ERASTE, JULIE, MARTON
ERASTE
Ah! mademoiselle Julie ?
JULIE
Que voulei-vous de moi 1 mon cher Eraste.
ERASTE
Je viens vous demander si j’ai perdu tout espoir.
JULIE
Il ne faut plusse flatter : Marton ni moi, nous n’avons pu rien gagner sur mon père; entêté de son art, et de l’idée bizarre qu’il a eue de me donner en concours, il me sacrifie.
MARTON
Ah! mon Dieu j’entends monsieur , le voilà.
SCÈIVE HUITIÈME.
, CBISàLE, JULIE, ERASTE, MARTON.
CRISALE.
Je reviens, Marton, quand je t’ai dit de ne laisser entrer personne près de moi; cet ordre ne regardait pas M. Alcande .
{apercevant Eraste), Mais que vois- je ici? Vous, monsieur Eraste, et avec ma fille.
JULIE
Mon père. ..
CRISALE [â Eraste.)
Vous êtes bien hardi.
ERASTE [embarrassé.)
Monsieur... {à part .) Que lui dire!
CRISALE.
Après la défense que je vous ai faite de vous présenter chez moi.
ERASTE, toujours embavrassé .
Monsieur [à part.) Comment me tirer de là ?
CRISALE.
Que venez-vous faire, s’il vous plaît?
ERASTE
Monsieur... c’est en qualité d’artiste que je me présente.
CRISALE.
Comment en qualité d’artiste ? Que voulez-vous dire ?
eraste.
Monsieur, j’ose concourir aussi pour obtenir mademoiselle Julie, et je venais vous demander la permission de vous présenter son portrait.
CRISALE.
Je suis vraiment étonné de vous voir sur les rangs; et sans vous flatter, je sais que vous n’êtes pas de force.
eraste.
Monsieur, au faible talentque vous me connaissez j’ai pu ajouter depuis ce que l’étude et le travail peuvent donner. Je suis sans
doute trop présomplueux. Il y a de ma part delà témérité : mais j’espère que vous ne vous refuserez pas au désir que j’ai de concourir.
CRISALE.
Non^ je ne puis m’y opposer. Le temps n’est pas entièrement écoulé, et je ne fais exception de personne. Je puis vous dire, sans l’espérer cependant, que je fais des vœux pour vous. Mais il fallait demander à me parler, et non à ma fille.
ERASTE
Monsieur, Marton m’a dit que vous ne vouliez pas être dérangé, et j’attendais que vous fussiez visible.
CRISALE.
Monsieur, il y a une condition, que vous devez savoir, et j’espère que vous l’avez remplie. Les concurrents ont dii peindre ma fille de mémoire , j’exige donc de vous et de ma fille le serment que vous n’avez pas travaillé à son portrait en sa présence.
ERASTE
Je jure que je n’ai tenu ni pinceaux, ni crayons devant mademoiselle.
CRISALE.
Et vous Julie.
JULIE
J’atteste que monsieur dit la vérité.
marton.
Moi je suis caution de l’un et de l’autre.
CRISALE.
Je vous crois tous, {à Eraste.) et je ne doute que davantage de votre succès.
ERASTE
Moi , je ne perds pas toute espérance. J’ai des avantages que n’ont pas mes rivaux. C’est à qui rendra mieux les traits de mademoiselle Julie de mémoire, et personne n’est plus plein de son image que moi.
CRISALE.
Enfin ce portrait, où est-il? le temps presse.
EUASTE {embarrassé.)
Monsieur.. .
CRlSALE.
Vous l’avez donc ici ?
ERASTE
Oui, monsieur, je vais . (U re^^ient sur ses pas). Monsieur,
pour prêter davantage à l’illusion, j’ose vous demander, avant de vous le faire voir, d’ajouter à la coëffure des fleurs dont mademoiselle a paré sa tête aujourd’hui.
CRISALE.
Ah ! volontiers ; mais vous n’avez que quelques moments. Passez dans mon atelier ; prenez les pinceaux et les couleurs qu’il vous faut. Je ne veux voir le portrait qu’en présence de monsieur Alcaude. (Eraste passe dans Vatlelier.]
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