TI. JABSIH DES SEMIS
Ce jardin qni seul entretient, accroît et renou- Telle nos richesses en botanique , n'existe que depuis 1766. Le teirain qu'il occupe. avait été acquis Tannée précédente par BufTon , qui en confia l'ordonnance à M. Thouin. Ce professeur en a publié, dans les tomes 4 c*^ 6 des Annales du Muséum, une description détaillée. Noos y ren- Toyons ceux de nos lecteurs qui voudront connaître l'usage de toutes les parties dont il est composé , et s'instruire en même temps des divers procédés employés pour semer avec métbode, pour fsîre lever , et pour conduire jusqu'au moment de la transplantation les végétaux de tons les climats. Nous croyons devoir nous borner ici à faire remarquer l'ordre dans lequel tout y est distribué , et le but qu'on s'est proposé dans cette distribution.
Le jardin des semis a 885 toise» carrées ( ou 3362 mètres carrés ) de surface. D est enfoncé d'environ 10 pieds au-dcssous du sol de l'ancien jardin , et de niv.eau avec le jardin de naturalisation qui, formé en même temps et [dac^ à son
extrémité orientale , n'en est séparé que par un mur de clôture. D est borné au nord par la serre tempérée, au couchant par la colline plantée d^arbres verts , au sud par l'aUée des marroniers. Cette situation le met parfaitement à Tabrî des vents du ilord et de 1* ouest.
En suivant au dehors le mur qui soutient les terres au-dessous desquelles il est situé , on en voit parfaitement la distribution, et l'on reconnaît même la plupart des plantes qui y sont en fleur.
La porte d'entrée est au bout de la terrasse de 200 pieds de long qui occupe le devant de la serre teiapérée. Pendant b belle saison cette terrasse garnie des arbres et arbrisseaux qui ont passé l'hiver dans la serre , offre un coup d'œil superbe , et dont on jouit lorsqu'on se promène dans l'allée des marroniers.
Près de la porte et à droite est un escalier par lequel on descend dans le jardin. Au mur qui soutient la-terrasse est adossée dans toute sa longueur une ligne de huit châssis dans lesquels sont encaissées des couches chauQes, oik l'on place les semis des graines venues des pays chauds. Cette ligne est interrompue dans son milieu par une petite serre. Les encaissemens de chaque côté de la serre sont au nombre de quatre : ils sont en fer et couverts par des châssis vitrés , inclinés et mobiles sur des crémaillères, de sorte qu'on les
a66 DESCRIPTION DU MUSÉITM.
ouvre à volonté pour donner dg l'ur aux plantes. Au-dessous de ce^ haït encaissemens , et sur la même l^ne , il y eu a huit autres en maçonnerie , où l'on place sur couche les plantes bulbeuses ou Ijibérenses du cap de Bonne-Espérance et des climats analogues : ces demiiers ne sont couTertsde châssis que pendant l'hiTer. Â l'extrémité de la ligne des couches est un escalier qui remonte sur la terrasse , et qui correspond à celui par lequel on est entré.
Le long du mur qui soutient les couches garnies de liliacée8,d^iridées et de narcisses, est une petite allée, à droite de laquelle sont deux lign« de couches ùmples destinées aux semis des plantes de )a zone tempérée. Elles ont 6 pieds de largeur et a5 toises de longueur. Lear hauteur lorsqu'elles sont nouvellement construites est de a pieds 6 pouces , qui se réduisent k lo pouces lorsqu'elles se sont affaissées. Elles peuvent contenir ensemble cinq mille pots qui y sont «rangés dans l'ordre des numéros du catalogue des semis. Cette douUe ligne de couches ûm^es, dont une partie eat ()uelqaefoîs couverte de châssis vitrés , est coupée dans son milieu par l'allée transversale qui est ▼is-à-vis de la petite serre.
Au-dessous de ces couches et dans une direction contraire , c'est-^-nUre du nord au sud , sont trente-sept plapches de longueur inégale, et larges
de S pieds. Les vingt^neuf premières sont destinées aux semis des plantes amiuelles dont la végétation sVccomplit en quelques mois , et qu'on ne sème que lorsque la- terre est déjà imprégnée de chaleur. On s'en sert aussi p^ur repiquer quelques plantes annuelles qui ont levé dans les pots et dont on veut recueillir les graines.
