‹ Histoire et description naturelle de la commune de MeudonChapitre 3 sur 9 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

BETAILS HISTORIQUES

Origine.

Il y a peu d'endroits, je crois, dont le nom latin ou latinisé, ait subi plus de modifications que celui de Meudon. — Dans tous les ouvrages qui font mention de ce village, il s^pelle indifféremment Metiosedum, Mol-dunum , Meodum , Modunum , Meudum

Meudun , Campum meudoninse. Malgré cette richesse de désignations et les efforts des étymologistes, notamment de Valois et Sanson , Torigine de Heudon ne paraît pas être aussi ancienne qu'on serait porté à le croire. La première de ces désignations qui se rencontre dans les commentaires de Jules-César ( 1 ), semble devoir plutôt appartenir à un bourg ( probablement Choîsy-le- Roi), situé entre Melun et Paris : Lorsque Labienus afin de rentrer sans perte à Sens, son quartier-général , fit descendre la Seine à une partie de son armée au moyen de bat* teaux qu'il avait amenés de Melun , pendant que l'autre remonterait le fleuve au milieu

(i) Nani y et prœsidio è regione castrorum relicto , et parvà manu Mctiosedum versiis missâ , i^uœ tantiim progrederetur quantum naves processissent , reliquas copias contra Labienum duxerunt. CoxuatiNTAiRts sur 1» guerre des Gaules, liv. 1^, §lxi.

de la Duit avec toas ses bagages et en faisant grand bruit , Tauterke Camulogène > dont il avait espéré de détourner Tatten* tion par cette manœuvre habile , envoya des troupes Gauloises vers Metiosedum avec ordre de s'avancer aussi loin que les bateaux des Romains. Suivant Bullet(l), Moldunum serait formé de deux mots celtiques : moelmol, pelée ; dun , montagne; la terminaison tim a été évidemment latinisée, c II n'y a de titres certains qui fassent mention de M eudon, nous apprend Lebeuf(2), que depuis la fin du XIP siècle ou le commencement du Xlir ; dans ces titres ce lieu est appelé Meodum ou Meudon ou bien Meudun.

U est évident qu'on ne savait alors comment le latiniser, ce qui a duré ainsi pendant presque

(1) Mémoires sur la langue celtique ; Dictionnaire celtique, pag. 53.

(2) Histoire du diocèse de Paris, loin viii.

tout le XIIP siècle. Mais si Ton n'a pas d'époque sûre pour Meudon, ajoute cet auteur, il est aussi vrai de dire qu'on ne peut en donner entièrement Tétymologie ; il est certain que la fin du mot venant de dun, terme celtique , fait allusion à la profondeur corrélative du château et du villa ^^e. En anglosaxon, en anglais et en flamand, mou et mut signifient sable, poussière; c'est tout ce qu'on peut dire de plus approchant. » Ajoutons à cela qu'en effet les collines de Meudon sont couronnées par des dépôts de sablepuissants, d'où l'on pourrait peut-être inférer enfin que Meudon signifie colline de sable.

La plus grande obscurité enveloppe donc les premières traditions de Meudon. Avant le commencement du Xlir siècle, à peine en est-il fait mention, et encore depuis cette époque jusqu'à Tapparilion d'un château vers Tan 1B39, tout se réduit-il à de simples

listes de bénéficierset de seigneurs. Nul doute cependant que la commune de Meùdon ait pu fournir un bon contingent à Thistoire de risle-de-France ; son village est trop avantageusement situé pour qu'il n'ait pas été témoin de quelques événements militaires au temps dès Romains ou des Normands, alors que les premiers étaient toujours en lutte avec les Gaulois, et que les seconds, sous la conduite de RoU le Norvégien , ravageaient tout le pays compris entre la Loire et la Seine et remontaient deux fois ce fleuve pour faire le siège de Paris et rançonner vers le commencement du X« siècle le faible Charles III; mais, à cette époque déjà reculée de nos annales, notre village était trop peu important pour que l'histoire se soit donné la peine de nous transmettre ce dont il a pu être le théâtre.

La difficulté de réunir en un seul chapitre tous les faits, petits et grands, qui appartien-

nent à la commune de Meudon, m'a déterminé, ainsi que je Tai déjà annoncé dans la préface de cet ouvrage, à les grouper le plus naturellement possible; j'ai préféré les localiser plutôt que de m*astreindre à suivre une aride chronologie ; cette méthode m- a per* mis aussi d'intercaler dans les chapitres relatifs à rhisloire naturelle, une foule d'anecdotes qui, sans la description du lieu ou des objets auxquels elles se rattachent, couraient risque d'ofiErir bien peu d'intérêt.

Village et Chftteau.

«tDans tous les pouillèsdu diocèse de Paris, la cure de Meudon est dite être à la pleine collation de l'évoque diocésain. Le premier de ces dénombrements de bénéfices remonte au XIIP siècle ; à cette époque, l'abbé et les religieux de Saint-Germain-des-Prés se disaient gros décimateurs de Meudon; ce fut en cette qualité qu'ils cédèrent, en 1244, au prieur de Saint-Martin-des-Champs, gros décimateur de Glamart, le droit de reportage des dîmes de terres cultivées sur le terri-

toire de ce nom par les habitants de Meu--

don(l). »

La cure de ce village a été desservie par quelques hommes remarquables, notamment Jacques de Beaulieu qui plaida contre lesmarguilUers en 1384 , Antoine Grandet, prévôt de l'église de Saint-Nicolas-du-Louvre, connu par ses prédications et ses écrits.

On cile surtout le fameux François Rabelais à qui , en 1545, le cardinal Jean de Bellay, évêque de Paris, accorda la cure de Meudon. D'après les registres de Tévêché, il parait n'avoir jamais rempli les fonctions curiales par lui-même, ce qui ne l'empêcha pas de jouir jusqu'à sa mort arrivée à Paris en 1553, des produits et des bénéflces attachés à son titre. Cette sinécure a eu au moins cela de bon, qu'elle a valu au pays

(1) Lebeuf.

une certaine célébrité ; elle ne pourra que s'accrottre depuis qu'indépendamiûent d'un portrait du spirituel et caustique écrivain, dont le presbytère paraît avoir été en possession, on a donné son nom à l'une des nouvelles rues du village (1).

A Rabelais qui avait été constamment remplacé dans ses fonctions par Pierre Richard, son vicaire, assisté de quatre autres prêtres, succéda Gilles de Serres, clerc du diocèse de

(1) Dans une savante notice sur la vie el les ouvrages de F. Rabelais le bibliophile L. Jacob, n'élève aucun doute sur le séjour de Tillustre curé à Meudon et donne même des détails sur sa vie intime. < Il s'acquittait autant que possible des devoirs de son ministère ; il ne laissait entrer aucune femme dans le presbytère, afin de ne pas donner prétexte à des calomnies que son grand âge aurait d'ailleurs démenties; mais il recevait sans cesse la visite des savants et des personnages les plus distingués de Paris ; il s'occupait lui-même d'orner son église, il apprenait le plain-chant à ses enfants de chœur, et il montrait à lire aux pauvres gens, i — plus haut: t 11 était bien accueilli au château par le duc et la duchesse de Guise qu'il appe*

Beauvais. Moréri cite un des curés les plus renommés de Meudon j comme ayant fait imprimer tout ce qui a été écrit à la louange du célèbre Tourangeau.

a Quoiqu'il n'y ait point de titre qui fasse mention des droits de Tabbaye de Saint-Germain à Meudon ayant le XIIP siècle^ il faut cependant reconnaître que ce monastère j possédait une seigneurie au moins dès le XIP siècle, et que, sur ce territoire, se trou-^

lait ses bons paroissiens ; il les visitait souvent et fami" lièrementy » etc.

Tous ces détails sont en grande partie tirés d'fin volumineux et indigeste manuscrit d'Antoine Leroy, chanoine de Sens, en 1649, et qui porte te titre d'Ehgia Rabelœsina ; mais Tautorité de ce pangéyriste, qiri a pris ses renseignements à Meudon, 50 on 60 ans après la mort de Rabelais, n'est pas d*un grand poids pour Fabbé Lebeuf qui révoque en doute une partie de» chose» que I.eroy a avancées.

Quoi qu'il en soit , Meudon devint , à l^'époque où Rabelais vivait et longtemps après sa mort , un but dé pro-* menade pour les Parisiens, selon ce dicton proverbial

vatt un yigifoèle. En 1246 , raMiâ«fe ataitnn pressoir à Meudoii et même, à €6 qull paraît, une maison ad Fetit-Yal-de-HeudOft; eni 8 1 8| eHe obtint de François I"^ l'étabNi^semeiit ée trots foires et d'un marché; la première foire avait lieu le jour ée saint Leu et de saint Herbland et le lendemaini ; la deuxième, le 3 février et le lendemam, la troisième, le mercredi de la Pentecôte et le lendemam. Le marché devait se tenir les lundis. La communauté de Saint-Germain consentit, SO ans après, à rafiénation de œ qu'elle arvait de

qu'of^ répétait encore au XVII* siècle : c Allons à Meiidon ; nous y verrons le château , la terrasse , les grottes et M. le curé, riiomme du monde lé plus revenant en figure, de la plus belle humeur, qui reçoit le mieux ses amis et tous les honnêtes gens, et du meilleur entrelien. •

Enfin , longtemps après sa mort , on a vu sni< la porte du presbytère ces deux vers, qui font allusion aux différents états qu'il a exercés durant sa vie :

Cordigery hinc medicus , tiim pastor et iniùs obi\n :

Si nomifn quœris , te mea scripta docent.

droits seigœuriaux à Meudon, justice haute, moyenne et basse, cens et ebampart, en fa* veur du cardinal de Lorraine, moyennant 400 livres de rente , et s'y réservant seulement des maiapns , un pressoir, des terres , des prés et des vignes. Par la suite les religieux se défirent de tout ce qui leur restait à Meudon, en faveur de Servien surintendant des finances, moyennant 36,000 livres. »

Les seigneurs de la paroisse de Meudon sont connus depuis 500 ans* environ ; les plus anciens portaient même le nom du villagp. ff Le premier qu'il soit permis de citer avec confiance, est Erkembod de Meu»

don, chevalier désigné ainsi dans une charte

de Maurice, évèque de Paris en Tan 1180.

