‹ Histoire et description du Muséum d'histoire naturelle,: ouvrage rédigé dChapitre 10 sur 37 · TITRE II · texte numérisé non relu

TITRE II

« On donnera dans le Moséum douze cours, savoir :

1° Un COUTS de Minéralogie ; ■ 2** de Chimie générale; »

y des Arts chimiques ;

^^ de Botanique dans le Muséum ;

5° de Botanique dans la campagne ;

6' de Culture :

7 et 8' deux cours de Zoologie ; 9° d'Anatomie hninaine;

10* d'Anatomie des animaux;

II" de Géologie;

1 2" d'Iconographie naturelle.

» La nature des objets qui aoiTcnt être traités dans ces cours , et les détails relatifs à l'organisation particulière du Muséum , seront l'obiet d'un règlement que les professeurs sont chaînés de,. rédiger, et qu'ils communiquerontab comité d'instruction publique. »

Le titre m ordonne qu'il y aura- au Muséum une bibliothèque où l'on réunira les livres d'histoire naturelle qui se-trouveât dam les dépôts appartenans à la nation , les doubles de ceux qui sont à la grande bibliothèque nationale ^ et la collection des plantes et animaux peints d'après nature , qui est déposée àms la même bibliothèque^ Le titre iv piHie que le Muséum aéra en corres-

poadance avec toiis les éUblissemens analogues , placés dans les départemens.

Dans le décret dont nous venons d'extraire les principaux articles, douze chaisres sont établies, sai^ qu'on désigne par leur nom ceux qui doivent lés remplir. Il est seulement dit qu'elles le seront par les douze officiers du Jardin : on laisse à ceux-ci le soin de distribuer entre eux les fonctions.

Ces douze officiers étaient :

MM. Daubenton , garde du cabinet et professeur de minéralogie au collège de France.

Fourcroy, professeur de chimie.

&-oogpiart, démonstrateur de cbimie.

D.esfontaïnes, professeur de botanique.

De Jussieu , démonstrateur.

Portai, professeur d'anatomie. .

' ^ Mertnid, démonstrateur.

~ iiaMarck, botaniste du.cabinet,chitrgéâeslierbiers.

■ Faujas de Slaint-Fond, adjoint à la garde du cabinet , chargé de la correspondance.

Geoffroy, sous-garde et sous-démonstrateur du cabitaet,él^vede M. Daubenton pour la zoologie.

Vanspaendonck , peintre du cabinet.

A. Tbouiri, jardinier en chef.

Il n'y avait aucune difitictilté pour ceux- qui étaient déjà professeurs ou démonstrateurs , mais

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TBOISIÈME époque: 77

MM. Faujas et cfe la Marck n'étaient point dans ce cas : la correspondance appartenant désormais à l'assemblée , et les herbiers ayant été mis par le décret dans les attributions du professeur de bo~ tanique,runetrautre se trouvaient sans fonctions: Le premier, très-connii par ses voyages et par son bel ouvrage«ur les volcans dn Vivaraîs, fut nommé à la cbaire de géologie ; et M. de la Marck, qui s'était également occupé de zoologie et de tétanique, etqui avait la réputation d'être l'homme de France qui connaissait le mieux les coquilles, fut chargé d'enseigner l'histoire des animaux sans vertèbres. Cette nouvelle direction donnée à ses travaux nous a procuré d'excellens ouvrages, i

On sentait la nécessité de diviser en trois parties l'enseignement de la zoologie; mais comme M. de Lacépède avait depuis quelques mois donné sa démission de la place de garde et sous-démonstrateur du cabinet, pour se retirer à la campagne, on n'osa le proposer, et l'on ne parla pointde celte troisième Chaire , parce qu'on se flattait que celui qui y avait des droits serait rappelé dans des circonstances plus favorable.^; ce qui eut- lieu en effet. En attendant, M. Geoffroy, qui avait succédé à M. de Lacépède dans la fA^ce de sous-démonsti^teur du cabinet, se chargea' seul d'enseigner l'histoire des quaihiipèdeset des oiseaux, et celle des poissons et des reptiles.

78 HISTOIRE DU MUSEVH.

Ce fat le 9 juillet 1 793 , que les professeurs, ayant reçu la notification de ce décret , se formèrent en assemblée et nonunèrent M. Daubenton président, M. Desffuitaines secrétaire, et M. Thouin trésorier. Depuis cette époqne , ils se réunirent à des jours fixes, et rédigèrent le règlement supplémentaire qui leur avait été demandé.-

La première chose dont ils s'occupèrent &.t d'obfîrnir la création de quelques emplois que la nouvelle organisation rendait nécessaires.

L'administration ^générale du cabinet appartenant à l'assemblée, et le soin de former et d'arranger les collections de minéralogie , de botanique,de zoologie , d'anatomie , etc., aitrant dans les fonctions du professeur qui devait enseigner la partie de l'histoire naturelle à laquelle ces collections sont relatives ; on avait supprimé les places de garde du cabinet et. celle d'adjoint à la garde du cabi[iet,qui étaientrempliespar MM. Daubenton, Faujas et -Geoffroy. Mais il fallait que quelqu'un fût chargé de garder les cl^fs des galeries , de veiller à la conservation des objets , et d'introduire les personnes ^ui venaient visiter le cabinet, soit pour s'instruire , soit pom' en admirer les richesses. Gesfooctions furent données à M. Lucas, qui avait passé sa vie dans l'établissement , et en qui M. de Buffon avait beaucoup de confiance. M. André Thouin , déjà membre de l'académie des

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sciences , étant devenu professeur 3e culture , M. Jean Thouin, son -frère, fut nommé jardîhier en chef. On créa aussi quatre places d'aides naturalistes ( I ) poor faire . sous les professeurs, les tra- Tauxnécessairesàla préparation etàVarrangement des collections, et l'on attacha aiî Muséum trois peinte«s d'histoire naturelle : MM. Maréchal, Redouté l'aîné, et Redouté le jeune. Ces nominations furent faites par rassemblée et les choix approuvés par le gouvernement.

En même temps on dispo&a>le local de la bibliothèque , de manière à ce qu'il pût recevoir des livres choisis dans les dépôts publics , ainsi que les soixante-quatre portefeuilles de vélins représentant des plantes et des animaux dont la continuation fut ordonnée. Le placement de ces vélins au Muséum était non-seulement une chose Convenable pour Fétude de l'histoire naturelle , c'était encore un acte de justice ; car tous avaiend^été exécutés par les peintres du Jardin , et payés'sur s& fonds ; et on ne 1<6 avait déposés à la bibliothèque do roi, que parce qu'il n*y avait point encore de bibliothèque au Jardin.

Au mois de juillet 1794,1e local se trouvantprêl à recevoir les livres, dont le choix avait été fait par

{i)BU«* furent Kmpliu par UH. Dcsmonlioi , Dnfrenie , VikncicDDCset Deleaie; lei deai premien pooi U twAog^e, les deux autre! pont la nipéTalogie et la botanique.

8o UISTOIHE HV HlVSàvM..

M. de Jussiéu, M. Toscan fut nommé bîblioth;écaire. On lui adjoignit le mois suivant, M. Mordant de Launay, et la bibliothèque fut ouverte an public le 7 septembre 1794-

Les animaux de la ménagerie de Versailles , de celle du Kincy ,' et d'autres appartenant à des particuliers qui faisaient métier de les montrer au public, ayant été transportés au Muséum dans les premiers mois de 1794* on pratiqua, sous les galeries du cabinetj des loges pour ceux qui devaient être renfermés : les autres furent placés dans des bosquets le long de la rue de Buffon, ou dans des écuries ; et comme il était essentiel de débarrasser promptement le rez-de-chaussée du cabinet , on fit arranger un petit bâtiment situé à Textrémîté de Fallée des marroniers, et l'on en fît une ménagerie ' provisoire particulièrement destinée aux animiauz ' féroces.

On di^osa la maison dite l'intendance pour y loger des professeurs, on arrangea les salles du cabinet, et l'on décida qu'on construirait de nouvelles galeries au deuxième étage. £nfïn , un arrêté du comité d'instruction publique , du mois de septembre 1794 > ordonna l'acquisition de la maison et des terrains qui bornaient le Muséum dfi côté du nord-ouest, acquisition dont la nécessité avait déjà été reconnue par l'assemblée constituante.

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Pendant ce temps, les professeurs rédigèrent le règlement qui leur avait été demandé, et ceiut en conséquence de ce règlement, que M. IMbaudeau fit au nom dn comité d'instruction pid)lique un rapport dont les conclimons furent adoptées , et qui .fixai' organisation du Muséum telle iju'elle est aujourd'hui; sauf quelques légères modifications que les circonstances ont rendues nécessaires.

La loi du ii'décembre 1794, rendue d'après le rapport du comité d'instruction publique, créa une troisième chaire de zoDlogie,^ laquelle M. de Lacépède fiit nommé. Cette loi donne aux professeurs toute l^dministration de l'établissement: elle porte à 5,000 francs leurs appointemens qui notaient que'de 2,800 livres; elle fixeà 194,000 francs la dépense de l'année suivante ; elle ordonne que les terrains, compris entre la me Foliveau, la mé de Seine, la rivière, lé boulevard de l'Hôpital et la rue Saint-Victor seront réunis au Muséum, et qu'on s'occupera de l'estimation de ces terrains et de l'emploi qu'il convient d'en faire.

La commission d'instruction publique avait formé.pour l'agrandissement du Muséum, un plan encore plus vaste , mais qu'il était impossible de réaliser ; et un arrêté du comité de salut public, du mois de raai 1 794* l'avaitconverti en loi: Cette loi fut ensuite rapportée à la sollicitation même des professeurs , et l'on décida que l'étendue du

Muséum aérait bornée par lea mes de Buffon et de Seine. •

Kien n'était plus sage que de sertnfenner dans ces limites , dont l'aspect des lieu et le bot de VétablissementindiquentlaconTenance ^maiscMnme on avait négligé de profiter d'une circonstance favorable pour se procurer par voie d'ccbange tout ce qui était compris dans cette enceinte , ce ne fat que peu à peu qu'on parvint à acquérir les terrains qui forment actuellement la nouvelle ménagerie ; pluneurs de ceuy qui devaient y être réunis appartiennentencore à des particuliers ,ce qui en rend le plan d'une irrégularité choquante, et s'oppose k la ccMOStruction des parcs nécessaires pour loger les ani m aux qui arrivent tous lesjcHirs.

On sent que le malheur des temps, la pénurie de&fia«ices , la cfaote des assignats, la cessation du commerce étranger , l'emploi de tons les fonds et de toutes les industries- pour la guerre, durent mettre de grandes eotaravasà l'exécution des projets qu'on avait formés.

. En effet , niqi-seulement pendant les prémices année» de destruction, mais depuis 17^ juaqu'i la fin du siècle, rétabUssementi constitué sor de nouvelles bases, se trouva dus la situation kplus ezteaordinaiFe , et présenta les contrastes les plw ^tonnaos. On réunit au Jari^ des mais<ms et des terrains de la plus grande importance , on «equit

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des coUectiom magnifiques , on commença leà plus utiles constructions ; et cependant tout languissait dans Tinteriez; on entrepr«iait plusieurs choses 4 la fois, et FÎen ne pourait être tenrané ; on' manquait de fonds pour payer les ouvriers , de fourrages pour nourrir lesianimaux, d'armoiras pour renfwmer les (rf^(*r*les plus pnîcieux; ôa cultivait des pomines de terre dans les carrés destines aux i^tes les plus rare», et IMtabUssement fut plusieurs fois menaoé d'une décadence d'autant plus irréparable qu'elle pmrlait à la fois sur toutes les parties i un obstacle était-^il sunnoôt^; d'autres renaissaient , et les fonds qu'on recevait étant employés à l'objet qui avait pour le moment fixé l'attention, d'autres objets se détérioraient parl'intemqïtion forcée des travaux. Cepend^, aux époques où la détreaK se fit le plus sentifr il n'y eut pas un montent de découragement parmi les administr^eurs ; ils calculaient les mesurebles i^us ccHivenables aux circonstances ; ils se faisaient re»pecteren donnant l'exemple du zèle^ de la modération et du désintéressement Quelques-uns des professean ayant été appelés à des fonctions qui les mettaient en relation avec le gouvenieinent , ils employèrent leur influence -et léuis soins à soutenir l'établissement uiquel ils étaient plus particulièrement attachés.

A la fin de Tannée 1794» Tampiiâtbéâtrefntter-

84 HISTOIBE DU MUSEUM.

inin^ et mis dansrëtatoùilestmaiiiteiiant Cétâit auparayaat un bâtiment carré ; on y ajouta les Mois pavillons et le laboratc»rede dliiitaie,etl« aS janvier 1795 , on y lit rourertare de l'école nonnalei

Cette institution extraordinaire était fondée sur un plan chimérique. On avait imaginé que des bommes^éjà avancés en âge pourraient,aprè$ avoir entendu qu^ques leçmis des grands miûtres , se iTonver capables de répandre rinstniction dans les provinces : tous les esprits sages sentaient qu'une pareille-idée ne pouvait se réaliser ; mais on entendit au Muséum les savans les plus célèbres de la France exposer les fondemeos et la doctrine de toutes les sciences ; et les élèves venus -de tous les départemens, trouvèrent le moyen d'étudier en détail et métbodiquement les sciences naturelles ; tandis que dessavans du premier ordre leur exposaient des théories qu'ils ne pouvaient comprendre parce qu'ils n'y étaient pas préparés. Ce spectacle, dontUn'y avait jamais eud'exemple,frappa les imaginations , et il fixa les yeux sur un établîssemettldevenulecentrede tous ceux qui pouvaient être ccoisacrés à l'étude de la nature.

Depuis 1794* époque de son organisation actuelle , jusqu'à la fin dn siècle , le Muséum fut , comme nous venons de le dire, exposé à de grands dangers ; nuis il reçut des agrandissemens et des

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richesses considérables , dont cm tira ensuite tout le parti posuble.

Nous avons ditqu'en 1788 le Jardin avait ét^ prolongé du côté du nord jusqu'à la rue de Seine , par Tacquisition de l'hâtel de Ma^y ; mais cet emplacement, dans lequel on avait construit Famphithéàtre , était enclavé entre des possessions étrangères.' A. l'ouest, il était séparé de lac(^line nommée le labyrinthe ^ parles maisons et des jardins appartenans k un particulier nommé Léger; h l'est, il était borné par une vaste propriété nationale, où se trouvait autrefois la régie des fiacres, et dont on avait fait un magasin de farines. Le premier de ces terrains fut acheté pour le Muséum,.en conséquence d'im arrêté du comité des finances. du 9 juin lygSjle second lui fut concédé par une loi du mois d'aoât de k même année, et l'on prit aussitôt des mesures pour les faire servir auxbesoins de l'établissement. Dana la partie ouest, on arrangea, le bâtiment principal pour y placer les bureaux de radministration,et pour y d^oser les collections qui ne pom'aient plus entrer -dans le grand calHuet; on réserva pour des.logemois de professeiurs, les maisons situées Je long de la rue de Seine jusqu'à lame Saint-Victor, qui étaient habitées avant la révolution par une communauté religieuse nommée les fiom'eaux convertis , et l!on joignit au labyrinthe iesjardinsquiles entouraient.

