‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 28 sur 138 · LE VESTIBULE · texte numérisé non relu

LE VESTIBULE

par une seconde corniche sculptée et dorée , d’où partaient quatre segments de voûte qui se réunissaient au centre.

Les portes et les fenêtres étaient ornées d’une découpure en marbre de Languedoc encadrée de marbre blanc. Aux angles de cette salle étaient quatre portes; deux étaient fausses, les deux autres donnaient entrée aux appartements. Chaque dessus de porte était orné d’un tableau d’animaux. Entre les portes de chaque bout s’élevait une très-belle cheminée monumentale en marbre, surmontée d’un motif d’architecture en forme de tombeau ; à la hauteur du premier étage on y a ajouté en 1684 un immense soleil doré.

A la Renaissance, sous Diane de Poitiers, le pavement de tous les appartements était fait ' avec de petits pavés carrés en terre cuite émaillée, portant le chiffre, les armes et les emblèmes de Diane, de Henri II et de Louis de Brézé. Ce pavage très-curieux n’a pu être conservé, par la difficulté d’y pouvoir marcher, le vernis de l’émail très-glissant rendant la marche difficile et dangereuse. Il n’y avait que les chaussures du XVIe siècle, sans clous et sans talons, qui pouvaient la rendre possible. Depuis cette époque, la chaussure ayant subi de très-grands changements, incompatibles avec le vernis des pavés émaillés, ce genre de pavage a été détruit complètement au commencement du XVIIe siècle, ce qui a fait que l’on ne trouve que très-rarement des fragments de ces pavés, dont on ne connaissait pas encore l’ancienne existence à Anet; nous en donnons plus loin quelques détails et un dessin.

Au pavement émaillé avait succédé un dallage en pierre dans le Vestibule et dans une partie des appartements du Rez-de-chaussée. En 1680, il a été remplacé par des marbres noirs et blancs, et dans les appartements par des feuilles de parquet; chaque appartement avait un dessin particulier.

En sortant du grand Vestibule, du côté de l’aile droite où se trouve la Chapelle, on entrait dans un appartement composé d’une chambre à coucher et précédé d’une antichambre; il porte le n° 3 sur l’Inventaire général du Château d’Anet, que nous possédons.

Cet inventaire précieux est daté du 25 août 1781; il est écrit de la main de M. Vilbert, tapissier-concierge du Château à cette époque, et complète la Description du Château d'Anet par Lemarquant, publiée en 1789; il nous donne même l’indication des tentures qui ornaient chaque appartement, ainsi que le nombre et le détail des meubles et des tableaux.

La décoration de cette salle était une boiserie dont les panneaux étaient sculptés et dorés, ainsi que le plafond, où le chiffre de Diane et de Henri II brillait au milieu des cartouches. Cette salle, à coup sûr, ne devait pas servir d’antichambre sous Diane de Poitiers.

On y voyait, à la fin du XVIIIe siècle, deux tables, dont l’une avait un dessus de marbre de brèche violette, encadré de marbre jaune de Sienne; l’autre était en bois sculpté et doré, avec un dessus de marbre de Languedoc.

CHAMBRE A COUCHER

Cette chambre était également décorée de boiseries sculptées et dorées , où le chiffre de Diane était souvent répété. Le caractère primitif de la décoration avait, du reste, été peu changé*

L’ameublement seul avait subi quelques changements.

LE CHATEAU D’ANET

Le lit à colonnes et à l’impériale avec un grand dossier sculpté, les chaises et les fauteuils, étaient, en 1781 , couverts de damas vert brodé d’arabesques d’or et d’argent, avec franges or et argent. Un très-beau miroir, avec couronnement et bordures en glaces taillées, ornait cette chambre. Le tableau de la cheminée, relativement moderne, représentait Frédégonde.

SALLE A MANGER

Cette salle faisait partie du bâtfment posé en avant-corps sur le jardin au nord-est; elle était précédée d’une autre salle à dresser le service. La décoration de ces deux pièces n’offrait de remarquable que la cheminée de la salle à manger, où se trouvait l’inscription suivante :

DAPIBUS MENSAS ONERAMUS INEMPTIS

(Nous posons sur les tables des mets qui n’ont pas été achetés)

prise, avec un léger changement, de l’épisode du vieillard de Galèse, dans le IVe livre des Géorgiques(ve rs 1 32-3) :

. Seraque revertens

Nocte domum , d api b us mensas onerabat inemptis.

(Et, revenant à la maison après la tombée de la nuit, il posait sur les tables des mets

qui n’avaient pas été achetés.)

Entre cette salle à manger et la Chapelle existait un passage allant de la Cour d’honneur à. la Cour de Charles le Mauvais et des Cuisines -, de l’autre côté, un second passage entre deux salles se trouvait entre la Chapelle et la Conciergerie. Ces deux salles, assez ordinaires, terminaient le Rez-de-chaussée de l’aile droite.

Avant de revenir, pour continuer notre description, au Vestibule et à l’entrée des appartements du côté de l’ouest et de l’Aile gauche, nous devons faire remarquer que trois restaurations successives, en 1680, 1698 et 1740, avaient apporté de grandes modifications dans la décoration des appartements de tout le Rez-de-chaussée de ce côté.

Sous Diane de Poitiers, tous ces appartements étaient décorés de boiseries sculptées, richement peintes et dorées. Toutes les boiseries des plafonds, formées de panneaux sculptés, avaient été enlevées depuis, et il avait été fait à la place des peintures sur plâtre. Les murailles étaient d’abord couvertes de boiseries divisées en panneaux, dont l’une des moitiés était sculptée et l’autre peinte ; presque toutes ces boiseries avaient été démontées, et, pour faire une économie de bois, une partie, tournée à l’envers, avait été employée à composer des lambris d’appui formant des panneaux unis surmontés de tentures.

Au XVIe siècle, les boiseries avaient gardé la couleur naturelle du bois, sauf les endroits peints et dorés ; mais, à ces restaurations, toutes les boiseries ont été peintes en blanc, ainsi

SALLE A MANGER

que tous les meubles ; quant aux moulures, elles étaient dorées en si grande profusion que tous les salons étincelaient d’or.

Ce changement a détruit des chefs-d’œuvre de sculpture et de peinture inappréciables. Nous possédons quelques-uns de ces fragments, mais sciés et rognés.

Toutes les fenêtres de ce rez-de-chaussée avaient des vitraux peints en grisaille; ils ont été anéantis par la restauration de 1680, si funeste aux splendeurs de la Renaissance française au Château d’Anet. On les fit ôter et remplacer par des vitres blanches, pour obtenir plus de clarté.

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