‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 23 sur 138 · COUPE DE LA CHAPELLE · texte numérisé non relu

COUPE DE LA CHAPELLE

INTERIEUR DE LA CHAPELLE

Cette coupole, ouverte à son sommet, est terminée par la lanterne, dont le petit dôme est peint en ciel bleu parsemé de petits flocons de nuages; une cloche en argent y était suspendue. Le haut de la coupole porte cette inscription :

Timor Domini, corona sapientis.

(La crainte du Seigneur est la couronne du sage. Ecclésiaste, ch. i, verset 22.

•A droite et à gauche du maître-autel sont deux sacristies, décorées à l'intérieur de boiseries. Dans les panneaux du bas sont sculptés les attributs du culte catholique: au-dessus étaient les fameux émaux de Léonard Limousin, qui représentent les douze Apôtres peints en émail sur cuivre. Les modèles en avaient été dessinés vers i5q5 par Michel Rochetel. et les émaux avaient été commencés sous François Ier, dont tous portent le chiffre et la salamandre. Ils ont été terminés sous Henri II , qui les donna à Diane pour sa Chapelle d'Anet; c'est le seul objet de décoration qui ne soit pas au chiffre de Diane et de Henri IL

M. de Laborde a publié, dans sa Renaissance des arts , I, 295-7, la première date, et. dans les originaux maintenant conservés dans la chapelle de la Vierge à Saint-Père de Chartres, on ne trouve, c'est sur le Saint-Paul, qu'une seule signature de l'émailleur : L. L., et qu'une seule date, sur le Saint-Simon, celle de 047. Ils ont été gravés en 1 865 par M. Alleaume.

M. Léopold Delisle a communiqué à la Société des Antiquaires de France Bulletin, séance du 16 novembre 1870, p. 158-9) Ie passage suivant d'un rôle de dépenses du roi Henri II, en date du 3o juillet 1 5 57 :

A Léonard Limosin, esmailleur du dict Seigneur, la somme de deux cens deux livres dix solz tournois, pour son parfaict paiement de douze Apostres, que le feu Roy, dernier déceddé, luy avoit commandé faire, en cuyvre esmaillé de plusieurs couleurs, selon les portraictz qu’il luv en bailla, et dont il feist verballement pris avec luy à V escus sol, pour chaque Apostre, que le dict Limosin a livré, au dict lieu de Sainct-Germaîn en Laye, au Roy nostre dict Seigneur, qui, en mesme instant , en a faict don et présent en certain endroit qu'il ne veult estre cy déclaré , et sans ce que de la façon, valleur et pris, faict verballement, des dits XII Apostres, de la délivrance qui en a été faicte au dict Seigneur, ne du dict don, le dict Trésorier soit tenu faire aparoir... cy II c. II L X s.

On devine aisément que ce certain endroict , que l'on ne veut pas nommer, n'est autre que le Château d'Anet.

Chacune de ces sacristies est éclairée par une fenêtre, ornée d'un vitrail en grisaille qui représentait un sujet religieux entouré d’arabesques; en bas, sur le cartouche d'une de ces fenêtres, était ce quatrain :

Prie le Père, estant là sus au Ciel,

Et, le priant, ferme sur toi la porte;

Ainsi auras le pain substantiel

Qui aux humains pain et salut apporte.

A l’autre fenêtre on lisait celui-ci :

Il n’y a rien qui mon esprit console Et qui me reste (me repose) en tribulation Que de mes yeux, de mon cœur et parole L'adresse au Dieu de consolation.

LE CHATEAU DA.NET

Les portes de ces sacristies sont en noyer et ornées de très-belles sculptures. Le panneau du haut est à jour et représente un cartouche surmonté d’une très-jolie tête d’ange ailée, coiffée de feuilles d’acanthe. Au milieu est le chiffre de Henri II, avec deux croissants enlacés et découpés à jour. Dans le panneau du bas se trouve un cartouche avec deux branches de laurier enlacées dans les oreilles du cartouche et liées en bas par une écharpe; au milieu, un losange aux armes de Diane de Poitiers est surmonté d’une couronne ducale. Ces deux panneaux sont encadrés par une frise d’incrustations en bois de différentes couleurs, dont les entrelacs sont semés de croissants, avec des fleurs de lis dans les cartouches des angles.

En face de ces deux petites portes, deux autres, donnant accès aux escaliers du dôme, sont également ornées de sculptures rehaussées d’or. Les deux panneaux de chacune des portes sont pareils; la sculpture de chaque panneau représente dans un ovale une très- belle tête d’ange ailée, coiffée d'une aigrette en feuilles d’acanthe, et posée sur un bouclier formant cartouche et chargé d’un croissant. Le même cartouche, mais plus petit, est répété aux quatre angles de l’ovale. Ces deux panneaux sont également entourés d’une frise d’entrelacs formés d’incrustations en bois de plusieurs couleurs et parsemés de croissants.

Au-dessus de la grande porte de l'entrée existe une très-belle tribune en chêne richement sculpté, donnant de plein pied dans la Galerie de Diane au premier étage. Cette tribune est portée par des consoles de pierre. Cinq panneaux en décorent la face; le panneau du milieu est orné par un cartouche où se trouve le chiffre d’Henri II surmonté d’une couronne fermée; les deux panneaux de chaque côté portaient le chiffre de Diane sur un cartouche; les deux panneaux de chaque extrémité ont un croissant au milieu d’un cartouche; enfin les panneaux de chaque bout en retour répètent le panneau des deux angles de la façade. Le rebord de cette tribune est décoré par des incrustations en bois de couleurs.

La Chapelle est éclairée par trois grandes fenêtres cintrées placées au-dessus des autels du fond des arcades et par les arcades du campanile, qui sont vitrées. Ces fenêtres étaient ornées de vitraux en grisaille, uniques dans leur genre, et créés spécialement pour le château d’Anet.

Voici comment Philibert de Lorme en parle dans son Traité d’architecture , liv. Ier, chap. xix :

Il faut que lArchitecte fasse encores ce service au Seigneur de faire un devis pour toutes les vitres qui seront nécessaires en tout le bastiment, soit de verre blanc, ou de peint, ou en façon d’email, comme sont les vitres que j’ay fait faire au Chasteau dAnnet, qui ont esté des premières veuës en France comme émail blanc ; aussi il donnera les histoires et devises pour y mettre, mais telles qu’il plaira au Seigneur.

L habitude de Diane d’employer à la décoration d’Anet des ornements qui se rapportaient à son deuil et à son veuvage n’est peut-être pas étrangère à la proscription des vitraux de couleur, qui a nécessité la création de grisailles pour la Chapelle. Du reste, les vitraux du château d Anet, si dignes d être célèbres, sont encore trop peu connus. Ils ont tout à fait 1 aspect d’une gravure diaphane très-claire , sans aucune espèce de couleur, et sont peints sur du xerie peu régulier pour l’épaisseur et la nuance, qui est un peu jaune et verdâtre. C était alors pourtant du plus beau blanc de l’époque, où le verre était coulé très-épais et trèsirrégülier.

^ moyen fl11 on employait pour exécuter ces grisailles. Le verre était préalablement

cou\ ci t d une couche très-légère de blanc, qui lui donnait un ton gris et imitait le verre dé-

H AT EAU D'AN

PORi

Page 1