86 HISTOIRE DIT MUSiuH.

Jjes bâtimens et les cours à Test de Tamphithéâtre, entre le jardin des semisetlarue,fQi-ent destmésà la construction de la serre tenipérëe,et à ceDe du cabinet d'anatomie; et le plan de ces édifices, présenté le 25 novembre par M. MoliAos architecte du Muséum, ayant été adopté par Fasaembiée, on commença tés travaus. Ces traTaox allèrent l^itement par les causes que nous avons exposées: la serre tenfpérée ne fut terminée que cinq ans après, et c'est seulement en 1817 que le cabinet d'anatomie a été construit tel que nous le voyons aujourd'hui.

On avait arrêté depuis long-temps que tous les terrains situés à l'est et au nord de la serre tem-' pérée seraient réunis à laménagerie ; mais il fallait les acheter, et cette dépense parut trop considérable. Cependant on acquit d'abord quelques chantiers, qui servirent pour former les premiers parcs; dans lesquels on plaça des animaux ruminans. Les deux éléphans, mâle et femelle, de la ménagerie du Slathouder, qu'on avait pris lors de la conquête de la Hollande en 1 795, étant arrivés au mois d'avril 1798,' furent logés dans une écurie et une cour du bâtiment nouvellement acquis.

On contimïa de travailler aux galeries du deuxième étage du cabinet; on reçut beaucoup de glaces des dépôts nationaux; mais la difficulté de se procurer toutes celles dont on avait besoin , et

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celle d'eTqir des stores , empêchèrent q«*^ mt pût y.étaler les coUecdrais de soologie.

On employa les fonijs dont on pouvait disposer à la CfHistruction d'une nonveUe serre absolument nécessaire pour placer des ivégiUtxt vivans que le capitaine Baudin devait apporter de son voyage. Ce voyage en Amende ayaotété fait pour le Musëum et l'ayant Mngulièrement enrichi, il esta propos d'en dire un mot.

Au commencement de 1796, le capitaine Boudin, qui revenait de l'Ile de la Trinité, infonna l'administration du Muséum qu'il avait laissé dans cette île une riche collection d'histoire naturelle, et qu'il la lui offrirait si on voulaif lui dùnnèr un vaisseau pour aller la chercher. L'administration ayant fait cette demande au ministre, elle fui accordée , k condition que le capitaine Baudin emmènerait avec loi quatre natupf^stes , savoir : MM. Maogé et Levilain pour la îoologie , M. le Dru pour la botanique, et Riedley jardinier du Muséum, homme d'un «èle et d'une activité infatigables.

Baudin partit du Havre le 3o septembre 1796 ; son vaisseau fit naufrage aui îles Canaries , et le gouvernement espagnol lui donna un autre bâtiment pour remplir sa mission. Il se dirigea donc sur l'île de la Trinité ; mais cette île étant au pouvoir des Anglais, il ne pot y entrer , et il^e rendit

88 HISTOIRE DU HUSiuH.

i Saint-ThcHaas. Là on lui donna un bâtiment plus considérable , et il alla à Porto-Rico. Son séjour dans ces deux îles fut.dlenvironnn an-, il entra dans le port de Fécamp le 12 juin 1798,6153 collection envoyée, par la Seine, aniva au Muséum le 1-2 juillet.

Jamais on n'avait reçu à la fois un aussi grand noinbre de végétaux et surtout d'arbres des Antilles : il y avait une centaine de caisses dont plusieurs renfermaient des individus de àx et jusqu'à dix pieds de hauteur ; et les plantes avaient été si bien soignées pendant la traversée, qu'elles étaient en pleine végétation , et qu'elles réussirent très-biçn dans nos serres.

Le résultat du voyage ne se borna point à.procurer au Jardin des plantes vivantes , il', enrichît paiement les cabinets : nos herbiers furent accrus d'un grand nombre de plantes des Antilles , recueillies et desséchées avec soin par MM. ^e Dru et Biedley , qui n'avaient pas négligé d'indiquer le lieu où elles avaient été ramassées. Riedley avait fait de plus une collection de tous les bois de Saint-Tliomas et de Porto-Rico , et il avait attaché à chaque échantillon un numéro qui renvoyait au rameau fleuri du même arbre cooser^x dans l'herbier ; ce qui donna au professeur de botanique la facilité de les déterminer.

Les deux zoologistes rapportaient aussi des

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peaux de quadrupèdes , des oiseaux et des insectes. La nombreuse collection d^ oiseaux faite par M^ugé, était surtout très-intéressante, parce tpie la plupart des espèces manquaient au Huisëum, et que tous les individus étaient parfaitement conservés.

Le succès de ce voyage en fit projeter un autre , dont nous parlerons bientôt , et qui eut des résultats encore plus avantageux.

En 1798, les professeurs présentèrent un mémoire au gouvemeinent pom* lui exposer les besoins du Muséum : ils disaient que les magnifiques collections qu'on avait reçues étaient encore dans des caisses, où elles étaient exposées à être détruites par les insectes , paixe qu'on' n^avait point de local pour les étaler , et qu'il était.aï)80lùmept impossible de les mettre en ordre. Ils se plaignaient aussi de ne plus avoir aucun moyen de nourrir lesanimaux , parce que l*es entrepreneurs qui n'étaient pas payés de leurs avances , re&isaient de faire de nouvelles fournitures. La même détresse continua en 1799-

Cette situation était d'autant plus déplorable , que le Muséum avait reçu depuis sa nouvelle organisation les plus grandes richesses.' Tïoos ne nous arrêterons pas à en faire ici réanmération; nous nous bornerons à indiquer les acquisitions les plus importantes.

yU HISTOIRE DU UVSEVM.

Au mois de juin 1795 , on reçut le cabinet du Stïthouder, riche dans toutes les branches d'histoire naturrile et sarttMat e« zoologie.

i^ féTrier 1796, M. Desfontaônes At don an Muséum de sa collection d'insectes de Barbarie.

En novembre même année , on reçut une collection de là Belgique.

Le même mois , l'acadénâe des sciences donna an Muséum une pépite d'or du poids de Tingtquatre marcs quatre onces, et le gouTCmement lui fit remottre une ■ coUectioa de pierres précieuses qui était à l'Hôtel des monnaies. Au mois de février 1797 , le ministre acquit pour le Muséum la collection d'oiseaux que M. LeTaillant avait Ëùte en Afrique , et qui sert de type à 8<m cél^n-e ouvrage ; en 1798, celle que &t>cheton «'était procurée à la Guiane; enfin la àiéme année le capitaine Baiidin fit arriver dans les serres et dans les galeries du Muséum * les nombreuses ridbesses de botanique et de zoologie que ses inb* tigables collabotateurs avaient recueillies sot» les tropiqoes.

Le gouvernement n*avait cessé de {tendre le plus graqd intérêt à l'établissement : il avait fait pour lui tout c« qu'il pouvait faire; mais la pénurie des finances ne lui laissait pas la poaûbilité de fournir des fonds pour les dépenses qu'exigeait le placement des objets, Tentretien des bâtimens.

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le paiement de» employés, Ik nourriture des animaux^ la mënagerie. I<es réclamations deveuaientinutiles. Les fonds étaient absorbés par des armées qui conservaient leur courage , mais qui étaient accablées par le malheur ; et l'état d'impuissance auquel on était réduit se manifestait également au dedans et au dehors. Les grands événemens qui eurent lieu en novembre 1^99 , en déplaçant et concentrant le pouvoir, établirent un autre ordfe de choses : le chef du nouveau gouvernement se rendit peu à peu tout-à-fait absolu; mais des conquêtes étonnantes couvrirent nosarmées de gloire , et nous donnèrent tout à coqp de grandes ressources.

L'embarrasse fit encore sentirpendant les pre-miers mois de 1800; à cette époque même, on avait si:.peu de moyens, qd'on fut obligé d'autoriser M. Delannay, qui était chaîné de la surveillance de la ménagerie , à faire tuer les animaux les moins utiles, pour foumiràla nourritare>de» autres. Mais bientdt touLchangeade face.

L'homme ^h«4rdinairë qui s'était ^cé k Ut tête de l'état sentait que ' sa pinssatice ne pouvait se soutenir uniqhement par les conquêtes qui l'avaientétablie.;.qu'aprèss*étre rendu redoutable au dehors, il fallait set faire adjnirer dans l'intérieur en favorisant le progrès des lumières, en encoiu^geant leS arts et les sciences , en fondant des

92 HIS'rOI]ÇE DU MUSÉUM.

monumen$ qui, pendant la paix,assuTent la gkiire et la prospérité des nations. Il tourna ses regards vers le Muséum , où toat se trouvait déjà préparé par les acquisitions qu^on avait faites; il lui fournit des fonds pour continuer les travaux . qu'on avait entrepris, pour acquérir une portion des terrains nécessaires à son agrandissement , et pour enrichir les collections.

Depuis quelques années la ménagerie n'avait point reçu d'animaux étrangers, et si l'on excepte les lions qui avaient £ait des petits, et les éléphans venus de Hollande , il y en avait très-peu de r-emarquables. On apprit qu'îls'en trouvait plusieurs à Londres , et que M. Penbrock à qui ils appartonaiwit se proposait de les vendre. L'administration en ayant informé M. Chaptal, alors ministre de l'intérieur, il consentit k en faire l'acquisition : M. Delaunay, sous-bibliothécaire, qui Continuait à être chargé de la surveillance de la ménagerie, fut envoyé à Londres pour cet objet au mois de juillet iBoo , et il acheta, pour la somme de 17,500 francs, huit quadrupèdes, savoir : deux tigres mâle et femelle, deux lynx aussi mâle ef femelle , un mandrille , un léopard , une pandière , une hyène et quelques oiseaux. Ces animaux arrivèrent sans accident, et ils furent placés dans les loges construites à l'exU-émité de l'allée des marroniers. Sir Joseph Bants

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TROISIÈME ÉPOQUK. q3

profita de cette occasion pour envoyer au Muséum quelques plantes curieuses.

Dans le même temps , on plaça dans les galeries la girafe et d'autres animaux' rares, dont la préparation avait exigé beaucoup de smus; les squelettes , qui pendant long-temps avaient élé réunis dans des salles oiî le public ne les voyait pas, furent mis en ordre; on examina les nombreux échantillons de minéraux qui se trouvaient dans les magasins ou dans des caisses , pour en retirer ceux qui devaient figurer dans le Cahinet, et la collection d^insectes fut classée par M. Lab-eilk , que le Hdséum s'était attaché y en le nommant aide naturaliste en 1794. Chaque professeijr ayant mis à part des échantillons, choisis pumi les doubles des objets qu'il avait détet^ minés, on en forma des collections classiques pour les écoles centrales des départeinens. Enfin toutes les parties furent également soignées, parce que chacune d'elles étaitsous la surveillance d'un chef, et le mouvement progressif qai avait été imprimé ne se ralentit, pbis. '

Cependant au mois d'octobre 1800 l'ét^lissement courut le plus grand danger^ et les administtàteitrs eurent liftu de craipdre qu'il ne fût hientât ruiné par une mesure que le ministre de l'intérienrj frère du premier consul , avait voulu ^ndi£ également i toutes les institiitioiis pu"

94 HISTOIKE DU HVSéUM.

bUques : celle d'établir sous le titre d'admio&tra' teur comptable on directeur général ou intendant nommé pu* lui , qui serait seul chargé de l-'administratton géaérale et de la correspondance arec le gouvernement, et de réduire ainû.les açbmnistrateurs actuels du Muséum ^ la simple Saaetion de faire leurs cours et de conserver les cfollectiona dont le dépôt lem- serait confié.

' Les ^toofesseurs firent à ce sujet au minîst3re , le$ re[»ésci;itations les plus fortes. Ds hù -prqu- ▼èreal que chaque partie avait besoin d^im- chef, que ràdtnniatmtîon était essentiellement^liée à V.en»eigaajne9t, que les inteadà n s étaient tôujotss portés k favoriser telle .ou telle partie, «t qu!ils nç ppuvii<nt:CDn«aStre les détails d'un ensem^tle aussi vastC'.; ^que tpus cens qui avaient é1é-à la tête de rétablissement, en exceptant G^uy èp la ^Misse ., Fagoq et Dufay, Taraient négligé, et qpei plfisieurs: m^me avaient arrêté les pra^^ ^'U dorait ça^urellçipent faire : que M. de Boffwa, -qm seul .depuis , avait mis s^ gloire et son crédit a le rétablir , aurait lui-néme senti que son éteadue aidueUe .exigeait un autre régiioe : que M. DavbenMi , Tami . et.^ 1^ ooopjiratetjr de Buf(oa av^it remisé, 1»,. p^ce de directcar parpétpel que ses collègwM loi avaient- inerte, plar respect pour son â^.et par.xvavuuiissviee pDinles services q^'il avait rendus : que depu^ la

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TBOISIÈME ÉPOQUE. <)5

nouvelle organisation , l'ordre n'avait pas été troublé un instant , malgré les vicissitudea du gouvernement et les malheurs publics : que le Mu' séum étant immédiatement sous la dépendance et la protection du ministre , il suiHsait d'un dîrectfur azmuel pour rendre compte de tout ; qu'aucune dépense extraordinaire ne pouvait être faite que par l'ordre du ministre : que la place d'intendant donnée d'abord à nn savant distingvéj peurrait l'être lùentôt à od homme qui n'aurait auome idée de l'utilité des sciences natairellea : que les fonds destinés au Muséum pourraient être détournés pour d'autres ofa^ts selon les circonstances : que les professeurs se trouveraient dans un état de 8fibo|-dinaticai qui affaiblirait l^ur aèle at paralyserait ieure efforts pour l'agrandiasemant du Mur séuQi : que quelque»-uM d'entre eux qui avaient daos le gouvernement d«s places énûnen^s ne poumiieat plus conserver leur chaire de processeur am Muséum , s'ils avaient ait~deasus d'eux un, dhef perpétuel dwt il» seraient obligés de recevoir les or^es. Le ministre ne se rendît poiol ^ CVS raisons ; il voulut oommpr i, la p^ce de direffteur M. de Jussiou ; msi» celuir-«i ne prt^ta de cette àveor que powr faire des r«présentations encore pli» fortes, et pour empêcher l'exécution d'au plan <iai aurait produit un mal irréparable. Hwreusem«Bt rien a'était énc<ure terminé, lors-

96 HISTOIRE DU HUSÉtIH.

qu'au mois de novenibre , M. Chaptal ayant eu par intérim le portefsuille du ministère de Tintérieur , fit raloir auprès du premier consul les réclamatioiis des professeurs.

