DERNIERS JOURS DE BOSSUET
crainte des jugements de Dieu; il l'avoue. C'est la foi qui agit, car d'ailleurs il est dans une parfaite tranquillité, sans se plaindre, sans parler, laissant paraître une grande résignation et répétant avec une fermeté admirable : a Adveniat regnum tuum ! »
Le 8, il reçoit le saint Viatique et l'Extrême Onction, répondant à tout avec force, résolution et édification, sans ostentation, et docile comme une humble brebis du troupeau commun de l'Eglise.
Le 10, l'accablement continue... mais la tranquillité d'esprit est admirable, et le soir, le médecin, M. de Tournefort, dit qu'il n'y avait plus de recours qu'aux prières des agonisants.
Le lendemain, les douleurs du malade paraissent si vives, le matin et jusqu'à midi, que ceux qui l'assistent croient à sa dernière heure et lui demandent sa bénédiction ; mais lui, tout en demeurant accablé, est rempli de l'esprit de Dieu : il parle peu, mais toujours avec piété, et comme on prononce à ses oreilles le mot de gloire, il se ranime pour répondre : « Cessez ce discours ; demandons pardon à Dieu de nos péchés. » Vers neuf heures du soir, la faiblesse augmente encore, la poitrine s'engage (1), on sent un peu de râle commencer dans la gorge et il expire le matin du 12 avril 1704, à l'âge de 76 ans.
(1) Journal de Tabbé Ledieu, t. n, pp. 20-98, passim.