‹ Histoire et description du Muséum d'histoire naturelle,: ouvrage rédigé dChapitre 33 sur 37 · SERBES CHAUDES · texte numérisé non relu

SERBES CHAUDES

Yttsée , et les a apportées au Muséum dans le plus t>el état de végétation.

Cette serre a 75 pieds de long sur 12 de large, et 10 de hauteur. Elle est chauffée par deux fourneaux, n est remarquable que depuis sa cens- . truction , la partie de la serre Baudin à laquelle elle est adossée est devenue meilleure. La plupart des plantes qu'elle renferme n'étaient point au Jardin *du Roi, plusieurs même n'avaient encore paru dans aucun jardin de l'Europe. La collection était composée de quatre-vingt-cinq caisses contenant cinq cent trente-quatre individus de 6 pouces à 6 pieds d'élévation, et cent cinquante-huit espèces différentes. Nous citerons comme les plus intéressantes, l'arbre h pain sauvage ( artocarpus incisa ) , et la variété obtenue par la culture , dont le fruit, qui ne contient point de graines, est la nourriture ordinaire des habitans des iles de la mer du Sud (i).

Le jacfjuier { artocai'pus integrifoUa ) , dont le fruit tuberculeux a la forme d'un melon , et jus-

i épicerie, ont été remiii H. Fcrrottet parM. Poiteia, (ntenr de plulienn mémoirei iniéré* dmi nos Aontlei, et qui ■ *uccidË à fen M. Martin dsaala place de directeur dea culturel des habita lioDa rojalei

A la Gniane fiaoçaiie.

(1) Le> piedi d'arbre k pain rana grainei, qne H. Pcnotlet lient de

noua apporter de Cayenne , Bout dea rejetons d'un individn qne boui

arions envoyé dana cette colonie en 1797 , et que U. Hoitin , ^foradi-

rect«iir des pépinières, y ara il multiplié.

agS DESCBIPtlOH OU MUSEUM.

qa'à deux pieds de longaenr. Conunii il est rempli de grosses graines, il n'est pas aussi bon que celai de l'arbre â pain ; mais (m le mange dans les Molaques.

Xe bétel {piper bétel), dont les Indiens font, avec la noix d'arec et un peu de chaux , une préparation qu'ils inicbent continueUement.

L'arec i^a-eca faafat), arbre de la famille des palmiers, dont les fruits sont un ob)A de commerce dans l'Inde.

Le cyclantus biJhliuSf que M. Poiteau croit être un nouveau genre de palmiers ; et plusieurs autres palmiers que nous ne connaissions que par les descriptions d'Âublet.

Des cocotiers.

Un rapbia de Madagascar {raphia peduncu- Uua, Pal. de Beauv.) , qui donne le sagou , et dont les feuilles s<Mit employées à faire des tissus.

Un rtitang dont les feuilles ailées sont terminées par le pétiole prolongé en un filament ganu d'aiguillons longs d'un pouce , et placés à distance comme les folioles.

Le muscadier (m^rristica aixanadea).

Le virola sebyera de Cayenne, arbre Toisin du précédent et dont les graineg contiennent une substance dont on fait des chandelles.

Plusieurs variétés de cannellier, dont une , envoyée de Ceylan à Manille où M. Perrottet l'a prise ,

SEBRES CHAUDES. 299

est par sa saveur et son parfum très-supérieure à celle qu'on cultivait à Cayenne.

Le quassia amara, arbre de Tlnde dont le bois d'une excessive amertume est employé en médecine.

Le couroupita guianensis, grand arbre qui est pendant presque toute l'année couvert de fleurs et de fruits. Ses fleurs sont belles et odorantes; ses fruits ont la grosseur et la forme d'un boulet de canon, et c'est sous ce nom qu'ils sont connus dans les cabinets.

Le carapa guianensis, arbre qui s'élève à 80 pieds, et xlont les graines sont employées à faire de l'huile.