On peut voir par les progrès que le Muséum a faits depuis, et par l'accord qui règne dans toutes les parties, combien. radrainistration qui le régit lui est convenable. Nous espérons que ridée de centraliser une autorité qui n'a nulle relation avec les affaires politiques , ne se reproduira point sous le gouvernement éclairé et paternel qui a été rendu à la France. Lors de la fondation du Jardm du Roi, cet établissement était si peu de chose qu'un seul homme pouvait le régir et former le plan de son agrandissement ; on n'y enseignait que la botanique , l'anatomie et la chimie , et même sous le point de .vue médical; il fallait sans cesse obtenir pour lui des faveurs de la cour. Aujourd'hui les dépenses du •Muséum sont fixées par le budjet , et c'est aux divers administrateurs à combiner entre eux comment les fonds peuvent être le plus utilement employés. Chacun propose les améliorations possi-r blés dans la partie dont il est spécialement chargé; tous se réunissent pour conserver l'harmonie de l'ensemble, pour justifier la confiance qui leur est accordée j et pour assurer la prospérité d'un établissement dont la gloire est pour eux une

TKOISIÈME ÉPOQUE..- ^\97

propriété conunune.'-Lorsqa'uii. professeiir, succède -à un autre , U peut présenter sous une fonne différente la ^ence qu'il enseigne ; mais l'assemblée adininistrative est constamment animée du même esprit, et sa iharche, plus ou moins, active selon les circonstances, ri* ejft jamais rétrognide , parce qu'elle est toujours dirigée vers le méitie but. " ' ■ '

Les réflexîons'sur lesquelles nous nou^ sommes un moment arrêtés né sont point étrarigères à l'histoire dn Muséum, et la suite du tableau que nous avons ^trépris-de tracer en démontr«ra lajustesse. ' "^

idi 1801 , sous le ministèi% de M. Qutptal,' à qui le Muséum ,a les plus grandes obli^tions , récole de bo,tani<lue, tpii s'était prodigieusement enndne depuis 1773, fut agrandie d'uniiers, K les dçus parterres qui sont vis-à-vis du cabinet fîireiit plantés et an'angés oiimme on les voit aujourd'hui. La galerie supérieure du cabinet fût terminée et pourvue de glaces et de stores, et les principaux, objets y furent arfangiésméthodi- -queniént. La serre tempérée fut achevée etgaïnie de magnifiques arbrisseaux. Le |rfan de la ménagerie étant définitivement arrêté, on acqoit , poui^Ja -formation des premiers parts, plusieurs des chantiers Jltués le Ioms de- la rue de Seines ■ on construisit dans la maison Xéger de' nou-

Telles sdUes pour .un lalwratoire de zoologie .ei pour.des galeries<de botanique : on plaça- d'une manière provisoire dans plusieurs salles de la maison dite la Régie , Ce qu'on avait de squelettes et de préparations anatomi^es ; et le Musëifni se trouva dès 1802 oi^anisé de manière q&e-toutes ies sciences' naturelles pouvaient y être égalenleitt enseignées , que les diverses parties foraiaient • im ensemUe régulier, et que chacune d'elles était susceptible d'agrandisscmens successif. Tout prospérait: les travaux se faisaientavec une activité sur- . prenante; les cours atti raientie$'etrangers,etTam- ^ phithéâtrè était souvent rempli. Le plus grand loi'dre régnait partout Le& diverses secousses qu'on avait éprouvéef depuis' la nouvelle organisation n'avaient rien ébranlé; en conteipplant les prodactiond et, -les bienfaits de lanature^onreconnai»sait qu'elle se i]v>ntre toujonfs également grande et féconde après les orages.

LorstleracquisittondeUmaison Léger en 1795, on avait arrêté qu'oo placerait au rez-de-chaussée les bureaux, de l'administration, qu'on établirait au premier étage un laboratoire de zoologie , et quç'le déuxiène et le troisième étage seraient destinés pour la minéralogie et la botanique. Les dis- , tr,ibutions les plus nécessaires ayant été faites, la salle d'administration fut o«Tert»en 1800,- et les produits du règne végétal furent transportés de

TBOISIÈHE ÉPOQUE. * . 99

l'aiicien cabinet dans la salle qui a^it '^té préparée, pour qu'on pût le8*y déposer. -

Cet arrangement n^était qntt- provisoire ,' il fallait profiter des pièces les plus vastes.pour déballer les nombreux objets de zoologie let de minéralogie qui étaient dans des caisses, et se donner le temps de construire des* salles où l'on pût développer la collection de botanique.' li fut en conséquence décidé, sur. la demande de 91. DesfoDtaines^ que le premier étage serait destiné-à dçs galeries de 'botanique ,-que le laboratoire dftzoologie serait transféré dans les pièces dû second,

■ d'où'l'onavaif retiré les minéraux, et que l'étage supérieur servirait de magasin. Les travau^lnterieurs*pour l'exécution de'cc plan fid«nt cotn-

^mencés en, i8b2, mais ils tie purent être termines que quelques apnées après.

C'est ici lé lieu de parler de l'entreprise qui a le plus contribué' à répandre aiP'deboi^ la gloire ' du Muséum, et- les coiinaissances dont il est le foyer; Nous ne pouvons le faire sans payer un tribut de reconnaissance à M. de Fourcrof qui en forma le plan et qui en accéléra- t'exécutiûn. Lorsque ce savant vit que le ]l|Ihséum . était organisé d'une minière stable , il engagea ses collègues à se réunir ef à publier en commun leurs observations , erf s'âttachant surtout à faire connaître les nouvelles richesses j:>eiifermées.dans les

lUU HISTOIRE DU tfUSioM.

coUecti6ii5 confiées à leurs ^dins. Ce projet ayant '^té adopté', on s'arratigea,aTec un libraire^ et l'on convint de piÉ>tier chaque mois un cahier-de . dix feuilles in-4°, aYcc cinq ou six gravures exécutées par les meilleurs artistes sous la direction de M. Vanspaendonck. Comme il fallait s'entendre pour varier les sujets, les professeurs résolurent de se réunir une fois par semaine pour se coiamuniquer récijxi^queineat ce qu'ils se proposaient de publier, et ils chargèredt M. De- ^Jeuze , .l'un des aides naturalistes , de recueillir les mémoires' et d'en surveiller l'impression. Lé premier volume composé des six premiers cahiers fut terminé .en 1802 , et l'ouvrage acquit tout'à coup parmi les savans de l'Europe une réputation qui s'est toujours soutenue : la publica- ^on en fut ralentie lors de la cessation de. tout commerce ' étranger ; mais là rédaction en fut toujoors également soignée. U a eu le titre d'^^n* nates du Muséum jusqu'au vingtième tolunié : il se continue sous le titre de MémoirèsduMuieum. . La collection complète forme aujourd'hui' vingtsept volumes iD-4*'.l^s professeurs y ont admis des mémoires étrangers lorsqu'ils les ont jugés pro- ■ près à faire connaîti-e. de nouveaux objets.

Quoique M. Baubenttmsefûtpendantquarante ans donné des, soins pour réumr au cabinet dii Roi les minéraux les plus' utiles pùor Tétude, et

D.q,t,:9CbyGOC>^IC

TROISIÈME liPOQUE. lOI

que depuis la nouvelle organisation on en eftt reçu beaucoup des pays étrangers, la. collection était bien incomplète et même inférieure à celles de quelques amateurs. Elle l'aurait ^té pendant long-temps encore, si Ton n'eût profité d'une occasion qui se présenta pour la rendre tout à coup digne d'un établissement consacré k Viastruction publique. -

- Un Allem^pd nommé Weiss avait apporté \ Paris un superbË cabinet de minéralogie qu'il voulait vendre tout ensemble sans en rien -détacher. La venté étant annoncée ,- les professeurs du Muséum représentèrent au ministre,' M. Ghaptat, combien il était fâfcheax de laisser isortir de France une . réunibii d'objets qu'il serait très-dîfîîciie de se prpcurer en détail', et ils lui demandèrent de les autoriser à traiter avec M. Weiss en lui offrant de lui céder, en écha^ngede ses minéraux, des pierres précieuses , des morceaiâ de lapis-lazuli , et lapépite d'ovque poiss^dait le Muséum. Le ministre acci^eillit les observations des professeurs,, et il demanda au conseil des mines on rapport sur4e mérite de la collection. EUe^ se trouva composée deseue ceùt soixante-seize inoroeaux choisis, et fut évaluée j;5D,ooo',frîincs.' Après' de Itingues discussions i M. Weiss " accepta tes arrangemens qu'on lui proposait,; "lès pierres précieuses furent estimées par d'eux joailliers; Tun nommé

l,:.cbïG0C>^lc

par le ministre , Tautre par l'administratioiL , et' coïnirie elleis né sufiisaient pas pour compléter la somme, convenue , le gouvernement payà.rexcédant du. pnx. C'est de cette époque (en 1802) que' le Muséum possède une suite régulière d'échantill^ips de minéraux, dans laquelle il se trouve seiflèment quelque^ lacunes qui se remplissent tous les jours.

Lai'méme année iSoa, M.' Geoffroy -fît don au Muséum des objeti qu'il avait recueillis en Egypte pendant un séjour de quatre années. Cette coltec- * tion éùit d'autant plus précieuse qu^ s'y trouvait plusieurs des-animaux sacrés conservés depuis des jniiliers'd'ànnées dans les tombeaux de T^èbes et de Memphis (i). *

Peu de teinps après l'organisation défîoitiveida Myséum on avait présenté lé plan d'une'vaste ménagerie dans laquelle des animaux de toutes les «lasses et. de tous les'cKmab pourraient être placés, d'une ipariSère anajoguè à leurs' habitudes. ' Ce prpj.«t cônçu^à-un'e ép6qué'6u l'bn ne calcâlait' paftle's moyens d'exécution fut bientôt abandonné. Eni8g2; plusieurs terrains ayant* ét^-acquis pour, placer lesanimaoxpâisiBles, M' Melinos' présenta on noweau plaTt,potir'le^.lo^eniçnt^deâ animaux féctfcesj-. c'est câui de la grande, rotondeqûi èsi ■ au cantre'de U me'nagerfe.' La ,prèitfière;. pierre

(i)V(7ei leBappoîrt soi Cedecaimtioa. An», da Hua., t. i, p- iH-

D.q,t,:9cbtG0C>^lc

TROISIÈME ÉPOQUE.^ Io3

en fut posée en i8o4, et l'on contbiua d'y t[;a' Tailler pendfmt deux ans , et jusqu'à ce que les murs extérieurs fussent élevés à quelques pi^ds ad-dessus'du tetrain. On reconnut alors que cet édifice n'était pas convenable pour le but auquel il était destiné , et le fravail (iit interrompu. Nous verrons bientôt conMnent'on a profité de cçtte construction.

Sa i8o4, on plaça dans la galerie dfi second étage du cabinet un meuble qui en occupe toute rétendue, au-dessus duquel sont arrangés,, dans des cadres.lesinsectes, les coquillages, les crustacés , les madrépores , et dont la ba»e est formée de tiroirs dans lesquds sont renfermés tous les doubles de la collection d'entomoloeie et quelques insectes oniques qu'on n'osé exposer à là lumièfe qui ptOUïrait altérer leurs couleurs. ," Vers ,ia' méipe. époque, le Moséum'fut enrichi des. collections les plus précieuses pour la- géologie. L'empereur Napoléon lui donna celle des poissons fossiles qu'il avait acquise de M. le comte de Gazola.', Celle du même genre que la .ville de Vérone lui avait offerte , et celle des roches de Corse qu'il avait reçue de M. de Barrai .'oâicier dans cette île. Ces objets remplissent aujourd'hui . une des-salles du cabinet. ' <

Vendant ce temps , les travaux du laboratoire de zoologie se faisaient aicec une telle activité , '

IzscbyGOOt^lC

Io4 HJSTOIKE DU MVSÉVU.

que dans Tannée i8o5 on pHpara et monta cent on quadrupèdes, cinq cents oiseaiK",' autant de re}itiles' et de poissons.

L'année précédante, Téléphant mâle , l'un des deux qu'on avait amenés.^ Hollande, étant mort, M.,Cu^er entreprit d'en faire la dissection. Ses élèTe? en zoologie et en'anatomie, et le peintre, M. Maréchal, l'ayant secondé dans s^ recherches, il rassembla les descriptions et lés dessins nécessaires pour faÔTC connaitrë les or-

. gaims particuliers à cet énorme quadrupède , et ceux qui ont chez Ipi un développement plus con~ «dérable qu'il ne l'est dans les autres animaux. Ce . travaif était cependant encore imparfait , et il restait bien des choses à examiner, lorsque dix* huit mois après , au mois de juillet 1 8o4 , un autre éléphant, qu'on avait acheté pour fen^lacer le premier, péiit de même. Ni l'excessive chaleur , ni le d^fatit d'un local convenable ne purent ra-

.lentir le \ele de M. Cuvier; il examina et fit. dessiner tout ce qu'il n'avait pu bien voir la première fois ; et quelques années après l'éléphant ftmelle étant mort, il eut l'occasion de vérifier ses observations précédentes, et de comparer les deux sexes.' Il est résulté 4e cetravail que l'anatomie de l'éléphant, dont on n'avait auparavant que le squelette , est aujourd'hui aussi bieaconnue que celle du cheval ;'ce. qui prouve l'utUitéides

troisiIme époque. io5

ménageries pour les progrès de ' l^histoire natureïle. *

Ce qu*on eut à soufîrir pour disséquer Tâéphaïit dans la saison la plus chaude de l'année fit sentir la nécessité d'avoir un laboratoire d'aliatoinîe , où les ob)et5 passent être commodément préparés avec les précautions convenables, eti'on construisit celui qui existe maintenant.

Cette même année- i8o4> le 'Muséum se trouva tout à coup enrichi de la Collection la plus considérable qui lui fut jamais parvenue pour la écologie et la botanique. C'est icile lieu d'en rap^' peler -i'ori^ne. ■■ "

Au commencement de l'année 1800, l'Institut de France proposa au premier consul d'envoyer deux vaisseaux aux Terres australes pour^.f^ire des Recouvertes sur la géographie ■ et sur les sciences naturelles et physiques. Le prenrivr consul adopta cette idée, et sur la présentation "de . l'Institut et. du Muséum d'histoire naturelle , il nomma pour' faire partie de rcxpédition-, vingt-" ' trois .hommes instruits, qui furent Chargés de s'occuper uniquement de ce 'qui est relatif au progrès des sciences. Les deux vaisseaux le Géographe et le Naturaliste^ commandés le premier par te capitaine; Baudin, le second par le capitaine Hametin, partirent dq H^vre le 19 octobre j'86o.; ils nelâèhèrent à l'Ile-dé-iFrance où resté- '

lo6 HISTOIRE DD MUSEUM.

rent la plupart.de ceux qui s* étaient eîVtbarqiics

pour dçs recherches sdentifîques.

Après avoir quitté l'Ile-de-France , les deux vaisseaux allèrejit reconnaître la côte occidentale de la Kouvelle-Hollande , et ils se rcndirjint à Timor où! ils passèrent six semaines. De là^jls retournèrent visiter la m^me dôte.ils firent le tour de la terre de Diemen, et' remontant an nord, ils allèrent au port* Jackson où ils firent un séjour de cinq mois. Us .reprirent ensuite la •route de Timor en passant par le détroit de Ba^. De Timor ils revinrent en France, et ils enti'èrent dans le port deLorientle25mars i8o4> Des cinq zoologistes qui auraient été nomiAés pour cette expédition , deux s'étaient arrêtés à l'Ile-de-France. Les deux autres, Maugé et Levilain, étaient mort^ pendant le voyage. Péron, resté seul, se lia de la plus^intime amitié avec M. Lesiieur, peintréM'hi^toire naturelle et très-bon observateur ; ces âeux hommes infatigable^ vinrent à bout' de récueillir, de copserver ef de- décrire une infinité d'objets. .On passa* quinze jours à débarquer la collection au port de Lorifnt, et elle fut de suite envoyée au Muséum. Pour ^

'donner unç idée*, hom. ne saurions mieux faire «pie, de transcrire ici quelques, phrases du rapport .fait à riijtftityt jpar M. Cuvier-.

;' «,Chaq4itfijourjdéTÔilemieux,<Ht-ti,rimportancc

TROISIÈME ^POQUk. 107 ■

et r^t^ndue de cette collection de zoologie. Plus de cent inilte échantilloAs' d'animaift graadâ et petite et appartenant à toutes les classes, la composent Elle a déjà fourni plusieurs genres importans ; et le nombre des espèces nouvelles , d'après le rapport des professeurs du MuséJinl, s'élève h plus de deux mille cinq cents.

