AILE GAUCHE
déjà détruits. La partie qui formait l’avant-corps du bâtiment du fond sur les jardins était jetée à terre, lorsqu’un accident arrivé à un couvreur, chargé de découvrir les combles, est venu arrêter cette œuvre de destruction. Une gelée ayant glacé les ardoises, le pied lui a manqué, et l’homme, tombé en bas, a été relevé mort. Les habitants d’Anet, mal disposés de voir détruire et disparaître un si beau monument et exaspérés de cet accident, ont manifesté un mécontentement si énergique que le propriétaire en prit la fuite la nuit suivante. C’est à cette circonstance que le Château d’Anet a dû l’arrêt de sa destruction, qui n’a plus été reprise.
Dès 1828 on a reconstruit la pointe, pour clore la partie qui était restée béante. Plus tard, en 1842, une restauration assez considérable est venue retirer ce château du néant où il était tombé et a permis d’espérer qu’il allait enfin reprendre son rang parmi les monuments les plus remarquables de notre beau pays. Une grande partie de ce bâtiment ayant été restaurée a pu être de nouveau habitée, sauf la salle des Gardes et le rez-de-chaussée au-dessous, restés encore dans l’état de dévastation où l’avaient réduit les démolitions. Mais, en 1861, une nouvelle restauration, plus considérable que la première, a définitivement effacé les dernières traces de dévastation occasionnées par les démolitions successives qu’a subies cette magnifique demeure.
La pointe de ce bâtiment, complètement refaite, a été reculée. Une fenêtre a été ajoutée pour régulariser la façade, et deux tourelles, semblables à celles de l’autre bout, ont été ajoutées aux angles sur le jardin, ce qui donne au bâtiment un aspect complet et régulier.
Malheureusement les meneaux n’ont pas été rétablis, et l’on doit regretter qu’on ait conservé un genre de fenêtres si peu en rapport avec l’architecture de la Renaissance. Il était pourtant bien facile, en évitant toutefois de le faire aux deux fenêtres du milieu, qui sont entièrement du style Louis XIV, de rendre aux autres croisées leurs meneaux , ce qui aurait donné à ce bâtiment une partie de son caractère primitif, surtout sur son autre façade.
La surélévation des combles, à cause du défaut de dépendances, a dû être maintenue pour y installer des appartements, dont le nombre est encore très-restreint, le château n’ayant plus les deux autres corps de bâtiment qui, avec celui-ci, formaient autrefois la Cour d’honneur. Une crête non dorée a été posée au sommet des combles; les- croissants qui autrefois étaient posés à la partie supérieure sont maintenant en bas; la fleur de lis du bas est aujourd’hui en haut de la volute , tout au contraire de l’ancienne que l’on peut voir sur la gravure de Ducerceau. Enfin, le sol de la Cour d’honneur ayant été élevé à différentes époques, il n’y a plus qu’une marche au lieu de trois pour entrer au Rez-
de-chaussée. '
u milieu du fond de la Cour d’honneur se trouvait le Vestibule. Il était éclairé sur ses deux façades par huit fenêtres et par deux portes vitrées qui occupaient le milieu et servaient de passage pour aller de la Cour d’honneur au Jardin en traversant cette pièce. Deux des quatre fenêtres de chaque '■façade étaient au rez-de-chaussée, une de chaque côté de la porte, et les deux autres au-dessus s’ouvraient dans la hauteur du premier étage.
La décoration de ce Vestibule était tout en marbre, et les principaux panneaux étaient encadrés de vert Campan.
La première partie de cette décoration avait seize pieds d’élévation; elle était d’ordre dorique. Entre les triglyphes de la frise étaient des attributs de guerre, composés de casques et de boucliers ornés de sabres et d’épées enlacés. Au-dessus de cette corniche régnait, tout autour de cette salle, une riche décoration sculptée en marbre par Jean Goujon, dans laquelle on remarquait les armes de France supportées par deux trophées, composés de cuirasses et d’armures variées; de chaque côté étaient des motifs d’architecture en forme d’autels à trois pieds, sur lesquels brûle un feu sacré; deux génies étaient au pied de chaque autel, considérant ce feu avec des poses différentes, et portant les uns des palmes et des couronnes de laurier, les autres des branches d’olivier.
L’ornementation, entre les portes et les fenêtres, était faite par des panneaux de marbre où étaient sculptés des panoplies et des trophées d’armes et de cuirasses, dont quelques-uns étaient surmontés d’une couronne alternant avec des foudres; parmi les couronnes on en remarquait une de laurier, une de tours crénelées, une d’olivier, une de chêne, et une composée de vaisseaux. Ces magnifiques sculptures, toutes en marbre se terminaient