‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 2 sur 138 · BUSTE DE DIANE DE POITIERS · texte numérisé non relu

BUSTE DE DIANE DE POITIERS

d’après la statue de son tombeau.

VILLE D’ANET

net, à 8o kilomètres à l’ouest de Paris, se trouve entre les villes d’Evreux, de Dreux et de Mantes. Il est situé dans le département d’Eure - et - Loir, arrondissement de Dreux, à une distance de 16 kilomètres de cette dernière ville.

On y arrive de Paris par deux chemins de fer, l’un de Paris à Granville, en s’arrêtant à la station de Dreux, l’autre de Paris à Cherbourg, à la station de Bueil; à ces deux stations, on trouve le chemin de fer d’Orléans à Rouen, qui conduit à la station d’Ezy-Anet, à 3 kilomètres d’Anet.

Anet est une très-petite ville, maintenant chef-lieu de canton. Son nom lui vient du mot Alnetum , lieu où croissent les aulnes, essence forestière des vallées de l’ancienne Gaule, et cette espèce de bois existe encore dans une grande partie des prairies de la vallée d’Anet. Son orthographe au XVIe siècle était Ennet , ensuite Annet , et en dernier lieu Anet. Son origine est fort ancienne.

L’emplacement d’Anet, au milieu d’une très-belle vallée arrosée de deux rivières, l’Eure et la Vesgre, fut une des causes qui y amenèrent dans les premiers temps quelques habitants.

Des peuplades d’origine différente ont habité cette contrée. Ce furent d’abord les Gaulois, ensuite les Romains après l’envahissement de la Gaule, les Francs, puis les Normands et les Anglais, et en dernier lieu les Français, qui chassèrent ces derniers.

Sous les Gaulois, Anet faisait partie du territoire des Carnutes, nom d’un peuple qui occupait la contrée entre Chartres, Blois et Orléans.

LA

LA VILLE D’ANET

Ces pays étaient alors presque entièrement couverts de forêts; Anet était tout près de la forêt

d’Yveline, une des plus grandes de la Neustrie.

Nous empruntons le passage suivant à la savante disseitation de M. le comte de Caraman,

dans son livre : Le Château d’Anet , publié en 1860 :

« Sous les Mérovingiens, les forêts s’éclaircirent; laCzïé de Chartres, plus peuplée, se divisa en plusieurs cantons ou pays [pagi]^ gouvernés chacun pai un Comte. On sait que les villes anciennes, chefs-lieux des Cités romaines, ne faisaient point partie des j vagi; elles s’administraient elles-mêmes au nom des Rois Mérovingiens, à la façon des villes impériales au nom de l’Empereur, et étaient gouvernées par des Consuls, ou par un Sénat, ou par l’Évêque. Les pagi ne comprenaient pas les vici et les châteaux d’alentour, dont les habitants n’avaient pas droit de cité, d’où est venu pour les gens de la campagne le nom de paysans.

« Les textes anciens mentionnent comme ayant été démembrés de la Cité Chartraine les pays suivants :

« Pagus Carnotensis , — le pays Chartrain;

« Pagus Dorcassinus, — le Drouais, Dreux, etc....

« Un pagus se forma aux dépens des Cités de Chartres et d’Évreux, le pagus Madriacensis , le pays de Madrie; c’est dans ce pays qu’Anet commença à se peupler.

« Le pays de Madrie est nommé dans, les chartes depuis le milieu du VIIIe siècle jusqu’à la fin du Xe. L’invasion des Normands l’a privé de quelques-unes de ses places, et c’est probablement à l’époque de cette invasion qu’il aura été démembré.

« On peut assurer qu’Anet était déjà fondé..., etc... »

En 1444, on trouve Anet indiqué comme faisant partie du pays Chartrain.

Depuis l’époque incertaine où l’Élection de Dreux a. été instituée — les plus anciennes remontent à Jean le Bon, — Anet faisait partie du Drouais et était compris dans l’Élection de Dreux.

Sous les derniers temps de la monarchie, Anet faisait partie du Mantois.

