CHAPITRE IL
§ I. GALERIE DE BOTANIQUE (l).
Au-DESStis de la salle d'administration, et au premier étage , sont les galeries de botanique. On Voit dans l'angle de Fescalier un tronc dé palmier parfaitement cylindrique , de 1 2 pieds de hauteur et 10 pouces de diamètre , entoure d'une liane très-forte , dont les tiges aplaties, épaisses de 2 pouces, sont naturellement entre-greffées de manière à former un grillage. Ces tiges n'ont produit aucune impression sur le tronc , parce que l'accroissement du palmier (qui est monocotylëdon), ne se fait point par couches concentriques. La pression d'une telle ^iane aurait causé des.bourrelets dans tout arbre à deux feuilles séminales.
(■} Nota* commeDçom la deacriplion de* diOérentei collectitMii p» celte de la galerie de botanique , parce qu'il noua parait cooTenable de placer à la anite lu ddb des autrei le* objett qui oui entre eux le plus d'analogie. Or, la collection de* plaotei lèchea eit le complément de celle* qu'on lient de Toir dan* l'école et dani lei ■erre*. Non* pauelOti* euioite au grand cabinet, oii nooi Terrona d'abord la minéralogie, pnia la loologie; de lA nous DODirendronaiu cabinet d'anatomie, pui* à la ménagerie, 'NoDi termineron* par la bibliothèque.
3lO DESCRIPTION DU HUSÉUH.
A côte de ce tronc qui nous a été eavoyé de Cayenne , en est un autre semblable et T^nu du même pays , mais coupé à dix-huit pouces de hauteur : le palmier est plus peUt; mais la liane qui l'entoure est beaucoup plus épaisse. Cette liane est une espèce de figuier.
Plus haut, à côté de la porte d'entrée ^ est un tronc de chanuerops, garni depuis la base Jusqu'à la cime , de larges écailles, formées par la base des pétioles dont la partie inférieure est restée adhérente au tronc après ta chute des feuilles.
£n entrant , on tourne à droite et Ton passe successivement dans trois salles qui communitjuent l'une à l'autre par une ouverture cintrée pratiquée dans le milieu. La première est la salle des bois, la seconde est celle des herbiers, la troisième celle des fruits ; Tis-à-vis de la porte d'entrée est une petite pièce qui sert de supplément à la salle des herbiers ; enfin k gauche de ' la même porte est une autre salle partagée dans son milieu par une cloison; et dont la dernière moitié est un cabinet de travail.
Parcourons ces différentes pièces. La salle des bois est éclairée par deux fenêtres, l'une au levant , l'autre au couchant , et garnie d'armoû^s vitrées dans toute sa longueur. Les trois premières armoires, c'est-à-dire les plus rapprochées de la fenêtre à- droite , contiennent des échantillons
GALEHIE DE BOTANIQUE. 3ll
qu'on a plus particulièrement choisis pour le cours de botanique. Ce sont divers exemples d'épiderme, d'écorce , de racines, de tiges, d'é^ pînes, de trachées, de moelle, de greffes, de bourrelets , de plaies, de broussins, et différentes coupés pour montrer l'organisation du bois. On y remarque une racine de polypodium bammetz , Lin. , ou agneau de Scytfaie (i) ; de beaux échantillons du liber ou écorce duboisàdentelle,le3 uns en ruban^. tenant au bois, les autres séparés; des tiges du baahinia anguîna, Roxb. , dont la forme sinueuse ne se rencontre peut-être que dans cette seule plante (2) ; des troncs de hura cr^itans et de zanihoxjrlum , qui ont de très-gros aiguillons ; des tiges de cierge de huit pouces de dia-
(1) La («cioe, OD plutôt la bye de 1» tif^e de cette foBgtre a'élèT* h oriioatalemeat la-desiui de lu terre ^ et umme elle est reretae d'un d avet soyeni très'-èpaû , elle a la forme d'an petit agnean. C'est ce qui ■ fait racoater tant de fables iDr ce Tégétal, qui, diW)t-DD, ae Doorriuait de> pliatet dont il était entouré. Les éctiactillolu qu'on Toit daoB lea cabinets Tiennent da nord de la Chine. La plante n'a pai encore paru dam tei jardina.
(a) Les tige* de cette uogulière plante aont d» bandea qm aa coar* bent on se creoaent en une suite d'arca , de manière que chaijue portion a la forme d'un S , et la tige entière celle d'une auile d'S placés les nna an boat de> antres. Ces bandes ligoeuaet ont depnii i ponce jniqn'k6 pouces ds In^ur, et depuis 3 lignes jusqu'l i ponce d'épki** s«nr »el0D leur ancienneté. Lea Trillea et lea feuilles naissent anr la convexité dea arcs, et la pitnte monte juaqn'an sommet des plni grands arbra*. C'Mt l< Dig>-iMi-Tal]i,de nn IttnHe, hoHut maMâr., loM. S, . Ub.SoetSt.