Le deuxième, Mathieu de Meudon, Test comme témoin dans une lettre du même évêque 16 ans plus tard. Vers le même temps, un

Pierre de Meodon de MuldofMo, se trouva parmi lescheraliersde laChâtelIeniede Mont- Iheri qui tenaient quelques fiefs du roi ; un Âmaury de Méudon, chevalier qui avait beaucoup de censives à Sèvres, vivait en 1236. »

« Etienne de Meudon cède» en 1231 , à Eudes, abbé de Saint- Germain, les dîmes de blé et de vin que lui avait abandonnées Amaury d'Issy. »

Roberl de Meudon, panetier de Philippe IV dit le bel , en 1303 , finit par être concierge de Saint-Germain-en-Laye ou capitaine de la forêt en 1 337.

Henri de Meudon, chevalier, fut grand veneur sous Philippe VI, en 1334.

Citons encore une Jeanne de Meudon, femme de Guillaume-le-Bouteiller de Sentis, morte en 1353 (1) ; Gamier de Meudon, mai-

(1) Parmi les personnes qui ont illustré Meudlou vers

tredes requêtes en 1369; Jean de Mendon chevalier, dont Je fils. Bureau de Meudm, fut échanson du roi« etia fiUa^Margu^ite de Ueudon, épon$9 J^an de Gaillomiet ( surnommé le peUt bermite), chevalier et cham^ bellan du roi.

Ce fut eQ elle que s'éleignit la race des anciens Meudons (2).

« Le 17 juillet 1415, Jean de Mont-Revel, époux de Jeanne Gaillonnet, posséda le fief noble du château de Meildon ; du consentement de $a femme, il le vendit à Augustin Ysbare. »

cette époque, on peut intercaler ici Jean le Bade , dit de Meudop , chevalier qui fut prévôt de Paris en lâ59.

(1) Au commencement du règne de Charles VII , un riche bourgeois de Paris, appelé Jean de la Haye, et surnommé Piguet y possédait beaucoup d'héritages à Ueudon. Le roi d'Angleterre les lui ôta pour les donner à Michel de la Tillaya, et ensuite à Dangueil , écuyer, en

« GiiiUaaiBe Sanguin (on cite atant loi on Claude Sanguin qui aurait été seigneur de Meudon en 138S) , fut chef d'une famille qui posséda durant bien longtemps la seigneurie de Meudon. »

€ En 1430, rtiôtel desCameaux» un fief, rue des Gordeliers, un autre à ViUebon-lez Meudon, Aubervilliers-lez-Meudon, dépendaient de Meudon. >

Antoine Sanguin, Jean Sanguin, Antoine Sanguin, héritèrent successivement de Meudon; le dernier futmarguillierde la paroisse ; de chanoine de la Sainte-Chapelle, il devint évêqued'O rléans ,uis de Toulouse, enfin cardiual ; aussi Tappelait-on le cardinal de Meudon. Moyennant une rente de 1 ,200 livres par an, il fit, en 1527, à sa nièce Anne de Pisse* leu, une donation, ratifiée dix ans plus tard,

de la terre et seigneurie de Meudon qui relevait de celle de Marly.

Plus connue sous le nom de duchesse d'Étampes par suite de son mariage ayec Jean de Bretagne, Anne de Pisseleu sut, par son esprit, non moins que par ses charmes, enchaîner le cœur de François 1er, qui vint pour la première fois la visiter à Meudon en Tannée 1537. Non contente de plaire à son royal amant, elle se constitua la protectrice des peintres et des poètes de son temps; sur la demande qu'elle lui fit, le roi lui accorda la permission de faire un parc autour de son château ; les terres qui devaient y entrer furent estimées et payées aux particuliers ; en 1546, tout fut terminé.

Séparée de biens d'avec son mari, la belle duchesse d'Étampes céda son domaine, en 1552 , au cardinal de Lorraine , archevêque

-iode Reims, moyennaat une constitudoa de 3,000 livres de rentes.

Les religieux de Saint-Germain-des-Prés avaient encore alors à Meudon un flef dont ils firent échange, en 1570, avec le même cardinal.

La chapelle de la conception des Ramels à Saint-André-des-Ârts avait, en 1548, une maison et un jardin à Meudon proche de la rue des Ménétriers.

Dubreul (l)fait mention de très anciennes ruines de thermes où se voyaient encore, en 1659, de vieux cabinets qu'on croyait avoir fait partie de ces étuves. Il y avait dans cet ancien château deux tours portant, Tune, le nom de Mayenne, et l'autre, celui de Ronsard (2).

(1) Supplément à son édition de 1650.

(^ Ce poète^que le duc et Ja duchesse de Guise avaient

Le oardmalde Lorraine, possessenr des plus riches bénéfices de la France et dont l'o« pnlence était extrême, ne neigea rien pour faire du domaine de Meudon une habitation somptueuse.

Il fit, sous Henri II, construire un supert>e château d'ai»rès les dessins de Philibert De* lorme qui s'adjoignit le Primatice; il occupait le point culminant de la colline, à 161 mètres au dessus du niveau de la Seine et d'où Ton découvre tout Paris ainsi que les plaines et coteaux environnants ; ses murailles étaient flanquées de tourelles ^i encorbellement ; la façade, rougie de briques, était accompagnée de quelques bustes et de balcons qui régnaient

attaché à leurs personnes, faisait une assez maigre chère dans la tour qui a porté son nom; il contribua sourdedément auprès de ses illustres hôtes, à faire passer Rabelais, qui les fréquentait aussi, pour un ivrogne qiil n'avait pas d'autre Dieu que son venfre^

tout à l'entour ; dœ arcades et dds pilastres ornaieatle côté principal du bâtiment. Parmi les peintures de ses plafcmds^ se faisaient re* marquer celles qui repirésentaient les sessions du concile de Trente où le cardinal avait assisté.

On admirait surtout dans le parc qu'il avait aussi fait agrandir, une grotte construite pour son neveu le duc de Guise, Henri de Lorraine qui bérila de Meudon après sa mort

arrivée en 1574. On y lisait cette inscription sans doute faite pour lui : Quieti et muais Henrici II. Galliœ PR. PP. PPS. Il ne reste plus de ce chef-d'œuvre, dû au même architecte, que la grande terrasse construite en briques rouges avec ses rampes et qui soutient le parterrre situé au devant du château ac^ tuel.

Dès que le roi de Navarre, depuis Henri IV et son beau-frère Henri HI, eurent opéré

dans les environs dé Paris la jonction de leurs forces contre celles de la Ligue, le premier de ces rois établit, le 30 juillet 1589, son camp àMeudon. Il y était encore le 2 août suivant, lors de l'attentat de Jacques Clément qui le fit monter sur le trône de France,

Charles et Henri de Lorraine héritèrent successivement du château, et le dernier de ce nom le vendit, en 1654, au comte Abel Servien, sur-intendant des finances de la baronie de Meudon , moyennant le prix de 9,300 livres de rente ; on assure que ce seigneur fut le premier qualifié baron de Meudon; il obtint, en 1655, la faculté d'étendre le parc de Meudon qu'il divisa sans doute le premier en carrefours, et de Teûclore de murailles, bien que les héritages acquis pour cet agrandissement fussent dans le voisinage des plaisirs du roi ; en 1656, on lui accorda encore l'établissement de deux foirea

frandiés à Haidon, les premiers hindis d'avril et d'octobre, et d'un marché franc tons les samedis ; Tannée suivante, il acheta des religieux de Saint-Germain-des-Prés ce qu'il leur restait de bien à Heudon.

On doit surtout à Servien la magnifique et imposante terrasse qui domine tout le village; elle n'a pas moins de 130 toises de longueur sur 70 de laideur ; elle a coûté des sommes immenses, car il a fallu égaliser le ten*ain, retrancher d'un côté de hautes pointes de rochers en pierre dure, et de l'autre combler des creux assez profonds,et, outre cela, élever des murs solides pour soutenir les terres et conserver le niveau; on dit même que Servien fiit forcé de rebâtir 4)lus loin le village de Meudon et même l'église qui auraient été ensevelis par les terres rapportées.