» Tout ce qu'il était possible de conserver, ils Tont rapporté soit dans Talcdiol , soit empaillé avec soÏB, soit dessécbé. Lorsqu'ils ont pu préparer des squelettes ils ne l'ont pas négligé , et celui du crocodile des Moluques prouve'jusquVù leur zèle s'est étendu à cet égard. »

Le même voyage nous procura plusieurs animaux vivans, du nondire desquels étaient lé zèbre etje gnôu que M. Jansen, gouverneur du Cap, envoyait à l'impératrice Joséphine, et qu'elle donna au Muséum. , "

La collection de botanique n'était pas moins importante que celle dé zoologie. La végétation de la, Nouvelle-Hollande ne ressemble point à celle des autres parties du globe. Quelques plantes nous étaient -déjà connues par les Anglais et par le voyage de M. de la Billardière , mais elles étaient en petit nombre auprès de celles qui nous furent apportées en 1 8o4- Il y avait plusieurs caisses d'àrbrisîseaux vivâiis qui se sont facilement ^miltipliés , un 'très-grand nombre de graines qui ont levé, et '

l'o8 HISTOIRE DU MUSÉUM.

des heri)ier5 très-bien conservés , 'dans lesquels les trois quarts au moins des, plantes étaient nouvelles , et dont plusieurs même ne sont pas encore connues, malgré les sayantes recherches de - M. RobertBro'wn. Quelques-unes ont été publiées dans nos Annales. Ce qu'il faut surtout remarquer, c'est que les plantes de la Kouvelle-Hollande, de- 'puis le port Jackson jusqu'au détroit d'ËntrecaÀteaux , ne sont point de serre cbaude comme celles des tropiques ; toutes peuvent passer l'hiver en pleine terre dans les départemens méridionaux de la France , et un grand nombre ne craindraient point (es hivers à Paris. Aussi , depuis que nous avons reçu cet envoi , a-t-on vu s'introduire dans les jardins les métrosidéros, les mélaleuca, lés leptospernum , qui par la beauté de leurs fleurs , ont d'abord . excité l'admiration. Les magnifiques eucalyptus qui dans' leur pays natal s'élèvent à cent cinquante pieds, et dont le tronc acquiert sept à huit pieds dé diamètre , commencent à se multiplier. On les conser^^en" core dans l'orangerie à causé de Vépoque à laquelle ils fleurissent. Mais en les élevant de graine , on parviendra à changer leurs habitudes, et ils seront cuMvés dans n^ parcs. C'est du Muséum que- de beaux individus de tous ces arbres delà famille des ihyrtes, se spnt répandus chez les pépiniéristes , et de là .dans toute la France.

,:scbyG0C>^lc

TROISIEWE EPOQUE. 109

'Tan(i5$''qu*on bâtissait de nouTelles salles pour le cabinet, et qu'on terininait,la serre tempérée', on ne négligea point les travaiix de la loénagerie. Chaque année on avait acquis quelques arpen» de terrain le long de la me de Seine , et on avait construit successivement des parcs et des fabriques variées pour les cerfs , les daims , les axis , les bouquetins , les mérinos , le gnou , les k'anguroos , le zèbre , etc. Maïs il manquait deux choses très-essentielles, l' un local, particulier pour les singes , dont cm reçoit fréquemment des espèces peu connues , qu'il faut placer les unes auprès. des autres pour qu'on puisse les observer et les comparer ;' 2" une volière.

Les oiseaux aquatiques tels que les cygnes, les canards, le pélican, etc., se trouvaientfortbién dans les bassins; les paons se promenaient dans la ménagerie ou dans l'endos qui est au centre du Jardin et creusé jusqu'au niveau de la rivière ; ' lés autruches et les cazoars avaient un enclos particulier ; . mais les oiseaux de proie , et tous ceux qu'oQ est obligé d'enfermer dans des cages, étaient dispecsés.'

Comme les fonds extraordinaires accordés au Muséum pom" des constructions avaient été absorbés par les travaux du cabinet et de la serve tempérée , on ne pouvait construire à qeuf un édiftee tel qu'on le désirait: on se'détermina donc

IlO HISTOIRE DU MCSÊtM.

à arranger, ans^ bien qi^e le local le permettait, an bâtiment situé sur U rue deSeine ,' vers le milieu de la ménagerie. A l'aide .de ce bâtiment et des cours ac^ac^ntés , on pratiqua poiir les singes, à l'exposition du Couchant, des loges disposées sur une même ligne et fermées par un grillage et de» portes vitrées. On plaça à la suite , etle long du même mur, de grandes cages poUr- les oiseaux de proie , et en retour du côté du sud, -tm arrangea un abri pour les faisans et autres oiseaux debassecour. Cette construction, qui existe encore , doit toujoufs être considérée comme provisoire : elle n'est point en accord avec les autres parties de la ménagerie ; elle, n'est point à une exposition fâvorable ;.elle n'a pas même l'étend^ nécessaire pour qu'on puisse y placer à côté-Us uns. des autres les animaux d'une même famille. On se propose de profiter d'un chantier, qui vient d'être réuni au Muséum , pour la remplacer par deux fabriques , l'une pour les singes et les quadmpèdes d'une petite taille , l'autre pour une volière. Eh iSo5, époque à laquelle fut terminée la construction dont nous venons de parler, la ména- - gerie, quoiqu'elle n'offrit point assez d'espace, et qu'elle he fût pas décorée des bâtimens pittoresques et des arbres superbes qu'on y voit aujourd'hui, présentait un spectacle très-propre à eSciter l'intérêt des naturalistes et à satisfaire la cug.osit|é

TROISIEME ï;aOQUK. lu

du public. Haisquand même on aurait pa exécuter les plans formés pour Tagrandiç , pour la peupler -< et pour loger convenablement tous les animaux, elle n'aurait pas eu sur tes progrès de la zoologie l'influence qu'on 'en doit attendre , si on ne l'eût organisée de-manière à la mettre en i^pyort avec les diverses branches de cette science. C'était U ce qu'on s'était proposé en la plaçant dans les attributions et sous la direction immédiate du pro- , fesseur fibargé d'enseigner l'histoire des quadrupèdes et des oiseaux , et M. Geoffroy ne négligeait rien pour parvenir à ce but. Mais, obligé de faire sest^ours, d'entretenir des correspondances , de classer , de nommer et de compléter la collection zoologique du cabinet, il lui était impossible de suivre tous les jours le mouvement de la ménagerie. Il demanda , en conséquence , qu'on Idi doniiât un adjoint qui pût s'en occuper continuellement, et qui, par ses connaissances, fût en état de le suppléer. L'adnjinistrationduMtfséunïaiyatit reconnu l'impprtancetil'une telle place, y nommai le 21 décembre i8o5, avecie titre de garde de la ménagerie, M. Frédéric Cuvier, frère duprofés-'. ' seur, et connu par d'excellens mémoires imprimés ' dans les Annales. Elle adopta en même temps le plan proposé par M. tieon'roy^ pour en faire un établissemeiU d'une utilité toujours croissante', et dans lequel toutes les observations qui se préseif-

HJi HISTOIB^ D.U MtrsSvM.'

teni son( liées' aus (^Meinratîçns autérieures et à celles qu'on pouira. faire dans la suite. Ce plan.»^ dont la m^agerje du ^Muséum ofCre le {M^mîei; exemple , a été réalisé et coordoBoné avec le8.changemena et Jes augroentatioiis qui . («nt eu lieu depuis , et (haque jour on en obtient les plus heureux résultats. L'ordre établi dans r.enserable ef là surveillance des détails en ont rendu l'exécu- . tion facile. Les animaux sont placés et soignés d'après ce qu'on sait de leur nature et de leurs besoins. Le garde décrit ceux qui ne sont pas blea connus, et fait dessiner ceux dont on n'a pas>en- *core une figure exacte ; il observe chez tous c^ t}uî est relatif à l'instinct i aux habitudes , à Faccouplenentjàlagestattoa, à la manière de nourrir les petits , etc. ; il compare chaque animal qui arrive avec les espèces analogues , et il fait demander dans les pays étrangers ceu^ qu'on désire se procurer ppur les mieux connaître , et. ceux dont on croit devoir tenter la naturalisation. Un animal vient-il à mourir, il est à l'instant porté au laboratoire d'anatomie ; là on le dépouille pour en- ^Toyer la peau au laboratoire de zoologie , où le professeur la fait monter 'si l'animal n'est point 'dans le cabinet On prépare ensuite le sf|ueiette, " si on. ne l'a pas déjà , et l'oa met dans l'esprit-devin tputes les parties molles -qu'on -crsit devoir conserver : on ne néglige pasniéme de rechercher

TROISIÈME ÉPOQUE. Il3

s'il n'y aurait pas dam le coq>s de l'animal quelques Ters intestinaux , qui pourraient donner lieu à de nouvelles observations.

Ainsi, c'est par ia ménagerie qae le cabinet de zoologie , celui d'anatomie comparée , et la collection des vélins s'enrichissent tous les jours ; c'est par elle qu'on peut étudier la nature vivante, reconnaître l'influence de Téducation et de la do* mesticité sur les animaux sauvages , améliorer les races, propager les espèces utiles; etlesfraisqu'il en coûte pour l'entretenir, ne sont rien auprès des avantages qu'on en retire.

■Ma 1806, les galeries d'anatoroie comparée ayant été provisoirement disposées, aussi bien que le permettait le local , elles fiire^ ouvertes au public. On fut étonné d'y voir tout à coup arrangés méthodiquement, non-seulement les squelettes des animaux qu'on avait pu se procurer , mais encore la série de tous les organes , préparés de manière à pouvoir être étudiés et comparés dans les diverses classes d'animaux : toutes ces préparations avaient été faites par M. Cuvier ou sous sa direction.

Pendant que ce savant s'occupait à former un cabinet d'anatomie comparée , il reconnut que la plupart des ossemens fossiles n'ont point leur analogue parmi y«'étresvi^'ans; et voulant pousser ses recherches sur cet objet plus loin qu'on ne

Il4 HISTOIAE OU MUSÉUM.

Teût. jamais fait, il nf négligea riea pour en réomr un grand nombre. H'en troma de trèftremarquibles dans les carrières de Montmartre , d'autres lui furent envoyés d'Allemagne at de diverses contrées ; et il publia -dans nos Annales une série de mémoires où il fait connaître pluueiiis espèces de quadi^pèdes cpii lÏTaient sur liotre globe avant la dernière révolution qui en a changé la surface. Ces animaux sont bien antérieurs à ceux qu'on trouve parmi Jes momies d'Egypte.

Us appartiennent à diverses époques , et diffèrent d'autant plus des animaux actuels que ces époques sont plus reculées.

Après cette publication , M. Cuvier donna au Muséum ia élection cju'il avait rassemblée , et quoiqu'elle fût d'un très-grand prix parte qu'elle était unique en son genre ^ il ne voulut recevoir en échange que des doubles des livres, d'histoire naturelle qui étaient à la bibliothèque. Cette collection réunie k celle des poissons du mont Bolca, remplit aujourd'hui une des salles du cabinet.

Nous avons dit qu'en tSoa, l'assembléedesiHt}fesseurs avait arrêté que le premier étage de la maison X^éger serait arrangé de*^nanière k ce qu'on pût y développer les fu^lections végétales. Les travaux nécess^es pour la disposition du local ne furent terminés qu'en iScOh^ Pendant cet

TROISIÈME IBPOQUE. llS

miné et réuni ce^ qu'on possédait, et en 1808 tout fut placé comme on le voit. actuellement

Autrefois les herbiers étaient r^ifermés dans descaisseset des portefeuilles, et la collection des fruits, des graines, des gommes, des résines, etc., était dans des bocaux avec l'ancien droguîer de Geoffroy. J^e tout se trouvait dans la petite salle du cabinet où sont aujourd'hui les poissons. M. de la Marck qui, avant la nouvelle oi^anisation de rétablissement , était chargé du soin des herbiers, avait plusieurs foia- proposé de les mettre en ordre ; ' mais il fallait un local pom* les placer, et c'est ce qu'on n'avait encore pu obtenir. Les divers hei*biers étaient séparés, ils n'étaient point classés, on n'avait même pu les réunir tous dans la salle du cabinet Ceux de Commerson avaient été mis endépôtchezM. deJussieu, celui de Dombey avait été prêté par un ordre du ministre à M. l'Héritier qui s'était chargé de le décrire ; la collection étàitinutile pour l'étude , parce qu'on ne savait où trouver ce qu'on cherchait.

Les nouvelles galeries de botanique ayant été terminées , une grande salle garnie de cases fut consacrée aux herbiers que M. Desfontaines réunit en arrangeant les plantes dans l'ordre des familles naturelles, et en ayant soin de marquer de quel herbier particulier chaque échantillon avait été tiré. On mit à part les herbiers

I{6 HISTOIBE DU MUSÉUM.

qui, comme celui de Tonmefort, servent de type à un ouvrage classique , et tout fut disposé de manière qu'on est sûr de mettre la main sur le genre qu'on veut examiner , et que s'il y a quelques lacunes , on peutles remplir soit par de nouvelles recherches , soit en se procurant par voie d'échange ce qu'on n'apoint encore. Une seconde salle fut destinée pour les fruits et autres produits ■ du règne xijjgétal, une troisième pour les échantilloiis de bois ; si bien qu'on peut comparer toutes les parties des végétaux , et que tout ce qu'on reçoit de nouveau peut à Finstant être mis à sa place.

L'ouverture des galeries de botanique fait époque pour le progrès de la science. Le public n?y est point admis indistinctement ; mais ceux qui veulent s'instruire reçoivent de la part du professeur toutes les communications dont ils ont besoin. La collection étant la plus nombreuse et la plus complète qui existe , c'est là qu'on peut comparer les espèces nouvelles et celles qui sont connues , et s'assurer de la nomenclature. Les savans qui ont publié des monographies, comme M. de la Roche et M. Dunal, ou l'histoire des plantes d'un pays, comme MM. de Humboldt, Bonpland et Kunth ; ou des histoires générales , comme M. de CaiidoUe , n'auraient jamais pu donner à leur travail la même exactitude ni la même étendue, s'ils n'a-

vaient eu la £acilité de consulter les herbiers du Mose'um.

L'utilité de ce dépôt estsi géne'ralement reconnue par les botanistes , que plusieurs d'entre eux s'empressent d'y réunir les plantes qu'ils ont découTertes et décrites. Nous.deTons à la générosité de M. le baron de Bumbotdt le don le plus considérable qui nous ait été fait en ce genre, celui de i'herbier qu'il a rapporté de son voyage dans les régionséquinoxialesderÂmérique,etqui$e compose de 4,600 espèces dont plus de 3,ooo étaient inconnues avant lui. Cet herbier est d'autant plus précieux qu'il renferme tou^ les échantillons d'aprèslesquels-ontété faites les gravures qui accompagnent l'Histoire dés plantes équinoxiales qu'il a publiée de concert avecsoncompagnon de Toyage M.Bonpland,etsonsaTantcoltaborateurM.Kunth.