3l2 DESCRIfTlON DU MUSÉUM,
mètre , couvertes de leurs longues opines en faisceau ; un morceau de bois dans l'irilérieur duquel on trouve l'impression de ce qui avait été écrit sur récorce en 1750. Les lettres et les chiffresse voient encore sur l'écorce ; mais il n'y en a pas la moindre trace sur les couches intermédiaires qui se sont formées entre l'écorce ef le bois. On y voit aussi une corne de cerf sortant d'un tronc d'arbre dans lequel elle a été enveloppée lorsqu'il était encore jeune.
Les trois armoires suivantes , jusqu'à l'arcade , contiennent une collection des bois de rAmérique septentrionale, apportée par M. Michaux fils, qui a donné l'Histoire des arbres de cette contrée.
Les échantillons sont bien conservés , et tous étiquetés avec certitude. Cette collection , la plus complète qui existe en ce genre , est d'autant plus intéressante, que*ous les arbres dont elle se compose pourraient être cultivés en France , et que pluàeui's d'entre eux seraient extrêmement utiles pour divers ouvrages de menuiserie et d'ébénisterie. Le bois du noyer noir, celui de l'érable rouge et de l'érable à sucre , sont ausn beaux et aussi susceptibles de poli que ceux de l'Inde. Tons les morceaux appartiennent à des arbres qui avaient acquis leur grosseur ipoyenne, et plusieurs sont des planches de 8 pouces de largeur, sur 18 de hauteur. Il en est dont on a conservé
GALERIE DE BOTANIQUE. 3l3
rëcorce, lorsqu'elle offre des caractères particuliers.
De l'autre côté de l'entrée jusqu'à la fenêtre, au couchant, sont quatre armoires. Les deux pre< mières sont réservées pour les monocotylédons; elles renferment des troncs et des coupes de palmiers, debaquois, d'yucca, de fougères arborescentes, de bambous, de rotang, de papyrus, etc., destinés à montrer la différence qui existe entre leur organisation et celle des arbres à deux feuilles séminales. On y verra un tronc de xanûiorrea resinosa, arbre de la famille des asphodèles , qui donne une résine analogue au bray sec, et qui pourrait lui être substituée pour les usages de la marine {i);son bois; de couleur rouge et revêtu d'une écorce très-épaisse , est remarquable en ce ■ qu'il paraît avoir des rayons médullaii*es trèsprononcés , tandis que , lorsqu'on l'examine attentivement, on y reconnaît l'organisation des autres monocotylédons.
La troisième contient des échantillons de bois indigènes, (-e sont des planches de 6 pouces sur 8 , et des coupes transversales.
Dans la quatrième , on voit une collection de bois de Cayenne propres à l'ébénisterie , étiquetés avec les noms qu'ils portent dans le commerce :
(i) V. 1r Vojrige de découTcrteainiTerresiastnlo, pwH. Frajdnet,p.4,.
3l4 DI5CBIPTI0M DU HUSléOM.
cette collection a été donnée au Muséum, par M. Jacob , ébéniste.
Les quatre armoires Tis-à-vis, entre la fenêtre et le passage qui conduit i la seconde salle , renferment une collection des plus beaux bois étrangers employés dans l'ébénisterie et la marqueterie , arec les noms qu'on leur donnait autre' fois. Cette collection Causait partie de l'ancien cabinet. La plupart de ces bois sont remarquables par leur couleur ; il y en a pluneurs qui viennent de la Chine , et sur lesquels est écrit le nom chinois.
Des six armoires qni sont vis-à-vis celles dont nous avons parlé d'abord, les deux premières contiennent une collection des bois de Porto- Rico et de Saint-Thomas , apportée par Riedlé , jardinier du Muséum, an retour de son voyage avec le capitaine Baudin. Il y a presque toujours une coupe transversale et une longitudinale. On connaît le nom des arbres qui ont fourni les échantillons ; mais les bois ayant été avariés dans la traversée, ces échantillons uint très-imparfaits.
L'armoire à côté renferme cent sept échantillons de bois de Cayenne , envoyés par M. Duclerc (i). Ce sont des planches de 5 pouces sur 3 , polies d'un côté et brutes -de l'autre. Tous sont^
(i) H. DdcIctc eit ■afoonl'bw ■dminkIMlenr de* domainea da Boi ï 1> GnadeloDpe.
D.q,t,:9CbyGOC>^lC
GALERIE DE BOTANIQUE. 3l5
nommes et partagés en séries de bois de charpente , bois de construction , bois d'ébënisterî» , bois de teinture , etc. ; ce qui rend cette collection extrêmement précieuse. Le bas de cette armoire et les deux armoires suÎTantes, contiennent' d^abord des bois- des îles de France et de Bourbon, dont les échantillons sont de la plus grande beauté , puis des morceaux de bois de divers pays et de différentes formes , remarquables soit par leur texture , soit par leur rareté, soit par , leur usage. Enfin , dans la dernière armoire , celle qui est voisine de la fenêtre , on voit une nombreuse collection de toutes sortes de bois, apport tée de Portugal , et donnée au Muséum en 1808 par M. Serrurier, frère du maréchal.