Les huit planches suivantes sont des couches froides pour la transplantation , les séparations et les repiquages des jeunes plants qu'on a nouvellement obtenus en semant les graines des arhustes et des plantes vivaces qui sont originaires des noues froides et tempérées : les pots qui contiemaent ces jeuoes plantes y sont enfonce's dans le terreau, et Ton prend les précautions nécessaires pour les abriter du soleil dans les prejniers jours. Lorsque la reprise est bien assurée , on transporte ces plantes soit dans la serre tempérée soit dans les parterres.
Après toutes ces planches viennent deux haa-^ quettes k l'exposition du couchant : ce sotit des couches sourdes destinées à recevoir des pots de semis dont les graines n'ont pas levé dans l'année, pour qu'elles puissent se développer les années suivantes.
. A l'est 4e ces banquettes est une plantation de thuyas fort élevés; entre ces thuyas «t le mur de
clôture est un espace où Von a construit une
368 DESCRIPTIOIf DD MUS^VH.
petite cabane : c'est là que se place le jardinier en chef avec ses aides pour faire les semis. A droite et à gauche on dépose dans des abris , diverses choses nécessaires à la culture, comme outils, paillassons, (jocfaes, etc.
En revenant de Test à Fouest, dans un sentier qui est à dix pieds durour de terrasse , on suit une ligne de couches sourdes sur lesquelles on place les pots où sont semées la plupart des plantes des pays froids et quelques*imes des pays tempérés, dont les graines sont trè»^fines. Ces couches sont garanties du soleil du midi par le feuillage des marroniers de l'allée. Aux deux extrémités de ces couches sont quelques vases remplis d'eau pour les semis des plantes aquatiques.
Le long (^ mur est une plate-bande qui reçoit pendant quelques heures les rayons du soleil à son lever et à son coucher, et qui en est abscAument abritée dans le milieu du jour. C'est là qu'on sème et qu'on élève pendant leur jeunesse les arbustes et les grandes plantes vivaces des régions les plus froides.
Cette plate-bande est partagée dans son miUeu par un passage souterrain et voûté qui conduit à ré<role de botanique ; et les deux parties de la banquette à droite et à gauche du passage sont composées de terres différentes qu'on a préparées pour les plantes auxçfuelles elles sont destinées.
J&HDIN DES âEMIS. 369
On voit ici de très-)oliea fougères du nord , des Teratrum, des ombellîfères, des daphnés, des gen-tianes et des géranium des Alpes^
Lorsqu^on est arrive à rextréroité' de cette plate-bande, on trouve le iong du mur de la terrasse qui est à l'ouest un amphithéâtre composé de cinq gradins, chacun de dix pouces de haut et d'un pied de large , et partagés dans leur longueur en compartimens de 8 pieds lo pouces. Cet amphithéâtre est exposé au nord-est, et ne reçoit 1^ soleil que jusqu'à dix heures du matin. Avant.de le construire on a creusé dans l'emplacement qu'il devait occuper un fossé qu'on a enduit d'un mortier impénétrable à l'eau ; on a rempli - ce fo^ de bonne terre ; on a placé au-dessus les gradins, qui sont en planches de chêne yutenues par des poteaux ; et chaque gradin a été couvert ' de terreau de bruyère. Cette construction conserve rhumidité en empêchant que l'eau des arrosemens ne se perde dans le sol dont le fon<test sablonneux.
C'est sur ces gracUns qu'on sème et qu'on élère les plantes des régions polaires et celles qui croissent sur les montagnes au pied des neiges. Elles y réussissent fort bien : presque toutes sont de petite taille , et se couvrent au printemps de trèsjolies fleurs. On en porte toujours un pied à l'école , mais elles n'y durent pas long-temps , tandis
2^0 DESCRIPTION DU MtJfiÉuU,
que sur les gradins elles coiuerrent leur fraîcehur jusqu'à r^peque de la matmité des graines. Od peut y voir aussi élégantes que dam leur sol natal le moehrtTtgia muscosay la violette à fleurs jaunes (-viola bifiora) , dès androsacés , des primcTères et des saxifrages des Pyrénées, la soldanelle des Alpes, l'abûnthe des glaciers, lesépilobes, les siléné, et les renoncules qui croissent natnrellemejnt près des neiges , des saules nains, et quelques antres Wbustes du Groenland et-du Haut-Canada.