D’après M. Guérard, le pays de Madrie s’étendait entre la Seine, l’Eure et la petite rivière de Vaucouleurs, jusqu’aux villages de Cailly et de la Croix-Saint-Leufroyau nord, jusqu’à celui de Sivry-la-Forest et de Prunay-le-Temple à l’est, de Faverollesau sud, de Gille et de Saussay à l’ouest, prenant dans le département d’Eure-et-Loir une partie des cantons d’ Anet et de Nogent-le-Roi.

En décembre 1192, Philippe-Auguste, roi de France, par lettres patentes datées d’Anet, exempta les habitants d’Anet de tous droits de péage et d’impôts; par d’autres lettres patentes, datées d’Anet en i2o5, Philippe-Auguste permet à l’abbé d’Ivry et à l’église (Notre-Dame) de tenir une foire à Ivry la veille et le jour de l’Assomption. (Voir les renvois de la table de M. Delisle, Catalogue des actes de Philippe-Auguste, 1 856, p. 5^3.)

La collection des Mémoires des Antiquaires de Normandie contient (tome XVI, 2e partie, page 287) le détail des revenus que le fief d’Anet versait dans les caisses du Roi, vers l’année 1204.

Ces revenus provenaient des eaux et forêts, des moulins, des pressoirs, des fours, du blé, de l’avoine, d’œufs de Pâques; ils se soldaient en livres et sous, et en mesures. Au nombre des arrière-fiefs qui relevaient d’Anet étaient les villages de Marcilly, Saussay et Marchefroi.

LA VILLE D’ANET

D’après un état des garnisons du Roi en Normandie en 1210, Anet faisait partie de la Normandie à cette époque. Il y est représenté par ses balistes et par .son infanterie en ces termes : « II balistas ad II pedes, et X ad estrif, et II de ligno, et XI loricas, et YII loriculas, et XI galeas, etc... » Le contingent d’Anet était donc de quatorze balistes, onze hauberts, sept haubergeons ou cottes de mailles, et onze casques.

Le Roi Charles V confirma la concession, qu’avait faite Philippe-Auguste en faveur des habitants d’Anet, par lettres patentes datées du 3 avril 1 366.

Au moyen âge, Anet était déjà une ville close et fortifiée de murailles, avec des portes garnies de tours, dont quelques-unes étaient carrées; ces murailles étaient entourées de fossés. Une forte redoute existait au sud, au Carrefour des routes de Dreux et de Sorel; ce quartier en porte encore le nom aujourd’hui. Il y avait six portes, dont voici les noms : la porte de l’Huys-de-Fer, de la Geôle, Rabardel, de la Calle, d’Ezy et d’Ivry, et plusieurs poternes. Les fortifications ont été détruites vers 1485.

Des chartes, conservées aux Archives du Département et à Paris, nous donnent quelques détails sur la destruction de ces fortifications : •

ous, Loys de Breszé, Conte de Maulevrier, Baron de Mauny, Baron de Bec-Crespin,

I 1 Seigneur de Nogent-le-Roy, Ennet, Bréval et Mont -Chauvet, Mareschal hérédital, grant Séneschal et Refformateur général du pays et Duché de Normandie, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

« Savoir faisons que, pour nostre cler et évident prouffit et pour l’augmentation de nostre seigneurie dud. Ennet, Nous avons baillé et baillons par ces présentes, signées de nostre main, à Jehan Basan, nostre homme et subgect, demeurant aud. lieu d’Ennet, le fons de terre du fossé de lad. ville , ainsi qu’il se comporte en long et en large, depuis le pont de la porte d’Ivry d’un bout, jusques à la première tour de la muraille de la ville , incluse d’autre bout, tenant d’un costé vers les champs au clos de l'Hostel-Dieu, d’autre costé à la muraille de lad. ville, par laquelle muraille ou par lad. tour il pourra faire son entrée aud. fossé, et sera led. Basan par ce moïen tenu se clore de muraille souffisante jusques à la porte d’Ivry, et nous païer, par chacun an au jour de la Saint-Remy, pour led. fossé, la somme de huit solz parisis de cens et rente, à nostre Recepveur dud. Ennet; premier payement commençant au jour de la Saint-Remy que l’on dira mil cccc. quatre vingt quatorze, pourveu toutes fois que, si aux termes advenir on faisoit clope et fortifier lad. ville d' Ennet, icelluy Jehan Basan sera tenu laisser et haubandonner led. fossé, ou ses hoirs ou ayant cause..., Mandons, etc.

