‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 19 sur 138 · FAÇADE SUR LES JARDINS · texte numérisé non relu

FAÇADE SUR LES JARDINS

La façade postérieure de ce bâtiment principal présentait sur les jardins un tout autre aspect. Les deux ailes latérales formaient de chaque côté un avant-corps ; dans les angles se trouvaient deux tourelles, suspendues en forme de trompes , ainsi que les appelle l’architecte lui-même. Elles étaient citées comme une œuvre remarquable pour la coupe des pierres; elles étaient posées sur une voûte rampante et n’avaient qu’un étage, éclairé par trois fenêtres, couvert d’un dôme en pierres sculptées à côtes et surmonté d’un croissant porté par des têtes d’amours.

L’une de ces tourelles fut faite, ainsi que le dit Philibert de Lorme dans le chapitre ier du IVe livre de son Architecture , «par le besoin d’avoir un cabinet, à côté de la chambre où logeoit le Roy Henry II au Château d’Anet, pour écrire ou traicter les affaires en secret », et il ajoute :

Laquelle trompe fut faite par la contraincte qui y estoit pour n’avoir espace ou lieu pour le faire au corps d’hostel, qui jà estoit commencé, ny aussi au vieil logis qui estoit faict.... Je fus rédigé en grande perplexité, car je ne pouvois trouver le dit cabinet sans gaster le logis et les chambres, qui estoient faites suyvant les vieux fondements et aultres murs. Or qu’advint-il? Je dressay ma vue sur un angle qui estoit prés la chambre du Roy par le dehors, du costé du jardin, et me sembla estre fort bon d’y faire une voûte suspendue en l’air, afin de plus commodément trouver place à faire le dit cabinet.

Pour bien apprécier le talent de Philibert de Lorme dans la construction du Château d’Anet, il faut remarquer qu'il lui a été imposé de conserver d’anciennes parties contemporaines de Louis de Brézé, ce qui a dû le gêner pour faire un plan selon ses vues. Il se souvenait du mal qu'il avait eu à sortir de ces difficultés, renouvelées plusieurs fois, car il en dit dans un autre endroit :

L’Architecte aura la seule charge et le crédit de faire ce qu’il voudra; car, s’il a un compagnon ou autre qui l’observe, ou qui se veuille mesler d’ordonner, iî ne sçaura jamais rien faire qui vaille. Je l’ay veu et expérimenté au Chasteau d’Annet, au quel lieu, pour me laisser faire ce que j’ay voulu en conduisant le bastiment neuf, je lui ay proprement accommodé la maison vieille, qui estoit chose autant difficile et fâcheuse qu’il est impossible d’excogiter. Bref, j’ay faict ce qui m’a semblé bon, et de telle sorte et telle disposition que j’en laisse le jugement à tous bons esprits qui auront veu le lieu et entendu la subjection et contraincte qui s’y présentoit à cause des vieils bastimens, et, n’eussent esté les grandes ennuies et haines que m’en portoient les domestiques et aultres, l’on y eut faict encore des oeuvres trop plus excellentes et plus admirables que celles qu’on y voit. S’il y a quelque chose singulière et rare, louenge en soit à Dieu.

On voit par ce passage combien l’architecte a eu de difficultés à vaincre pour arriver à exécuter ce monument, qui aurait été peLit-être plus curieux encore si son génie eût été libre. Philibert de Lorme a donc un très-grand mérite et a montré une grande habileté pour avoir

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surmonté tous ces obstacles, ce qui ne l’a pas empêché , malgré cela, d’avoir créé un chefd’œuvre.

Sur le devant de ce bâtiment, entre les deux avant-corps, était une terrasse bordée d’une rampe en fer, dont le dessous était un « crypto-portique». Au milieu se voyait un très-beau perron, ayant la forme d’un croissant, par lequel on descendait dans les parterres. Ce perron était considéré comme un chef-d’œuvre d’architecture, pour son élégance et sa forme toute particulière. Voici ce qu’en dit Philibert de Lorme :

J’ay fait faire au Chasteau d’Annet, entre plusieurs autres belles œuvres, un perron sous la forme d’un croissant, lequel se void au jardin, devant le crypto-portique, pour aller du logis au jardin. Ceux qui voudront voir telles œuvres, s’ils ont quelque scintille de bon jugement, ils y pourront trouver quelques bons traicts.

