‹ Histoire et description du Muséum d'histoire naturelle,: ouvrage rédigé dChapitre 32 sur 37 · SERRES CHAUDES · texte numérisé non relu

SERRES CHAUDES

tambour. La seconde n'en est séparée que par un châssis vitré. Le sol de celle-ci est de cinq pieds plus bas, et le toit en est moins élevé. On y entre de plain-pied par le petit cabinet. La troisième seire n'a pas l'étendue des autres. Pqut la placer au devant de la précédente, on a été obligé de prendre la moitié de la banquette qui s'étendait entre l'école et le mur des seiTes , et sur laquelle on arrangeait pendant Tété les plantes qu'on avait retirées des serres. Elle communique par un escalier intérieur avec la précédente , et elle a une porte ouverte dans l'écolç de botanique.

Les toits des trois serres dont nous venons de parler sont en verre : on les couvre de paillassons soit pendant les grands froids, soit lorsqu'on craint un orage , et quelquefois lorsque le soleil est trop ardent.

La partie supérieure fut construite par Buffon. en 1788, sur l'emplacement oà se faisaient auparavant les semis pour lesquels on venait de disposer un nouveau local. Elle a taS pieds et demi de long, 12 pieds 4 pouces de large, et i5 pieds de haut , et le milieu est garni d'une couche de tannée dans laquelle les pots sont placés. Elle est chauffée par quatre poêles. Elle fut d'abord destinée à recevoir une centaine d'arbres fruitiers (i)

(1) Detanonei, dei itpotillieM g de> goylTÎerai de« iMigmienii dci

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a88 DESCRIPTION DV HDSl£uM.

des tropiques qui avaient éti envoyés au Jardin ; ces arbres dcTaient y être placés non dans des caisses, mais sur le sol même , dans l'intention de les faire fructifier et d*en reqieillir les graines pour propager et naturaliser les espèces qui pourraient être cultivées dans le midi de la France. Depuis cette époque, il nous est arrivé des pays chauds un si grand nombre de plantes, qu'on a été contraint de ménager dans cette serre assez d'espace pour les loger ; on a en conséquence renoncé à y cultiver des arbres en pleine terre et à leur donner ainsi tout le développement qu'ils peuvent acquérir.

On trouve dans cette serre un grand nombre de végétaux fort rares et de la plus grande beauté. Nous nous contenterons de citer deux grands baquois ou pandanus odoratissimus , dont le tronc renflé vers le haut, et sillonné en spirale par l'impression des anciennes feuilles, pousse près de sa base des jets qui vont s'enraciner autour de lui , et le soutiennent comme des arcs>boutans (i) ; le ravenala (2), de la famille des bananiers, très-

(i)'Sei flcun miles lODt recherchitci t oiue de leur odeur ; on en net up petit fiiiceiu dini Ici appartEmem pour lea pirfaner, et od lea vend en Egypte pour cet unge.

(9) Le nreuili l'élève à la haateai det palmien; wn tronc nn ett couronné par des fenillei iiDi ont 6 ji lo piedide longueur, suri pieds de large, et ijui sont disposées en éTentail. Les Hadegasiei le nomment l'arbre des TOf agenn , parce qne les gaines de* pétioles de ses feuilles forment nn réaenoir, toujours rempli d'une eau fraîche et limpide.