« Donné aud. lieu d’Ennet, soubz nostre scel, le dixième jour de May, l’an mil cccc quatre vingts et trèze. »

Signé : Breszé.

De R.

LA VILLE D’ANET

Mémoires de ceulx qui ont pris héritages à cens , du mercredy XXVIe jour de mars mil CCCC II II xx et dix huit , avant Pasques.

« I. Jehan Chevalier, d’Ennet, tient à cens et rente..., du fossé de la ville d' Ennet, autant d’espasse que la maison et lieu que tient Guillaume Langlois, assis en la rue du Petit-Four; led, foussé d’un costé le sentier qui maine de la porte de la Geôle h la porte de la Cal/e...

« II. Maistre Jehan Boaisle, prebtre-curé d’Ennet, tient, à tiltre de cens et rente annuelz et perpetuelz, portant lotz, vente, deffaulx, saisines et amendes, quant le cas y eschet, partie du fossé de I enclos de la ville d' Ennet , autant de grandeur comme sa maison, jardin et lieu contient; tenant d’un bout le chemin de la procession qui part de la porte d'Ivry...

« III. Estiennette, femme de Estienne Sabron, masson, demourant aud. lieu d’Ennet, tient le cours d’eau passant parmi un jardin appartenant à lad. Estiennette, au droit d’elle, icelluy cours d’eau partant des fontaines qui viennent du moulin d’Ennet près le mur du parc du Chenil de nostre dit Seigneur, nouvellement faict et réédiffié... d’autre bout le tallu et pont levis{ de la porte de la Geolle...

« IV. Colin Destouches, d’Ennet, a prins à cens et rente... la moictié du fossé entant que sa place et lieu contient jouxte le pressouer de nostre dict Seigneur...

« V. Denis Legoulx tient à cens et rente... sa maison et jardin, d’un costé le chemin de dessus les fossés par où va la procession de la. porte d’Ivry à la masure au Myre....

« Item , le bout du fossé qui aboute sur le tallu du pont-levis^ de la porte de la Geolle...

« VI. Raoullet, vicaire, demourant à Ennet, tient à cens... du fossé, d’un bout le fossé que a prins de nouvel Roger Boucachart, d’autre bout sur la ruelle Sans-bout...

« VII. Robert Malerbe, d’Ennet, a prins à cens et rente... du fossé derrière sa maison, qui

est assize en la rue des Graviers, contenant autant de longueur comme le jardin et lieu dudict

Malerbe peult contenir, qui est une perche de longueur, d’un costé le chemin par lequel on

maine, de la porte d'Ivry à Guillaume le Myre, les processions dud. Ennet ès festes d’Assen-

cion et Sainct-Sacrement...

« VIII. Messire Nycolle le Goulx, prebtre, demouraht à Ennet, tient à cens.... du foussé de l'enclos de la ville d'Ennet, assis derrière sa maison et jardin, d’un cousté le chemin de la procession de dessus led. foussé qui maine de la porte d'Ivry à la maison Guillaume le Myre..., d’un bout à l’éritaige de messire Jehan Boaisle, prebtre-curé dudict Ennet..., d’aultre bout Denis le Vilain...

« IX. Estienne Languillet, charpentier, demourant à Ennet, a prins à cens..., affin de éritaige, de Monseigneur, une petite place et le foussé d’entre lad. place et le Chasteau, appellée la porte et entrée dudict Chasteau , assize d’un bout sur la rue du Chasteau, d’aultre bout le mur dud. Chasteau jusqu’à ung perrier, autant de grandeur comme lad. place en contient, d’ung costé le lieu nommé le Bûcher du Chasteau...

« X. Jehan le Normand, homme de bras, demourant à Ennet, a prins à cens... une petite place assize le long des fontaines, d’au dessus le moulin dud. Ennet à la poterne par où l’on va

LA VILLE D’ANET

abreuver les bestes à lad. fontaine ; d’uncosté à Olivier Pléxis, d’autre costé à la poterne; d’un bout sur l’abrevouer, et d’autre bout la place Jehan Licherie...

