I. SA FABRICATION ET SA DATE
'OUÏS I, duc d’Anjou, frère de Charles V, dont le goût pour les arts est bien connu (■‘), ayant résolu de faire exécuter de grandes tentures, demanda au roi de lui prêter un manuscrit représentant les visions de l’Apocalypse, capable de guider l’artiste dans la composition des sujets.
Hennequin de Bruges, peintre du roi, fut chargé de faire les patrons de la tapisserie ; mais, s'il consulta le manuscrit du XII U siècle de la bibliothèque du Louvre (=), il ne le suivit point servilement, et il est fort probable que d’autres recueils des visions de l’Apocalypse furent mis entre ses mains (''). Le séminaire de N amur en possède encore un de 1 360 dont un grand nombre des 86 miniatures sont presque semblables aux tableaux correspondants de la tapisserie ; je n’oserais affirmer que le peintre l’avait à sa disposition, mais c’est fort probable. En tout cas, ce manuscrit rendrait, si on voulait refaire les sujets perdus aujourd’hui, les plus grands services (').
1. (fa par Mgr Barbier de Montault, 1858, in-24. . , t ■ a Qi.
2. Les tapisseries de l' Apocalypse de la Cathédrale d’Angers, rédtdles au icé avec texte, in-folio. Angers, Lamé 1864
prix 65'.
2. Photographies de M. Carlier, 170, rue Saint-Antoine, Pans. t x j t n
4. Voir l’inventaire des joyaux de Louis de France, duc d’Anjou, dressé vers 1360 et publié par M. Léon de Laborde
en tête du Glossaire Français du Moyen Age.
c L'Art 1876, p. 301. Article de M. A Giry.
<<■ .. On trouve dans un catalogue des livres de Charles V, dressé en 1373, la mention suivante : l Apocalypse en fian- « cois toute fioîirée et ystoriée et en prose. U n récolement ayant été ordonné en 1 380, on écrivit en marge en regard de la « mention que nous venons de rapporter ; Le roy l’a baillée à monsieur cf Anjou pour faire son beaii iap^s. Dans un « nouvel inventaire de 1411, on ajouta ; le,,uel livre feu le roy Charles bailla a monsieur d’Anjou pour faire son beau
* cfvXTé,TûiÏortrrufomdtrk^ du fonds français, resta en Flandre et fit partie pendant quelques années
ae-D bibliothèque de Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuyze jusqu’en 1492, qu il rentea dans celle de Louis XII.
6 Üihpertain nombre de commentaires sur Y Apocalypse, du XL au XV» siècle, ornes de magnifiques miniatures, existent encore. J’en citerai quatre appartenant à la Bibliothèque Nationale de Pans. Il y en avait deux à lexposition de Lille ; l’un du XIID siècle, orné de 73 miniatures sur fond rouge et bleu comme notre tapisserie, est la piopriete de M le vicomte de Coussemaker : l’autre, du XV' siècle, orné de 65 miniatures, fait partie de la magnifique collection de M. Vander Cruisse de V^azier. Il y en avait deux autres à l’exposition ouverte au profit des AUaciens-Lorrams, lun du XIII' siècle, appartenant à M. le vicomte Blin de Bourdon, et l’autre, du XIV' siècle, à M. Firmin Dido .
Je citerai aussi le beau manuscrit du XII' siècle, de la bibliothèque du marquis d’Astorga, orné de 1 10 miniatures,
décrit nar Bachelin, dans une brochure imprimée en 1869. . , . .
7 Une lettre de M. l’abbé Henry, professeur au séminaire de Namur, me donne à son sujet de precieux renseigne-
'"'b ‘en que la date du manuscrit soit de 1360, les meubles et autres accessoires des miniatures, paraissent copiés sur un
CatftéDrale îi’angers.