A rextrétuïté de ces gradins on trouve rescalier par lequel on remonte sur la terrasse, ■ I^ous avons dit que la ligne de châssis et de couches appuyée . ccmtre le nrar de la terrasse couverte d'arbrisseaux , était coupée dans son htilieu par^e petite serre vitrée. Cette serre n'y est placée que depoîs trois ans. Elle appartenait à M. Delaunay , sous-bibliothécaire du Jardin, ama* teor fort instruit, et auteur d'un ouvrage très^répattdu intitulé TAlmanach du bon Jardinier ; elle lui servait à cultiver quelques plante» agréable». A sa mort elle a été acquise par le Moséum. On s'en sert pour faire des élèves des plantes de ta Nouvelle-Hollande et du Cap , qu'on n'ose pas , dans leur première jeunesse, placer daia la serre tempérée où elles n'auraient pas assez de chaleur. Vis-à-vis de cette serre et au milieu de l'allée transversale qui partage le jardin du nord au sud
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est un bassin -qui communique à un puits. Malheureusement l'eau de ce puits est tellement séléaiteuse qu'elle encroi!kte les racines, et qu'on est obligé d'envoyer chercher de l'eau à la rivière pour les plantes un peu délicates. On cessera de s'en servir lorsqu'on aura fait arriver an Muséum de l'eau du canal de TOurcq. Entre le bassin et le poits sont plusieurs auges en pierre destinées à des plantes aquatiques.
La description succincte que nous venons de donner.du jardin des semi» suffit pour faire juger de la variété des travaux qu'il exige et de l'intérêt qu'il présente.
Nous n'avons pas besoin d'ajouter que chaque aimée on y découvre des plantes non encore décrites , et venues de graines envoyées sans nom par des voyageurs. On prend tous les soinà possibles pour les conserver et les multiplier ; on en transporte d'abord quelques individus dans le jardin de naturalisation, et sitût qu'on en a obtenu des graines, on les distribue aux botanistes et aux cultivateurs.
La direction de ce jard^ eiSt exclusivement confiée À M. Jean Thouin , jardinier en chef, qui y donne ses soins pendant toute l'année , et particiiUèrement à l'époque des semis. 11 ne s'en repose sur qui que ce soit pour cette opération délicate , et il a soin de visiter chaque jour les pots
D.q,t,;9CbyGOC>^IC
27s DESCBIPTION DD HtJSÏUM.
pour saToïr si quelque graine a levé , et pour
arracher les mauvaises hei4>es. C'est lui aussi qui
préside à la préparation des diverses terres , et
qui fait porter chaipie plante à la place qui lui
convient.
Lorsque M. Jean Thouin fait les semis, il met dans chaque pot en même temps que la graine , un numé^ gravé sur une plaque de plomb : ce nuinéro rmvoîe à un catalogue où se trouve le nom de la plante lorsqu'elle est connue , et dans le cas où elle ne l'est pas, le pays d'où elle vient, le ncnn de celui qui l'a envoyée , et l'époque à laquelle on l'a reçue. On a soin d'ajouter sur le catalt^e la date du jour où la graine a été semée. On sent que ces détails minutieux exigent beaucoup de soins, un goût particulier pour les plantes, et une grande habitude des diverses pratiques de culture.
Le jardin des.semis est, comme nous avons dit, la pépinière où l'on prend ce qui doit peupler toutes les autres parties, ou l'cm multiplie et renouvelle nos richesses végétales. Hais il présente sous les rapports de la science un autre genre d'utilité qu'on ne saurait trouver ailleurs : c'est que c'est là , et là seuiement , qu'on peut faire des observations méthodiques et suivies sur la germination des graines et comparer les plantes dans le premier période de leur développement. On
JARDIN DES SEMIS. SyS
sait que révolution de la radicule , de la plumule et des cotylédons, fournit les caractères les plus importans pour la classification des Tégétaux et pour la détermination des rapports naturels : ces caractères peuvent sans doute être aperçus par la dissection des graines , mais ils sont bien plus apparens lorsque ces graines germent et que toutesleurs parties se développentsuccessivement. C'est alors qu'on peut voir comment la vie se distribue , et quels sont les premiers phénomènes que produit son action : phénomènes de la plus haute importance pour la physiologie végétale. Or tout cela ne peut être saisi que dans un lieu où les plantes de tous les climats et de toutes les familles sont semées les unes à côté des autres. Alors leur rapprochement facilite la comparaison.
