HOTEL-DIEU
Il a existé à Anet un Hôtel-Dieu, qui a été institué à une époque assez reculée pour que, malgré toutes les recherches, on n’ait pu rien découvrir sur sa création. Ce n’est qu’au XVe siècle que nos Archives nous donnent quelques détails circonstanciés, où l’on voit que les Seigneurs d’Anet nommaient les Directeurs.
Les revenus consistaient en terres et en prairies; il y avait aussi des censives, qui furent cédées par un Prieur d’Ennet au Seigneur du Château moyennant une rente.
Il y a aussi plusieurs baux et actes d’acquisition, faits par les Administrateurs, qui donnent quelques renseignements.
Un bail de l’année 1493 porte : « Le clos de /' Ostel-Dieu d" Ennet , tenant d’un costé vers les champs à la première tour de la muraille de la ville, d’un bout le fossé de lad. ville , près le pont de la porte d'Ivry, etc... »
En 1498 Loys de Breszé, Seigneur d’Ennet, cède à Messire Jean Moreau, Prebstre, Maistre et Administrateur de l’Ostel-Dieu d’Ennet, la somme de 38 solz, 3 deniers obole parisis, de droit cens, annuel et perpétuel , portant amendes, lotz, gans, ventes, saisines, que ledit Seigneur a droit de prendre et avoir par chascun an, au jour et terme de Saint-Rémy, sur toutes les terres , vignes et aultres héritaiges, appartenant audit Maistre et Administrateur dudit Hostel-Dieu, que plusieurs personnes tiennent de lui audit Ennet, Oulins, Saulsay et terrouers d’environs, pour, au lieu et contreschange de tous et chascuns les héritages générallement quelconques qui aud. Maistre et Administrateur dud. Hostel-Dieu pourroyent compéter et appartenir, à raison de son bénéfice, au dedans du parc dudit Seigneur nommez la Bourelière et la vigne dudit Hostel-Dieu , et lesquelz ledit Seigneur avoit fait encloure à haulx murs dedans sondit parc derrière son hostel... Donné soubz le scel de la Chastellenie dudit lieu d’Ennet, le douzième jour d’Octobre, l’an mil CCCCIIIIXX et dix-huit, présens à ce Méry de Faverolles, Escuier, Verdier d’Ennet, Jehan de Lostaing, Giles Cadouel et aultres...
En la même année un bail contient cette mention : « le Cymetière de l’Ostel-Dieu d’Ennet, tenant d’un bout à la porte Rabadel, et de l’aultre, etc... »
Un acte passé en i5qq parle d’un eschange faict entre Guillaume Patenostre, Administrateur de la Chapelle et Hostel-Dieu d’Ennet, et haulte et puissante Mme Dyanne de Poictiers, Dame de, etc... Lad. Dame y cède aud. Patenostre un pré, contenant sept quartiers ou environ, appellé le Pré Robert, tenant d’ung costé le chemin du Brigault, et led. Patenostre baille à lad. dame ung jardin contenant ung arpent ou environ, assis aud. Ennet, tenant d’un costé à mad. Dame, d’un bout la rue des Halles et d’autre bout par bas la ruelle tendant au jardin de mad. Dame, etc...
En i56o, Diane de Poitiers transporta l’Hôtel-Dieu d’Anet dans un côté du parc à l’est, à l’endroit où est aujourd’hui le moulin du Château au bout du bas friche; elle l’agrandit et le
LA VILLE IVAN ET
reconstitua sur de nouvelles bases, comme on le verra dans la description du parc et dans son testament, qu’on trouvera à sa biographie.
Le Duc et la Duchesse d’Aumale, en i5y3, augmentèrent de deux cents livres de rente les revenus insuffisants du nouvel Hôtel-Dieu, avec affectation de nourrir treize femmes pauvres et d’élever cinq petites filles, ainsi que le désirait Diane de Poitiers.
Plusieurs libéralités des notables du pays augmentèrent ces revenus. Ainsi, Mr François Loret, Concierge du Château d’Anet, Garde-marteau des bois et forêts de ladite Principauté..., demeurant au château dudit Anet, par son testament et codicille du 12 juillet 1678, donne et lègue :
« A la sainte Chapelle des Chanoines d’Anet, quinze sols pour chaque messe qui sera célébrée, toutes les semaines de l'année, à son intention;
« Cent livres de rentes annuelles et perpétuelles pour marier une pauvre fille, native d’Anet, ou autres lieux à leur défaut;
« A la Charité d’Anet, cent livres;
« A la Confrérie de la Miséricorde d’Anet, mille livres pour aider à nourrir et servir les pauvres malades;
« Aux Pères Cordeliers d’Anet, cent livres;
« A l’église des Dames religieuses d’Anet, deux cents livres. »
Les revenus que Diane de Poitiers avait créés pour le nouvel Hôtel-Dieu ayant été placés, à la fin du XVIe siècle, entre les mains du Seigneur de Breuilpont, la ruine de celui-ci fit perdre toutes les rentes instituées par Diane. Il ne resta plus que le legs du Duc et de la Duchesse d’Aumale, dont les revenus se trouvaient distribués par le corps municipal selon sa volonté.
A la fin du dernier siècle, l’Hôtel-Dieu d’Anet n’était plus qu’un Bureau de bienfaisance.