‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 12 sur 138 · CY GIST · texte numérisé non relu

CY GIST

Requiescat in pace.

Cette Église a été placée sous le vocable de saint Lain, évêque de Séez; voici la légende que M. le comte de Caraman nous donne à cet égard’:

Les reliques de saint Latuin, appelé vulgairement saint Lain, premier évêque de Séez, avaient été déposées dans la forteresse d’Anet, vers la fin du IXe siècle ou au commencement du Xe, pour les soustraire à la fureur des Normands. Lorsque les craintes furent dissipées, les habitants de Séez vinrent redemander à Anet le dépôt sacré qu’ils lui avaient confié. Les habitants d’Anet refusèrent de s’en dessaisir. Les Sagiens tentèrent alors d’enlever nuitamment les reliques, et, ayant réussi, prirent le chemin de Nonancourt. Tout à coup, la cloche consacrée au service de la Confrérie de saint Lain sonne à toute volée. Anet est sur pied, se met à la poursuite des Sagiens, qui, dans l’obscurité, obliquant à droite, arrivent à une fontaine, où ils se hâtent de précipiter le coffre contenant les reliques. Elles en sont retirées et portées processionnellement à l’église, d’où le nom du saint évêque resta à la fontaine.

Le saint Scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel a été institué dans l’église, en :6i3, par Jean Bouilly, Curé d’Anet-, il avait été donné le 23 avril par Jean Bourgouin, Prieur des Carmes de Paris.

Une indulgence plénière fut accordée, en 1 668, parle Cardinal de Vendôme, Légat du Pape Clément IX, qui avait été Seigneur d’Anet, pour les fidèles qui visiteraient l'Église paroissiale de Saint Lain, évêque de Séez, Paroisse d’Anet, aux conditions suivantes : depuis les premiers Vespres jusqu’au coucher du soleil, au jour et fête de Saint Lain.

L Église, qui avait été consacrée sous le vocable de ce Saint jusqu’en 1670, paraît en avoir changé à cette époque pour prendre celui de Saint-Cyr et Sainte-Julitte, que portait la première église construite dans l’intérieur de la Ville.

Le i5 mai 1740, Msr de Mérinville, Évêque de Chartres, en visite pastorale, constatant le mauvais état du pavage de l’église, causé par les nombreuses inhumations qu’on y faisait, prescrivit la restauration suivante :

On fera répat er 1 église en plusieurs endroits et repaver; on la rendra unie autant que faire se pourra, utes les tosses seront à 1 avenir pavées, aux dépens des héritiers des deffunts, en chaux et ciment, ou en P âtre, et non en terre; en outre, ils payeront à l’avenir dix livres pour l’ouverture des fosses des grandes per-

, et cinq li\res pour celles des enfants au-dessous de quatorze ans. S’il se trouve des pavés cassés, ils seront tenus d’en fournir des neufs à leurs frais et dépens .

ÉGLISE PAROISSIALE

Le 20 septembre 1790, un inventaire fut dressé de tous les ornements et du mobilier de l’église d’Anet; ces objets ont été envoyés à l’administration du District de Dreux, et l’église fut fermée.

Les vitraux étaient anciennement en verre blanc jaunâtre, taillés en très-petits carrés, dont la mise en plomb était posée en losange. En 1840, on y substitua de plus grands carreaux en verre blanc placés droits, et en dernier lieu on y voit maintenant des vitraux de couleur représentant les stations du chemin de la Croix-, quelques-uns ont été de généreuses donations.

Au XVIIIe siècle , le clocher possédait quatre cloches, dont une servait de timbre à l’horloge; à la Révolution, ces cloches servirent, comme toutes les autres, à faire de la monnaie.

A la réouverture des églises, on y remit une nouvelle cloche d’un volume assez considérable, dont le son argentin et le beau timbre s’entendaient à une distance considérable.

L’ambition d’avoir plusieurs cloches gagna les membres du Conseil de fabrique, qui, en 1864, sous l’influence de M. le Curé, sacrifièrent cette belle cloche, et l’église aujourd'hui possède trois cloches. Il en résulte que, lorsque le vent est contraire, le son des cloches ne s’entend pas dans le pays, ce qui n’arrivait jamais avec l’ancienne, et aucune, pas même les trois ensemble , ne pourra jamais remplacer celle qui pendant quarante ans vibrait au clocher et jetait dans les airs un son aussi brillant que remarquable.

A net avait conservé jusqu’au commencement du XIXe siècle l’aspect du moyen âge; on y voyait encore deux rues, la rue des Halles et la Grande- Rue, décorées ou de maisons de bois avec des auvents, et dont chaque étage s’avançait en avant, ou de maisons avec des porches supportés par des piliers plus ou moins bien équarris. Ces porches, situés à la file, mais à des niveaux différents, constituaient par leur succession même de basses et sombres galeries, où se cachaient d’obscures et vieilles boutiques, ouvertes autrefois à tous les vents. Les derniers de ces porches ont disparu il y a environ dix ans ; la Halle avait été abattue en 1 845 .