Aussi est-ce dans ce jardin des semis que M. Mirbel a fait sur l'évolution des graines et sur leurs caractères les belles observations qu'il a consignées d'abord dans les Annales du Muséum , et qu'il a reproduites avec de nouveaux développemens dans ses Élémens de botanique et de physiologie végétale.
Cependant ce jardin n'est point ouvert au pahlic , le jardinier en chef et les professeurs de culture et de botanique en ont seuls la clef. On sentira facilement que cette précaution est iiidis-
374 OESCBIPTIOM DU HVSéuH.'
pensable pour que l'ordre des pots et celai des numéros qoi les accompagnent ne soient jamais dérangés; pour qu'ime plante sourent unique, et qui ne fait qne de naître , ne soit point touchée ; pour qu'an ne donne jamais mal à propos de Tair k celles qui dans certains momens ont besoin d'une chaleur concentrée. Mais les personnes instruites qui veulent visiter cette partie de rétablissement, soit pour observer la première germination des graines , soit pour y voir des plantes qui y sont en fleur , soit pour examiner s'il n'y a pas levé quelque espèce nouvelle , obtiennent toujours la permission de M. Jean lliouin qui les fait accompagner par un jardinier , et qui souvent a la complaisance de les accompagner Ini-méme pour leur donner les explications qu'elles peuvent désirer. Ce iju'on peut remarquer ici comme dans toutes les autres parties de l'établissement et qui ne se trouve peut-être nulle autre part en Europe, c'est qu'on n*y cache rien , et qu'on se plah à communiquer sans réserve tout ce qui peut servir à l'instruction des hommes studieux et aux progrès des sciences. Mais pour atteindre ce but il faut agir avec prudence et prendre toutes les précautions possibles ponr la conservation des objets qu'il serait difficile de remplacer si on venait à les perdre.
§ VÏI. JABDIN DE MATOEALISATION.
Nous avons dit qu'à Test du jardin des semis il y en avait un autre sur le même niveau , et dans lequel on entrait par une porte placée au milieu du mur de clôture derrière l'allée des thuyas. Cet enclos est, comme le précédent, enfoncé de lo pieds au-dessous de l'allée des marroniers et des teiraibs de la ménagerie ; sa laideur est à rentrée la même que celle du jardin des couches , mais il se rétrécit en allant vers l'est ; sa longueur est de 22 toises.
La foce qui se présente au levant et qui est abritée du nord et de l'ouest par les murs, et par la palissade des thuyas , est destinée à recevoir pendant l'été la plupart des arbres et arbustes de la Nouvelle-Hollande qui ont passé l'hiver dans la serre tempérée. Lorsque les métrosîdéros , les ntélaleuca , les leptospermum , les eucalyptus , les banksia , les embothrium sont en fleur , cette partie' du jardiïi présente uii coup d'œil très-inte'ressant et très-agréable.
Le long desmurs qui l'entourent des troisautres côtés et qui ont i5 pieds d'élévation, on place di-
vers arbres on arbustes selon l'expcâtion qu'ils exigent Ainsi, au midi, on voit des pistachiers, des jujubiers , des grenadiers , V^kedra altîssima (i) apporté de Barbarie par M. Desfontaines , un lagerstrome de Chine (2), un très^beau chêne aux glands doux venu d'Espagne, des câpriers, etc. : au nord , des arbrisseaux et fies plantes vivaces des pays froids, des spirea de Sibérie, plusieurs orchidées , quelques fougères.
Ce jardin est coupé transTersalement dans son milieu par deux allées de thuyas qui sont fort rapprochés, et sous lesquels on élève en pots les plantes qui croissent dans les forêts les plus épaisses, et qui ont besoin d'être cultÏTées à l'ombre.
