‹ Histoire et description du château d'AnetChapitre 87 sur 138 · DIANA · texte numérisé non relu

DIANA

DVX

lmp Lemercier & C-e Paris

DIANE DE POITIERS

Diane faisait partie des Dames d honneur de la Cour; dans un état conservé aux Archives Nationales et portant pour titre :

Estât des gaiges, entietènements et pensions des Gentils hommes, Dames, Damoiselles et Officiers domestiques de la Maison de Madame, Mère du Roy, Duchesse d’Angoumois, d’Anjou, de Bourbonnois et’ d Auvergne, pour 1 année commençant le ier Janvier i53o et finissant le dernier jour de Décembre ensuivant i53i, pour servir à Me Victor Barguyn, Trésorier et Receveur-général des Finances de ma dicte Dame,

on trouve Diane au nombre des Dames d honneur ; elle y est la troisième sur vingt-six, avec cette mention : <c A Dyane de Poictiers. »

C’est de François Ier que date surtout la splendeur de la Cour de France; avant lui les Dames figuraient peu dans les réceptions royales. Au grand tournoi qui eut lieu à propos de son second mariage avec la princesse Éléonore, en i53o, après les honneurs rendus à la nouvelle Reine, la lice fut ouverte pour disputer le prix de la beauté, et les deux héroïnes furent Diane de Poitiers et la Duchesse d’Étampes, rivales de grâce et d’élégance.

Le Duc d’Orléans (Henri II) fit son début d’armes à ce tournoi, et son premier coup de lance fut en l’honneur de Diane dont il était déjà épris; l’amour un peu étrange qu’elle inspirait à ce jeune Prince, alors à peine âgé de quinze ans, provenait sans doute des bontés qu’elle avait eues pour lui, d’abord quand il partit captif en Espagne, et ensuite à son retour, lorsque la Cour alla au-devant de lui jusqu’à Bayonne pour le recevoir.

A cette époque elle était citée parmi les plus belles femmes de son temps. Sa taille était haute, et sa démarche fière et pleine de noblesse; ses traits étaient beaux et réguliers, mais sa beauté n’était extraordinaire que lorsque sa parole illuminait son visage, car elle était douée de beaucoup d’esprit; elle avait le teint blanc; ses cheveux d’un blond ardent étaient tressés et roulés avec beaucoup de grâce et d’une manière admirable, qui en faisait la plus belle tête des Dames de la Cour; les dents, la gorge, la jambe et les mains étaient d’une perfection rare et sans pareille.

Cette beauté peu commune ne s’affaiblit jamais; c’était le résultat d’une vie active et desoins journaliers. En effet, l’on dit qu’elle se levait régulièrement à six heures du matin; excellente amazone, elle montait à cheval et faisait tous les jours une ou deux lieues; en rentrant elle s’étendait sur un lit de repos et faisait une lecture jusqu’à midi; elle se lavait le visage avec de l’eau froide , même en hiver, et se donnait bien de garde d’employer des cosmétiques, dont les acides donnent à la peau une beauté factice et passagère, mais qui en altèrent la fraîcheur naturelle. Elle était, en outre, ennemie déclarée du serein et de la lune; en effet, c'est cette heure du soir qui est la plus contraire aux cheveux et aux dents, la plus belle parure des femmes.

Pour montrer la sincérité des regrets de la perte de son mari, et aussi parce que cela était de son temps dans l’habitude des veuves de grande maison, elle n’a jamais quitté le deuil. Le noir et le blanc devinrent ses couleurs et furent adoptés ensuite par Henri II, qui l’appelait sa belle veuve; ces couleurs de deuil allaient à ravir à Diane, et leur contraste rehaussait encore sa beauté. C’était l’avis de Brantôme qui le dit ainsi :

Si ne réformoit-elle point tant qu’elle ne s’habillast gentiment et pompeusement, mais tout de noir et de blanc; y paroissoit plus de mondanité que de réformation, et sur tout montrait toujours sa belle gorge. Elle n’étoit pas de ces veuves hypocrites et marmiteuses, qui s’enterrent avec le défunt.

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