Heudon fut vendu, en 1680, par le mar-

tkel le Tdilief, marquis de Loutoîs, secrétaire (fËtat, qui avait ordre du roi d'en fattre Facquisition. Ge se^neiir, après aroir f»! qae^ques échanges arec tes habitants, augmentai encore cette belle propriété qn'U entonm de magnifiques jardins ; eDe devint alors asse^f vaste pour que ses extrémité joignissent ceDes desparcsde VersaillesetdeSaint-Cloud ; il contribua en outre aux embetUssements du diâteau, et fit mettre ses armes en face et au bas du pavillon du milieu désigné sous le nom de

calotte de Meudon.

Avant que les réunions de l'Académie des inscriptions eussent été fixées au Louvre , le chancelier en forma quelques-unes dans son château, vers Fan ie83. ^

Deux ans après, Louis XIV et Te danphm vinrent visiter ce domaine.

Les ambassadeurs de Siam y mirent aussi

le8 pieds l'année suivante, et ils remarqué-' rent très judicieusement que la pointe du clocher de la paroisse étant plus basse que le niveau de la terrasse, celle-ci devait par coih séquent être très âevée.

Louis XIV, voulant rapprocher de sa personne le grand dauphin à qui mademoiselle d'Orléans de Montpensîer avait, en 1691, légué Choisy-sur-Sêine, appelé alors Choisy- Mademoiselle et plus tard Cho«sy-le-Roi, ob« tint de madame de Louvnê l'échange de sa terre deHeudon avec cdle de Choisy « moyen** nant 900^000 livres de retour.

Cette terre entre les mains d'un prince qui cherchait à imiter le roi son pk'e» acheva de s'embellir; aprèsVersailleSirienn'égalaitalors^ là beauté des appartements du château dont les croisées étaient vitrées par des glaces : les peintures, les dorures, les marbres^etc, s'y trouvaient en pression ; on remarquait parmi

les tableaux ceux de Lafosse, de Jouvenet, d'Audrand etd'AntomeCoypel. Sa galerie, sur les côtésde laquelle, l'habile pinceau deMartiu (surnommé le Martin des batailles) avait représenté des camps^neset des sièges, renfermait un grand nombre de statues antiques et modernes, notamment deux statues en brcmze très estimées. Tune antique d'un gladiateur et l'autre ^'Esculape par Jean de Bologne. Il n'y manquait après la mort du grand daujAûn, sur laquelle je reviendrai tout à l'heure, que les riches meubles en* voyésen Espagne pour la part de Philippe V, duc d'Anjou, dans la succession de son père.

L'orangerie était aussi à cette époque une des plus belles qui existassent, tant par le nombre que par la grosseur remarquable des' orangers placés les uns à côté des autres.

De nouvelles routes et de magnifiques avenues furent percées; le célèbre Lenôtre

agrandit et replanta les jardins qui se faisaient remarquer par une grande pièce de gazon appelée les Vertugddins dans le haras actuel et une autre pièce non moins vaste, connue sous le nom des Cloîtres , située au milieu du petit parc; enfin, Heudon devint une résidence des plus agréables où Louis XIV aimait à venir passer auprès de son fils les momente qu'il pouvait arracher aux affaires. Ce monarque y séjournait même deux ou trois jours de suite.

Cependant ce vaste château ne suffit pas aux besoins du dauphin ; il en fit construire un autre à 80 toises environ au sud-^est du deuxième, et sur l'emplacement de la fameuse grotte de Philibert Delorme. La chapelle fut bénite en 1709. Quand il fut avancé, le roi , qui n'avait fait que l'entrevoir , ne voulut pas y mettre les pieds ; il trouva qu'il

ressemblait plutôt à la maison d'un riche fi-

oancier qa*à celle d'un grand prince.

Malgré ce dédaindu souverain, le dauphin, qui aimait passer sa vie obscurément entre ia table , la chasse et quelques maîtresses, fit un long séjour à Meudon, et finit, comme son père, d'après ce que donne à entendre Saint-Simon, par un mariage de conscience, en épousant mademoiselle Choin, « grosse camarde brune qui , avec toute la physionomie d'esprit, et aussi le jeu, n'avait l'air que d'une suivante, et qui, longtemps avant cet événement, était devenue excessivement grasse, et encore vieille et puante (1). »

« Du reste , pour l'honneur de mademd*^ selle Choin, il faut ajouter que lorsqu'elle était la maîtresse du dauphin , elle n'eut jamais de maison montée , pas même d'équir page , et qu'elle venait à Meudon et s'en

(i) Uémoires du duc de Saint-Simon , tom. ix, p. 179.

tournait (fans une simple voiture de louage ; elle eut Tart de se faire aimer de tout le monde par ses qualités et son affabilité. Â la mort du dauphin qui eut lieu à Meudon , elle se retira dans le modeste logement qu'elle avait toujours conservé à Paris , et employa les vingt dernières années de sa vie, à toutes sortes de bonnes œuvres. »

Le grand dauphin tomba malade dans les premiers jours d'avril 171 1 . Louis XIV, ayant appris, le 9, qu'il était réellement atteint de la petite vérole qui faisait alors de grands ravages, se rendit à Meudon pour demeurer auprès de son fils pendant toute sa maladie, et de quelque nature qu'elle pût être. Par un motif très louable , le roi défendit à ses enfants d'y aller, et même à quiconque n'avait pas encore eu la petite vérole. Malgré les soins des médecins Boudin et Fagon , le dauphin succomba, âgé de cinquante ans, à

— scia petite Térole pourprée, dans la nnit do mardi 14 ao mercredi 15 du même mois.

LoDÎs XiypartitimmédialemeDt ayecmadame deMaintenoo pour Haily .Kentôt le château de IfeudoD se trouva désert; l'iofection du cadavre fut si prompte etdeyint si grande, que la Valliére, le seul des serviteurs qui soit resté constamment auprès de son maître, les capucins et autres personnes , furent obligés de passer la nuit ddiors (1).

Son fils, le duc de Bourgogne, devenu

(i) Durant sa maladie, on avait eu quelque espoir de le conserver; aussi, « les harengères de Paris, amies fidèles du dauphin, qui s'étaient déjà signalées à une forte indigestion qu'on avait prise pour une apoplexie , donnèrent-elles, dans cette circonstance, le second tome de leur zèle ; elles arrivèrent en plusieurs carrosses de louage à Ueudon. Le dauphin voulut les voir; elles se jetèrent au pied de son lit, qu'elles baisèrent plusieurs fois; et, ravies d'apprendre de si bonnes nouvelles , elles s'écrièrent dans leur joie, qu'elles allaient réjouir tout Faris et faire chanter le Te Deum. » Vém. de S. Simon

deuxième dauphin et père de Louis XV, n'habita jamais Meudon, quoiqu'il eût fait achever le troisième château , et n'y fit que des apparitions passagères.

Depuis que Meudon a appartenu au roi, ce lieu a été favorisé de quelques privilèges ; en 1704, on réunit au bailliage les prévôtés de Clamart, de Fleury et de Cheville, et il fut dit que les appellations ressortiraient dûment au parlement.

En 1726 9 au mois de septembre , tout le domaine de Meudon fut joint à la couronne, et , depuis lors , il n'a pas cessé d'en faire partie. C'est sans doute aussi depuis 1695 qu'il fut établi à Meudon une foire royale fixée au premier jour de juin.

Meudon semble avoir été de tout temps destiné à servir pour des expériences très remarquables.

Vers le milieu du XlIP siècle, un médecin

de Crémone, appelé d'Romani, imagina d'extraire la pierre de la vessie au moyen d'une mélhode toute nouvelle, la cystotômie ou le grand appareil, caractérisée, comme on sait»

par remploi du cathéter. Cette terrible opération de la taille fut appliquée la pr^nière foison France en 1474, sous Louis XI, par Germain Colot (1), praticien attaché à l'école de médecine de cette époque , sur un trancarcber de Meudon , condamné à être p^du an gibet de Montfaucon pour plusieurs larcins commis en divers lieux et même dans l'église de Meudon. Il tut donc abandonné à ce chirurgien pour servir à l'essai de son opération ; on avait promis à ce malheureux sa, gràce^ s'il se laissait opérer. Le roi ordonna de bien panser cet homme; quinze

(1) Laurent Colot, son frère, fut lithotomisie de Henri II. Sa famille posséda le secret de l'opération de la taille jusqu'à la fin du XVI* siècle.

jours après, il avait la vie sauve, se trouvait débarrassé d'une cruelle infirmité , et reçut en outre une somme d'argent (1).

Meudon et Belleville furent choisis , en 1695, pour faire le premier essai d'une machine qui n'est autre que le télégraphe actuel, inventéeparÂmontons, membre de TAcadémie des Sciences, et qui avait alors pour but de correspondre avec un ami éloigné de huit ou dix lieues, et pourvu que le lieu où se trouvait cet ami pût être aperçu. Le dauphin voulut être présent à l'essai de Belleville, comme il l'avait été à celui de Meudon (2).

(1) Grandes chroniques de Saint-Denis.

(2) Le secret , dit Fonlenelley consistait à disposer dans plusieurs postes consécutifs des gens qui , par deslunet* tes de longue vue, apercevaient certains signaux, lesquels étaient autant de lettres d'un alphabeth dont on n'avait le chiffre qu'à Paris et à Rome. La plus grande portée des lunettes réglait la distance des postes, dont le nom-

Pendant la révolution, l'ancien chàteaa élevé par le cardinal de Lorraine fut converti , d'après un ordre du comité de salut public , en un établissement destiné à faire de nouvelles recherches pour le {Jerfeclionnement des divers objets d'artillerie ou desi machines de guerre (1). On fit tout à Tentour des retranchements, afin de cacher le but qu'on s'était proposé ; on creusa de larges fossés; des courtines et des redoutes furent

bre devait être le moindre qu'il fût possible; et, comme le second poste faisait des signaux au troisième , à mesure qu'il les voyait faire au premier, la nouvelle se trouvait portée de Paris à Rome presque en aussi peu de temps qu'il en fallait pour faire les signaux à Paris.