Le cacao.

h'omphalea diandra, arbrisseau de la famille des euphorbes, dont les rameaux grimpans s'élèvent au-dessus des plus grands arbres et retombent ensuite jusqu'à terre , et dont les fruits renferment des amandes bonnes à manger.

Le genipa americana , arbre de l'Amérique méridionale, dont les fleurs ont une odeur agréable , et dont les fruits contiennent un suc d'un violet foncé qui sert à la teinture.

Le butonic (barringtonia speciosa , Forst.), arbre des Indes orientales, de la famille des myrtes, remarquable par son port, par la grandeur et par la beauté de ses fleurs. Ses fruits sont connu»

3oO DESCRIPTION DU MUSÉUM.

dans les cabinets sons le nom de bonnets carrés.

Le morinda umbellata, arbre de Tlnde dont la racine est employée à teindre en jaune.

Le nerium tinctorium {ou wrighiia , Brown), arbre des Indes orientales analogue au laurierrose , et dont les feuilles donnent une fécule semblable à l'indigo , et employée aux mêmes usages.

Le mabolo,{cavanilleaphUippensis,ljaia. 111.), dont on mange les fruits aux Philippines.

Un arbrisseau non encore connu qui paraît être an cookta, et qui par Todeur de toutes ses parties est semblable à la badiane ou anis étoile de la Cliine , dont les graines saat employées k laire des liqueurs.

Enfin beaucoup d'autres plantes qui n'ont pas encore paru dans nos jardins , et dont on ne pourra déterminer le genre ou du moins l'espèce que lorsqu'elles auront fleuri.

Par leur construction et leur disposition en amphithéâtre , les serres que nous venons de décrire sont bien préférable» à celles que nous allons bientôt visiter ; cependant elles ne répondent ni à la grandeur ni à la beauté de l'établissement, lia serre BufFon ayant été bâtie il y a 35 ans , a souvent besoin de réparations. Comme elle n'a que i5 pieds de hauteur, on est obligé d'élaguer les branches et de retrancher la cime des arbres qui sont dans des caisses , et plusieurs d'entre

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SERBESl CHAUDES. 3oi

eux ne peuvent y fructifier. Les serres Baudin et Philibert sont très-bonnes ; mais où placer les arbres qu'elles contiennent lorsqu'ils auront acquis plus de dëveloppement ? Il faudrait que la serre supe'rieure eût aS pieds d'élévation , et que les caisses y fussent arrangées de manière que le pied des arbres fût au niveau du sol. Ce sei'ait le seul moyen de conserver, de multiplier et de rendre utiles pour les progrès des sciences les richesses végétales que les voyageurs nous apportent à grands frais des régions équatoriales. Le jardin du Muséum ne doit pas offrir moins de ressources que celui de Schœnbrunn. Dans un établissementaussi vaste, aussi varié, lesdiversesconstructions ne peuvent être faites toutes à la fois ; mais nous ne devons pas douter qu'on continuera de s'en occuper comme on Ta fait depuis plusieurs années, et le ministre, en demandant un plan pour de nouvelles serres , nous a fait espérer qu'on en commencerait bientôt l'exécution.

En sortant des serres Bufîon , Baudin et Philibert'par l'extrémité à l'ouest, on traverse une cour j on suit un couloir qui passe à côté de la petite butte, et l'on arrive à l'une des deux serres construites par du Fay, dont l'entrée est au haut de la rampe qui conduit de la partie supérieure à la partie inférieure du jardin.