Le duc d’Anjou donna sa. commande à Nicolas Bataille, tapissier célèbre de Paris (‘). On lit dans le registre de la Trésorerie des ducs d’Anjou, qui va de 1375 à 1379, les articles suivants :
«AN icolas Bataille, sur la façon de deux draps de tapisserie à l’histoire de l’Apocalice, « qu’il a faiz pour monsieur le duc, par le mandement rendu ci-dessus en la prouchaine « partie et quictance du dit Nicolas, donnée le septième jour d’avril 1377, 1000 franz.
« A Hennequin de Bruges, peintre du Roy, notre seigneur, sur ce qui lui peut ou pourra « estre deu à cause des pourtraiteures et patrons par lui faiz pour les ditz tappiz a listoire « de l’Apocalice, par mandement du dit notre seigneur le lieutenant, donné le derrenier «jour de janvier 1377 et quictance du d. Hennequin de Bruges, donné le vingt huitième « du dit mois, 50 franz.
« A Nicolas Bataille, tapissier de Paris, sur la somme de 3000 franz, qu’il doit avoir de « mond. seigneur, par marchié fait pour lui faire trois tappis de listoire de l’Apocalice « rendus dedens Noël 1379, par mandement du dit mons. le duc donné le 9 juin l’an « dessus dict et quictance du dit Nicolas, donné le 16 jour du de mois, 300 franz.
Ces textes précieux, découverts par M. Guiffrey (“), sont d’une importance capitale.
La nous trouvons le lieu de fabrication, la date, le nom du dessinateur, celui du tapissier et le prix de chaque pièce.
D apres un calcul fait par M. Guiffrey, le franc de cette époque représenterait 70 francs de notre monnaie : ce serait donc 70,000 qu’aurait coûté chaque pièce de quinze tableaux (3).
Tous les draps ou pièces ont-ils été faits à la même époque ? Cette question n’est pas facile a résoudre. D une part, les registres de la trésorerie de Louis I postérieurs à l’année 1379 ont été perdus; on peut cependant présumer, à en juger par la rapidité avec laquelle cinq pièces avaient été entreprises de 1377 à 1379, que les deux autres durent suivre de près. Par ailleurs, il n’y a entre l’ornementation des fonds de chaque tableau aucunedifférence, entre la T pièce sur laquelle sont tissés les chiffres de Louis I et de Marie d’Anjou entrelaces et la 7' piece : j’en concluerais volontiers que toute la tapisserie a été exécutée sans interruption. On m objectera sans doute les Y semés sur certaines parties. (Lettre initiale de Yolande, mariée, en i4oo,à Louis II.) Il est facile de répondre que ce mariage était négocie des 1370. En outre, si de la présence de cette lettre Y, qu’on trouve sur la P' pièce (7"'Tableau), on veut prétendre que la tapisserie n’a pas été faite avant 1400, on est absolument condamné par les textes, si précis, découverts par M. Guiffrey. Tout au plus, pourrait-on dire que ce 7' tableau a été refait ou restauré, ce qui n’est guère admissible.
Dans ma notice, imprimée en 1875, j’avais supposé que la pièce, donnée par la duchesse de Bourbon, avait été faite plus tard que les autres... C’est une erreur. D’abord quelle
manuscrit de la fin du XI P siècle. La couverture en cuir porte cette inscription : Godefridus de maillen : usque ad annos 1570. ‘ ^
M. Jules Helbîg en a donné une description dans le Beffroi,, t. III, p. 231.
Quantité de miniatures ont la plus grande ressemblance avec les scènes correspondantes de la tapisserie, et les tableaux N° 8, 10, ï4, 17, 72, 73, 74, 79, 82, 83, 87, 88, 89, 90, qui nous manquent en totalité ou en partie, sont représentés dans les miniatures de Namur. (Lettre de M. l’abbé Henry, 31 mars 1885.}
1. Nicolas Bataille^ tapissier parisien du XIV^ siècle, sa vie, son œuvre et sa famille, par M. Guiffrey Pari'î 1884 p 13
2. Trésorerie du duc d’Anjou (i375-i379) Archives nationales K K 242 f. 66, v° et 92. ' ’ . •