Au devant de ces allées est un puits et un bassin dont l'eau sert aux arrosemens. Près de ce puits est un mûrier à papier qu'on a laissé à cette place , parce que c'est un rejeton de celui qui nous fut envoyé p^ sir Joseph Banlcs et qu'on a transporté dans la ménagerie. -
Le reste du jardin est divisé en plates-bandes destinées à la culture des plantes vivaces de pleine
(1) Arbrinean dèpourra de fcoillei, miii dont lei rameam gr£lei, pcDdtM , et tonjonn vert* , forment dei tonfffei trït-4p«u*e« ; il rnoolc jor 1» antrei ubrei, et Ici canTre de u lerdnie.
(1) Lugenlnemia indùa. Lin. Aibriiseau cottiTé à la Ghiae , dam le) Holuqoei et daoi lei ladei orienUlei , A cauae de la beantt de se»
JARDIN DE MATUnALISATION. 177
terre les plus intéressantes et les plus rares , à celles qui ont été nouTcllement introduites , et surtout à celles qui ne sont pas encore connues, qu'on cultive dans un lieu séparé pour le's obser" ver à toutes les époques de leur développement, et pour en recueillir les graines. Lorsque ces plantes sont bien déterminées on les transporte dans les parterres.
L'aspect de ce jardin vu de l'allée des marroniers ou de la terrasse qui le borne du côté de la ménagerie , est extrêmement pittoresque par la beauté et la variété des plantes étrangères qu'il renferme , et qui toutes élevées dans un bon terrain, et débarrassées par le sarclage du voisinage des herbes qui s'emparaient d'une partie de leur nourriture , développent en liberté le luxe de leur végétation et l'éclat de leurs fleurs.
Les botanistes qui voudraient examiner de plus près quelques-unes des plantes qui s'y trouvent, doivent s'adresser à M. Jean Thouîn.
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^ yill. SEBHE TEMPEREE.
La grande serre tempérée construite sur les dessins de M. Molinos, architecte du ministère de Tintéiieur, a été commencée en 1795 et terminée en 1800 : sa longueur est de 200 pieds , sa largeur de 24 pieds , sa hauteur )usqu'au sommet de la voûte de 27 pieds. Les croisées au nombre de dix-sept ont 9 pieds et demi de laige et près de 1 2 pieds de haut , sans y comprendre la partie cintrée qui ne s'ouvre pas, et qui a plus de 3 pieds. Elles posent sur une banquette en pierre de taille de igpouces, et sont séparées l'une de l'autre par une colonne. La porte d'entrée qui est à l'ouest a 10 pieds de largeur et a4 pieds d'élévation , pour qu'on puisse aisément faire entrer et sortir les arbres ; une porte latérale sert pour le service journalier.
Sur le mur da fond , vis-à-vis la sixième et U douzième croisée sont deux grands poêlesavec des tuyaux de chaleur ; mais on n'y lait du feu que lorsque le thermomètre descend au dehors à quatre degrés au-dessous de zéro. Comme la façade est au midi , que la plus grande partie de sa surface est occupée par des vitres , et que les croisées fer-
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SE&RK TEMPÉRÉE. a^^
ment parCaitement , il sufiît du moindre rayon de soleil pour entretenir une douce chaleur. On se garantit du froid des nuits par des paillassons qui garnissent les croisées en dehors , et par des contrcTcnts en bois dans l'intérieur.
Ija construction des croisées est remarquable. Les fenêtres étant fort lourdes , elles auraient perdu leur aplomb si elles eussent pesé sur les gonds. On a prévenu cet inconvénient en plaçant les gonds en haut et en bas au quart de leur largeur, de manière qu'elles roulent sur deux pivots. Le mouvement est si douxqu'ilsufHt de les pousser du doigt pcttir les ouvrir, sans éprouver aucune résistance. Alors en s'appliquant contre le mur extérieur, elles y trouvent un loquet qu'elles abaissent, et qui en se relevant les maintient dans la même position , sans qu^elles puissent jamais être dérangées par le vent.