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utile aux habitant de Madagascar qui se serrent de ses feuilles pour couvrir leurs maisons , et font de la farine avec ses graines, après avoir retiré de l'huile de la pellicule bleue qui les recouTi-e ; le strelifzia du Cap , plante de la même famille, nouvellement introduite, et dont la fleur, en partie écarlate,enpartied'unbeaubleu,a une forme si singulière qu'on ne peut la comparer à aucune autre ; le ceayota urens, espèce de palmier de l'Inde extrêmement rare , dont les feuilles pinnées ont des folioles triangulaires , découpées à leur bord ; le Uttœa, arbrisseau de la famille des narcisses, récemment apporté d'Italie par M.Bosc, et qu'on avait d'abord pris pour anjucca, parce que ses feuilles longues, étroites et pendantes ont comme celles de Vjrucca Jilamentosa des fils blancs sur leurs bords; despimeato, ou toute-épice, espèce de myrte de la Jamaïque, qui doit son nom à l'odeur et à la saveur de ses feuilles et de ses rameaux ; deapsjreUum ou goyaviers; des eugemajambos ou jamrose , dont le fruit est parfumé ; l'individu mâle du 6riM:eay^rnjgûiearHér. (i),apport< par Bruce de son voyage d'Abissinie; l'olivier à feuilles échancréesdont M. du Petit-Thouars a fait

(1) U. de Lamkrck, qni l't décrit le picmier, loi avait donné le Dom de bmtca anli-djunUriea , perce ijiie dans le pays oit il croît , le* ftnillei KKit reginléei comme oa «pécifiijBe cuntre la djuenteiie , et que Bmce lui-même en avait fait usage avec anccèi.

2^0 DESCRIPTION DtJ HVSEtlH.

on genre sous le nom de noronhia , arbre snperW qai croit dans l'Inde et à Madagascar, oà l'on en mange les fmits ; le mahogoni ou bois d'acajoo ; des cecr^ia et des coixdoba , arbres des Antilles très-reroarqoablesparlagrandeurdeleursfeuilles, qui dans le premier sont en bouclier, minces et aigentëes en dessous, et dans le second épaisses, coriaces, et d'nn vert somlnre; ( i ) le litcfay de la Chine, dont les fruits du plus beau ronge sont excellens i manger ; le ViÛuwexylum ou bois guitare , ainsi nommé parce qu'on prétend que sim bois est propre Il la labrication des instrumens de musique; le stavttUaJètida , grand arbre des Indes orientales, à feuilles digitées, dont les fleurs ont une odeur insupportable , mais dont les graines sont employées! faire de l'huile; le sapîum des Antilles, aussi Ténénenx que le mancenillier ; le gardénia thtmber^ia , espèce k fleurs plus belles et plus odor»ites que celle qu'on a jusqu'à présent cnltÏTée sous le nom de jasmin du Cap ; des roseaux de la canne à sucre -nolettc d'OtJÙ'ti , espèce ou Tariété qui a l'aTintage d'être beaucoup phis hâtive que celle de l'Inde ; des 6egonia auxquels la forme et la couleur de leurs

(i) Le mcpMb atifw* porte an» Anlîllctk mnb 4e nîMier, puce ^■«iMfhiiti qui Mat d«* drapes ■rrondi», d'âne nreor toè»^r*abk, ligaoïcnt dei gnppM pufthemcat wBbleMel an gMppe* de mUh , quoique d'un toI

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feuilles donnent un port fort singulier; enfin de superbes figuiers de Tlnde , parmi lesquels on doit remarquer le ficus elastica , dont le lait donne de la gomme élastique , et le ficus ma~ crx^hjlla qui nous rappelle le souvenir du jardinier Rïedlë, l'un des voyageurs qui ont procuré au Muséum le plus de plantes vivantes : Riedlé attachait tant de prix à cet arbre , qu'il avait ti'ouvé à Timor, qu'en mourant il pria ses compagnons* de voyage de ne rien négliger pour le conserver et le faire arriver en bon état au jardin du Muséum.