La rue des Graviers possède , dans le bout de la Place du Château , une maison dont les quatre poteaux étaient naguère ornés de cariatides qu’on attribuait à Jean Goujon; elles étaient si belles et si bien faites que la rue en a été nommée pendant plus de deux siècles rue des Quatre-Images. Ces magnifiques cariatides ont été détruites, il y a environ cinquante ans, par une restauration; elles ont été coupées à la hache, et la place a reçu un enduit de plâtre. On voit encore aujourd’hui cette maison avec ses quatre poteaux, ainsi que l’enduit qui a remplacé ces belles figures.

NOTABILITÉS

A net, à défaut de très-grands hommes, a vu naître quelques personnes notables et des artistes de grand mérite et de grand talent. D’autres vinrent chercher des inspirations dans la beauté du pays; quelques-uns sont venus se reposer dans cet agréable séjour et y finir leurs dernières années.

Au XVe siècle, on cite Jean d’Anet, de l’Ordre de saint Dominique, comme littérateur et écrivain célèbre.

Il existait à Anet au XVIe siècle une corporation de peintres-verriers. On trouve en 1 555 un édit de Henri II qui confirme les anciens privilèges des peintres- verriers d’Anet en faveur de René, Rémy, de Lagoubaulde père et fils. Laurent Lucas et Robert Hérusse, maîtres ès arts et sciences de sculpture et de peinture, sont indiqués comme domiciliés à Anet dans une sentence de la Prévôté de Dreux du i3 septembre 1570 ( Levieil , p. 90-1).

Anet a vu naître au XVIIIe siècle un Peintre de genre, Pierre Lenfant, qui fut un artiste distingué. Nous donnons sa biographie d’après M. Émile Bellier de la Chavignerie, à qui nous avions envoyé son extrait de naissance d’après les archives de la Mairie d’Anet.

Pierre Lenfant est né à Anet le 26 août 1704, du mariage de Pierre Lenfant, Commis aux Aydes, et de demoiselle Françoise Gille; il eut pour parrain Antoine-Charles Bataille, Directeur des Aydes de l'Élection de Dreux, et pour marraine Marguerite Bontemps, épouse de François Aubry, Concierge de S. A. Monseigneur le Duc de Vendôme au Château d’Anet. Il tut élève de Charles Parrocel ; il fut ensuite agréé à l’ancienne Académie royale de peinture et de sculpture le 26 août 1741 « sur le vu de ses ouvrages », et on le renvoya devant Largillière, Directeur en exercice, pour recevoir le sujet de son morceau de réception. 11 fut reçu Académicien le 3o octobre 1745, sur un « Marché de campagne», et prêta par suite serment entre les mains de Cazes, l’un des successeurs de Largillière dans le Directorat.

Beauvarlet a rendu populaires par le burin deux peintures de Lenfant, dont le sujet, il est vrai , sent un peu la caserne; en voici les deux légendes :

Les Adieux de Catin :

Adieu donc, cher La Tulipe; Cher La Tulipe, adieu donc.

Le Testament de La Tulipe:

Tiens, garde ma pipe Aussi mon briquet.

Et, si La Tulipe

Tu quittes la garnison,

Tu m’aimes plus que ta pipe ;

Fait le noir trajet.

Mais v’ià que Fanchon la lippe.

Sans honneur,

Que tu sois la seule Dans le régiment

Engueuse ton cœur.

Qu’ait le brûle-gueule De son cher amant.

NOTABILITÉS

Pierre Lenfant a fait, heureusement, des compositions plus nobles.

A la vente de M. de Saint-Yves figuraient deux Escarmouches de cavalerie. Au Musée de 1 Hôtel de ville de Tours on trouve deux énormes et très-curieuses aquarelles de Lenfant : Vue de la ville d’Amboise et du château de Chanteloup avant la construction de la Pagode; Vue du château de Chanteloup et de la ville d’Amboise , prise des portes de l’avenue.

Enfin nous constatons au Musée de Versailles :

La Prise de Menin (2 3 mai-4 juin 1744); Louis XV, à cheval, ordonne l’attaque du chemin couvert ;

Le Siège de Fribourg ( 11 octobre 1744). Ces deux tableaux sont reproduits dans les Galeries de Versailles , de Gavard.

La Bataille de Fontenoy , attaque du village d’Antoiny (1 1 mai 1745);

Autre épisode de la Bataille de Fontenoy; Louis XV, accompagné du Dauphin, donne au Maréchal de Saxe l’ordre d’attaquer la colonne Anglaise;

Le Siège de Mons (juillet 1746) ;

La Bataille de Lawfeld (2 juillet 1747).

On attribue à Lenfant le tableau du maître-autel de l’église de Dreux; Saint Pierre dans sa prison , relégué aujourd’hui dans une chapelle des bas-côtés de l’église , à droite.