(l) c On y faisait, vers la fin de 1794 , des expériences sur la poudre de muriate suroxygénée de potasse, sur les boulets incendiaires, les boulets, creux , les boulets à bague. Plusieurs recherches consistaient à remplacer ou à reproduire les matières premières que les besoins de la guerre dévoraient, pour multiplier le sa4in et la potasse que la fabrication de la poudre enlevait aux manufactures. IJipnlçaillard, Histoire de France, tom. iv, pag. 289.

élevées de distance en distance, etc. (c Les habitants du bourg donnèrent à cette occasion une preuve éclatante de leur zèle patriotique ; ils offrirent tous leurs bras pour contribuer à la confection des travaux, et ils y mirent une telle activité qu'en peu de jours ils furent entièrement terminés. Les commissaires de la Convention furent si satisfaits de cet empressement que, sur la proposition du rapporteur Barrère, l'assemblée déclara que les citoyens de Meudon avaient bien mérité de la patrie , et qu'il serait inséré au bulletin une mention honorable de leur dévouement (1) .D

(1) La femme d'un journalier nommé Brizard , d'une grande beauté , a été, pendant la révolution, promenée à Meudon comme déesse çte la liberté. Devenue mère d'une nombreuse famille, elle finit par tomber, ainsi que son mari , trop enclin à fréquenter les cabarets, dans la plus profonde misère. Je me ressouviens Tavoir vue se drapant encore dans des haillons , triste réminiscence du rôle glorieux qu'elle avait joué.

Une activité incroyaUe régnait dans l'a-* tdier de M eadon ; les ouTriers y trayaîUaient noit et jour, et, à tons moments, des charriots diargés de madiines de guerre en sortaient pour se rendre aux frontière^- Là»

forent confectionnés ces aérostats, an moyen desquels on pouvait sans danger reconnaître les forces et les dispositions de Tennemi ; c'est à remploi de ces nouvelles machines qu'est due, en très grande partie, la victoire de Fleurus en 1794.

< La découverte d'une méthode pour tanner en peu de jours les cuirs qui exigeaient ordinairement plusieurs années de préparation, a été, dans cette circonstance, inappréciable. On tannait à Meudon la peau humaine , et il est sorti de cet affreux atelier des peaux parfaitement préparées. Il en a été porté des pantalons ( 1 ) . Les bons et beaux

(1) Il existe encore des livres qu'on a reliés avec la

cadavres des suppliciés étaient écorchés, et leur peau tannée avec un soin particulier.

La peaii des hommes avait une consistance et un degré de bonté supérieurs à la peau de chamois; celle des femmes présentait moins de solidité , à raison de la mollesse du tissu (1). »

L'année suivante, dans la fameuse journée du 13 vendémiaire (5 octobre) qui mit Bonaparte en évidence et le fit parvenir plus tard au commandement en chef de Tarmée , le général Barras, qui, le matin, avait été investi de celui de l'armée intérieure , envoya à Meudon deux cents hommes de la légion de police qu'il tira de Versailles, cinquante cavaliers des quatre armes, et deux compagnies de vétérans ;il ordonna l'évacuation des effets

même matière; Je papier est imprégné de la graisse qui ne cesse de s'en échapper.

(i) Montgaillard^ Histoire de France, tom, iv, p. 390.

qui étaient à Marly sur Meudon , ât venir des cartouches, et établit un atelier pour en faire à Meudon (1).

Les expériences dont j'ai parlé plus haut, entreprises dans le vieux château de Meudon, ayant compromis sa solidité, on résolut de le démolir (2) plutôt que de le réparer, ce qui eût occasionné une dépense considérable; et cette démolition s'effectua dans le courant des années 1803 et 1804 (3).

Le château neuf, quoique inférieur en grandeur à Fancien, ne lui cédait point en magnificence. Tel qu'il a toujours été, les avant-corps sont décorés de colonnes doriques ; l'escalier est aussi éclairé que com-

(1) Mémoires de Bourienne , tom. I«% pag. 91.

(2) On prétend que le consentement de Napoléon lui a été surpris.

(3) Les fûls des colonnes en marbre blanc veiné de rouge, de Tare de triomphe de la place du Carrousel, en proviennent.

mode. Le grand vestibule d'entrée décor autrefois par le chœf-d'œuvre de Jean de Bologne , Test aujourd hui par le groupe de Zéphire enlevant Psyché, du à Thabile ciseau deRutxhiel; la gracieuse statue de Pandore du même artiste occupe le vestibule du roi; on admire aussi dans Tune des pièces du château

toutes garnies de tableaux très estimés , le Cupidon de Chodet coulé par Soyer.

Du second étage on se rend de plein-pied dans le parc; les jardins sont coupés en terrasses qui s'élèvent les unes sur les autres; elles se terminent vers le midi par une pente

insensible jusqu'au bas du coteau où il y a deux pièces d'eau et un canal au bout.

Après le couronnement de Napoléon, ce château, devenu palais impérial, prit beaucoup d'importance ; on y fit de grandes réparations, et il fut garni de meubles magnifiques confectionnés avec des bois indigènes ; on replanta également les jardins.

Napoléon Toalait en faire on institut oà il aurait rassemblé tons les princes de la ma^n impériale, notamment ceux des branches qu'O arait élevées sur des trônes étrangers « destinés, disait-il, à occuper divers trônes et à régir diverses nations ; ces enfants auraient puisé là des principes communs . des mœurs pareilles, des idées semblables, etc. ( 1 ). >

M arie-Lom'se l'habita avec son fils le roi de Rome, presque constanmi^it depuis 1812 et durant toute la campagne de Russie.

Dans ces derniers temps, pendant les troubles du Rrésil et du Portugal, il a servi de demeure à don Pedro, roi de Portugal, à la reine sa femme et à sa fille doua Maria, aujourd'hui régnante. Le duc d'Orléans Fa aussi habité ; enfin il a été occupé depuis deux étés, par un illustre guerrier, le maréchal Soult, ministre de la guerre.

(1) Mémorial de Sainte-Hélène , lom. !•', pag. 415.

On arrive au châi^eau actuel de Meadon, par une longue avenue plantée de quatre rangs de tilleuls (1), quit en se rejoignant aujourd'hui par le faite , constituent, à mon avis, une des promenades les plus agréables que Ton puisse rencontrer aux environs de Paris; d'un côté, elle aboutit à la grande terrasse du château, et de Tautre , au chemin de fer qui la croise en passant sous un pont.

Il existait, il n'y a pas encore bien longtemps, sur la droite de cette avenue, en allant au château, une magnifique propriété connue sous le nom des Capucins ; l'enclos de plus de trente arpents qui en faisait partie

(0 Us onl remplacé des ormes séculaires, e*t c'est en grande partie, d'après le conseil de M. Obeuf^ qui habite Meudon depuis une quarantaine d'ann<1es, que H. Godefroy, garde-général forestier d'alors, a donné la préférence à des tilleuls.

leur fut donné, vers Tan 1570, par le cardinal de Lorraine ; c'est le premier établissement qu'ils eurent en France.

Après avoir appartenu en dernier lieu à M. Pérat, banquier, cette propriété est divisée, à rheure qu'il est, en une foule de petites maisons de plaisance plus jolies les unes que les autres.

Depuis le 9 septembre 1840, le village de Meudon jouit de tous les avantages d'un cbe* min de fer qui passe à ibi-côte, et dont le mouvement anime singulièrement la contrée.

Si, d'un côté, la commune a été défigurée, par suite de la tranchée profonde faite dans ses collines, pour obtenir une ligne de niveau sur tout le parcours du rail-way, d'un autre, elle s'en dédommage bien par la beauté du viaduc du Val-de-Fleury qui sert à franchir le profond vallon de ce nom ; voici, au reste, la description que donne M. For-

game de cette gigantesque construction (1).

ex Ce viaduc, aussi remarquable par la pureté de son architecture que pourTélonnante grandeur de ses proportions, comprend deux rangs d'arcades superposées ; chaque rang est composé de sept arches. Les arches inférieures présentent une ouverture de 7 mètres entre les culées et une hauteur sous def également de 7 mètres. L'ouverture des arches supérieures est de 10 mètres, et leur hauteur sous clef est de 20 mètres ; les piles qui séparent ces dernières ont 3 mètres d'épaisseur ; l'épaisseur des piles du rang inférieur est de 4 mètres 80 centimètres. Le viaduc est terminé par des culées et présente une longueur totale de 142 mètres 70 centimètres. La hauteur de Touvrage au dessus du sol est de 36 mètres , mais Télé-

(i) P^oyage pittoresque sur te chemin de fer de Paris à ytrsaiilçs.

actuelle, elle cxmtoameni la montagne en partant toujours des Moulineaux» snirra le yal à mi-côte, et aboutira à Meudon par nne pente régulière de 64 millimètres par mètre* M. Ôbeuf a, en outre, fait élargir, aux dépens de sa propriété, un chemin vicinal qu'il a rendu carrossable, lequel permet actuellement de se rendre avec la plus grande facilité au château, tandis qu'auparavant il fallait gravir en droite ligne une côte excessivement apide.