Cette sen'e est chauffée par quatre fourneaux; on a soin que le thermomètre de Réaumur y marque toujours au moins douze degrés. Elle est partagée en deux dans sa laideur par une cloison vitrée. La partie au-dessous est nommée serre Baudin , parce qu'elle fut construite en 1798, pour loger les plantes apportées par le jardinier du Muséum, Riedlé, qui avait accompagné ce Capitaine dans son voyage à Porto-Rico , à Saint-Thomas , etc. Elle est destinée à des arbustes et des plantes des tropiques. On y fait des boutures soua . châssis , on y cultive les plantes herbacées les plus curieuses , et l'on y soigne dans leur première jeunesse beaucoup d'arbrisseaux qu'on transporte dans la serre supérieure , lorsqu'ils sont parvenus à une certaine gr»idéar. Cette setrc dépasse on

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peu celle qui est au-dessus, elle a i4o pieds de long, 9 pieds et demi de large,* 1 1 pieds de hauteur.Elle est chauffée partrois poêles. Les plantes n'y sont point rangées dans le milieu , mais des deux côtés. A gauche le long des ^traux est une taUette sur laquelle on met les liliacées, les narcisses et les orchidées cpii demandent beaucoup de lumière. Au-dessous, dans un encaissement de i5 pouces de hauteur et qui est rempli de tannée, sont d'abord les boutures sous châssis, -puis des pots contenant des plantes de la zone torride , qui ne s'élèvent pas beaucoup ; de l'autre cAté on voit une banquette semblable , et des gradins où sont rangés les arbustes et les plantes d'une plus haute taille.

On remarque entre autres dans cette serre , le xylophylla , arbrisseau singulier , en ce que ses fleurs très-nombreuses sont situées dans les dentelures qui bordent les feuilles ; des crinum et des paacratiumffoif lorsqu'ils sont en fleur, répandent l'odeur la plus suave ; de superbes amaryllis , comme la belladone et la grenésienne; des orchidées au nombre desquelles est la vaniUe; des aroïdes, telles que la colocase, Varum pictum et le pothos crassinevia ; de jolies sensitives, et le sainfoin oscillant des bords duGange , ainsi nommé parce que des. trois folioles qui composent sa feuille , deux sont toujours en

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mouTement; des banistcria , des bignones (i)', dis grenadilles qui serpentent le long de la cloison , et forihent des guirlandes sous le toit; deux dé ces grenadilles, passiflora quadrangularis et passiflora princeps (2) , sont admirables par la grandeur et l'élégance de leurs fleurs , qui sont solitaires et bigarrées de diversescouleurs dansle premier, rouges et en longues grappes dans le second.

Parmi les arbres et arbrisseaux qui n'ont pas encore fleuri, parce qu'ils sont trop jeunes, et qu'on garde dans cette serre en attendant que l'étendue de leurs branches etla hauteur de leurs tiges exigent un local plus vaste , on -peut citer comme dignes d'attention : le tamarin, dont il serait diflîcile de trouver ailleurs un aussi bel individu ; le sablier, hura crépitons , dont le fruit est dans tous les cabinets; le tamnus etephantipes f apporté de la Cafrerie , par M. Delalande , ' et qui est si remarquable par l'énorme tubercule ciselé et mamelonné duquel parlent les tiges; le caroUnea priiiceps ou pachirier, que M. Bonpiand

(i) Bignonia ungiiU-cati.

(i) Le petiiflora quadrangalarU > nne telle force de régétitioa , i]u'<l pouste diDB l'anaAe dei tiges de So pieds de long ; >ea fleiin durent peu, mais elles le renouTelIent peodaDt plnuenn moii; il noui ■ donné r>nn£e dernière de* fmît* de la gioiiear d'an petit melon. Cet frnitt lont bi)ni à minger. Le paitiflora prmeept ne noaa cit connu que depolttK^ ani. Il ■ été donne au Jardin par H. Cela, qui I'it^ reçQ d'Angleterre.