La formation de deux cabinets particnUers pour la botanique et l'anatomie, avait permis de con- :Sacrer l'ancien cabinet à la zoologie et à la minéralogie ; mais le local se trouvait encore trop resserré, et l'édifice , dont le nom même indiquait qu'il devait d'abord fixer l'attention, ne répondait plus à la beauté des constructions nouvelles. Le gouvernement, frappé de cette considération , résolut de l'agrandir autant que le réclamait le besoin de la science, et de le rendre digne de la célébrité del'établissemetitPourfaire sentir l'im-

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Il8 HISTOIRE DU -MUSEUM.

porUnce de ce service , et pour faire connaître l'histoire d'un moDumentqui est aujourd'hui le plus beau qui existe en ce genre, il ne sera paA inutile d'entrer dans quelques détails et de reprenike les dioses de plus haut -

lioas ayons tu qu'en 1 766 le cabinet était borné à. deux salles, et que Buffon en doubla Tétendue en cédant son logement, etfaisantconstruii-eFescalierà'côté de la grande porte du Jardin, située vis-à-vis de l'allée des tilleuls. Après la nouvelle organisation, on arrêta de construire au second étage une galerie éclairée par le haut. Les travaux pour l'exécution de ce plan, commencés en 17^4 et souvent Interrompus, furent terminés en 1801 , et le second étage setrouva offrir deux fois autant de place que le premier , parce qu'il n'y avait point de croisées et que le dessus de la bîbliothèque-donnaitune sallede plus. Ce cabinet Ëit d'abord magnifiquement meublé, et parut suffisant ; mais , depuis 1 80 1 , on avait reçu un si grand nombre d'objets , et la ménagerie avait &ilt arriver successivement- tant de quadrupèdes qu'on reconnut la nécessité de l'agrandir de nouveau. Le gouvernement voulant que cette entreprise fût exécutée dans son ensemble , demanda à la fin de décemÏHre 1807, l'avis des professeurs , qui présentèrent à M. Crétet, alors ministre de l'intérieur, un plan dressé par M. Molinos. Ce plan fut adopté,

TAOISIÈME ÉpOXÎUE. II9

et les fonds nécessaires ayant été assignés, on commença les travaux en 1 808. On supprima l'escalier pour ajouter sans interruption trois nouvélless^les à la suite de celles qui existaient au premier étage,' et Ton prolongea la' galerie. du*second jusqu'à la terrasse élevée au^essus de la rue derrière la butte plantée; d'arbres verts. La principale porte et le grand escalier de -l'édifite furent placés à l'extrémité^ et l'entrée du Jardin «ur la rne fut ouverte entre labiUiothèque et la maison anciennement nommée rmtëadance.

Ces travaux très-considérables ayant été terminés en i8io,«Mis le ministère de M. de Moptalivet, les di^ositions intérieures fureht fiùtes avec tant de célérité , qu'au mois de mars 1 8 1 1 on put arranger les collections. Des trois nouvelles .salles l'une fut destinée pourlesToches, les deux autres pour les produits volcaniques, et pour la belle coUeetïon de> fossiles dont une . partie avait été . cédée au Iftoséùm par M. Guvier.

Au. second étage , le prolongement de la galerie et trois salles dont la dernière a une porte sur la terrasse , furent employés à développer la collection des quadrupèdes et des singt^ et à placer ceux qui étaient dans les laboratoires., ou conservés dans des caisses , parce qu'on n'avait pu les faire entrer dans les armoires du cabinet.

Lorsque les travaux de construction des gale-

120 HISTOIBE DU MUSÉUM.

ries furent acbevés, on reprit ceux de la grande rotonde situëé au milieM de la ménagerie, qui avaient éi^ suspendus pendant quatre ans. On se conforma au premier plan pour l'extérieur, mais on en modifia la distribution intérieure de manière à pouvoir y placer tes animaux herbÎYores, qui, .comme l'ëlëphant, les chameaux, etc. , ont besoin, d'être chaaTfe's etsoigne's pendant l'hiver , et lorsque les femelles allaitent leurs petits.

L'édifice fut achevé en i8iû. Il forme dans la ménagerie une décoration pittoresque , mais on a reconnu qu'il n'était pas très-propre à l'usage auquel il. est employé. Comme il est isole, et composé de cinq' pavillons qui ont chacun une porte oorerte sur les parcs , il est impos^le d'y entretenir une chaleur égale pendant la mauvaise saison, et les animaux, quelques précautions qu'on prenne , y sont exposés à des courans d'air toujours dangereux. Il serait à désirer qu'on construisît, pour les animaux herbivores des pays chauds, . un bâtiment dans le genre de celui qu'on a fait pour les animaux féroces , composé d'une suite de pièces exposées au midi, où les animaux seraient po^jjmodément logés et à l'abri des rigueurs de la saison. Si le gouvernement jugeait à propos de faire cette dépense qui contribuerait à la prospérité de l'établissement, à la conservation et à la propagation des animaux qu'on se pro-

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TBOISIEMS EPOQUE. 121

cure à grands fi^îs , la rotonde offrirait IVdifiçe le plus coDTenable pour une bibli^hèque , soit par sa'situation au centre et dans le lieu le plus agrëa'ble du Jardin , soit par sa distribution intérieure, qui serait très- commode pour le classement et l'arrangement des livres. La bibliothèrpie actuelle ne saurait rester long-temps où elle est. Le local est beaucoup trop resserré ; les livres y sont sur plusieurs rangs, les tablettes ne suBisant pas pour tes contenir tous. La salle qu'elle occupe est d'ailleurs absolument nécessaire pourl'agrandissentent du cabinet. Elle se troute à la suite de la galerie des poissons et des reptiles dont la collection, la plus riche qu'on ait jamais eue , doit être développée pour que les ol^ets y soient arrangésméthodiquementetde manière qu'on puisse les voir et les étudier.

Mous avons parlé des diverses constructions qui fnrentfaîtes depuis i8o5 jusqu'à 1 8 1 2 , elles étaient d'autant plus nécessaires que , pendant tout ce temps, il arriva chaque année de nouvelles richesses-Lacollectiondérochesde Corse de M. Rampasse fut acquise et donnée au Muséum par l'empereur pour faii« suite à cette de M. de Barrai : en . 1808, M. Geoffroy rapporta de Lisbonne une trèsbelle collection dans toutes les parties de l'histoire naturelle; ep 1809,1e ministre acheta pour le Muséum les échantillons de tous les bois de l'Amé-

riqae septentrionale, recueillis et rapportas par M. Michaux 4ils qui a publié Thistoire des arbres de cette contrée ; ainsi que Fherbier du mémfe pays, qui est le type de l'ouvrage de H. 'André Midiaux père, mort à Madagascar. En 1810, on reçut vingtquatre animaux de la ménagerie du roi de Hollande.

Onreçut aussi des minéraux envoyés d'Italie et d'Allemagne par M- Marcel de Serres ; dès animaux offerts en présent, de beaux herbiei's faits à .Cayenne>par M. Martin qui y dirigeait les pépinières, et qui 'a introduit dans cette colonie ta culture'de Tarbre à pain en propageant, de bouture un individu qui nous avait été apporté dtw îles des Amis par MM. la BiUardière et la Haye , et que nous lui avions .fait passer après.l'avoir gardé un an dans nos serres (i). '

L'état a£&eux dans lequel la Fraoct s» trouvait en i8i3 ne permettait pas au gouvernement de s'occuper des établissËmens destinés au' progrès des sciences et des arts , les administrateurs du Muséum firent obliges de réduire toutes les dépenses, de s'interdire .toute acquintion y et de , renvoyeràune époque plus favorable les constructions qu'on avait entreprises ou projetées. La cor-

(1) H. Uaitio avait, plnaleura années anparavant , porté de l'Ile-dc' FniacekCafean«, le.painier, le rauiciKliei et legûo&ier <Jinj prodniMDt lajODrd'Liii dettécollei >bMdaatca.

respondance avecles paysëtrangers fut interrompue, etle nombre des ëlèves du Muséum diminua, parce que la plupart des jeunes gens étaient employés aux armées. Cependant les travaux essentiels continuèrent avec le même ordre , et l'on redoubla de soins pour conserver ce qu'on avait acquis précédemment.

Lorsqu'en i8i4, les troupes étrangères entrèrent à Paris , un corps de Prussiens se présenta à la porte du Muséum où il se proposait de bivouaquer : le danger était imminent , et dans ce moment de trouble les professeurs n'avaient aucun moyen de parvenir, jusqu'à rautorité. Le commandant de la compagnie ne pouvait cédera leurs représentations et s'éloigner du poste qui lui atait été assigné ; il consentit cependant à attendre deux heures , et ce temps suffit pour nous mettre à l'abri de toute crainte. Un savant illustre dont le nom honore également et la Prusse sa patrie , et la France qu'il a choisie pour y publier ses ouvrages, profita de la facilité qu'il avait d'arriver jusqu'au général prussien ,, et il en obtint une sauvegarde pour rétablissement. Le Muséum fut exempt de tout logement militaire, et quoiqu^on n'en re6]sât l'entrée à personne,, il n'y eut pas la moindre dégradation. L'empereur d'Autriche, celui de Russie , le roi de Prusse vinrent admirer les richesses qu'il renfermait , et prendre des renseignemens

sur son orgaaisation , afin de former chez eux des élablissemens analogues.

£n 1^ 1 S, le sort jaloux du bonheur de la Fruice nous condamna à revoir une seconde fois entrer les étrangers avec des intentions plus hostiles , et nous eûmes tout lieu de craindre que le cabinet d'histoire naturelle ne fût dépouillé, d'une grande partie de ses .collections , et qu'on ne se fit rendre la plupart des objets qu'on y avait réunis à la suite des conquêtes , comme cela se pratiquait au Muséum des arts. En effet, la belle collection du cabinet dustathouder fut réclamée, et M. Brugmann fut envoyé à Paris pour la recevoir et la faire emballer. La mission dont ilétait chargé causa la plus vive inquiëtjide aux administrateurs du Muséum. Si tout ce qu'on avait reçu de Hollande eût été rendu , la collection qu'ib avaient arrangée se serait trouvée incomplète, elle n'aurait jplus formé cette série qui en fait le principal mérite. M. Brugmann était trop éclairé pour ne pas sentir que la collection telle qu'elle se trouvait dans les galeries du Muséum de Paris, pouvait servir à l'instruction des savans étrangers comme h celle des nationaux , et que , lorsque les objets analogues seraient séparés , ils n'offriraient plus les mêmes moyens de comparaison; mais il était de son devoir de se conformer exactement aux ordres qui lui avaient été donnés ; il pouvait seu-

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lement se prêter à tous les moy^ens de conciliation , et plaider indirectement la cause dn Muséum en défendant celle des sciences. Dans cette circonstance difficile , les professeurs s^adressèrent à M. le baron de Gagern, ministre plénipotentiaire de Hollande , qui seul pouvait suspendre l'exécution des mesures que M. Brugmann avait prises, et obtenir du souverain lui-même qu'il voulût bien révoquer ses ordres. La négociation eut un plein succès. Il fut convenu qu'on ferait pour la Hollande une collection équivalente à celle qu'on avait reçue, mais qui serait choisie parmi les doubles de celle du Muséum. Cette nouvelle collection, composée de dix-huit mille morceaux formant une série , était, au jugement de M. Brugmann lui-même , plus précieuse et plus utile pour les Pays-Bas que l'ancien cabinet du stethouder. Ainsi tout fut arrangé dans l'intérêt des sciences , et sans que de part ni d'autre on témoignât le moindre mécontentement. A la vérité, les armoires, du cabinet se trouvèrent fort éclaircies , mais il n'y manqua aucun objet essentiel. Les vides qui y furent faits alors ont été remplis depuis, et souvent par des objets qu'on n'avait jamais possédés en France, et dont plusieurs sont absolument nouveaux.

Nous ne pouvons nous dispenser de témoigner ici notre reconnaissance à l'empereur d'Autriche

126 HISTOIKE DU HUSÉVU.

qui vint pliuieurs fois visiter rétablissemeat, qui fitTenir à Paris M. Booze, jardinier de Schœnbrunii, avec des plantes qui n'étaient point au Jardin du Roi , qui nous fit don de deux belles collections, Tune de vers intestinaux faite par M. &«inser. Vautre de champignons imités en cire avec la plus grande exactitude pour les formes et les couleurs , et qui chargea M. Schrelber d'envoyer i l'administration du Muséum un catalogue deséi^iantillons doubles de son cabinet pour que les piiofesseurs pussent choisir ce (]ui leiu* manquait, et donner d'autres objets en échange. Ces échanges lurent également avantageux pour Vienne et pour Paris. On s'empressa de renvoyer au pape des piares gemmes diversement travaillées qu'on avait reçues de Rome , et dont le prix n'était point relatifs la science.

Enfin, des objets d'histoire naturelle , et des livres pris chez des particuliers et envoyés au Muséum dans le temps de l'émigration, ayant été gardés comme en dépôt, ils ont été, rendus aux anciens propriétaii'es , et les administrateurs (Hit toujours obtenu pour cela l'autorisation du ministre.

Aussitôt que la paix a été rétablie, le Roi acontinuéàfavoriser l'agrandissement du Muséum. J-es finances de l'état ayant été épuisées par les malheurs qu'on avait éprouvés, on n'a pu d'ab(»'d

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donner à cet établissement tous les secours dont il avait besoin; Comme il avait moins souffert que les ajitres , il y .avait, moins à réparer : au lieu de 3oO,ooo £r. qui lui étaient accordés pour ses dépenses annuelles , il n'a été porté qu'à 275,000 fr. pendant les deux premières aimées; mais ensuite tmit aétéTétablj;etdepuis 1818, sous le ministère de M. Laine', il a reçu des fonds extraordinaires pour les choses essentielles. Le cabinet d'anatomie n'était point d'une architecture convenable à un tjel monument ; le local en était beaucoup trop resrerrë pour qu'il fût posnble d'y mettre en ordre les nombreux obiets dont H. Cuvier l'avait enrichi. On en a triplé l'étendue en y ajoutant les bâtimens voisins dont la distribution a été adaptée au but qu'on se jwoposait. Les grands squelettes ont été placés dans une vaste salle au rez-de-chaussée, et les galeries du premier étage , pour lesquelles on a construit, un très-bel escalier, ont été divisées en une suite de pièces où tous les objets sont classéâ méthodiquement et de la manière la plus favorable à l'étude. Cet édifice ayant été terminé en 1817 , ons'est occupé en 1818 de la construction d'une ménagerie des animaux féroces, qui avait été projetée depuis long-temps, et qui a été enfin décidée -par M. L^né. La première pierre en aétéposéele aS mars 1818, et les travaux ont été continués avec tant d'activité qu'elle a été ter-

IzscbyGOOt^lC

minée endix-huit mois,etqu'on a pu au printemps de 1821 y placer les animaux et les exposer à la vtie du public ; cet édifice, d^une architecture *iinple et régulière, forme une très-belle décoration dans la partie de la ménagerie voisine du quai , et correspond à la serre tempérée qui est située à l'autre extrémité. Dans le même temps , on a acquis quelques terrains pour les parcs des animaux paisibles, et Ton doit espérer qu'on y réunira bientôt tous ceux qui vont jusqu'à la rue de Seine. On va s'occuper delà construction denouvelles serres, dévenues nécessaires pour la conservation et la multiplication des végétaux étrangers. Celles qui existent ont besoin de réparations continuelles, elles ne sont nullement dignes de la grandeur et de la beauté de toutes les autres parties du Muséum (i).

M. de BufiTon avait obtenu du Roi que des naturalistes seraient envoyés dans les pays étrangers, et les voyages de Comiperson , de Sonnerat-, de Dombey., de Michaux avaient procuré au Jardin etaucabinetdes collections considérables. Depuis la nouvelle organisation, les deux expédiions commandées par le capitaine Baudin ont toutà coup

(■) Va trèa-bel entoi de Tégétaut del'Iadeet de Ctjeaan, que noua iTOD» reçu en août iSii, a mïi dans U néceBsitt de construire une petite terre au-dev int de celles qui wint en face de l'école 1 mait il est éiideot que celte conBtrnction, faite è U hlle, ne peut Ftre conildérée que cotome proviBoire.

