‹ Histoire et description de ProvinsChapitre 40 sur 66 · M. ROBERTIN, MADAME PALISSE · texte numérisé non relu

M. ROBERTIN, MADAME PALISSE

M. ROBERTIN

Madame Palissi, comme votre voisin, je m’intéresse à vous ; je vous plains bien sincèrement. Votre mari est un fou qui finira par n’avoir pas de quoi vivre.

MADAME PALlSSl.

Hélas ! monsieur, je le sais bien.

M. ROBERTIN

La tête lui tourne, en vérité. Il était le meilleur potier du pays. Que n’a-t-il continue de faire des vases de terre; il savait leur donner des formes agréables qui les faisaient rechercher. Enfin, il faisait bien ses affaires. Mais de quoi s’est-il avisé de chercher à faire de la faïence?

MADAME PALISSI.

llélas! c’est pour notre malheur; et quoique toutes ses tentatives aient été infructueuses, il ne se rebute de rien, et sa chimère l’occupe sans cesse. Ma fille et moi nous avons beau faire, il persiste dans son obstination.

M. ROBERTIN

Quelqu’un lui aura mis cela dans la tête, et lui aura donne des procédés pour faire de la faïence.

MADAME PALISSI.

Non, monsieur, il s’en est avisé de lui-même. H est toujours avec des livres de chimie, des sreusets et des fourneaux.

M. ROBERTIN

Voilà comme sont ces chercheurs de pierre philosophale. Ils cherchent de l’or qu’ils ne trouvent pas, et ils trouvent l’hopital qu’ils ne cherchaient pas. Votre mari a des connaissances audessus de son état, et c’est ce qui fera son malheur et le vôtre. Avec toute sa science d vous ruinera

MADAME PALISSI.

Ah ! Monsieur, cela ne peut tarder beaucoup. Voyant qu’il n’avait plus de bois pour alimenter son four, et que le marchand lui en refusait, il vient d’ôter une partie des chevrons de la maison pour faire une nouvelle fournée.

M. ROBERTIN

Comment, ce que vous me dites là serait vrai ? Mais on en place aux Petites-Maisons qui le méritent moins que lui.

MADAME PALISSI.

Ce matin, un des ouvriers qui travaille avec lui, est venu lui demander de l’argent, le menaçant de quitter le four, s’il ne lui donnait rien : que fait-il, il ôte son habit et lui donne.

M ROBERTIN

Mais c’est incroyable.

MADAME PALISSI.

Vous demandiez ma fille, la voilà.

Page 1