Fleory.

MM

Le. premier titre latin qui fasse mention de ce joli hameau, est de 1235 ; on disait alors Flor; en langue vulgaire. Expilly (1) le désigne sous le nom latin de Merogis et lui as-* . signe 16 feux en 1746.

(tene peut pas douter que Tabbé de Saint-

Germain ait été réellement seigneur à Fleury ; 6ar,.en 1264,Girard, qui était à latétedeTabbaye, imposa aux habitants de ce hameau aussi bien qu'à ceux dlssy,une nouvelle taille.

Nous avons déjà vu que Fleury, vers Tan 1709, n'appartenait pas entièrement à la paroisse de Meudon ; la partie même où se trouvait une chapelle dépendait de Clamart.

Cette chapelle, rasée pendant les premiers

(1) Dictionnaire géographique des Gaules et de la France,

troubles de la Ligue, fut rebâtie en 1644; il fut permis au chapelain d'y chanter vêpres en 1695, et le cardinal de Noailles^ d'après Tavis des curés de Clamart et de Meudon« renouvela cette permission en 1 7 1 0.

Fleury a eu une suite de seigneurs non interrompue, je me contenterai d'énnmërer les principaux :

Jean de Saint-Benott , drapier et bour^ geois de Paris , était seigneur de Fleury le 10 juin 1342.

Jean Genlian, général et maître des mon-* naies du roi, avait le fief de Fleury en i 363. et 1371.

Oudart Gentian en 1391, 1399 et 1401.

Milet de Biancourt, seigneur en partie de Fleury. Pierre Gentian, Jean de Gentian, Guillemette, La Gentian, Jean Câlin, Glles de Biancourt, etc. , etc.

Marie de Feugerais , dame de Fleury, en partie, qualifiée épouse de Villeroy en 15B1,

Jean Catiii,€flGM etc.

François de Machaalt, conseffler au par-* lement et commissaire aux requêtes du pa- IsAs, obtint la permîssîoii de taire célébrer en l'oratoire de sa maison située à Fleury.

Son fîisatné céda ia seigneurie de Fleury à Servien, naoyennant le prix de 4,605 livres.

François Chauvelin, avocat, avait une maison *i Fleury en 16H.

Aujourd'hui ce paisible et délicieux hameau se fait remarquer par des maisons de campàgfieplus jolies les unes que les autres et domt la plupart sont contiguësàla ïorét ; j'en citerai principalement une dans laquelle son propriétaire, M. Panckoucke, a réuni avec autant de goût que d'amour pour la science, une collection très intéressante des productions naturelles de toute la commune de Meudon.

C'est à la porte de Fleury que ne manque pas de se rendre, tous les ans, MM. Adrien

de Jussîeu et Joseph Decaisne à la tète d'une nombreuse cohorte d'étudiants, pour herboriser dans les bois environnants.

Là aussi, se tient un bal champélre qui , longtemps, a été Tun des plus recherchés des environs de Paris.

Un peu plus bas, au val de Pleury, on rencontre la belle propriété de la princesse Charlotte, morte récemment, et double nom est intimement lié à celui de l'infortuné duc dïnghien.

Cette propriété et le bois de Fleury, vus aujourd'hui à travers les grandes arches du viaduc, alors surtout que le printemps a paré la terre de fleurs et de verdure, produisent un effet merveilleux. Encadrés par elles, ce sont autant d'immenses tableaux animés des couleurs les plus vives, qoe fait encore mieux ressortir la teinte uniforme et blafarde de la masse du viaduc.

Bas«Meadon.

Jean de Meudon, sans doute frère de Henri de Meudon , chanoine de Noyon , légua, en 1343^ aux Chartreux de Paris, son manoir du Val-de-Meudon, estimé la valeur de 30 livres de rente (1). C'était une ferme avec un grand

enclos fort peuplé de bons arbres fruitiers.

En 1556, Raoul Spifame faisait ordonner

au roi Henri II, de convertir la ferme et mé-*

{i) Les mêmes Chartreux jouissaient mussi , à la méipe époque, du moulin des Rosiers, situé dans la plaine, vers Meudon. 11 leur avait été donné par Bernard Potier, in.arquis de Blérencourt.

tairie des Charlreux, en maison de ious entretenus par l'Hôtel-Dieu, auquel cas, le roi aurait donné aux Chartreux un autre bien .

ou leur aurait payé une rente.

Sous Tempire, celte grande propriété, dont la porte était ornée d'un buste de Virgile avec une inscription latine au dessous que le vandalisme a fait effacer depuis peu (1), a été habitée par le maréchal Berthier ; elle appartient aujourd'hui à M. le vicomte de Lepîne qui Ta mise en location ; après avoir servi de guinguette, elle est devenue une importante distillerie de fécule de pommes de terre.

Tout le monde connatt là bdile manufacture située sur la rive gauche de la Seine, tîs

{l) Oq y lisait les vers suivanls de Virgile : Hœc super arvorum cultu pecorunujue canebain.

Et super arboribus

Gêoroiqubs, liv. IV.

à Vis rîle Séguin. Quoiqu'elle porte le nom de verrerie dite de Sèvres, elle n'appartient pas moins à Meudon.

EUe e^ admirablement placée pour la confection de ses produits : d'un côté, elle tire sa matière première ou le saMe qui entre dans la composition de ses bouteilles , connues anciennement sous le nom de flacons, si recherchées et répandues sur tous les coins du globe, de la forêt même de Meudon; et d'un autre côté, la Seine amène jusqu'à sa porte le charbon de terre dont elle fait une si grande consommation. Dans ces derniers temps, cette belle manufacture, habilement dirigée' par M. Casadavan, a entrepris de faire des cristaux qui rivalisaient avec tout ce qu'il y a de plus beau en ce genre.

La verrerie est dominée, à Montalet, par l'agreste propriété de M. Scribe; des mains de mademoiselle Lange, actrice du Théâtre-

Français, assez belle pour avoir pu représenter la statue dePigmalidn, elle passa dans celle du prince de Talleyrand qui l'augmenta considérablement (1); enfin Maret, le duc de Bassano, acheva de l'embellir pour y recevoir Bonaparte avec pompe (2) .

Aux anciens écarts de Meudon que nous venons de décrire, il faut encore joindre Villebon,Aubervilliers,dont ilsera parlé plus loin, à l'occasion delà forêt et des eaux, ainsi que le fief de Cottiguy, celui du Coulombier assis au haut de Meudon, Heu dit Beauvoir, enfin la Pissote qui existait en 1 430 .

(i) II fit désobstruer le chemin du Pavé-des-Gardes qui passe au devant de Uontaiet, qu'un amas considérable de lerre et de pierres détachées de la colline voisine (ceqoi vient de se reproduire) avait complètement intercepté, en renversant même les murs du côté opposé.

(^ C'est dans la même propriété qui fut, pendant quelque temps, le rendez-vous des libéraux, que Benjamin Constant s'est complètement luxé l'articulation du genou, ce qui l'obligea de porter une béquille jusqu'à la fin de ses jours.

Belle vue.

Ce hameau ne fait partie de la commune de Meudon que depuis la fondation du ch&teau ; auparavant il n'y avait sans doule sur le point où il se trouve, qu'un très petit nombre de maisons isolées et sans importance.

Destiné» à cause de son heureuse situation^ à prendre un grand développement» il doit son origine à la fameuse marquise de Pompadour, qui, se rendant, un jour de Sèvres au ch&teau de Meudon, fut frappée delà beauté du site où elle se trouvait et désira y avoir une maison de plaisance.

Louis XV, à qui la marquise avait inspiré la manie des bâtiments, et trop heureux de satisfaire à la fois son goût et les désirs d'une favorite toute puissante, Taida de sesdons(l). Un immense château s'éleva comme par ^ichantement; les édiflces furent confiés à Lassurancc et les jardins à d'Isle, tous deux architectes renommés. Il fallut cependant faire l'acquisition d'un grand nombre de pièces de terre cédées avec ^npress^HMt par leurs propriétaires qui, du reste* furent bien indemnisés.

Gomme il n'existe plus guère de ce magnifique château , détruit, en vérité, pour le plaisir de démolir, que les deux ailes transformées aujourd'hui tant bien que mal en oiaisons de campagne, on voudra bien me per-

(1) Le roi lui donna plusieurs terres considérables , sans compter d'énormes graliflçations. ( Biographie uni'^ versellc, ancienne et moderne,)

mettre d'entrer à son égard dans quelques détails empruntés la plupart à Dulaure (1).

(c En arrivant du côté de Meudon» on ren * contrait deux pavillons carrés dont Tun existe encore; puis» après avoir suivi une avenue de tiileuls conduisant dans une cour où éHatent les écuries et la salle de spectacle , on pénétrait dans celle du cbàteatf fermée de trois côtés par les ailes et le corps du Mtiment, et du quatrième, par une grille en fer doré qui la séparait du parcLa façade prisdpale regardait Paris. »

Il y avait au devant une terrasse cpot existe encore et d'où Ton ^uit d'une vue magnifique dont je parlerai plus loin. « Les faces latérales étaient accompagnées de plusieurs pièces de parterre à T anglaise, entourées de beaux orangers et terminées par des bassins

(i) Histoire des environs de Paris,

reYèUis de marbre; aa boat de Fan d'eux, sëletmt an belvéder de gazon ; » on descendait de la terrasse par des rampes jasqo*aa pied de la colline qœ baigne la rivière, dans le cours tranquille de laquelle se refléchissent les saules des Iles Séguin et Billancourt.

