‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 48 sur 138 · GALERIE DE DIANE. S · texte numérisé non relu

GALERIE DE DIANE. S

apparent ont été peintes en blanc, ainsi que les parties noires, et même les ornements peints, qui axaient été réchampis en blanc.

C’est le Duc de Vendôme, dans sa rage du blanc et de la lumière, qui a détruit toute la belle décoration artistique de la Renaissance faite par Diane cie Poitiers, jusque-là même que les superbes vitraux en grisaille, qui pourtant ne s'opposaient pas à la lumière, ont été remplacés par des verres blancs et unis.

Au milieu de la Galerie se trouvait la porte de la Tribune de la Chapelle, surmontée de cette inscription : Adorate Dominum in atrio sancto ejus ( Adore{ le Seigneur dans son saint parvis ) .

En face de cette porte, de chaque côté de la Galerie, s’élevait une cheminée de marbre, dont le manteau richement sculpté montait jusqu’au plafond.

Cette Galerie était éclairée par quatorze fenêtres, sept sur la Cour d’honneur, sept sur la Cour de Charles le Mauvais.

Toutes ces fenêtres étaient ornées de vitraux en grisaille. L’ornementation comportait fort peu de sujets spéciaux-, les motifs en étaient dans le genre arabesque. Alexandre Lenoir a donné la gravure d'un de ces vitraux [Musée des Petits-Augustins , t. VI, p. 82), acheté par lui à Anet, et il est curieux qu’on retrouve le même dessin plus au complet dans les Grandes Arabesques de Ducerceau. Les lignes principales de la bordure, à droite du motif central, se rapportent, pour la composition des ornements, au dessin d’un panneau en voussure du plafond; c’est celui qui est orné d’une H, surmontée d’une couronne. Cette comparaison seule suffirait, à défaut du renseignement précieux donné par Lenoir, pour en garantir l’origine.

Le plafond était sculpté et rehaussé d'or et de peinture. C’était un des plus beaux du Château, et le seul qui fût à caissons renfoncés. Tous les autres étaient carrés et plats, contre l’avis de l'architecte. En effet, Philibert de Lorme, dans son Livre des Charpentes, chapitre XII, se plaint d’avoir été obligé de faire malgré lui des planchers carrés et plats, parce qu’ils lui étaient commandés, alors qu’il les aurait voulu voûtés et cintrés, et à caissons renfoncés. Ce plafond était divisé par des poutres en plusieurs parties égales. Chaque partie était ensuite divisée en trois compartiments; celui du milieu était plus grand et placé plus haut que les deux autres, qui étaient de chaque côté le long des murailles.

Le compartiment du milieu était formé par un grand panneau carré, orné de trois grands croissants enlacés, sur un fond noir ; entre les croissants étaient sculptées des branches de laurier et des rosaces; aux angles, et en regard l’un de l’autre, sont le chiffre de Diane, et, dans l’autre sens, le chiffre de Henri IL On peut du reste le voir encore, car il existe et occupe aujourd’hui le centre du plafond delà Chambre d’honneur. Aux angles de ce panneau, quatre choux, sculptés en feuilles d’acanthe, étaient posés en culs-de-lampe sur les poutres et se détachaient sur un carré dont le fond était doré.

Ce panneau, placé au centre et au sommet du plafond, était encadré par quatre panneaux cintrés qui retombaient en voussure à la hauteur des poutres. Deux panneaux, placés en face l’un de l’autre, représentaient le chiffre de Diane, dans un cartouche à fond bleu bordé d or qui était posé sur un grand cartouche à fond d’argent; les deux bouts de ce cartouche étaient terminés par une tête de Faune, coiffée de feuilles d’acanthe rehaussées d or ; de sa coiffure partait un ornement en pendeloque qui retombait devant la figure, à laquelle étaient suspendus, par des rubans en écharpe, un croissant et un petit cartouche portant le chiffre de Henri II

surmonté d’une couronne, sur un fond bleu. Un de ces panneaux, quoique cintré, a été placé dans la porte du portail du Château d’Anet, à l’École des beaux-arts, à Paris, où il est actuellement.

Lesdeux autres panneaux, se faisant face dans l’autre sens, étaient ornés également par deux cartouches gracieusement enlacés l’un sur l’autre. Celui qui est en dessus portait sur un fond bleu le chiffre de Henri II surmonté d’une couronne. Le cartouche qui est en dessous de celui dont nous venons de parler est à fond d’argent bordé d’or. Aux deux bouts, ce cartouche est terminé par une tête de biche, coiffée de feuilles' d’acanthe; les pendeloques retombantes portent, sur un petit cartouche, un croissant surmonté d’une couronne, sur un fond bleu. Ce panneau, qui existe encore, est placé aujourd’hui au-dessus de la cheminée de la Bibliothèque du Château. Remarquons que la forme de ce cartouche se trouve reproduite dans un des vitraux en grisaille dont nous parlions plus haut. Enfin, aux angles de ces quatre panneaux cintrés étaient sculptées des palmettes grecques.

Toute cette brillante sculpture se détachait sur des fonds de couleurs, encadrés par le bois au naturel, dont les élégantes moulures étaient sobrement rehaussées d’or.

Entre le compartiment du milieu et la muraille se trouvait, de chaque côté, un très-grand panneau sculpté, de forme rectangulaire, représentant un cartouche porté par deux branches de laurier rehaussées d’or qui se développaient de chaque côté sur un fond noir. Ce cartouche portait le chiffre de Diane au milieu de quatre croissants sur un fond bleu bordé d’or; le champ de la double bordure était argenté; les oreilles du cartouche étaient terminées par une tête de griffon, ornée de feuilles d’acanthe. Deux de ces panneaux subsistent et décorent aujourd’hui le dessus de la porte de la Salle à manger actuelle.

Toute cette décoration et ses panneaux ont été retrouvés et reconnus par l’auteur de cette description.

En 1680, cette magnifique Galerie avait, comme tous les intérieurs du Château, subi une grande restauration. La décoration du XVIe siècle avait été profondément modifiée; il n’était resté d’intact que le plafond et les vitraux. Une nouvelle restauration, exécutée en 1740, l’avait transformée en grande partie en appartements. Le milieu seulement, en face de la Chapelle, avait été respecté, ce qui la réduisait à un tiers de sa longueur primitive. Dans la partie comprise entre les appartements de Diane et ce qui formait le vestibule de la Tribune de la Chapelle, on avait créé les appartements 11 et 12, en laissant un passage du côté de la Cour d’honneur; dans l’autre partie, entre le vestibule de la Chapelle et la Conciergerie, on avait fait les appartements i3 et 14. Ces diverses restaurations n’avaient rien changé au plafond qui, comme je viens de le dire, était resté dans son entier ainsi que les vitraux.

Dans la décoration de ces quatre nouveaux appartements, l’inventaire du Château de 1781 cite, dans l’Antichambre du n° i3, une magnifique tenture ancienne comme peinte, argentée et dorée, et aussi un tableau en pierre, dans un cadre sculpté et doré, sans donner aucun détail sur ces précieux ornements, que l’on peut, par cette trop sommaire indication, attribuer au XVIe siècle.

C’est en 1 800, ainsi que nous avons déjà eu occasion de l’indiquer, que tout le bâtiment contenant cette Galerie a été démoli; le plafond, ainsi que ce qui restait des vitraux, a été acheté par M. A. Lenoir pour le Musée des Monuments Français. Voici ce qu’il en dit dans son rapport au Ministre du Premier Consul :

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