Les arbres qu'on abrite dans la serre tempérée sont originaires , les uns de TAsie mineure , de la Grèce , de la Floride , et autres contrées de l'hémisphère boréal dont la température est à peu près celle du midi de l'Espagne : les autres viennent de climats aussi froids que celui de la France , par exemple de la terre de Diemen et de la Nouvelle-Zélande; et cependant ils périraient si on les laissait passer l'hiver en pleine terre. Nous croyons devoir expliquer ce phénomène
380 DE&CHIPTION DU HtTS^UM.
dont la raison n'est pas généralement connue : et ceci noiis donnera Toccasion de faire remarquer que l'utilité d'une grande serre tempérée ne se borne [tas à iaToriser les prc^;rès de la science en nous faisant connîdtre des végétaux éti^ngers, ou à satisfaire notre curioûté par la Tue de plantes magnifiques différentes de celles qui croissent autour de nous ; mais qu'elle peut rendre serriceà Tagriculture et embellir nos jardins en naturalisant dans noire pays des plantes agréables et des arbres étrangers.
On a souvent parlé d'acclimater les arbres des pays chauds en les accoutumant peu à peu à une température plus froide. Ce qu'on peut obtenir par ce moyen est renfermé dans des limites bien étroites. Un arbre que six degrés de froid font périr dans son pays natal , ne s'accoutumera jamais à en supporter dix chez nous. L'oranger , l'olivier, le figuier, sont cultivés en France depuis des siècles , et cependant ils ne résistent point à un hiver lîgoureux , et presque tous les orangers et les oliviers sont morts en Provence dans l'hiver de 1820.
Les arbres qui ne réussiraient pas d'abord chez nous et qu'on peut espérer d'y naturaliser , sont ceux qui ne supportent pas nos hivers parce que c'est en automne qu'ils entrent en sève , et que c'est pendant les mois d'hiver qu'ils fleurissent..
SERRE TEMPÉRÉE. 28t
Ainsi les eucalyptus, les banksia, les casuarina, croissent à la terre de Diemen où il fait aussi froid qu'en France ; mais ils fructifient pendant les mois de janvier, féTrier, mars etavril,qui correspondent à l'été et à l'automne de leur pays natal. Lorsqu'on en apporte des individus chez nous^ ils conservent la même habitude , ils suivent les mêmes périodes pour le développement de leur végétation , et la gelée les fait périr. Mais en les cultivant dans une vaste serre tempérée on parvient à en obtenir des graines . fécondes , et ces graines semées à une époque, favorable donnent des individus dont quelques-uns enti-ent en sëve au printemps ; aloi-s on peut sans crainte les élever en pleine terre. Ce changement n'a pas toujours lieu dans la première génération ; mais en continuant la multiplication par semis , on est à .peu près sûr du succès.
Nous citerons un exemple pour prouver ce que nous venons de dire. La faelle-de-nuit à longues fleurs, aujourd'hui si commune dans nos jardins qu'elle parfume au coucher du soleil , fut en 1 760 introduite au Jardin du Roi par M. Lemonnier , qui l'avait reçue du Mexique ; elle fleurit au commencement de l'hiver , et l'on fut oblige' de la renfermer dans la serre chaude. On en recueillit des graines qui donnèrent des pieds que l'on conserva àana l'orangerie : les graines de ceux-ci en
382 DBSCKIPTIOH DU HtTS^DM.
donnèrent qui fleurirent au commencement de Vétét et c'est depuis cette époque qu'elle passe l'hiver dans nos jardins.
Les superbes daUia du Mexique dont M. Cavanilles envoya des racines au Jardin du Roi au commencement de 1803 , furent placés à la fin de rfaiver dans une serre chaude et sous châssis à une ten^rature de quinze degrés ; cependant il& poussèrent fort tard et ne fleurirent qu'à la fm de l'automne. On les a multipliés de graine , et on est parvenu à les faire fleurir en été et à en obtenir de très-belles variétés qui n'exigent igias aucun soin. M. Thouin avait annoncé ce résultat, mais il ne se flattait pas qu'on y parvînt en si peu de temps (i).
Mous ajouterons que les melaleuca et les métrosidéros , qu^on a élevés de graines , fleurissent plus tard que ceux qui nons ont été d'abord apportés de la NouveUe-HoUande.
Ces observations nous portent à croire ipie notre serre tempérée enrichira un jour le sol de la France de plusieurs plantes a^^^ables , et de plusieurs ariires utiles pour la marine et pour l'ébénisterie.
On place les caisses dans cette serre au mois d'octobre ; 00 les en retire au mois d'avril ou au
(i) Voj» le mémoira *nr Im JMm, Ann. du Maièam , tom. 3, p. 4ao.