux passe-temps;
Adieu, Provins, antique ville A qui je cherchai d’être utile Par des travaux intéressants.
J’ai décrit ta noble origine,
Tes caveaux, tes tours en ruine ,
Ton histoire de deux mille ans!
Tes roses de la Palestine,
Les grandes vertus de tes eaux,
Tes marbres et tes minéraux !
Une épreuve bien cruelle était encore réservée à cet excellent citoyen. Si près de descendre au tombeau, il eut la dou*leur de s’y voir précéder par un fils unique qu’il aimait tendrement et qui est l’auteur d’un poème estimé sur XArt Forestier qu’il dédia à son honorable père. Ne passons pas sous silence les vers de cette dédicace facilement tournés, empreints de modestie et d’un profond amour filial attestant qu’à tant de précieuses qualités, ]\I. Opoix joignait encore celle d’étre le meilleur des pères.
« Je cherche vainement à marcher sur tes traces.
« Que n’ai-je ton savoir, ton style plein de grâces!
« Les accords de mon luth, bien loin d’être flatteurs,
< Offensent quelquefois l’oreille des Neuf-Sœurs,
* Et le fils inconnu d’un si glorieux père
« Est réduit à languir dans la classe ordinaire.
« Que dis-je ! quelle erreur s’empare de mes sens !
« Père tendre et chéri, tes ouvrages savants ,
< Où régnent le génie et la délicatesse,
Ne sont-ils pas pour moi des titres de noblesse ? i
NOTICE SUR M. OPOIX..
Jusqü’à ses derniers instants, il conserva toute la puissance de ses facultés intellectuelles : sa belle vie fut couronnée d’une belle vieillesse. Agé de plus de 94 ans, il réfuta avec cette logique et cette verve que donnent des idées mûries par l’étude constante d’une question , il réfuta , disons-nous l’opinion d’un auteur qui plaçait Agendicum à Sens.
L’estime publique fut la récompense de ses travaux. Avant de terminer sa longue carrière, il eut la satisfaction de voir le conseil municipal décider, par une délibération du 7 août 1838, qu’une rue nouvellement ouverte porterait le nom de Christophe Opoix. Cet acte municipal fut la seconde manifestation publique et la seconde couronne civique, dont cet honorable citoyen put se glorifier.
En fin l’homme qui avait vu tomber tant de ses compatriotes, paya son tribut à la nature, le 12 août 1840, et s’enveloppant, pour ainsi dire , dans les services qu’il avait rendus, il s’en^ dormit avec calme, et sa fin fut le soir d'un beau jour !
PRÉFACE