« XI. Henry Bynè, demourant à Ennet, tient à cens... du foussé de l'entour de la ville autant comme la maison et jardin et lieu porte, d’un costé le chemin de la procession, qui vient de la porte d'Ivry pardessus lesd. foussez à venir à l’Esglise dud. Ennet...

« XII. Jehan Servant, tessier en toilles, a prins à cens... une place devant sa maison...

« XIII. Lambert de la Fosse, demourant à Ennet, a prins à cens et rente... une partie du foussé qui est entre la rue du Chasteau d’Ennet et la rue des Arpents, qui part du Pressouer dud. Ennet, vers le Moulin...

« XIV. Robert Lucas, demourant à Ennet, tient à cens... deux perches du fossé de l’entour de la ville..., à l’endroit de sa maison, d’un costé luy-mesme; d’autre costé le chemin de dessus led. fossé par où l’on va à l’Esglise...

« XV. Jehan de Beauvays, dit La Hyre, mareschal, demourant à Ennet, a prins à cens... une partie d'ung foussé tendant de la porte de la Geôle à la porte de la Calle , contenant deux perches et demye par le bas du foussé, tenant à la maison et lieu dud. preneur, qui est assize sur la rue du petit four, d’un costé le sentier dud. foussé par lequel on va à l’Esglise et à lad. porte de la Calle...

« XVI. Collin Le Roy, charpentier, demourant à Ennet, tient... quatre perches et demye de longueur dud. fossé à l'endroit de sa maison, assize en la rue du Petit-four...

« XVII. A Guillaume de Bure, d’Ennet, a esté baillé le fossé qui aboute à la porte Rabadel, par laquelle l’on va du carrefourg des Halles d’Ennet à la rue du Chasteau du lieu d’Ennet-, d’un cos-té la maison et jardin de Symon, Vallès et compagnon Gallois; d’autre costé les hoirs de feu Morice Licherie jusques au tallu du mur et jusques au fossé du long du Cymetière de l'Ostel-Dieu dud. Ennet, d’un bout lad . porte , pont-levis^ et le tallu du bord dud. fossé...

« XVIII. A Pierre Andrivault, boulenger, a esté baillé... dud. fossé qui part de lad. porte à aller à la porte du Moulin dudit Ennet; d’un costé le mur à Denis Ecorche-vel, d’autre bout la rue de lad .porte Rabadel...

«XIX. A Collas Destouches a esté baillé... la moitié dud. fossé, d’un costé sa maison, d’autre costé le fond dud. fossé vers le Pressouer de Monseigneur...

« XX. A Jean Le Villain a esté baillé... la moitié dud. fossé à partir par le fond, autant d’espasse de longueur comme sa maison, jardin et lieu qu’il tient, à cause de Agnès, sa femme, fille de feu Morice Licherie...

« XXL A Gillot Cadouel et à Thomas Legrand a esté adjugé une place assize au bout du Petit-Pont-Édouard, d’un costé la rivière qui descent du Moulin d’Ennet aud. pont; d’autre costé les fossés du Chasteau, le chemin entre deux, d’autre bout la Gueze...

« XXII. A Gillot Pierres, cordouennier dud. Ennet, la moitié dud. fossé, d’un bout Jehan Le Villain, d’autre bout, Jean Escorche-vel...

« XXIII. A Martin Lecomte, ung bout de foussé à la porte d’E\y...

« XXIV. A vénérable et discrète personne Messire Pasquier Escorche-vel, prebtre..., une partie du fossé de l’enclos de la ville d’Ennet et une aire, le tout en ung tenant, assis entre le Moullin dud. lieu et le Petit-Pont-Edouart, jusques au guey du Trébuchet, par où l’on vide les foyngs de l’estang... tenant d’un costé la rivière qui descend dud. Moullin ad venir aud. Petit-Pont, d’aultre costé le lieu du Bûcher du chasteau que tiennent à présent les hoirs feu

LA VILLE D’ANET

compagnon Gallois, un chemin de vi à huit pieds entre deux de largeur-, d un bout le fosse de l’esgout de la bonde qui survide l’eaue du moullin, et d’autre bout sur led. guey par ou

l’eaue passe à aller aud. estang...

« XXV. Noble homme Jehan de Rostain, Escuïer, Prévost d'Ennet, tientà cens... le mur de la ville d’Ennet autant que contient la place dud. preneur... d’un bout la rue de l uy de fer qui maine vers Ezy ...

