‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 105 sur 138 · LE DUC DE PENTHIÈVRE · texte numérisé non relu

LE DUC DE PENTHIÈVRE

Louis-J ean-Marie de Bourbon, Duc de Penthièvre ,, devint ainsi le propriétaire d’Anet. Il était Grand Amiral et Grand Veneur de France, et s’était marié , le 29 décembre 1744, à Marie-Thérèse d’Est, fille du Duc de Modène, qui mourut en 1754.

Le Duc de Penthièvre était d’une taille moyenne -, sa physionomie, noble et agréable , annonçait l’esprit , la douceur et beaucoup de bienveillance. Ce fut un noble et bon Prince, dont les vertus plus que rares , même uniques à cette époque , lui valurent l’admiration de tout le monde. Ses bienfaits égalaient son mérite; on ne saurait trop admirer ce charmant et beau caractère , dont le cœur grand et généreux ne savait que faire le bien et soulager l’infortune :

Et Penthièvre ouvre encor sa main à l’indigent.

Delille, U Imagination.

Il était très-religieux et d’une dévotion peu commune, mais sans blesser ceux qui ne pensaient pas comme lui, car il prodiguait ses largesses sans condition religieuse , ce qui rehaussait encore la noblesse de ses sentiments de piété. A l’époque et dans le monde où il vécut, le Duc de Penthièvre apparaît comme un anachronisme ; sa vertu fut si belle , si pure et si naturelle, qu’on le respecta dans une société qui ne respectait rien. Louis XV en reconnaissait lui-même l’autorité; car, se trouvant un jour près de Sceaux, à un rendez-vous de chasse où les courtisans de tout âge s’égayaient en conversations plus que légères, le Roi, voyant venir le Duc de Penthièvre qui s’avançait au galop , s’écria vivement : « Silence , Messieurs , voici M. de Penthièvre. »

Il fit ses premières armes sous le Maréchal de Noailles; il combattit avec vaillance à la bataille de Dettingen, se distingua à celle de Lontenoy et concourut à l’expédition qui en 1747 força la flotte anglaise à s’éloigner des côtes de Bretagne. Voltaire, dans son poëme de Fontenoy , en a parlé :

Penthièvre, dont le zèle avait devancé l’âge,

Qui déjà, vers le Mein, signala son courage .

Il fut ensuite nommé Lieutenant Général , mais ses qualités guerrières rehaussaient le prix des vertus paisibles qui marquent le reste de ses jours , et dont le caractère , doux et sérieux à la fois, contraste, d’une manière bien étrange et bien imprévue, avec le milieu de la noblesse si corrompue du XVIIIe siècle.

Le château d’Anet, sous cet excellent Prince, fut bien entretenu et restauré dans quelques parties , peu importantes il est vrai comme décoration , mais assez considérables au point de vue du mobilier.

C’était pendant la saison d’été qu’il résidait à Anet. Il y réunissait autour de lui une

LE CHATEAU D’ANET

société choisie de gens de lettres et d’artistes, et parmi eux il faut surtout remarquer Florian. Heureusement pour son Mécène, et pour lui-même, il a célébré ce charmant séjour

dans ces vers faciles, dont la grâce est d’autant plus heureuse qu’elle vient encore plus du cœur que de l’esprit :

Pv

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