ANCIEN VITRAIL DE LA FENETRE DU MAÎTRE-AUTEL
INTÉRIEUR DE LA CHAPELLE
poli; le dessin était tracé ensuite par un trait noir très-fin-, les ombres très-légères donnaient l’effet d’une gravure; la couche de blanc était enlevée à l’endroit des clairs et laissait passer le jour, ce qui donnait à ce genre de peinture un effet ébloüissant-, les ombres étaient faites des deux côtés du verre en plusieurs reprises et chauffées à chaque fois. Il y avait des panneaux où les ombres n’étaient obtenues qu’avec du blanc mis en plusieurs fois; l’épaisseur graduée formait seule les ombres.
Cette peinture en grisaille est excessivement difficile à exécuter. La difficulté vient du tracé du dessin sur la couche de blanc; ce travail ne permet aucune retouche, ce qui exige une main de maître pour réussir du premier coup.
La fenêtre du maître-autel représentait Jésus-Christ prêchant les Apôtres, dont l’attitude et la physionomie est pleine de respect et d’admiration pour le divin maître; Jésus, debout, une main levée, est au milieu d’eux. Cette magnifique peinture avait pour fond des monuments en perspective, qui sont traditionnels dans tous les vitraux du XVIe siècle. Ajoutons que cette belle grisaille a pour base un motif d’architecture en forme d’hémicycle , ayant pour centre un autel, dont les volutes sont tenues de chaque côté par un ange assis, qui, eux aussi, semblent écouter la divine parole.
Cet autel portait le quatrain suivant :
Helas! Seigneur, qui povés commander A subvenir seul à notre ignorance,
Enseignez-nous ce qu’il faut demander Quand nous prions la Divine Puissance.
Au-dessus, dans un tableau portant la table de l’autel, on lisait cette inscription :
lvc. xi. — Domine , doce nos orare. Cum oratis, dicite ; Pater noster.
(Seigneur, apprenez nous à prier. Lorsque vous priez, dites : Notre Père. (Luc, ch. xi, versets i et 2.)
La fenêtre de droite représentait Agar et son fils. Le peintre avait, dit-on, donné à Agar la figure de Diane. Sur l’autel, peint au bas, était le quatrain suivant, précédé de cette citation latine :
jacob. v. — Multum valet deprecatiojusti assidua.
(La prière fréquente du juste a une grande puissance. (Jacques, ch. v, verset 1 5 . )
Persévérant en dévote oraison O Seigneur Dieu, je veulx ravir et prendre De vos bontés plus qu’humaine raison Ne peult juger, espérer, ny comprendre.
La fenêtre de gauche représentait la bataille entre les Amalécites et les Israélites conduits par Moïse, qui est à genoux sur une montagne et lève au ciel ses deux mains, soutenues par Aaron. Dans le motif architectural du bas, les anges qui se tiennent de chaque côté de l’autel sont debout, et le quatrain est ainsi conçu :
Tendons les mains à ce grand Roi de gloire Et le prions sans intermission.
Car c’est lui seul qui départ la victoire Aux combattants , ou la destruction.
LE CHATEAU D’ANET
Il était précédé de cette inscription latine \ exode xi. Cum levai et Aloyses maints , vincebat Israël.
(Lorsque Moïse tenait ses mains élevées, Israël était vainqueur. (Exode, ch. xvii, verset n )
Le pavage qui est un chef-d’œuvre de marqueterie en marbre de plusieurs couleurs, représente exactement l’architecture delà voûte; la projection des caissons y est reproduite par des losanges noirs et blancs. La mosaïque' du centre, composée des marbres de plusieurs couleurs les plus rares et les plus précieux, est exécutée avec une précision et un fini remarquables.
ÉTAT ACTUEL
Aujourd’hui cette Chapelle existe encore dans tout son entier, mais elle n’a plus devant elle l’aile droite du château qui lui servait de façade. Isolée et dépourvue de ce bâtiment, elle est exposée à la critique et peut paraître trop étroite pour son élévation.
En 1799 elle a été dépouillée du mobilier consacré au culte, de sa belle croix en fer doré, de sa cloche d’argent et des boules sphériques des pyramides; les autels ont été détruits, et les émaux qui décoraient les sacristies ont été donnés en 1802 à l’église de Saint-Père de Chartres par l’Administration du Département.
Les portes des sacristies et tous les vitraux en grisaille ont été achetés par M. Alexandre Lenoir pour le Musée des Petits- Augustins, où ils sont restés jusqu’au moment où le décret du 16 décembre 1816 a supprimé ce Musée, en ordonnant que tous les objets qui le composaient retournassent à leur première destination.
Ces belles verrières se sont alors trouvées reléguées dans les greniers, où le vandalisme d’employés ignares a, dit-on, trépigné dessus pour en avoir les plombs. Ce dernier accident at-il été inventé pour cacher un emprunt fait à nos musées pour enrichir une collection particulière et princière? L’avenir seul peut nous donner le dernier mot de cette disparition. Il nest point de secret que le temps ne révèle , a dit le poète. Espérons qu’un jour viendra où ces beaux vitraux reparaîtront dans quelque collection d’amateur.
Ce n’est pas la seule perte que nous ayons à déplorer concernant les objets d’art du château d’Anet au Musée des Petits- Augustins.
Les magnifiques sculptures de Jean Goujon seules sont restées intactes et brillent encore de toute leur splendeur, moins les dorures, qui ont été lavées par les anciens propriétaires à la suite de la Révolution; mais les statues des douze Apôtres, qui avaient été transportées à Paris, ont disparu, et l’on ignore leur sort actuel.
En 1844 cette Chapelle a été entièrement restaurée par M. Auguste Caristie, membre de l’Institut. Au plafond du péristyle, les pierres des soffites, où étaient peintes les Vertus théologales, étant en très-mauvais état et ayant été remplacées pour établir une terrasse, ces peintures ont été abandonnées et détruites, ce qui est surprenant de la part de M. Caristie; il est fâcheux que l’on n’ait pas trouvé le moyen de les conserver en les mettant ailleurs.
INTÉRIEUR DE LA CHAPELLE. 49
Au-dessus de cette terrasse, bordée dune balustrade sculptée à jour, s’élève une façade neuve, du dessin de M. Caristie.
La porte cintrée donnant sur la tribune est surmontée d’un médaillon sculpté en marbre blanc, d’après la Vierge à la chaise de Raphaël, et soutenu par deux anges sculptés en pierre. Cette porte est décorée de chaque côté par deux pilastres portant un fronton orné du monogramme de la Vierge. Deux petites portes latérales complètent cette nouvelle décoration, qui a été dessinée avec goût, mais dont l’exécution un peu trop plate laisse à désirer ; il aurait peutêtre fallu accentuer un peu plus les reliefs de l’architecture de cette nouvelle façade.
Le dessus de ces petites portes latérales est décoré par une inscription gravée sur une table de marbre de couleur. Celle de gauche est ainsi conçue :
Le batiment qui était devant la Chapelle