Là se trouvait un pavillon appelé BrimborUm OHistniit égalem^it pour madame de Ptompadour et devenu aujourd'hui une befle propriété particulière (f ).

€ On admirait surtout les jardins et le parc de Bellevue. Sa grande allée était occupée par un long tapis de verdure, on Ton voyait au milieu d'un bassin la statue de Louis XV sculptée par Pigale ; le côtédu jardin adroite de cette allée, était divisé en deux parties ; dans la première se trouvait un labyrinthe

(i) Elle a été longtemps occupée par la famille de M. Odier, pair de France.

et dans la seconde plusieurs bosquets ornés de bassins , de grottes et de belles statues, notamment de celle de la marquise dePoinpadour, due également au ciseau de Pigale; l'autre ;côté du jardin était planté en quatre salles ayee des allées tournantes . » Le parc, assez étendu du nord-est au sud-est, avait une contenance de c^it arpents environ et communiquait avec la forêt de la couronne, au moyen de grandes allées qu'il est encore facile de reconnaître sur les bruyères de Sè-^ vres, quoiqu'elles aient été cultivées depuis la révolution.

L'intérieur du château offrait tout ce que y art et ta richesse pouvaient alors fournir de plus beau, de plus recherché, de plus voluptueux : tout y respirait l'amour. La sculpture et la peinture portaient généralement dans leurç nombreuses productions Tempreinte

d'un goût aussi dépravé que Tétaient les mœurs à cette époque.On y distinguait des ta bleaux de Carie Yanloo, de Boucher (1), etti. a Louis XV afieclionnait beaucoup Belte* vue; iileflt, pour ainsi dire, construire sous ses yeux, et se faisait même apporter à mimger au milieu des ouvriers. Ce prince y coucha pour la première fds le 24 novembre 1750. » Trois ans après, on y joua le Devin du village; la marquise de Pompadonr, qui remplissait elle-même le réie de Colin, en*voya SO louis à Fauteur (2)» que cette pièce contribua tant à faire connaître à la oomr» Le roi devint tellement épris de la résidence de Bellevue, qu'il se la it céder» et elle tomba alors dans le domaine de la couronne.

(1) La collection de tableaux donnée au roi, par S. Standishy vient de faire rentrer en France une des plus jolies cooipositions de Boucher, qui avait été enlevée de B^Uevue pendant la révolution.

(S) J.-J. Rousseau, Confessions,

Louis XVI en fit cadeau à ses tantes, Mesdames de France, qui reculèrent tes limites du parc et augmentèrent encore Tagrément de ce séjour.

« En 1793, le château de Bellevue devint propriété nationale ; compris dans le môme décret que Meudon, il fut conservé et entretenu aux dépens de la république ; mais au mépris de ce même décret, il fut plus tard vendu à M. Testu, qui le fit démolir en grande partie. > Il passa ensuite entre les mains d'une société qui en a fait le village le plus à la mode. En eflTet, aucun endroit des environs de Paris, à deux lieues à la ronde, n'offre aujourd'hui autant d'agréments que celui-ci. Quelques minutes après avoir quitté la capitale, grâce au chemin de fer, on se trouve tout transporté au milieii d'un séjour aussi agreste que riant, d'où l'on jouit de Tune des vues les plus étendues et les plus

variées qui existent au monde; aussi le prix des terres dans cette localité devient-il exorbitant ; on ne craint pas de les faire pajer aussi cher que dans certains quartiers de Paris.

Indépendamment des deux ailes et de la terrasse» tristes restes du somptueux château de Bellevue dont je viens de parler, je dois encore mentionner, comme ayant appartenu à cette résidence royale, la fameuse tour de Marlborough, qui fait aujourd'hui le principal ornement de la belle propriété de M. Odier, banquier, et trois ou quatre maisonnettes connues sous les noms de la Ferme, du Cerf, de la Grange , de la Sablonuière , etc., converties aujourd'hui en charmantes résidences d*été. Dans la première, dont la distribution intérieure, et surtout le joli salon, ne paraissent guère avoir changé depuis que les tantes de Louis XVI sont venues y prendre

du lait et manger des œufs frais, on remarque une rampe en ier battu, dont la forme rustique est certainement un chef-d'œuvre de serrurerie. Celte petite maison, construite dans un genre tout particulier, se distingue aussi des autres par un gigantesque paratonnerre fort à propos placé au centre de trois grands chênes dont les vigoureux rameaux tendent à se confondre au dessus du toit. La seconde, occupée aujourd'hui par M. Guillaume, à qui Ton doit la distribution régulière de Bellevue et tousses agréments publics, est un joli chalet orné d'un bois de cerf dix cors, au dessous duquel on a gravé en lettres d'or, sur une table de marbre blanc, les circonstances qui ont accompagné sa mort dans le parc même de Bellevue (1).

(1) Depuis, Ton a donné le nom du Cerf à une rue où il existe une maison dans les fosses d'aisance de laquelle un magnifique cerf, pourchassé par <'<harles X , est venu tristement terminer son cxislencc.

Un immense réservoir servait autrefois à alimenter d'eau tout ce beau domaine ; mais comme les réparations à y faire auraient coûté un prix énorme, et qu'il devenait, lorsqu'il tarissait, un foyer d'infection pour les habitants, M. Guillaume eut Theureuse idée d'y faire des saignées qui l'ont desséché complètement ; cet habile propriétaire avisa à un un autre moyen, qui lui a parfaitement réussi, pour suppléer à l'eau que ce réservoir fournissait autrefois en abondance. La pente na-i tureile du terrain lui a permis de mettre à profit la nappe aquifère contenue dans la couche argi[o-sablonneu3e,situéeentreIes sables supérieurs et la formation gy pseuse dont je parlerai plus loin avec détail; il en a obtenu, au moyen d'une profonde tranchée, une source magnifique et intarissable, qui alimente aujourd'hui une foule de concessions et des bains publics.

On peut entendre, tous les dimanches en été, la messe à Bellevue, dans une chapelle dédiée à la sainte Vierge, patronne du ha-* meaui dont la fête (r Assomption), qui devient de plus en plus bruyante, par suite des milliers de personnes que le chemin de fer lui amènede Paris, a lieu, bien entendu, au mois d'août.

Meudon et ses hameaux sont depuis longtemps le rendez-vous , dans la belle saison, d'illustrations en tous genres. Dans la crainte

de m'engager dans une liste trop étendue, je citerai seulement tes principales personnes dont les noms sont parvenus à ma connais-sance.

Le prince de Wagram, le duc de Bassario,etc. , ont, ainsi que je l'ai déjà dit, habile le Bas- Meudon ; joignons à ces grandes célébrités militaires le général Schérer , le maréchal Ney qui, après la retraite», de Russie, a occupé au

Val, non loin des résidences de l'ambassadeur M. Bresson et de la princesse Charlotte, une propriété appartenant aujonrd'hui à M. Duret; M. Redouté, ce fameux peintre de fleurs, mort récemment à Paris ; l'éditeur, non moins connu, de la grande commission scientifique d'Egypte, aussi distingué par sa littérature profonde que par ses connaissances archéologiques et ethnographiques, madame Pailtkoucke, le général Barbou, la marquise de Pastoret, l'auteur des Messéniennés, Michelot, du Théâtre-Français, ont fait et font encore les délices de Fleury, tandis que le village de Meudon réclame : le général Montserrat, le député Méchin, M. Séné, ancien • notaire. M. G. Odier (I), M. de Saint-Chéron, connu par ses écrits religieux, le général Lejeune, qui maniait si bien le pinceau malgré la

(Ij M. Odier occupe l'ancien potager du château.

cruelle blessure qa'un braconnier,dansleparc ' de Grosbois , lui avait faite à la main droite, M. Jacqueminot, général en chef de la Garde nationale de Paris» qui emploie un grand nombre d'ouvriers dans sa magnifique propriété naguère en la possession de M. Boucher; c'est la seule du pays, pour le dire en passant, qui ait été complètement pillée et saccagée, en 1814, par les Russes et les Cosaques, irrités de ce qu'on y avait caché un trésor révélé par un de ces misérables comme il s'en trouve partout.

