DE CARAMAN
L’acquisition faite par M. le Comte Adolphe de Caraman , l’un des descendants du fameux Riquet de Bonrepos, créateur du canal du Midi, empêcha le Château d’être détourné de sa destination, car, quelque temps avant, divers manufacturiers avaient jeté les yeux sur les moulins et les cours d’eau qui en dépendent pour y fonder un grand établissement.
Heureusement pour les beaux-arts, M. de Caraman en devint le possesseur; il y fit de grandes restaurations qui le rendirent habitable. Depuis le Duc de Penthièvre ce Château était resté désert et inhabité. Cette restauration dévouée et intelligente releva le Château de ses ruines et le mit en état de reprendre son rang parmi les Châteaux les plus remarquables de France.
Le parc était resté à M. Dibon.
La chapelle fut brillamment restaurée sous la direction de M. Caristie, et rendue au culte le 3 septembre 1 85 i .
Le portail d’entrée fut restauré en 1 85a, avec le concours de la Commission des Monuments historiques de France , qui, pour sa participation, le classa au nombre des Monuments historiques de France, en date du 22 juillet i852,sous le ministre de l’Intérieur Fialin dePersigny.
Le Pavillon du Gouvernement fut aussi restauré et devint particulièrement l’habitation du Comte et de la Comtesse, tandis qu’une moitié de l’aile gauche restait inhabitée. Malgré son amour pour les beaux-arts, dont il avait si bien compris les beautés dans cette belle demeure, M. le Comte de Caraman, non sans des regrets qui l’honorent, se sépara d’Anet en 1860, après l’avoir habité pendant vingt ans.
M. le Comte publia dans cette même année 1860 une très-curieuse Notice historique sur le Château d'Anet ; elle contient des renseignements précieux mis en œuvre avec talent, et nous y avons eu souvent recours dans la composition de notre ouvrage.
La restauration du Château et la bienfaisance de M. et Mme de Caraman ont inspiré les vers suivants à M. Victor de la Boullaye, auteur de ï Itinéraire poétique :
LE CHATEAU D’ANET
LE CHATEAU D’ANET
Séjour des héros et des sages.
Des plaisirs et de la beauté,
Anet, sois fier, sous tes outrages,
De ta quadruple royauté.
L’Amour, à qui tout doit naissance, Te fit éclore aux jours charmants Où les Arts de la Grèce en France Ramenaient leurs enchantements.
De Vénus le souffle profane Te caresse en mille détours,
Et les armes de ta Diane Semblent les flèches des Amours.
Partout le marbre, en arabesque,
A gardé l’hommage éclatant Du dernier roi chevaleresque,
Et du seul monarque constant.
Après les amours, les batailles,
Les clairons, les jours sans repos; Vendôme a rempli tes murailles De sa gloire et de ses drapeaux.
Puis tu vis paraître Du Maine,
Qui, déesse à titres divers.
Fit de toi l’aimable domaine Des jeux, des plaisirs et des vers.
Enfin tu guéris de la fièvre Dont ton jeune âge fut battu.
Et, sérieux avec Penthièvre,
Tu fus calme dans la vertu.
Anet, ainsi ton existence Reste conforme à notre loi ;
Ta vie eut la même inconstance Que tout homme renferme en soi.
Amour, gloire, plaisir, sagesse.
Tel est le cercle de nos jours ;
De la naissance à la vieillesse,
Notre cœur y tourne toujours.
L’amour est la fleur de notre âme,
La gloire est son but le plus beau ;
Le plaisir, à son tour, l’enflamme :
La vertu la guide au tombeau.
Tel fut ton sort, digne'd’envie,
Et, pour combler cet heureux don,
Tu succombas en pleine vie,
Sans vieillesse et sans abandon.
Dans la tempête universelle,
Un coup de foudre t’a rasé ;
Le nid qu’un vieux chêne recèle, Quand l’arbre tombe, est écrasé.
Au temps de rage et de démence Où rien n’était resté debout.
Ta mort fut celle de la France,
Et tu péris du même coup.
L’orage a cessé; tu relèves Tes tourelles et tes remparts;
Comme un naufragé sur les grèves,
Tu cherches tes débris épars;
Et tu reprends tes atours, comme Jadis, dans]la poudre étendus,
Les Dieux de la Grèce et de Rome Rassemblaient leurs membres perdus.
Anet, au bruit de tes cascades, Poursuis donc tes nobles travaux ; Arrondis tes vieilles arcades.
Fais grandir tes arbres nouveaux;
Revêts ta seconde jeunesse.
Mais à l’ancienne dis adieu;
Pour que Penthièvre en toi renaisse, Rends tous ses honneurs au saint lieu.
Pour laver ton passé profane Voici l’ange de Charité Qui ne ressemble à ta Diane Que par la grâce et la bonté.
16 août 1 85 x . V. de la Boullaye.
M. le Comte et Mme la Comtesse de Caraman ont laissé à Anet les souvenirs les plus vifs et les regrets les plus remplis d estime et de sympathie.
C’est en 1860 que M. Ferdinand Moreau, aujourd’hui Syndic des Agents de change à Paris, Député de la Seine, et Conseiller général d’Eure-et-Loir pour le canton d’Anet, devint propriétaire du Château d’Anet. Épris de ces restes d’une des plus belles époques de l’Architecture Française, il se voua, avec une ardeur dont les Artistes- lui sauront gré, à leur restauration.
C’est à lui que nous devons , en même temps que la conservation de ce monument , la restauration entière et la décoration de l’aile gauche, qui, sans ses soins, aurait pu tomber en ruine, ainsi que nous l’avons dit dans la partie descriptive. S’inspirant du principe de la Renaissance et des découvertes qu’il eut le bonheur de faire dans le Château d’Anet même, il s’est appliqué à reconstituer et à meubler les appartements intérieurs dans le style de l'époque de Henri II, et le succès a couronné ses efforts. Poursuivant son but de restauration, il se propose de faire remettre aux trois fenêtres de la Chapelle des vitraux en grisaille, d’après le dessin des deux retrouvés par nous. Cette Chapelle, qui vient par ses soins de recevoir les moulages des statues d’apôtres dont nous allons parler, sera ainsi complétée dans sa décoration. Il ne restera plus que les autels à changer, d’après les précédents qui sont au Louvre, et la belle croix de fer à dorer. La Chapelle aura ainsi repris toute son ancienne splendeur. En 1864, M. Moreau fit l’acquisition du Parc, qu’il a réuni aux jardins du Château.
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