TROlSIKHi: ÉPOQUE. 129

doublé cesrichesses , et mis dans la nécessité d'augjnenterlelocaloùeltes devaient être placées. Lorsqae-.la paix a été rendue à la France, le Roi a accordé au Muséum lesmémes avantages, il ne sVst. pas borné à fommir des fonds pour les constructions intérieures , il a voulu que des voyageurs allassent parcourir les pays les moins coniHis pour y prendre des renseignemeos sur toutes les parties de l'histoire naturelle. Déjà nous avons reçu des eavois trcs-considérables qui nous ont été faits de Calcutta et de Sumatra par MM. Biard et Suvaucel,dePondichéry et de Chandemagorpar M. Leschenault , du Brésil par M. Auguste Saint-Hilair e, de l'Amérique septentrionale par M. Milbert ; et M. de Lalande, qui était allé au Gap etqui apénétré fort avant dans l'intérieur des terres , nous a rapporté la collection.de zoologie la plus nombreuse qui fût arrivée depuis celle de Péron.

D'autres voyageurs qui n'avaient point une mis^ sion spéciale se sont empressés de donner des preuves df leur zèle pour les sciences. M. Dussumier- Fonbrune, négociant de Bordeaux, nous a envoyé beaucoup de choses des Philippines ; M. Stcven, savant-oaturaliste au service de Russie , qui a passé douze ans dans la Tauride et le Caucase , a donné au cabinet de botanique un grand nombre de plantes de cette contrée, et M. Bumont d'Urville, lieutenant de vaisseau, celles qu'il' a recueillies

l3o HISTOIBE DU HVSÉUM.

dans les* îles de l'Archipel et sur les bords du Pont-Euxin ; M.-Freycinet, arrivé récemment dé son voyage aux terres australes, nous aremis ,une collection en tout genre faite par les naturalistes de re:ipédition (i). M. Philibert, capitaine de vaisseau, ayant été chargé par legouvemement deparcourir les mers d'Asie, etd'aller à laGuiane française , a pVis sur son bord M. Perrottet, jardinier du Muséum , et il a donné à ce jeune homme tant de facilités pour faire des recherches et pour en conserver le produit , qu'à son retour , au mois d'août dernier, ilnousa remis i58 espèces d'arbres et arbustes , ayant depuis six pouces jusqu'à cinq pieds d'élévation, et dont la plupart n'existçnt dans aucun jardin 'de l'Europe (a). A cette collection végétale, la plus précieuse qui nous soit jamais parvenue., étaient joints quelques oiseaux rares, etJegynmote,ce poisson si célèbre par la iâcutté qu'il a de donner à volonté de violentes commotions électriques. Enfin M. le baron Milins, ex -commandant pour le Roi à Vile de BouAon, vient de nous rapporter de cette lie quelques animaux vivans , et divers objets d'histoire naturelle. Jusqu'à présent ces résultats, dus à la géaéro-

' (i) M. Oaudii^ad pour U botanique, M. Qaof etM. Gaùoard ponr la look^e et la minÉcatogie.

(i) Les végèliui de CayeaDC avaient été remi» i H. Peirottet , pu H, Foitean, direclciu da jaidîn de uMnralÎMtioa dam cette cidoaîe.

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, TAOISIÈHE EPOQUE. i3l

sUé du gouTemement et au zèl^ de quçti|uespai> ticuliers , avaient eu lieu à deS époques indéterminées, et lorsque des circonstances favorables mettaient dans le cas de les solliciter ; une nouvelle mesure vient de nous assurer qu'ils se re~ produiront régulièrement toutes les années , et . quUls seront spécialement appliqués aux besoins de l'établissement

D'après un plan soumis au Roi par M. le duc Deeazes , un fonds annuel de 20,000 fr. a été destiné pour attacher au Muséum des élèves voyageurs. Ces élèves sont nommés sur la présentation des professeurs qui les ont d'abord examinés pour s'assurer de leur capjfcité et de leur instruction. Pendant la première année, j,Is doivent, sous la direction des mêmes professeurs, se préparera bien remplir la mission qui leur sera confiée. Ils seront ensuite envoyés successivoooent dans les pays où l'on croit qu'il y a. des objets à recueillir ou des découvertes à faire^ On choisira parmi eux pqur les diverses contrées , celui dont les connaissances ont le plus d'analogie avec le but qu'on se propose. lisseront chargés d'entretenir une correspondance active avec le Muséum ^ pour faire parvenir et pour naturaliser au dèUk des mers les productions de notre agriculture.

Malheureusement le premier usage que nous ayons fait d'un moyen qui nous promet de si

l32 HISTOIRE DU MUSÉUM.

grands résultats , a été pour nous une source de regrets. De trois TOyageurs partis en 1820, deux ontétévictiinesde leur zèle en arrivant àkur destination. M- Godefroy , que des connaissances très*variées mettaient^ même denous rendre de grands services , a été tué dans une émeute des naturek du pays, peu de jours après son débarquement à Manille. M. Havet, jeune homme également distingué par son esprit , son instruction et son caractère , est mort à Madagascar 3^1a suite des fatigues auxquelles il s^est livré pour remplir sa mission. Avant son départ il avait étudié la langue madécasse ; il était recommandé à l'un des souverains de l'île, qui fait élever son fils à Paris, et nous espérions qu'il nous fêtait connaître les productions de cette contrée, dont l'intérieur n'a jamais été visité par des natmralistes (i). De telles pertes sont bien difficiles à réparer.

Cependant ces accidens funestes n'affaiblissent point l'ardeur de ceux qui ont formé le projet d'entrer dans la même carrière. Tous les jours de nouveaux élèves sollicitent la facilité d'aller parcourir les pays les moins civilisés. La vue des collections qui arrivent au Muséum excite leur enthousiasme ; animés par l'espoir d'attacher leur nom à quelque découverte , ils ne comptent pour

(1) Le troùièma de eu TOTHRean, H. Plée.eit illéaiu AotiUei, d'où il oont ■ fiut pliuieiin cnroû.

,:scbyG0C>^lc

TROISlàME ÉPOQUE. l33

rien les plus grands sacrifice , et si nous leur peignons les pmations et les dangers auxquels ils ^'exposent , si nous leur rappelons le soi*t de plusieurs de ceux qui les ont précédés > ils nous répondent comme Euryale k ^iaas :

Heae igitur ïocium summis adjungere rébus,

Nise , fugis ?

Est hic, est BDÙnus lucis cootemptor, et isiiim Qui TÏta bene credat emi > quo tendis hoDorem.

Nous venons de tracer le tableau des accroissemens successifs du Muséum , il nous reste à dire quelques mots de l'enseignement et des professeurs qui en ont été chargés depuis la nouvelleorganisation.

La chaire de minéralogie fut d'abord remplie par M. Daubenton, qui, pendant vingt ans, avait professé cette science au collège de France, et qui se trouvait heureux de continuer sesleçons dans un lieu où il pouvait montrer à ses élèves les objets qu'il avait décrits. Malgré son grand âge , il fit toutes les années son cours avec une exactitude rigoureuse , ce qui ne Tempécha point de rester fidèle à ses ancienneshâbitudes , et de donner tons les jours des instructions particulières à ceux qui venaient le consulter. D'après ce. que nous avons dit précédemment , on a vu que c'est à sa coopération avec Buffon que le Muséum doit son exis--

13^ HISTOIHE DU MUSÉUM.

tence , et Thistoire naturelle les progrès rapides qu'elle a laits dans le dernier siècle. C'était loi qui avait réuni et mis en ordre presqtfe toutes les richesses de l'ancien cabinet.Lorsqu'il ne fut plus charge que de la collection de minéralogie, il en prit un soin particulier; il passait les matinées au cabinet soit pour aiTanger les échantillons, sott pour répondre aux questions qui lui étaient adressées , soit pour recueillir des observations et pour s'informer des découvertes faites par ses anciens élèves. On écoutait avec respect ce patriarche de l'histoire naturelle, qui, à l'âge de quatre-Tingt-qualre ans, lesimains et les pieds déformés par la goutte , avait conservé toute la netteté de ses idées, toute l'activité de son eâprit , et cette absence de préjugés qui lui faisait toujours accueillir la vérité.

tes professeurs qui, lors de leur première assemblée, Faraient nommé directeur de l'établissement, ayant voulu deux ans après qu'il conservât ce titre et qu'il en remplît les fonctions, il refusa cet honneur parce que c'eût été une infraction au règlement, et que cet exemple aurait pu être dangereux ; mais tout se faisait par ses conseils. Étranger aux dissensions politiques , il ne s'était jamais distrait de ses utiles trai-aux. La modération de son caractère avait assuré sa tranquillité , et sa réputation , à laquelle il ne pensait pas , s'é-

TROISIÈME EPOQUi;. l35

tait accrue d'année en année. Le gouvernement Tenait de lui donner la' preure de considération la plus flatteuse en le nontmant membre du pre^ mier corps de l'état , et la prospérité qui se préparait pour le Muséum devait Wentôt réaliser ses . projets et combler ses vœux, lorsqu'il fut frappé d'une attaque d'apoplexie dont il mourutle 3i décembre 1 799. Il fut inhumé dans le lieu même où il avait passé sa vie et où tout rappelle les services qu'il a rendus.

Le 6 janvier suivant, les professeurs du Muséum, usant pour la première fois du droit qu'ils avaient de choisir leurs collègues , nommèrent M. de Dolomieu , qui s'était depuis long - temps acquis une grande réputation comme minéralogiste, et surtout comm« fondateur de la géologie en France. Ce savant, que la passion des connaissances avait déterminé à se joindre à l'expédition d'Egyptp , avait été fait prisonnier à son retour, et on l'avait plongé dans un cachot à Messine , parce qu'on avait faussement supposé qu'il n'était point étranger à l'invasion de Malte.Les puissances de l'Europe n'ayant pu réussir à biiser ses fers, ni même à adoucir sa captivité, les professeurs ignoraient s'il serait bientôt libre de se rendre auprès d'eux ; mais ils aimèrent mieux s'exposer à ce que la chaire ne fût point remplie pendant quelque temps, que de laisser échapper l'occasion

l36 HISTOIRE Dt7 MUSÉUM.

de rendre one justice éclatante à un homme que son déToueinent pour les sciences et l'ëlëTatioB de son caractère n'a'^ent pu nietti;^ à Talni des cali»nnie» les plus absurdes et des persécutions les plus odieuses. Cet hommage rendu au mérite {mlrot également honorable pour ceux qui en étaient les auteurs et pour celui qui en était l'objet. M. de Dolomieu n'en fut informé que lorsque la liberté lui fiit rendue le i5 mars 1801 , par un article du traité entre la France et Naples. H se hâta de se rendre à Paris , et lorsqu'il parut dans l'amphithéâtre pour faire sa. première leçon, il fut accueilli avec un enthousiasme qui montrait à la fois l'idée qu'on avait de ses connaissances, et l'intérêt qu'avaient inspiré .ses malheurs. Après avoir fini son cours , il voulut profiter du reste de labelle saison pour parcourir les Alpes delà Suisse et du Daupbiné , d'où il espérait rapporter des minéraux pour le cabinet. Mais sa sant^ affaiblie par les maux qu'il avait éprouvés, ne put résister atix fatigues de ce voyage. A son retour ,ils'arréta à !Neufchâtel en CfaaroUais, che2 M. le comte de Drée son beau-£rère; et il fut atteint d'une maladie dont il mourut le 26 novembre*! Soi.

Depuis plusieurs années les travaux ingénieux de Rome de l'Islc et de Bergmaitn avaient appelé l'attention sur la forme régulière et constante des cristaux; mais les observations qu'on avait faites

bïGooi^lc

TROISIÈME ÉPOQVE. l3^

ne. présentaient que des phénomènes isolée M. Haiiy ayant deviné la cause de cette structure, appela la géoihëtrie à son secours pour en déterminer leslois, et bientôtil parvint à desrésultats généraux qui devaient changer les bases de la science. Après avoir démontré cette grande découverte, il en fît l'application à toutes les espèces coraïues , dans le Traité de minéralogie qu'il publia en e8oo. Cet ouvrage , en établissant la distinction et la classification desespècesminérales, non plus uniquement sur des apparences exté- .rieurea, mais sur des caractères essentiels qui dépendent de la nature même des molécules primitives , donna à la science une impulsion semblable à celle que trente ans auparavant les découvertes de Lavoisier avaient donnée à la chimie ;il Tassujettit de même à une marche uniforme et à unenomenclaturerégulière^avec cette différence que de nouvelles expériences peuvent modifier la théorie et la nomenclature de Lavoisier, tandis que les lois, de la cristallisation sont invariables,' rigoureusement déterminées par le calcul, et d'une application toujours sûre par la mesure des angles. M. Haiiy fut donc appeléà remplirune chaire pour laquelle il ne pouvait plus avoir de concurrens. Il fut nommé le i8 décembre 1801. Dès lors renseignement prit une nouvelle direction ; il fut lait d'après la méthode cristâllographique de ce

l38 HISTOIRE DU HUSiUH.

Avant, qui est le fondateur et le chef de l'école iraaçaisè. On craignait d'dbord que tïette méthode ne convînt point à ceux qui ne s'étaient pas préparés à l'entendre ; mais M. Haiiy a su s'aider de tant de secours , que toutes les difficultés . ont été aplanies. Il a fait d'abord construire des modèles de cristaux pour rendre sensibles à l'œil les lois de décroissemeat et les modiJîcations que peut subir la forme primitive : en présentant ensuite aux élèves.les minéraux dans leur état de pureté , il leur a appris à distinguer les variations produites parle mélangedediversessubstances. Ha faitsous leurs yeux les expériences les plus curieuses pour leurmontre^ les phénomènes qui résultent de l'action de l'électricité , du magnétisme et de la lumière ; phénomènes nouvellement olsei-vés , et qui , différant selon les espèces , offrent pour les distinguer des caractères {«"écis et dépendans de leur nature intime. L'ordre qu'il a établi dans la collection ,^onne le moyen de comparer les divers minéraux, d'observer toutes les nuances de forme , tous les passages d'une variété à l'autre. Au-dessus et au-dessous des tablettes où sont rangés les échantillons d'étude qui présentent sensiblement le caractère essentiel , sont placés d'autres morceaux d'un volume plus considérable pour qu'on poisse les reconnaître à l'aspect.

M, HaUy possède lui-même une suite presque

D.q,t,:9c'byGOC>^IC

TROISIÈME ÉPOQUt. 1^9

complète cle cristaux qui lai serrent d'exemples dans ses leçons, sans qu*il soit obligé de déplacer ceux qui sont dans les aimoirea du cabinet. Les instructions qu'il donne à ses ëlèTes ne se bornent point à ses leçons publiques ; ceux qui se livrent à l'étude de la minéralogie sont toujours sûrs d'être accueillis chez lui lorsqu'ils ont quelques éclaircissemens à Itd demander.

L'influence de cet enseignement s'est répandue dansles pays étrangers. Les Allemands n'ont point renoncé à leur classification , mais ils associent les nouveaux cairactëresàceux qu'ils avaient anciennement adoptés , et plusieurs ouvrages ont été publiés pour mettre en accord les principes de Werner et ceux de M. Haiiy , l'école allemande et récole française.

Lors de la nouvelle oi^anisation de l'établissement, M. Desfontaines n'eut rien échanger h. la métbode qu'il avait introduite en 1786; soit cours se compose toujours de deux parties, dont une est ccNosacnée ^ la physique végétale , l'autre à l'exposition des fartilles , des genres et des espèces les plus intéressantes. Ce cours a lieu trois fois par semaine pendant les mofê de mai , juin , juillet et août ; il est généralement suivi par cinq on six cents élèves. Les instructions que donne le pcofesseur ne se bornent point à la leçon Êiitf; dans l'amphithéâtre , ellesrésultentencoredu soin qu'il

l4o HISTOIRE DU MUSéuH.

prend chaque jour de s'assurer qa'iloe Vest point glisse d'erreurs dains l'école, et d'y fafe« placer à leur étiquette, toutes les fois que le temps le permet ou du moins le& jours de leçon, les plantes qu'on est obligé de conserver habituellement dans les serres.