Cette serre qu'on nomme serre des arbris-

3o2 DESCEIPTIOM DU HDSBtIH.

seaux ,'a yS pieds de long, 9 pieds de ]arge , et 1 6 pieds de hauteur. Au moyen de deux fourneaux placés par derrière, on y entretient pendant Vfaiver une chaleur de huit degrés. Elle est destinée à la culture des grands arbrisseaux des tropiques , qui j sont plantés dans des caisses rangées sur des gradins les unes au devant des autres. On y voit de très-grands individus du sideroxjrkm atrovi' rem, et du schotiaipeciosa(i), Yeriàuynacorallodenâron^ ou arbre de corail des Antilles, auquel on a donné ce nom à cause du rouge éclatant de ses fleurs et de ses graines; le globa nutans, plante de la famille des balisiers , nouvellement introduite en ïVance et très-recherchée à cause de ses belles grappes de fleurs.

La seconde serre de du Fay a les mêmes dimensions que la précédente : elle a aussi deux fourneaux ; mais on se contente de ne pas y laisser descendre la température au-dessous de six degrés. Elle est destinée aux plantes grasses, la plupart originaires d'Afrique, telles que lesaloès, les cier|j;es, les grandes joubarbes, les agaves, les euphorbes. On y remarque l'euphorbe des Canaries, dont on est obligé de soutenir avec des cordes les rameaux étalés et dépourvus de feuilles,

(i) ArbriMcau do cip de Baitne-EipénDce , d'aD trtebel efltat lançai) «tt couTclt de lei Ûeait ea gtippe et de coulenr 6oari>te , qqi Miucflt NU la koii eoMBM dant l'arfcre de Judée.

SESBES CHAUDES. 3o3

et qai par cette raison et à cause de sa grandeur ne soi't jamais de la serre ; Valoe fsrox dont là tige est très-ëlevée ; le cactus monstrosus dont la tige verte' et tnamelonnëe ressemble par sa forme à une masse de stalactite. Les plantes de cette serre , excepté un individu qu'on porte à l'école , sont dans la belle saison rangées sur une terrasse qui se trouve ainsi déaorée des aloès.des cierges et des opuntia ou raquettes. Nous avons l'espèce qui nourrit la cochenille , mais l'insecte qu'on nous avait envoyé avec la plante a péri depuis trois ans, et nous croyons qu'il n'existe plus en Europe.

En sortant de cette serre on en trouve une fort petite et fort étroite avec un seul fourneau. Elle est garnie de gradins sur lesquels on place pendant l'hiver le genre nombreux des ficoïdes , et autres plantes analogues venant du cap de Bonne- Eapérance. D suffit que la température n'y baisse pas au-dessous de trois degrés.

Après la serre des ficoïdes et à droite , est une serre enfoncée et adossée à la montagne. C'est la plus ancienne du Jardin : elle a été construite en 17 14 du temps de Vaillant ; et on l'a nommée serre du Çafîer, parce que c'est là que fut élevé le premier pied de café envoyé du Jardin de Leyde à Louis XIV , et dont les graines ont fourni les pieds qui ont peuplé les Antilles. Elle est des-

3o4 DESCB1PT10N DU MU&ÉUH.

tinée aux plantes les plus délicates de Tlnde et d'autres contrées de la zone torride , qui y sont disposées sur une couche de tannée , placée dans le milieu de manière qu'on en fait le tour. Sa longueur est de 34 pietls , sa largeur de i^, aa hauteur de i5. Elle est chauffée par un seul fourneau , et l'on y entretient constamment une dialeur de douze degr^. La toiture est en verre dans la moitié de sa largeur.

Quoique cette serre ne soit pas fort grande , c'est celle qui offre le coup d'œil le plus pittoresque , parce que les arbres et m-brisseaux plac& au milieu ont des formes singulières , et contractent entre eux par la variété de leur feuillage.

On voit dans cette serre un très-beau Cftcas circinalis, apporté de l'île de France par Joseph Martin, arbre d'une forme très-singulière et dont la moelle est employée it faire une espèce de sagou qui sert de nourriture aux faabitans de Madagascar; des plumeria ou frangipaniers ; des hibiscus tiUaceusf le spaendoncea tamarind^olia, apporté d'Abissinie par Bruce ; des palmiers dattiers ; un aletris Jragrans qui a 1 2 pieds de haut , chose remarquable dans la famille des liliacées ; ses fleurs en pyramide répandent une odeur délicieuse pendant la nuit ; un bau pandamts et un dracœna marginata de Madagascar : presque tous ces arbres passent l'année entière dans la serre.

