VERS SUR ANET
Vallon délicieux, asile du repos,
Bocages toujours verts, où l’onde la plus pure Roule paisiblement ses flots Et vient mêler son doux murmure Aux tendres concerts des oiseaux,
Q^ue mon cœur est ému de vos beautés champêtres ! J’aime à me rappeler, sous ces riants berceaux,
Qu’en tout temps Anet eut pour maîtres Ou des belles ou des héros.
Henri bâtit ses murs, monumens de tendresse;
Il y grava partout le nom de sa maîtresse ;
Chaque pierre offre encor des croissans, des carquois Et nous dit que Diane ici donna des lois.
Vendôme , couronné des mains de la Victoire,
Sous ces antiques peupliers A longtemps reposé sa gloire,
Et, lorsque de Philippe il guidait les guerriers,
Qu’il faisait fuir l’Anglais et soumettait l’ibère, Accablé sous le poids des grandeurs, des lauriers, Vendôme, seul soutien d’une Cour étrangère,
A regretté d’Anet le vallon solitaire.
Du Maine vint après, Du Maine , nom fameux.
Qui rappelle les arts, l’esprit, la politesse;
Sur les gazons d’Anet, théâtre de leurs jeux,
Des immortelles Sœurs la troupe enchanteresse Suivit et chanta sa Princesse.
Enfin de ces beaux lieux Penthièvre est possesseur. Avec lui la Bonté, la douce Bienfaisance,
Dans le palais d’Anet habitent en silence;
Les vains Plaisirs ont fui, mais non pas le Bonheur. Bourbon n’invite pas les folâtres bergères A s’assembler sous les ormeaux ;
Il ne se mêle point à leurs danses légères,
Mais il leur donne des troupeaux.
Que ton orgueil, Anet, sur ces titres se fonde ; D’avoir changé de maître, eh quoi! te plaindrais-tu? Toi seul tu possédas tous les biens de ce monde, Amour, Gloire, Esprit et Vertu.
Ajoutons ici un souvenir qui nous a été dit bien souvent par des vieillards maintenant