De toutes les parties de Fhistoire naturelle , la botanique est celle qui convientlemieux aux femmes. Les travaux quVlle exige ne sauraient blesser leur délicatesse; elle leur offre un amusement dans la retraite; elle répand de l'ûitërèt sm* leurs promenades ; elle les attache à la culture des jardins ; elle les met à même de deTclopper chez leurs enfans le talent de l'observation en fixant leur attention sur des objets agréables ; elle leur donne enfin le moyen de satisfaire leur goût pour la bienfaisance en faisant connaître aux habitais des campagnes les plantes qui croissent autour d'eux, et qui peuvent être utiles. Les Lettres de Rousseau leur avaient d'abord donné le goût de la botanique , et ce goût est devenu plus vif par la facilité qu'elles ont eu de s'instruire. On en voit un assez grand nombre se rendre au Jardin du Roi dès sept heures du matin pour assister au cours, et Ton a cru devoir leur réserver dans l'amphithéâtre une enceinte séparée des gradins où se placent les hommes.

M. de Jussieu a toujours continué depuis 1770

'raOlSlEMB ÉPOQUE. i4i

à faire, pendant la belle saison, deshei*borisatîons

l42 HISTOIRE DU HUSÉUH.

pour soutenir le mouTement qu'il avait imprimé; son activité semblait augmenter à mesure qu'elle s'exerçait sur un plus grand nombre d'objets. Quoique sa célébrité l'eût fait appeler à diverses fonctions , il trouva le moyen de ^iffîre à tout , et il continua de faire ses cours avec la même exactitude. Mais lorsqu'il fut nommé au conseil d'état, et chargé de la directionde l'instruction publique, il se trouva dans l'impossibilité de disposer de son temps , et il fut obligé de se faire > suppléer pour une partie de ses leçons. H choisit pour cela son élève et son. parent M. Laugier, qui depuis quelques années était attaché au Muséum avec le titre d'aide-naturaliste chaîné des analyses. Celui-ci fit le cours pendant quelques années avec beaucoup de succès , et à la mort de Bf . de Fourcroy , que nous eûmes le malheur de perdre en 1809 , à l'âge de cinquante-cinq ans , il fut nommé professeur titulaire. Il rappelle la méthode de son nuultre en exposant avec clarté, non-seulement les c<mnaissances qu'il avait reçues de lui, mais celles qui résultent des rapides progrès que la chimie a faits depuis vingt ans.

La place d'aide -naturaliste qu'occupait M. I^augier , fut donnée à M. Chevreul, qui a inséré plusieurs piémoires dans nos Annales, et qui est l'auteur de la partie chimique du Dictionnaire des acience» naturelles.

D.q,t,:9CbyGOC>^IC

TROISIÈME ÉPOQUE. l43

' L'enseignement de la chimie au Jardin du Roi, était autrefois confié à deux savans dont un, sous le nom de professeur, exposait la thcorie.et Tautre, sous le nom de démonstrateur, était chargé de faire les expériences : il en résultait souvent de la discordance entre les leçons , et chacun des deux cours était incomplet ; car les expériences doivent suivre immédiatement les principes dont elles prouvent la vérité : aussi la place de demonstratrateur n'avait été utile que parce qu'elle avait été remplie par d'habiles chimistes, qui s'écartaient du but de l'institution en expliquant les faits d'après leurs propres idées. Lorsqu'à cette place on substitua une chaire pour l'enseignement des arts chimiques, elle appartint de droit à M.Broogniart qui avait succédé à Kouelle le jeune en 1779. M. Brongniart remplit d'autant mieux ses nouvelles fonctions, que dans ses leçons au Jardin et dan^ celles qu'il faisait comme professeur àl'Ecole de pharmacie et au Lycée des Arts , il s'était toujours plus attaché à montrer les procédés et les applications utiles de la science qu'à exciter la curiosité par des phénomènes surprenans. A sa mort, arrivée au mois de février i8o4, il fut remplacé par H. Yauquelin , qui, ayant fait une étude^ spéciale des arts chimiques, put doanei^ à cette partie importante de la science un développement qu'elle n'avait jamais eu. On ctmvient géné-

l44 HISTOIBE on HUSlÉtlM.

ralement qae par la lumière qu^il a répandue sur la chimie analytique, par ses travaux sur la docimasie , par la décourerte du chromé et de plusieuH autres substances, par la méthode raisonnée à laquelle il a soumis les procédés, M. Vauquelin a puissamment contribué aux progrès qu'ont faits nos manufactures depuis qu'il a commencé de professer au Muséum.

Dès le commencement du dernier siècle , la botanique fut cultÏTée avec succès. On avait réuni beaucoup de plantes au Jardin du Roi , on avait fût des herbiers très-nombreux, et Toumefort put examiner et comparer tous les végétaux connus , étaldir des genres et les distribuer d'après une méthode qui cbnserve la plupart des rapports naturels. La zoologie n'avança point avec la même rapidité , non qu'elle fut négligée , maïs parce qu'on n'avait pas les mêmes ressources. On décrivit isolément plusieurs animaux, on donna des détails curieux sur lesînsy tes , et Lïnnaeus dans son Sf'stema, présenta dans un ordre régulier, et caractérisa dans un langage aussi précis que pittoresque, toutes les espèces qu'on avait observées jusqu'à lui. Cependant, la plupart des animaux des deux continens n'étaient connus que d'une manière vagué , parce qu'on n'avait pu les f approcher pour les comparer les uns aux autres, et pour déterminer les changemens que l'âge , la saison

' TR.OISïÊM^ EPOQUE. l45

et d*antrés circcvistahces produisent dans les mémesindtvîdiis.Ce fiire^ les coUectioiis'du Jardin da Roi et les oun-ages dont elles facilitèraot reyëciption qui doonèi^nt'à ld*zoologie une exactitude ^*elle n'avait >ainais eue. L'histoire des quadrupèdes par MM. de BuffoD' et Daubenton , cellç des oiseaux par MM.de BuffonetdeMontbelIiard, celle des cétacés et des poissons par M. dé Lacépède.firentconnaitreàfondlesespècesqueliinDaeusaTaît iddiquées, et un grand nombre d'autres dont on ignoMiit l'existence, las mêmes coUectipns offrircritàM. deLam3urck'desmatétiauxpourl*hibtoire des animaux sans vertèbi^f s , et à M. Latreille ' le moyen de perfectionner son grand travail sur les insectes. Bientôt après , Hi. Cuvier fit pourla zoologie ce que M. de Jussiéu avait fait pour la botanique , en e'taÙissant .sur les rapjiorts naturels, indiqués par des-caractères invariables, une classification qui fut généralement adoptée; et^ l'on -peut dire que Jia réunion cbbs pn même lieu des trois chaires de zoplogiel une chaire d'anatomie comparée , établiten' France une nouvelle école , où l'on apprit à>(Ustingu.er les caractères du premier ordre qui constituent les familles et les genres , à comparer et à déterminer les espèces , et (pie c'est vraiment aux cours faits au Muséum, que la zoologie doit les immenses progrès qu'elle a faite depuisviogt-cinq ans. «

. Cooj^lc

1^6 HIStOIKE .DU M.VâéUM.

Lèff trQÎa chaires sont occupées at^ourd'hui jaur ks mêmes professeurs. qi4 fuE^Dt appelés à^ies remplir .lors de la d'éatioD, «t le noml)^ des âè^te est plus coondéoBible' chique année, soit parce que le goAt ^ç la zoologie est devem phis gén^l, soit parce que l'accroissement des collections et l'augmentatio» de la ménagerie Offrent de nouveaux moyens de rendre Tûistniction pins poùtÏTe et plus' étendue,

M. Geoffroy de Saint - Hiliire a été pendait quatre ;innées l'un des saraos «o^loyés daiy Texpédhion d'Egypte ; son »é)oùc- dans cette . coibtrée a été très-utile aiyi progrès de la science, non-4euU3pent à cause des objet» qu'il .en a fâpportés, mais pare* que*les observations qu'il a recuçiUies, et les méditations auxquelles il s'est -livré Font conduit à faire des modifications importantes à la méthode qu'il avaitd'abord adoptée pour ses }eçons. •

.Après avoir .décrit ^es 'animaux en s'attachant aux caraeli&rea apparens , il a. cm devoir faire en- 'visager à ses élèves la zoologie souâ un point de vue plus général, en professant une doctrine qui s'appUquQ ajoutes les parties et qui les lie entre elles. Cette doctrine j-epose sur quatre considérations, I* la théorie des analogues; a* le principe 'des -connexions', 3° le balancement dans le volume d«sorgane9;4''lebalRnitéff.ëlectiTes des élémens

organises-; c'est'4-clire.;^it les quatre vues prin*' cipales de sa ^hilosopbie' aaatomique.

D'après cette.idlée^'ild^Teloppe mainteDant dans ses couè'S, il ne se iibroe plus à indique^ le* formel èxté^eure? , A ^ itMtetre la cause dans des modïfîçj^tions qui rie détniisejit'poiat les lots essentielles Et primitives, et il cherche ainsi à découvrir le plan que la nature a suivi dans l'ei^atr nis^on des différentes classes'd'animam. - -

AÏ Geçf&oy avait été, depuis dix - huit,mois , chargé seul d'enseigner l'histoire' entière' des animauxvettébrés, lorsque Ja loi du 1 1 décembre 1 794 créa, d'happés la deipande de'tous lespi^fesseurs, une chairç particulière po^^' l'histoire des quadrupèdes ovipapes, des reptills et- des. poissons. M: de Lacépèdcquiavait quitté le Jaixlin defmia deux ans', ayantétë^ppeléà la remplir, auntois de janvier 179^, il ite se contenta*point de faire régulièrement ses cours, il repriCavec ardeur ses aiiciens travaux pour la classiAcation, la nomen-; clature, pt l'artangement des collections. Il s'occppa d'abord de celle d<»it il était spécialemeeit chargé ; mais peu de temps après , à l'époque où la galerie supérieure du cabinetTenait d'être terminée, son collègue, qpi partait. pour l'Egypte, l'ayant prié de le remplacer, il;C^isposa dans le plus bel ordre la-collection dloise^ux formée fle ceux de l'ancien cabinet, dé tea:^ qu'on avait re-

l48 HI6TOIBE bu MOSÉCH. -

^ d& Hollande , de «eux, qtii aT?ieDt été rapport t^» des Antilles par le 'Capitaine ^Jdin , et d'A-r ftique par M. Levaillant; et'. cÈ'fnt par ses soins que cette collection ,4a plus magnifique qu'on eât réunie jusqu'alors, fut exposée k la vu^ du public, et devint classique pour l'étude de. l'omithologie.

Larëputation que M. de Lacépèdç s'était acquise par ses ouvrages, rempressementqu'on avait d'entendre l'ami et le continuateur de. Buffon , attirèrent à ses leçons plusieurs jeunes naturalistes, qu'il détermina à s'attacher à une partie de l'histoire naturelle, 'qui jusqu'àlovs avait été négligée en France. Depuis dix aibs il consacrait tous ses momensjà faciliter l'étijle de la science à .laquelleil avaitfait faire tantlIepfogrès,lorsqu'ilfiit nommé à une place importante donUes fonctions ne lui ki^sfiient plus de loisir. 11 foi alprs obligé de se faire suppléer^ ^t de se borfter à prononcer de tem.ps ejLtcmps quelques discours sur les principes généraux et sut- les résultats de l'histoire naturelle ;maiscfi choisissantpoursonsuppléantM.Dutnéril, l'auteur de, la -Zoologie analytique , et le coopérateur de M. Cuvier dans Içs premiers volumes de son Anatomie comparée, il mit ses élèves à m^me de recevoir l'instruction la plu§ solide.

M. le chevalier de Làmarck , si recommandable par ses travaux sur les animaux sans vertèbres, a., pendant vingt-cinq ans, professé l'histoire des

• TEOISIÈME EPOQUE. l^^

mollusqdes, dès crustacés , des insectes; des vers et des xoàphytes, qui n'avait jamaif^ëté dans son ensemble le sujet d!un cours particulier.Ilaclassc dansie cabinet le% coquilles et les polypiers, d'apvhs une méthode pins savante > et plus exacte que toutes celles qu'on avait adaptées avant lui; il a caractérisé tous les genres , et déterminé un grand ' nonlbre dVsiTèces tivantes et d'espèces fossiles ; et depuis que sa vue affaiblie ne lui permet plus demontrefles objets qu'il asibién étudiés, il est supj^éédans ses leçons par M. Latreillo, que ses nombreux é«rîts, et principalement son grand ouvrage sur la classification et fes caractères' génériques des crustacés* et des inseotes , 6nt placé au premier rang parmi les entomologistes ' de l'Europe. ■

Les trois cours -de zocJogie. dont nous venons de parler , ont lien pendant- la belle saison et duraiittroisou-quatremois. Us se.font dans les salles du cabinet où les élèves ont sous lés yeux les objets dont parle le. professeur, et peuvent les examiner encore a'prè^^aLfiçon.

La chaire d'anâtomiji.bmnïitfe, établie au Jardin . du Roi peu detemDsaprèssa'fondation,'atôujours été remplie .paH^es- sa Vïms dupremier^ordrè, et pendant bien dèvmnées elle fut considérée comme celle où l'enseignement était leplus complet. Dans les temps modernes, et lorsque Tes cours d'anato-

i5e HISTOIRE DU MUSEUM,

inie se soiit multipliés , elle n'a point Ûé^ênéré de son anâetinç réputation. Elle est <Jepnis^778occojiée par M. Portai , aujoiu-d'bui premier niédeàn de sa majesté, et président de l'acadànie de médecine. Ce savant n'a jatn^s interroinini ses com^ , et il les fait toujours avec le même zèle.

M. Mertmd , qui avait pendant plusieurs années travaillé à la diisectipn des aitîraatrfayecM. Danbenton , n*avait pu cependant considérer Fanatomie de ce point de vue élevé qui lui- permet d'embr^LSseries rapports de tous les animaux^ depuis le polype jusqu'à l'éléphant.etde c*niparerdàns chaque classe les organes essentiels. M. Cnvier , ' nommé suppliant de M. Mertrod , le t5 novejnbre lygS, et professeur titulaire après la' mort decelui-cr au' i" novembre 1802, eîiseigna cette scienîfe dafns son çnâemble et dans ses détails; il forma le cabinet d'anatomie , d^s lequel il plaça les sque,lettes entiers àt tous les animaux qu'il put se procurer , la collection deSos de même nature .pri6*'de chaque animal > et, les dilférens systèmes d'organes intérieurs prégiAréjl et 'consertés^ dans fesprit-de-vin. 11 pri^ta poiif cela des ressources que lui oîfftût l'établissemeril'de la ménagerie et des" envois qiie les .voyageurs et les, naturalistes étrangers faisaient au Muséufn. Qii saitqye depuis cette époque l'anatfrmie comparée est d'evenue la principale'base de la zoologie. '

TROISfàME ÉPOQUE. l5l

L'établissement d'uo cours de géologie , séparé dii cours de minéralogie , est ime innovation extrémemept avantageuse (i). Sans doute, le g^^ logue ne peut se passer des caractèi;es précis que li^i donne le minéralogiste, soit pour connaître parfaitenumt les genres et Jes espèces dans leur état' de pureté , soit pour discerner dans lesagrégafs, les él^raensdont ils sont formés,;et les altérations que le mélange de diverses substances produit dans la forme pcinutive -, mais l'histoire des grandes masses qui couvrent le globe., celle de la situation respective des roches et de leurs diverses formations , celle des feux soutenains et dés produits volcaniques, celle des ëaïuf thermales, celle des coquilles-et des ossemens fbssiles qu'on trouve à différentes profQnd(*Urs, composent une science particulière, fondée sûr d'innombrables' cAservations, et dont l'exactitude peut- nous garantir des systèmes auxquels la théorie de- la terre anait été abandonnée jusqu'ici. ■

' M. E^ujasde Saint-Fond fut le premier qui remplit 1^ «haire qu'on venait de-créen au Muséum, il fit d'une manière brillante-le cours de géologie , etisi cette sciéïtce , malgré les faits dont 11 l'avait

()} La géologie dont on s'occupe •nlonid'hiii beauDOnp , ttiil «atrefoil û peu étudirip , f]ue le npiu Infinie d'en était connu qae dé* wtwh, et n*lDtiût point dans li langue ordinaire- Le aiotgioiomeae»e trouie poinl>dBns le Dictioanairc de l'académie quoiqu'on j tronre les mbtt loolope et zoogmphia.