» XXVI. A Ollivier Plessiz, demourant à Ennet, a esté baillé une place de maison assiz aud. lieu et ville d'Ennet, près le chemin du guey de la fontaine, d’un bout la fontaine, d’autre bout led. chemin...

« XXVII. A Jehan Pignolle, d’Ennet, a esté baillé une petite noe assis au bout de son jardin et lien sur les fontaines du Moullin d’Ennet, d’un bout lesd. fontaines..., et ne pourra prendre ne vendre milles pierres de la ville, cy ce n’est pour employer sur le lieu...

« Suivant Lettres de Gilles Mainterne, Escuier, Seigneur de Ruffin, Bailly d’Ennet, Mathieu Violet, masson, demourant à Ennet, a prins et retenu, à tiltre de droit de cens annuel et perpétuel, portant lotz, ventes, saisines, amendes et deffaulx, touteffoiz et quantes que led. cas y escherra, de noble homme Michel de Thyville, Escuier, Maistre d’ostel et Procureur de hault et puissant Seigneur Monseigneur Loys de Breszé..., une portion du fossé du Chasteau d'Ennet , ainsi que led. fossé se contient, à prendre depuis le lieu Pierre Vilet par le costé de Jehan Dubot en allant jusqu’au val, du vieil mur du jardin allant droit au levant, d’ung costé le vieil mur dud. Chasteau , d’autre costé le dict preneur et le dict Dubot. Ceste prinse faite pour le pris et somme de huit solz neuf deniers tournois et une poulie... Et ce où Mond. Seigneur vouldroit faire réediffier son dict Chasteau , en ce cas il pourra reprendre le dict foussé sans figure de procès...

(t Donné le lundi, troizième jour d’apvril avant Pasques, l’an mil cinq cent et treize (i5 14)... »

Les traces de ces fortifications ont disparu, mais on voit encore l’emplacement où étaient les fossés. C’est d’abord la grande ruelle des Petits-Fossés, qui non-seulement par son nom, mais par la déclivité des terrains qui longent cette voie, indique à peu près où devaient être ces fortifications. Les fossés se continuaient, au bout de la ruelle à l’ouest, jusqu’aux fontaines, et, de l’autre bout, du côté de la Grande-Rue à la rue des Champarts. Toutes les propriétés entre ces deux rues portent encore les traces de ces fossés, qui devaient passer derrière le château et le vieux fort, jusqu’à la petite rivière des Dégoûtes. Des murailles s’élevaient de cet endroit tout le long des fontaines, ce qui donne une idée à peu près exacte de l’étendue de ces fortifications et de la grandeur de la ville d’Anet à l’époque où elle était fortifiée. Les rues qui suivent ces fossés à l’intérieur formaient autrefois les chemins de ronde, et font encore aujourd'hui presque le tour du centre d’Anet.

Pour donner une idée des rues et des quartiers d’Anet ainsi que de leurs noms, nous donnons une certaine quantité d’actes concernant des baux et des donations, et présentant par là quelque curiosité :

LA VILLE D’ANET

« A Bardin Leroux, marchand boucher demourant à Ennet, a esté baillé en 1 5 20 une place à faire estai à boucher, assis entre deux pilliers de la Halle d1 Ennet, au bout de celuy de Perot Chapperon, le costé de lad. Halle entre deux, et visz à visz du four à ban d’Ennet, en tyrantvers le puy du bout de la Halle, sansempescher la Halle non plus que les aultres estaulx à boucher qui y sont... »

« Loys de Breszé... Seigneur d’Ennet... baille, à tiltre de droit cens annuel et perpétuel, affin et tiltre d’héritage, à noble homme Maciot Dabonat , Escuyer et l’un des Archers de morte-poye de Harfleur pour le Roy, et à demoiselle Marye de Sainct-Lorans, sa femme et espouze..., les maisons, cave, court, estables, jardin, apentilz, estans tant au costé que bout de la grant maison de pierre à mondict Seigneur appartenant, et tout le lieu, ainsy comme il se poursuict et comporte en long et en ley, nommé la Vacherie, assis en la ville d’Ennet, tenant d’ung costé lad. grant maison de pierre, et la rue des Arpens , d’ung bout la rue de la Geolle...