Voici des extraits des Catalogues des Expositions auxquelles a pris part Lenfant; l’on y retrouvera quelques-uns des tableaux que nous venons de citer :

1741. Grand paysage orné de figures et d’animaux. Un autre représentant une ferme; au devant, le père et la mère de l’auteur; à côté, des femmes qui lavent et récurent.

1742. Deux paysages faisant pendant.

1751. Bataille de Lawfeld, vue depuis laCommanderie, qui faisait la droite des Alliés, jusqu’à Maëstricht, qui était leur gauche. Dessiné de la hauteur d’Aldéreme, où était le quartier du Roi.

1753. Siège de Mons par l’armée du Roi, commandée par le Prince de Conti. Vue prise de la première parallèle; attaque de la porte de Bertamon. Dans le fond est celle de Nimi, dont on ne voit que la fumée.

1735. Siège de Tournay, dans le moment que Sa Majesté va visiter la tranchée.

— Siège d’Ypres; vue du camp des grenadiers à cheval.

1755. Une esquisse de la bataille de Fontenoy; vue prise de la Justice.

1757. La bataille de Fontenoy.

1759. Attaque d’un pont. — Un siège. (Tableaux.)

— Esquisse d’un combat de cavalerie.

1761. La bataille de Fontenoy. — La bataille de Lawfeld. (Dessins.)

Il a fait pour l’Hôtel du Ministère de la Guerre, à Versailles : Siège de Tournay; — Bataille de Lawfeld, — de Fontenoy; — Sièges de Fribourg, de Menin, d’Ypres, d’Anvers;

LA VILLE D’ANET

Surprise de Gand; — Deux dessus de portes, dont l’un représente la bataille de Rocroy

(ii octobre 1746).

Pierre Lenfant mourut aux Gobelins, où le Roi l’avait gratifié d’un logement, le 26 juin 1787, et il fut inhumé dans l’église Saint-Hippolyte. Charlotte Lullier, sa femme, lui survécut, et nous pensons qu’ils n’eurent pas d’enfants de leur mariage, car nous ne voyons figurer à la cérémonie funèbre que François-Charles Logez, architecte, cousin germain, ainsi que Pierre- François Cozette, entrepreneur des ouvrages de la Couronne aux Gobelins, ami du défunt.

Nicolas Michaux, Ingénieur et Architecte de Parcs et Jardins, est né à Aneten 1722-, on cite parmi ses nombreux travaux les jardins et le parc du Château de Courteille, entre Tillières et Verneuil, remarquable par son étendue, ses nombreuses allées et sa machine hydraulique. Il fit une salle de spectacle en charmille dans le parc du Château d’Abondant, près Anet.

Sa dernière entreprise fut le Parc et les Jardins du Château de Valençay, en Touraine, où il est décédé en 1790. M. de Vilmorien, le propriétaire, par estime et pour honorer sa mémoire, lui fit l’honneur d’une sépulture au milieu de ses tombeaux de famille, dans les caveaux de son Château de Valençay.

Il fut l’aïeul du côté maternel de celui qui écrit ces pages.

M. Lemarquant, Capitaine des chasses du Duc de Penthièvre, à qui nous devons la «Description du Château d’Anet», imprimée sans son nom à Chartres, chez la veuve Letellier, en 1786, in- 12 de 104 pages, et réimprimée sans changements en 1789, à Paris, chez G. Desprez, in-12 de 108 pages, était né à Anet, qu’il habita.

Deux artistes distingués ont habité Anet : l’un est M. Leblanc, qui a retracé dans un tableau de la Galerie d’Orléans, exposé en 1816, le Château d’Anet, à l’entrée duquel Diane de Poitiers distribue des aumônes; l’autre est M. Rossolin, jeune poète, qui, en 1808, y termina son premier ouvrage.

M. Lestevenon, diplomate hollandais, vint en 1818 y chercher un abri contre la réaction politique de son pays.

Le général Drossi habita Anet pendant vingt ans, dans une charmante propriété qu’il avait embellie.

Charles-Louis Ribera , peintre espagnol, passa près d’une année à Anet en 1840; nous eûmes le plaisir d être son cicerone à Anet, ainsi qu’aux environs.

Paul, le célèbre danseur, dont on connaît la brillante carrière à l’Opéra de 1 8 1 5 à i83o, vint terminer ses jours à Anet : il y est décédé le 27 octobre 1871.

M Montessu, sa sœur, qui de i83o à 1 838 tint les premiers emplois de la danse à l’Opéra, habite Anet depuis plusieurs années.

NOTABILITÉS

Anet a vu naître les ancêtres de M. Davioud, architecte de Paris; il y a lui-même été élevé, et les beautés du Château ne sont peut-être pas étrangères au bonheur de sa carrière et à la délicatesse de son talent.

M. Adolphe Yvon, le célèbre Peintre de la Prise de Malakoff , a passé plusieurs années à Anet. C’est du Château d’Anet, où il était secrétaire de l’Inspecteur des Forêts, qu’il est parti pour se vouer à la peinture, où il s’est fait une réputation si brillante et si méritée.

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