SERRES CHAUDES. 3o5

Le mur du fond est tapissé de deux espèces de gramjne'es arbore8Centes(i).

En avant et sur des tablettes placées le long dés vitraux est une nombreuse collection de stapelia, plantes dont les fleurs et les tiges sont extrêmement singulières, et qui seraient plus gënërale7 ment cultivées par les curieux, si elles n'avaient une odeur très-désagréable.

Nous arrivons enfin à ta dernière seri'e adossée à la montagne. Elle est composée de trois parties dont les deux premières construites en 1717 , sous l'intendance de Fagon et à la sollicitation de Vaillant, portent le nom de serre du cierge ; parce qu'elles sont séparées par un grand cierge du Pérou , au-dessus duquel on a construit une lanterne vitrée de ^o pieds de haut.

La troisième partie, qui esta l'extrémité, a été ajoutée après la mort de Buffon , et on lui a donné le nom de serre Saint-Pierre , parce qu'elle a été terminée en 1 792 , sous l'administration de ce dernier intendant du Jardin : elle est , comme nous le verrons bientôt , d'une construction différente des deux autres auxquelles elle est réunie.

La porte d'entrée de la serre est en face du cierge dont la case forme un cabinet particulier

(1) L'une d'elle* n'a pu encore Beuri ; l'antre eit le panicam lat'ifo- Item dont les tigei creawi fbnnUaent aai unngei de l'Amtriqne lea tofins de pipe , on cilnmet* , qn'ili l'ofiïeQt réciprocpieiiient en tign*

3o6 DESCaiPTlON DU HUSÉUM.

OÙ l'on se contente d'entretenir cinq degrés de chaleur.

Ce cierge , dont les racines occupent peu d'espace , est dans une terre qu'on n'arrose point ; il pompe sa nourriture dans l'air atmosphérique par la seule succion de son écorce. Il a déjà 4o pieds d'élévation , et l'on peut être sûr qu'il n'atteint jamais cette hauteur dans son pays natal , on ses rameaux qui sont articulés seraient brisés par les vents. Il se couvre toutes les années de fleurs qui se fanent en vingt-quatre heures, mais qui se succèdent pendant un mois. Ces fleurs ressemblent beaucoup à celles d'un autre ciei^ e originaii'e des Antilles , nommé cactus grand^orus, mab elles ne sont point aussi belles et n'ont pas le même parfum (i).

La partie à droite du cabinet renferme des arbrisseaux des tropiques , cultivés dans des vases ou des caisses qui occupent le milieu de la serre , et d'autres plantes disposées en amphithéâtre sur

(i) Cecierfc fut, ta 1700, enTojt k H. Fa(Oii par M. HottoD , piot*ntar de botanique t hvjix. Il fut planté an lardîa du Roi a'ajant que 4 poucei de hanteDr et 1 poncei de diamttre. 11 dcTiiit bientAI si grand, qu'en ijiS, m ti^ l'ileraDt >n-deaina de la terre dani laqMlte il était placé , on tal obligé d'en brCUer le Mmoiet aiec on fer rong» poDr arrêter ion accrOÙwmeDt. Cela ne l'empêcba paa de pouiier det |cti latérani. Eu 1717 , M. A. de Jouien en donna la deicriptian et la BfoK diDi le* Hévoiiea de l'aeadémie du icieDcea. Il avait alon iS pkda de bantenr et 7 poacei de diamètre. On prit enauite la parti de cowtTiiira antodi de loi une ci^a Titrée qu'on uhaaie à meanre qn'il

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