LES DERNIERS JOURS ET LA MORT DE BOSSUET
L'histoire de Bossuel et les nombreux travaux dont nous venons de faire l'énumération attestent que ce grand évêque n'a jamais voulu se reposer tant qu'il lui restait quelque chose à faire, et qu'il n"a cessé d'écrire que pour prendre le temps de mourir en chrétien humble et croyant, comme il avait toujours vécu. La simplicité et la foi de ses derniers jours est un pénétrant commentaire de ses ouvrages de piété et surtout de ses œuvres oratoires, car elles révèlent son âme plus encore que toutes les considérations de nos meilleurs critiques : il fait chercher et lire à M. de Saint-André, son grand vicaire, de nombreux passages sur la prédestination ; puis, après un quart d'heure de méditation pendant lequel son lecteur n'ose l'interrompre : « Non, mon Dieu, s'écrie-t-il, je ne puis croire que vous m'ayez donné inutilement cette conliance en votre bonté ! Mon salut est infiniment mieux dans vos mains que dans les miennes. Je veux m'abandonner à vous sans retour sur moi-même. »
Son secrétaire, l'abbé Ledieu, raconte qu'alors il se confessa et communia plusieurs fois et qu'il ne voulut plus s'occuper que de saintes pensées. Il écrit dans son Journal :
Le 1®'' novembre 1703, « M. de Meaux a ouï la messe du matin dans sa chapelle et y a communié; il me disait ensuite qu'il s'entretenait fort de la méditation du psaume XXI® : Deus, Deus meus, respice in me, ... C'est sa dévotion depuis longtemps, mais il en revient toujours à l'Évangile qui est sa consolation et sa méditation continuelle... 11 y a assurément six mois entiers et plus qu'il le lit et le relit, saint Jean surtout, et dans saint Jean, les endroits les plus touchants... »
Le mercredi-saint, 19 mars 1704, il a voulu entendre la Passion selon saint Marc, et il est charmé de ce grand mystère: un Dieu persécuté jusqu'à la mort pour la vérité.
Le 21 mars, son affaiblissement est très grand, cependant il a toujours la tête libre et on lui entend dire : « Mon Dieu, ayez pitié de moi! » et d'autres fois et très souvent : a Adveniat regnum tuum; fiât voluntas tua! »
Le jeudi, 7 avril, il se confesse de nouveau à M. le vicaire de Saint- Roch ; l'esprit est fort présent et frappé de la