Cette collection serait plus utile si les échantillons étaient plus grands ; ib ont la forme de livres in-i6 , et n'ont que 4 pouces sur 3.
Les bois étrangers renfermés dans les armoires, ne portent pas tous le nom de l'arbre auquel ils appartiennent, parce qu'il n'est pas toujours possible de les déterminer à la seule inspection , et qu'on ignore souvent <k quel nom systématique répond le nom sous lequel ils sont connus dans le commerce. Quand les voyageurs envoient des échantillons de bois, il est à désirer qu'ils y joignent un rameau de l'arbre en fleur , pour qu'on puisse reconnaître le genre et l'espèce.
3l6 DESCRIPTION DU MUSéuM.
La salle des herbiers , qui sait celle des bois, ett garnie d'une boiserie formant des cases de lo pouces de hauteur, ii pouces de large ,17 à 18 ponces de profondeur. Ces cases sont au nombre de trois cent quarante-quatre dans la partie de la salle qui est k droite de l'entrée , et de deux cent cinquante-six dans la partie à gauche. Des stores qn*on élève et qu'on baisse à volonté les garantissent de la poussière.
Les trois jcent quarante-quatre à droite , renferment l'herbier général, qui est composé d'environ vingt-cinq mille espèces de plantes. Il y a ordinairement plusieurs échantillons de chaque espèce , soit parce qu'on n'a pas toujoui's des fleurs et des fruits sur le même échantillon, soit parce qu'on a eu soin de conserver un individu de la même plante recueilli dans diOerens pays. On a rapproché de l'eppèce bien connue les variétés et les espèces très-voisines, qui n'en sont pas encore assez bien distinguées pour qu'elles soient décidément considérées comme espèces particulières.
Le fond de cet herbier est composé de l'ancien herbier de Vaillant, où toutes les plantes étaient étiquetées de sa main, avec la synonymie des auteurs connus de son temps , et l'indication , du lieu où la plante avait été recueillie. II y avait aussi dans cet herbier plusieurs plantes envoyées
GALEBIE DE BOTANIQUE. ^l-J
& Vaillant par des botanistes et étiquetées de leur main. Les écritures étant "connues, lorsque ceux qui ont envoyé des plantes les ont publiées dans leurs éci-its , on a uii synonyme incontestable.
M. Besfontaines a joint à chacune de ces plantes surune étiquette particulière, le nom systématique moderne le plus sûr et le plus connu. Les échantillons ont été comparés avec ceux des herbiers de M. de Lamarck et de M. de Jussieu.
Lorsque les botanbtes qui publiaient des monographies de genres ou de familles sont venus visiter l'herbier du Muséum pour compléter leur travail, M. Desfontaînes leâa invités à joindre aux échantillons des plantes qui n'avaient point encore été décrites, les noms par lesquels ils les avaient désignées dans leur ouvrage. Ainsi plusieurs échantillons sont des types originaux , correspondans aux descriptions domiées par M. de Candolle dans les deux premiers volume* de son Regnum ■vegetahile; par M. Dunal dans la monographie des solanum ; par MM. Bonpiand et Kunth dans celle des mélastomes ; par MM. Mertens , Aghart et iamouroux dans celles des fucus , etc.
L'herbier de Vaillant étant autrefois arrangé selon la méthode de Tournefort, et renfermé dans desboîtes,n'étaitpas d'un usage commode. M. Desfontaines entreprit, en 1797, de le disposer dans l'ordre des familles naturelles , avec des étiquettes
JlO DESCBIPTION BU HUSEUH.
de geiire , et d'y intercaler les autres plantes que possédait le Muséum. H y joignit donc la magnifique collection que Commerson arait faite pendant son voyage autour du monde , et pendant son séjour aux iles de France et de Bourbon ; celle que Dombey aTait apportée du Pérou et du Chili ; les plantes recueillies dans les iles de la mer du Sud , que Forster avait données à Buffon ; puis un herbier envoyé de l'Inde par Macé, un de Cayenne par Martin ; un de Madagascar par Giapelier ; un des Antilles rapporté par les botanistes qui avaient accompagné le capitaine Baur din , à Saint-Thomas et à Porto-Rico ; un de Saint- Domingue, donné par M. Poiteau; un de Java, donné par M. Leschenault ; un de Pe;^ , d'Egypte et du Levant, que MM. Olivier et Bruguière avaient fait pendant leur séjour dans ces contrées.
Le voyage à la Nouvelle-Hollande nous ayant jHTOCuré un grand nombre de plantes nouvelles , elles ont été également réunies à l'herbier général, qui a été encore enrichi par les dons que nous ont faits un grand nombre de voyageurs et de botanistes étrangers , et principalement M. Robert Brown.
Comme il est essentiel que l'heiltier général ne soit pas trop volumineux , on a l'éserré les doubles des plantes qu'on a reçues , pour faire des