En i683, cette façade avait été considérablement modifiée. Le crypto-portique avait été démoli avec le perron; des fenêtres du rez-de-chaussée avaient été changées en portes-fenêtres ; les meneaux avaient été arrachés, ainsi que le cordon de pierre qui allait d’une fenêtre à l’autre. Entre les fenêtres du premier étage on avait placé des bustes en marbre blanc portés par des consoles de pierre; ces bustes, provenant du château de Chenonceaux, avaient été apportés d’Italie par Catherine deMédicis. Ce sont les Princes de Vendôme qui enlevèrent de Chenonceaux les statues et les bustes que Catherine y avait placés; ils en donnèrent une partie à Louis XIV, qui en embellit Versailles, et transportèrent le reste à leur château d’Anet, pour les placer sur les façades et dans les jardins. Ils sont actuellement à Chartres, dans le plus mauvais état possible.

Aujourd’hui ce corps de bâtiment n’existe plus; il a été entièrement démoli de 1799 à 1810, par les propriétaires eux-mêmes, spéculateurs, démolissant pour vendre par morceaux. Seul, le portail d’entrée du vestibule, côté de la cour d’honneur, a été sauvé, vers i8o5, d’une destruction certaine, par le patriotisme d’Alexandre Lenoir, qui l’a fait transporter à Paris, où il se trouve actuellement dans la première cour de l’École des beaux-arts, rue Bonaparte, mais pas au complet; il lui manque la statue de Louis de Brézé. La petite statue de l’Amour, qui la remplace, quoique très-belle, est, à cause de son peu de volume, loin de valoir l’ampleur de la statue du Duc, qui était proportionnée à la grandeur de l’arcade. Le cartouche, aux armes de Louis de Brézé, -qui était soutenu par deux lévriers, n’existe plus. Il manque, en outre, le motif d’architecture en forme de tombeau qui épaulait ce portique de chaque côté, à la hauteur des combles, et qui lui donnait beaucoup plus d’ampleur. Malgré sa beauté à l’École des beaux-arts, à Paris, il faisait encore mieux à Anet, où le bâtiment lui servait de cadre.

Aï LE DROITE

ANS l’Aile droite, située à l’est, se trouve la Chapelle, dont

l'abside donne sur la Cour de droite; cette aile était formée au rez-de-chaussée par une galerie qui continuait celle du bâtiment du fond. Au lieu de former colonnade, elle était Ÿ décorée par des piliers et partagée en onze arcades ; les quatre de chaque bout étaient cintrées; les trois du milieu étaient plates et servaient de portique à la Chapelle. Les trois arcades du milieu étaient très-remarquables, et Philibert de Lorme en parle avec beaucoup d’attention dans son livre d’architecture, livre VII , chapitre xv, où il donne le moyen de faire des voûtes plates à longues portées avec des petites pierres, et plus solidement qu’avec une pierre d’un seul morceau, par l’effet de la coupe des pierres.

Au milieu de cette galerie se trouvait le péristyle de la Chapelle -, son parvis était composé de douze colonnes, qui soutenaient un plafond divisé en trois parties, où étaient peintes les trois Vertus théologales : la Foi au milieu, l’Espérance à droite et la Charité à gauche. Chacune de ces belles figures était faite sur un fond bleu, très-pâle au centre, plus foncé sur les bords; entre ces deux nuances, des nuages légers entouraient chaque figure; entre les nuages et la bordure, le bleu était haché d’or; aux quatre angles se trouvait un croissant doré soutenu par une double palmette grecque. Le pavage, qui était en marbre noir et blanc, était divisé en trois parties comme le plafond.

De chaque côté de la Chapelle étaient deux salles, séparées par un passage allant d’une cour

â l’autre.

Au premier étage était la fameuse Galerie de Diane, immense salle de bal et de fêtes, qui s’étendait d’un bout à l’autre de ce bâtiment; les combles étaient beaucoup plus bas qu’aux autres bâtiments, pour laisser voir le superbe campanile qui couronne le dôme de la Chapelle. Deux pignons avaient été élevés aux deux extrémités de ce toit presque plat; entre ces deux pignons s’élancaient, par derrière, les deux pyramides qui accompagnent le dôme de la Chapelle.

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