« Donné soubz les sceaux aux contrats de la Chastellenie d’Ennet, le mardi sixième jour de Novembre, l’an de grâce mil cinq cent et vingt... »

Des donations faites à l’église d’Ennet parlent d’une maison rue Basse en i523, une autre d’une maison et place rue delà Calle , en 1 63 1, et une troisième d’une maison au carrefour des Carrellères en i5q5.

« Lettres du Bailly d’Ennet, portant que très-hault et très-puissant Prince, Claude de Lorraine, Duc d’Aumale, Pair et Grand-Veneur de France, a donné àJeuffroy Blondeau, l’un des vallets des chiens blancs de la Vènerye du Roy soubz la charge dud. Seigneur, et à Mahutte Corbeau, femme dud. Blondeau... une maison, estables, court... Item , ung lieu estant prèz et joignant le lieu vulgairement appelé la Tourelle... à la charge par led. Blondeau et sa femme de paier par chacun an à la Fabrique dud. Ennet quatre deniers tournois de cens... Donné le vingt cinq d’Octobre, l’an mil cinq cent soixante et quatre, en la présence de Jehan d’O, Escuier, Seigneur du Parc, et Hierosme du Moustier, Escuier, homme de la Vènerye du Roy, tesmoingz... »

« Nous, Claude de Loraine, Duc d’Aumale, Pair de France, et Loïse de Breszé, nostre espouze, confessons avoir baillé et baillons par ces présentes, à tiltres de cens... à Martin Gervais, nostre Sommellier... quinze perches de terre et masures assises à nostre vieul Chasteau d’Ennet , d’ung costé et bout Nous, d’aultre le chemin à aller droict à nostre four à ban... à la charge de nous paier par chacung an, au jour Sainct-Rémy, ung chapon ou cinq solz tournois... En tesmoing de quoy nous avons signé les présentes de nos seings accoustumez, le vingt ungniesme jour de Mars, l’an mil cinq cens soixante-sept, suivant l’édict.

« Ainsi signé :

« Claude. Loïse de Breszé. »

« Nous, Marie de Loraine, Duchesse d’Aumale, Princesse d’Annet, etc... faisons savoir que, pour récompenser les bons services que nous a faict nostre aimé François de Sailly,

LA VILLE D’ANET

Conseiller ordinaire de nostre Maison et Lieutenant général des eaux et forestz de nostre Principauté d’Annet..., avons, tant en nostre nom que comme procuratrice de Monseigneur et très honoré espoux, à icelluy de Sailly baillé, fieffé, ceddé, quicté, transporté et délaissé... une maison manable, assize aud. lieu d’Annet devant la Chappelle et chanoynye fondée de Nostre-Dame, joignant et tenant d’ung bout la maison d’Anthoine Souppes où pend pour enseigne la Belle-Espine , d’un bout la rue qui est la maison Julitte Chenu, nourice de nostre chère et bien aimée fille aisnée; d’un côté la rue qui maine au petit-pont... »

« Item , un aultre manoir, en forme de grange en ruyne, vulgairement appellée la Brasserye, avec le jardin que l’un des Chanoynes avoit autrefois jouy, à la charge de faire une muraille en lieu dudict bastiment, le tout estant de présent inutil et prest de tomber en totalle ruyne, tenant d’un coté la muraille du Tripot (c’est-à-dire d’un bâtiment destiné au jeu de la paume) , d’autre coté le chemin qui va au parcq ou à la maison appellée Mesnage, d’un bout les murailles et granges dud. Mesnage, et d’autre bout l’espasse qui est entre le derrière de lad. Chappelle et lad. Brasserye... Donné à Paris le quinziesme jour de Mars mil six cens et huict... »

« Sentence du Bailly, juge ordinaire, civil, criminel et de police au Baillage, Principauté, Prevosté et Chastellenye d’Annet, en 1 73 1 , à la requeste de leurs Altesses Serenissimes Msr le Duc, etc... et Mme la Duchesse du Maine..., qui condamne le sieur Tiboust , vigneron à Annet, à payer les arrérages de cens et rentes dus par luy pour un terrain planté en vigne ...»

Page 1