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nous a apporta .de Schombrunn , et le carolinea ÎTisignis -venu de graines enToyées du Brésil par H. Auguste de Saint-Hilaire , deux arbres superbes et par leurs grandes feuilles digitées y et par leuts fleurs qui ont jusqu'à dix pouces de diamètre , et reafermentune innombrable quantité d^étamines ; le baobab du Sénégal ( adansonia baobab ) , que H. Perrottet a apporté de Cayeime, où il lui a été remis par M. Poiteau : quoiqu'il ait déjà 7 pieds de hauteur, et qu'il soit très-vigoureux, nqus n'espéi-ons pas le voir fleurir ; mais il excite la curiosité , parce qu'au Sénégal son tronc acquiert 25 à 3o pieds de diamèti'e , et que, d'après le calcul d!Adanson, il peut vivre au moins quatre mille ans; enfin V araucaria ou pin du Chili, que nous avons également élevé de graines eo- Toyées par M. de Saint-Hilaire. Il a déjà trois pieds de haut et va bientôt passer dans l'orangerie : quand nous en aurons reçu de nouvelles graines , nous essaierons de le propager dans le midi de la France , où il pouixa , s'il y réassit aussi bien que dans son pays natal, offrir un jour les arbres les plus propres à la mâture des vaisseaux. On entretient constamment dans cette serre une chaleur de quinze degrés , et plusieurs des plantes qu'elle renferme y passent l'année entière parce qu'on n'ose les exposer dans leur jeunesse à l'humidité et à la fraîcheur des nuits.

SEHBES CHAVDES. SgS

On place siu' la tablette des poêles , quelques liJiacées et quelques cactus qui ont besoin de beaucoup de sécheresse.

A l'extrémité de cette serre est encore un cabinet vitré, correspondant à celui qui est k l'entrée. Ce petit cabinet oflre une retraite très-commode lorsque le pein,tre attaché au jardin vient dessiner quelque plante qui est en pot dans la serre.

Les botanistes visitent cette serre avec beaucoup d'intérêts parce qu'on y voit chaque année des plantes nouvelles, venues de graines recueillies par des voyageurs dans les régions équatoriales. Ainsi nous en avons eu beaucoup l'année dernière qui ont été envoyées de l'Inde par M. Leschenault , du Brésil par M. A. de Saint- Hilaire ; et déjà nous en avons vu lever plusieurs des graines apportées par M. Freycinet et par M. Delalande. Parmi ces plantes il en est qui sont arrivées depuis quelques années et qui cependant ne sont point indiquées dans le catalogue imprimé, parce que le professeur de botanique ne peut les déterminer que lorsqu'elles ont fleuri ; mais un catalogue manuscrit indique au moyen d'un numéro , l'époque à laquelle oo les a reçues, le lieu d'où elles viennent, etie nom de celui qui les a envoyées.

C'est depuis le mois de novembre jusqu'au mois d'avril que ces serres sont entièrement garnies. Au

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mois de mai on en retire presque toutes les plantes pour transporter un indÎTidu de chacune à la place qui lui est assignée dans l'école , et pour disposer les autres sur une banquette le long du mur en face de Fécole , de manière qu'on peut facilement les voir et les étudier. Quelques-unes sont aussi placées dans les petites cours qui sont aux deux bouts-

Le soin de cette serre est depuis vingt-deux ans confié à M. Richer. Ce iardinier, fort instruit dans le genre de culture dont il est chargé , iâit voir les serres aux personnes qui lui sont adressées par les professeurs de rétablissement. Comme il a des relations avec tous tes amateurs et les pépiniéristes qui cultivent des plantes rares, il va s'informer cheâi eux s^ik ont reçu quelques es* pèces nouvelles , et il se les procure en leur donnant en échange, avec l'autorisation de M. Thouin, d'autres plantes qui leur manquent

La b-oisième partie a été construite à la fin de l'été dernier 1821 , pour renfenmer la belle collection que nous venions de recevoir de l'Inde et de Cayenne. On l'a nommée serre Philibert, parce que ce capitaine de vaisseau avait pris sur son bord M. Perrottet, jardinier du Muséum, qui après avoir recueilli la plupart des plantes dont elle est garnie ( i), les a toutes soignées pendant la tra-

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