. Cooj^lc

iSa HISTOIBE DU BfVSiUM.

enrichie par ses recherches , n'était point encore assez avancée ponr qu^îl pât la soumettre à des r^les positives, il eut -du moins l'honneur d'en inspirerle gbût aux nombreux ëlèves qui suivaient ses leçons, et de préparer ainsi les progrès rapides qu'elle a faits depuis le- commencement du siècle.

Pendant les dernières années de sa yie, l'affaiblissement de sa santé l'avait obligé à se retirer à la campagne, et quoiqu'il Juif ût pénible d'être éloigné de ses collègues , quoiqu'il sentit la né~ . cessité d'arranger dans les nouveUes salles du càbinet les nombreux c^jcts qu'il avait rassemblés, il ne venait guère à Paris que pour faire son côu^s. U était âgé de soixante-dix-huit ans, lorsqu'il a terminé sa carrière à sa lej^ dç Saint-Pond , près ^ Montèlimar, le 'lâ juillet 1619.'

Une ordonnance dulVoi, rendue le i3 septembre suivant, d'après la présentation des professeurs du Muséum et de l'Académie desficiences, a nonuné à la chaire de géologie M. Cbrdier ,,inspectet)r divisionnaire de» mines , l>'élève et Panû du célèbre Dolomieu , qu'il avait -accompagné dans plusieurs desesvbyagès, et dont il avait étélf collègue dais l'expédition d'Egypte. Ausâtôt après son entrée au Muséum, ce savant -s'est occupé à mettre en ordre la collection de géologie; il en a formé tt-QÎs séries , la première selon la nature d<îs roches, la

TR'OISIÈHE ÉPOQVE. l53

seconde selon leur g^ement, la troisième selon leslocalitës. Dans ses leçons, commencées en 1820, il a pns soin d'écarter les 'bypothéses,'pot\r se bopnçr à'exposer les faitAronstatés p^ l'observation, et aies lier entre eux de manière à donner des noti*!» ' «zaAes sur l'état actuel du ^ôbe. Il s-est surtoul^taché àtprésenter le tableau. dés richesses qqe rçnierme*, le -sol .de la France , et à faire connaître l{s moyens de les exploiter et de le» employé» au progrès^e^ arts et aux besoins de la société, ^ , , ' . .

L'Iystoire naturelle ne peut se passer du secours du dessin , et les descriptions les plus exactes laissent touj^oyrs de l'incertitude lorsqu'elles né sont p99 accompAsiiëte de bonnes figures ; le langage exprime^Ort biçn les caractères essentieb, mais il ne saurait offrir à l'esprit une ini^e de 4a physionomie des Itres, . de cet ensemble qui les fait reccmnaîtrc au premier coup d'œil ; et ce fut une heureuse idée d^ttacher au Muséum un peintre *. qui enseignât cet art par-ticulier de .représenter les' objets de la nature^ non point uniquement pour produire un effet pittoresque , mais pour rendre avec exactitude les traits qui les dUtia7 guent. En répandant le goût du dessin, cette in^ titutàon Ta dirigé iiers un but utile , et chacun peut rf-marquer co.mbien les figures dont sont accompagnés aujourd'hui -les livres d'histoire naturelle

l54 HISTOIRI^ DV MVStvM.

sont supériejires à celles '^nt ils ^ient ornés dans le dernier siècle. Ce n'est pas qu'il n'y ^ùt anciçimement des artistes fort habiles', etles-vélins du Muséum en o£fr<%it ta preuve;- mais ces^iv tbtes étaient en petit nombre, «t les liîtturalistes trouvaient jdiflicilement quelqu'un qui^t les seconder. Depuis que M. Yails{iaen(Unck fait, un cours public , il a fonpa de nptnbrpux élèves qui, s' étant d'abord exercés à c<^ier ses«iodèles, puis à dessiner souâ sa* direction les plante^ 'du Jardin et Ies«amniaqx de la'^énagerie, ont contribué à rendre*plus facile et plus sûre l'étude, de la botanique- et de la zoologie. Quoique les ISçons ' du professeur aient pour but principal d'ensei^ gner à saisir et à rendre les carahèyes gui di^tin-. guent les êtres liatuiels , Ce qui tient à l'agpément n'est peint négligé , et c'est peut-être à jcela qu'est dûledegré de perfection auquel s' estélevéeiïFrance l'art dcpeindre les fleur» , et l'ipfluence^rie cet • art a exercé'sur plusieui'^ denostnanofactures.' M. XanspaendoncV avait été attaché au Jardin dès 1 774 >■ et ï'op trouve dans les portefeuilles ^usieurs vélins de lui. La célébrité dont il jouit' attire à son cours 'beaucoup de jeunes' demoiselles qui y sont conduit<es pai' leurs Il^ères^ Plusieurs d'entre ■ elles onbacquis un 'talent distingué , et quelquesune* l'appliquant essentiellement à la botanique, nous ont donné d'excellentes figures de plantes,

TROISIÈME ÉPOQUE. l55

comme onpeilt le voir en parcourant celles qui s^t gravées dans les Annales du Miisëum.

Le cours d'iconographie a jvsqiâà ptésent été fdit'à la bibliothèque | il a Heu 'pendant pr^ de 'quatre mois , et trois fois par semaine. Les jourè de leçon, la bibliothèque n'est ouverte qb'auK élèves' qui se sont fait inscrire ; dans les jours d'in- ■tefvalle, plusieurs d'entré eux. continuent leur travailaux heures de lecture, et M. Vanspaendonck y -vient souvent pour leur donner ses'conseib.

Les professeurs. que nous venons de 'nomméi:

étant obligés âe lAettre l'enseignenîentàla portée d'ungranfl'nomfjre d'élèves, ils lie peuventexposer d^ns* leucs cours ni les observations de détail , ni les nouveltjïs découvertes dont la théorie et les rapports ne seraient bien saisis que par ceux qui ont, déjà Beaucoup d'instruction ;■ mais les Mémoires qu'ils publient en commun leur offrent le moyen de répandre ces observations et ceis découvertes chez tous ceux qui se, livrent aux sciences. ' Ainsi M. Haây a profité de cet ouvràge,soit pour iÇxer lescaractèr^ de divers minéraVix récemment , arrivés au cabinet , soit pour exposer la simplicité des lois auxquelles est soumise la structure 'des «cristaux, et les avantages des formules analytiques. MM. Fourcro^,Vauquelin et Laugier yont inséré les résultats des travaux les plus importans faits dans If laboratoire de chimie. M. Desfontaines y

lâ6 HISTOIRE DU MUSÏCM.

a décrit lèsnouTcaax gehres de plantes qu'ils vues fleurir au Jardin ou qu'it'a trouvées dans nosher^ biers ; M. de ^issieu y a donné les caractères des principales familles naturelles des plantes ,' av^c les additions et les rectifications que le progr^ de lascitnce Ta mis àlnéme de faire à ceux qu'ilavait admis dans son ouvrage ; M. Tbomn y a expliqué en détail les pratiques adoptées au Muséum pour les semis, les plantations ,' la greffe ; MM.'G-eoffi^y et de Lacépède y ont publié des genres nouveaux de quadrupèdes, de chauve-souris, de reptiles et de poissons; M. de Lamarck y aMécAt les coquilles fossiles des environs de Paris; M. Guvïer y a fait connaître l'anatomie des-mollusqqfle et.le*-«quelettedes aniinaux perdue dont ilaTâssemHlé les os~ semens fossiles'; tous se sont empressés d'y donner l'extrait de la correspondance que leur pjace au Muséum les oblige d'entretenir spit avec les établissemensdu même genre, soit avec Içs voyageurs et avec les savaôs étrangers. ■■ •

Si dans chaque partie on est conduit par de|prés des {uremiers élémens aux connaissances les plus élevées, il n'existe pa;^ non plus de lacune entre les diverses parties de l'enseignement^, toutes se lient pour concourir à un même résultat , celui d'assui'er la marche progressive des sciences naturelles, et de les faire servir aux besoins et au bonheur de la société.

TROISliME ÉPOQUE. t57

Denx mille élèves suivent chaque, année les cours du Muséum; quelques-uns seulement (leviennent des naturalistesdistingués ; ifiaisil n'en At pas un qui n^ïpprenne des choses utiles , et qui nVcquièreletalentderobservation. Bacon disait qu'en philosophie Vignorance était préférable au demisavoir ; ^t cela» est vrai; car un esprit fauk.peut employer des notions superficielles d'histoire ou de philosophie pourattaquer tes principe^ fondamentaux de la morale et de. la politique; mais il n'en est pas de même de la connaissance- de la nature : dans cette science ilHmitée 4out est ivnmédiatement utile , depuis les notions les plps sim- . pies jusqu'atgt recherches les, plus profondes, et depuis lej plus .petits délailsjusqu'aui rues générales. L'étude des sciences naturelles convient • également à toutes les époques de la vie , à tous les étais, .de l'âme, à tontes lesnrofessions : elle s'associe à tous les autres genres d'études ; elle a de l'intérêt dans toutes les circonstances, au milieu du luxe des villes comme dans la solitude de la campagne ; elle amuse l'enfance , et procure à la vieillesse des jouissances paisibles; elle offre des secours à l'agriculture, à la médecine et aux arts , et contribue puissamment à la richesse des nations. Comme elle a pour but de constater les faits et de les coordonner, et non d'en chercher l'explication, elle, n'est point hypothétique ; et si

lââ HISTOISE DU HUSIËUU.

l'ob^rvation est quelquefois inconif/lète , la nature est toujours là pour dissiper les doutes et rectifier'les erreura. Mais pour yqe cette étude ait les re'sultats qu'on en doit attendre, il faut qu'elle soit bien dirigée , il faut épargner a ceux qui commencent les recherches pénibles qu-ont faites ceux qui ndus ont.précé'dés, il faut qu'if y ait 140 depdt de tontes les connaissances acquises, où chacun aille pjiJlser, ^onr ensuite l'enrichir à ^âo» four.

Ce dépôt existe' chez nous: formé d'âbort^par nos rois ; illustré dans la sui te par des hommes de géniç, et dii'igé par des administrateurs éclairés , il a été.organisé de mîfnièr^ à ce que l'ordre n'y fût jamais troublé ; on Ta tu résista à - toutes les secousses-, 'échapper à toutes les dé>'^tatjoiis , . exciter l'adiniratfon des étrangers ; il a pris un nouvel accroissement depuis que la paix nous est rendue^ son utilité garantit sa durée \ e.t s|U no^s fallait unmotif^deplos pour compter, sur sa ](Ifospérité, noi}S le trouverions dans notr^ confiance en un monarque protecteur des sciences j et dent le. progrès des lumières, ^doit à jamais assurer la gloire , en faisant mieux sentir le prix des institutions qu'il a dotmées h, son peuplé.

l6o HISTOIRE DU HUSlÉUH.

HIRËaALOGIE.

M. Haut (René-JuSt), né en 1743, à Saint-Just, département de l'Oise : chanoine honoraire de ■réglisemétropc^t^ne (lcParis(i) ; de Tacadémie des sciences en 170^; pr<*fessetir à la Faculté des sciences de l'université; nommé an Muséum en décembre 1801; ïssai d'uoe thÉorie aiir lu structure des cristanz, 1 lol.

in-8, Pari», 1788.

'traité de miiérEno^e; Paris, iBoo, 4 ^ol. in-fi, arec na

allas.

Traité dès caractère* pbj^iqaei des pierres précieuses ;

Paris, i8ig,„i toI. io-S, Traité élëmentsyre de phjaiqye-; 9 {ol. in-8 , Paris , troU

MitiODsî'la dernière de i8d«.'. '

Ud grand nombre'de mémoirdi daoB Ie« Recueils de l'aca-

'démie dés sciences et de nnsUtut, dans les Annales du

Muséum, dans le Jonn^gl des-miaes, etc.

Aide-naturalîste , suppléant H. Haiiy dans ses leçons.

M. DEL&FossE (Gabriel), iié.en i796,àSaint'.

Quentin, départeinent de l'Aisne.

M. De la Fosse n'ajaot encore publié aucun ourrafe,. il est

(1) Totu 4» profeucon da HiuéDm iont membrci de la Lè^on dliaDDaiir ; tau KiDt ■uociè* on comipondaDi det priocipilei lociétét siTanlet ie IXiiropt et de l'Amiriqne : Iei bomei de cet oaVnfe De ■HMH pemettent pa« d'iDtmcêr poni chictm d'eni le* titiei ipû.]ftva- TCDt Sa coDfidéiilion doDt ils jgoiucDt en' France et diai Ici ptyx étnagen.

PB1NC1PXVX EMPtOTéS. i6l

■esteatiel de faire coDoMlr&lea tootib qi^ Dnt'ditenniné H. Ha&y â^ le choisir pour son Buppléaol, ef l'assemblée da Biuséum à auioriser ïe c^oix. Nous croyons en' cqoléquence deroir citer quelques lignes de ce que M. BaOf dit de lui dam son Trinlé de physique ; Inlreduction , page ZKzn.

c Nous aToas eu tout Iveu de Dons féliciter d'aToir auprès de

«nous Ml de la ïosse Ce jeune saTautnous'«

•puissammeut secondé dans les expériences destinées A

• vérifier les nouTCaux faits que nous nous proposions de > publier. . . . '. Il a coopéré i la rédactioti de plusieurs «articles On jugera par le Traité de cristallogia-

. apbie qui Ta bientôt paraUre , du succès avec leqnebil a

• cultivé cette branche imporiaïUe.de laminéralogiov ■

CHlÛtH PÉNÉBALE. , .

M. Laugier (André), né à Paris en 1770, de Tacadémie de médecine. '

Âllaché au Muséum, avec le titre d^aide>^tura- liste chargé des analyses , en juin i8o3 ; choisi deuzansaprèspoursnppléerM. deFouràroydans ' ses leçon»; nommé professeur le 17 février 181O.

Plusieurs mémoires parmi ceux de l'Institut, de l'Académie des sciences, des Annales de chimie , et des Aonolesdu Husëam. ' >

AlDE-IfATQRALISTB.

M. Dubois (Antoine-Charles), né à Paris eu

Attaché au laboratoire de chimie depuis 1796.

i63 hi&toir:ç. du husech.

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