Bellevue, les Capucins, Montalet, etc., rivalisent aujourd'hui avec la partie la plus grande de la commune que nous venons -de parcourir; citons d'abord M. Lemaire, auteur des classiques latins, qui occupait dans la première de ces localités l'une des plus belles propriétés résultant du démembrement du parc ; dans celle de M . Obeuf; si heureu -

^sèment exposée au bord de l'avenue cradni-^ $ant au château de Meudon , M. Btol poursuit avec une rare activité la solution des problèmes les plus élevés de la physique ; un peu plus bas> à Montalet, M. Scribe a sans doute composé quelques*unes de ces nombreuses pièces qui paraissent tous les jours» comme par enchantement sur nos théâtres qu'elles ne cessent de charmer; un peu plus haut, un autre auteur dramatique, non moins distingué, mais plus châtié et plus sobre, écrit de délicieuses comédies et place souvent la scène de ses pièces dans le lieu où il les a rêvées. Mademoiselle Rachel, vient s'inspirer sous les frais ombrages de Bellevue ; Monrose père y avait retrempé cette gai té à jamais perdue p<mr nous; c'est aussi la résidence habituelle de MM. Thierry, Pichot, rédacteur en chef de la Revue Britannique y Emile Souvestre le romancier, et Bois^Milon, ancien secré-

taire des commandements de S. Â. R. le duc d'Orléans. Â Bellevue encore, M. Joly, peintre distingué, a exécuté, d'après les beaux dessins de M.Âuguste Mayer ,ces lithographies où l'on retrouve si bien l'aspect des contrées septentrionales et qui font rornement de Tatlas de Texpédition en Islande et au Groenland, entreprise sous la direction de M. Paul Gaimard ; madame Joly exerce son talent à faire de charmants paysages ; Tinfatigable madame Brune, née Pages, compose de saisissants tableaux d'histoire , qu'elle interrompt quelquefois, pour faire des portraits dignes des grands maîtres, pendant que son mari s'applique à nous représenter une nature pleine de charme et de poésie; une autre dame qui marche avec succès, dans la carrière illustrée par lesDidey, les Galame, etc.» nous transporte^ par ses larges et hardies compositions, tantôt au pied de montagnes

sourcilleuses, tantôt au milieu d'une forêt séculaire ;M. le baron de Koss^ ambassadeur du roideDanemarck,M. Rogier, ministre plénipotentiaire de Belgique> font trêve à leurs graves occupations diplomatiques ; M. Cbambolle, rédacteur en chef du Siècle, MM. Odier, Rodrigue, banquiers, accourent oublier, l'un les débats de la tribune parlementaire, les autres, le bruit tumultueux de la Bourse ; M. Gilet rêve aux améliorations et aux embellissemenis dont la ville de Paris est encore susceptible, etc., etc. (1)

(1) Au moment de faire imprimer ce chapitre, le bruit , courl,etj 'apprends par la voie des journaux, heureusement non officiels, que la magniûque propriété de madame Delislc doit être achetée parle gouvernement, afin delà convertir en fortin destiné à défendre le pont de Sèvres.

Adieu donc, al cela se réalise jamais, lasolitude desbois environnants! adieu surtout celte physionomie champêtre et bourgeoise qui a fait jusqu'à présent rechercher Bellevue avec tant d'ardeur!

Invasions étrangères.

Les événements des années 1814 et 1815 ont laissé de profonds souvenirs à Meudon ; on n'y oubliera pas de longtemps le séjour des alliés et surtout la présence des Prussiens et des Hanovriens. Meudon a vu les derniers efforts de la grande lutte militaire, qui, pendant près d'un quart de siècle, avait bouleversé toute l'Europe; son humble territoire a, pour ainsi dire, donné la sépulture aux dernières victimes de tant d'hécatombes humaines sacrifiées au Dieu de la guerre.

Lors de la première occupation de Paris en 1814, le prince de Schwartzenberg ayant déclaré, dans sa proclamation du 31 mars,

qu'aucon logement militaire ne pèserait rar la capitale, il en résulta que les environs furent inondés de soldats de toutes les nations, notamment de Russes et de Cosaques. Meudon en eut sa bonne part et le séjour qu'ils y firent, coûta assurément autant à la commune que si elle eût été pillée etsaccagée(f ).

(t) ie dois œfNmdant avouer qoé la plus gmide drâcfpline De cessa de régner parmi oes troupes; on en aura une idée par la seène suivante dont je fus témoin. Les premiers soldats qui parurent dans le pays, le lendemain de l'entrée des ennemis à Paris , furent des fourragears du régiment de cuirassiers de la garde impériale russe. Arrivés sur la place du village, M. Bresson, frère du célèbre diplomate de ce nom, alors curé de Meudon, alla courageusement au milieu d eux, s'informer de ce qu'ils voulaient* Apprenant que c'était du fourrage, il en dirigea quelques-uns chez mon père, qui demeurait près du presbytère. On crut devoir donner à l'un d'eux , qui l'avait sans doute demandée, une bouteille de vin ou d'eau de vie ; toujours est-il que ce malheureux , étant i^tourné près de ses camarades, reçut» malgré l'interventioo du bon curé, une volée de coups de plat de sabre

Indépendamment de cette lourde charge, il

sur ses épaules nues, et fut obligé de rapporter intacte la bouteille que nous lui avions remise.

Ces soldats 9 et tous les Russes que j'eus Toccasion de voir par la suite , portaient le plus profond respect à Napoléon. Je n'en citerai qu'un exemple : on avait oublié de cacher chez mon père une grande médaille qui représentait le buste du héros ; loin de vouloir la fouler aux pieds ou de l'outrager d'une manière quelconque > ils ne manquaient pas, au contraire, de se découvrir, chaque fois qu'ils l'apercevaient accrochée à la cheminée, avec autant d'empressement qu'ils l'auraient fait devant une image de saint Nicolas, avec cette exclamation en mauvais français : % Napoléon, pas bon, mais grand capitaine! »

Nous eûmes aussi généralement à nous louer des officiers supérieurs russes et prussiens qui levèrent chez nous. Je citerai principalement un colonel de Hullan qui devait sa vie, son grade et sa décoration à Napoléon. Fait prisonnier avec d'autres partisans du corps franc de Schill qui s'était soulevé pour affranchir son pays , il allait être fusillé comme tant d'autres , lorsque Tempereur fit grâce aux derniers. Quoique les circonstances l'aient forcé depuis à servir contre son bienfaiteur, une fois qu'il eut su avec qui il se trouvait, il nous prouva qu'il n'avait pas moins conservé pour lui la plus grande vénération.

Quant au petit nombre de ceux dont nous avons con-

ont audni fait éclater une affreuse maladie épldémique(l).

serve ud souvenir désagréable , je ne puis m*einpêcher de citer des Hanôvriens à la solde de l'Angleterre. Ils avaient à leur tête un officier anglais dont la femme, à la suite d'un assez long séjour chez mon père , ne se fit pas scrupule d'emporter, pour tout remercîment des soins que ma mère lui avait prodigués ainsi qu'à son enfant, les jplus beaux vases d'un service en porcelaine , ainsi que tout ce qu'elle put trouver de confortable à sa convenance; ce gentleman voulut aussi un jour faire incendier la maison.

Les mêmes hommes que je cite à regret n'ont laissé que des ordures après eux; ces espèces de yahous avaient converti les appartements en véritables écuries; on n'osait pas approcher des fenêtres dans la crainte d'être couvert d'jmmondîces. La vermine dont ils avaient infesté la maison, était si dégoûtante, qu'on fut même obligé de brûler les matelas ei les couvertures dont ils s'étaient servis. Mais je m'arrête ; ma plume se refuse à retracer les traces ignobles de leur passage en 1815, lesquelles ne s'effaceront jamais de ma mémoire; je me suis laissé dire aussi qu'ils avaient emmené de Paris une fille publique pour rester avec eux, et que cette malheureuse fut réduite à la dernière extrémité, par suite de leurs lubriques emportements.

(1) Cette affection , de nature typhoïde , avait un ca-

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L'année suivante, le fameux Blûcber, à la tète des Prussiens, voulant établir son quartier général à Saint-Cloud, avant d'attaquer Paris, par le côté ouest qu'il supposait le plus faible et non dominé par des hauteurs couronnées d'ouvrages fortifiés, tels que Montmartre et Belleville Tétaient en ce moment, envoya, le l'^', juillet son fils à Saint Germain . de là h Versailles en traversant la forêt de Marly ainsi que les villages de Labretèche, de Saint-Nom et de Roquencourt .

De son côté,rintrépidé général Vandamme, à la tète des troupes françaises, s'était porté sur la route de Ghâtillon et occupait la plaine de Uontrouge, depuis le village de ce nom jus-

ractère teMement pernicieux, que, pour en citer un exemple, elle frappa sous le loit paternel tous mes frères et sœurs, et en enleva coup sur coitp trois sur cinq que iious étions»

qu'à Vaugirard. Tous les élèves de l'École Polytechnique étaient rassemblés à Montrouge avec leurs canons. Il y avait, dit-on, sur ces divers points plus de deux cent cinquante pièces feu batterie. Le !•' juillet, on avait déjà fait sauter une des arches inache^ vées du pont de Sèvres et brûlé Tancien qui était en bois.

Toutes ces dispositions étant prises, le gé*^ néral Excelmans se porta sur Versailles à là rencontre des Prussiens , et là se passa l'un des plus brillants faiti^ d'armés qui aient il-* histré la chute de Napoléon , «r expédition < qui eût pu, suivant le Mémorial de Sainte" € Hélène , avoir des suites si importantes , € dans le cas où elle eût été soutenue, ainsi « que cela avait été décidé. » Quoiqu'elle ait eu lieu un peu loin du village de Meudon , mais cependant presque au milieu de sa forêt ^ j'ai cru devoir, afin de ne pas laisser une

troi^ grande lacune dans le précis des évè« nements militaires qui se sont passés à F ouest de Paris, reproduire presqtfen entier le bulletin du 2 juillet qui la mentionne.

c L'ennemi avait occupé Versailles avec quinze cents chevauj^. Le général E?tcelmans , ayant formé le projet de les enlever, dirigea en conséquence le lieutenanUgénéral Pire avec le 1" et le 6® de chasseurs et le 44® régiment d'infanterie de ligne sur Villed'Avray et Boquencourt» en leur recommandant de s'embusquer pour recevoir l'ennemi quand il repasserait sur ce point* De sa personne, le général Ëxcelmans se porta par le chemin de Montrouge à Vélizy avec l'intention de rentrer à Versailles par trois points. Il rencontra, à la hauteur du buisson de Verrières, une forte colonne ennemie. Le 5* et le 15* de dragons, qui étaient en tête , la chargèrent avec une rare intrépidité. Le

6* et le 20* «le dragons la prirent en flanc ; culbuté sur tous les points, Tennemi laissa jusqu'à Versailles la route couverte de ses morts et blessés.

« Pendant ce temps-là , le lieutenant^énéral Pire exécutait son mouvement sur Roquencourt avec autant de vigueur que»

d'intelligence. La colonne prussienne, poussée par le général Excelmans, fut reçue par le corps du général Pire , et essuya à bout portant une vive fusillade du 44* régiment^ et fut chargée parle 1" et le 6*^ de dragons qui la poursuivaient , et la poussaient fortement à la sortie de Versailles.

« Le résultat de ces belles affaires a été, l'entière destruction des deux régiments de hussards de Brandebourg et de Poméranie , les plus beaux de l'armée Prussienne.

c Les troupes françaises , infanterie et cavalerie, ont rivalisé de courage.

K Les hommes qui se sont le plus distin-

gués dans cette circonstance, sont : le lieutenant-général Stroltz, les généraux Burthe, Vincent; le colonel Briqueville, qui a été grièvement blessé ; les colonels Saint-Amand, Ghailloty Faudous, Schmidt et Paolini.

€ On a fait dans ces deux affaires beaucoup de prisonniers et pris environ un millier de chevaux-

« Les troupes ont été parfaitement secondées par les habitants des communes voisines qui ont assailli l'ennemi en tirailleurs ,

même avant l'arrivée de nos soldais. » On ne peut trop faire F éloge de leur courage, ajoute le bulletin du 2 juillet. Un colonel prussien disait même à ce sujet, qu^on s'était battu avec un extrême acharnement, et qu'il ne s'était pas sauvé un seul homme de son régiment.

Cependant, le général Excelmans ayant rejoint le corps d'armée à Montrouge, où se trouvait aussi le malheureux général Labé-

doyère, Fennemi rentra à VersaHles le lendemain au matin de son expulsîcm.

Enfin , le 5 juillet à trois heures après minuit, les Prussiens, sous les ordres du général Ziéthen (le fils de Blûeher avait été tué), s'étant approches de Saint-Cloud et de Meudon, une vive fusillade s'engagea sur ces hauteurs ; elles furent enveloppées d'une épaisse filmée ; on se battit avec acharnement dans les vignes de ce dernier village, sur lequel pleuvaient les projectiles de tous genres ; mais, je dois le dire, il eut principalement à souffrir des Français qui, placés près de Fleury, tiraient sur les Prussiens retranchés sur la terrasse du château ; les obus , ne pouvant atteindre leur but, éclataient au dessus du village (1), qui subit une espèce de siège.

(1) Je po&sède encore des boulets el des biscaïens qui sont venus se perdre dans la propriété de mon père , si^ tuée près de l'église. Encore enfants, et ne prévoyant au- VMn danger, ma sœur aînée et moi, nous courions voir le

Le même jour, les ennemis s'emivarèrent successivement d'Issy oùv ils s'établirent, de Vanvres » Bagneux , Bernis , Bourg-la-»

Reine, etc., et à midi, les armées réactives étaient en présence ; toutes les dispositions! se faisaient de part et d'autre pour une action décisive , lorsque MM. Bignon , chargé du portefeuille des relations extérieures ; de Bondy, préfet du département de la Seine,

trou qu'ils avaient fait , et nous éprouyions un certain plaisir à entendre si(Qer les balles.

Ajouterai-je , afin de donner une idée de ce que nos campagnes eurent à supporter dans cette cruelle circonstance, tandis qu'à Paris on se promenait paisiblement aux Tuileries ou ailleurs en grande toilette, que, le même jour, ma mère étant sur le point d'accoucher, son lit de douleur était dressé , lorsqu'un officier prussien , souillé de poussière , entra et s'y jeta tout habillé , malgré les remontrances qui lui furent faites , et que force fut d'en établir un autre où elle ne tarda pas à être délivrée. Le lendemain , elle fut obligée de se lever et de donner elle-même à manger û des soldats qui , pour obtenir de nouvelles bouteilles d'eau-de-vie, menaçaient de lui casser la tête avec celles qu'ils avaient vidées, et qu'ils brandissaient, ^nîmés de la plus sauvage fureur.

et GuilIemÎDOt, dief de Fétat-major-général de l'airinée de FOuést, d'une part ; le duc de Wellington et le feld - maréchal Blircher»

d'une autre, signèrent une convention qui mit fin aux hostilités.

Dans le rapport adressé à Londres par le duc de Wellington, ce général annonçait que le maréchal Blucher avait éprouvé une vigoureuse résistance de la part des Français , en voulant prendre position sur la rive gaudue de la Seine, et qu'elle avait été notamment très vive sur les hauteurs de Saint- Cioud et de Meudon (1).

(1) Lorsque les boslilités eurent enifèrement cessé. Te» Russes, comme on sait, firent encore un long séjour dans nos campagnes ; ils y restèrent jusqu'à ce que Te gouvernement , par Tintermédiaire d'Ouvrard , se fut procuré les fonds nécessaires pour payer la sofdequ^on leur devait. Cependant , le trait suivant , qui est bien propre au caractère français, faillit mettre le village de Meudon à feu et à sang. On était encombré de Cosaques, lorsque survint , à l'occasion de la rentrée de Louis XVill , un capitaine de dragons de la ditision Roussel, pour loger

ehez mon père avec ses chevaux. Ne trouvant plus de place, il conçut aussitôt le projet de s'en faire, bon gré > mal gré. A cet effet, il entra dans un appartement occupé par des Cosaques; et, l'ayant trouvé à sa convenance : c Allons, camarades, s'écria*t-il immédiatement, ^^rf/ fort! (allons, retirez-vous ! ) • et en même temps il se mit à prendre leurs effets, à les jeter hors de la porte, et à coups de plal de sabre, il fit évacuer toute la maison, où Ton s'attendait à voir un horrible conllit. 11 en fut à peu près de même chez les autres habitants; et, sans tambour ni trompette, tous les soldats russes, étonnés, laissèrent la place libre aux Français et furent bivouaquer en plein air et à la belle étoile, sur l'avenue du château. Parmi les nombreux souvenirs que m'a laissés l'occupation de mon pays natal par les troupes étrangères et françaises, j'ai oublié de mentionner plus haut la présence du colonel de La Rochejaquelein qui, après le dé* barquement de Napoléon à Cannes en 1815, fut cantonné à Meudon et aux environs avec son régiment des grenadiers de la garde royale. L'ex-ofiicier d'ordonnance de l'empereur a laissé un souvenir trop agréable dans» ma famille, pour que je ne m'empresse pas de lui payer un juste tribut d'éloges; cet excellent homme, après un assez long séjour chez mon père, ne pouvant parvenir à lui faire accepter une indemnité pécuniaire, lui laissa une partie de ses chevaux qui remplacèrent fort à propos ceux dont d'autres personnes moins scrupuleuses s'étaient emparées.

Catastrophe du chemin de fer de la

rive gauche.

Vingt-sept ans après ces désastres, où les riantes collines de Meudon furent jonchées de cadavres mutilés par Tartillerie, une nouvelle scène de carnage, encore plus affreuse que la première et due cette foîs-ci au progrès de l'industrie à la vapeur, a rempli les mêmes lieux d'une consternation profonde :

une bien triste célébrité est venue s'attacher à un chemin de fer qui faisait Fadmiration des touristes ; c'est près de la station de Bellevue que s'est passé cet événement inoui jusqu'alors dans les annales de ces nouvelles voies de communication. De pareilles,

catastrophes ne sont pas heureusement de nature à se renouveler souvent. Celle dont Bellevue a été le théâtre a eu dans toute l'Europe un grand retentis!»ement ; mais , si à quelque chose malheur est bon, il faut espé^ rer, hâtons-nous de le dire, que, par les perfections qu'elle va provoquer , elle servira à prévenir ou à atténuer une foule de dangers inhérents au nouveau mode de transport qui tend à s'établir comme un réseau dans toutes les contrées civilisées (1).

Il n'y a personne qui n'ait été, vers ces derniers temps, frappé de la vitesse extrême avec laquelle les convois du chemin de fer de la rive gauche se rendaient de Paris à Versailles, et réciproquement, surtout dans l'après-midi des beaux dimanches d'été, alors

(1) L'événement du chemin de fer a eu lieu au moment que la chambre des députés discutait le projet de loi concernant les grandes lignes qui doivent sillonner la Praoce.

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que l'administration tient à satisl^ire la foulé empressée qui encombre lés salles d'attente, où souvent elle fait éclater des murmures d'impatience. Sans être prophète , il était facile de pronostiquer que s'il arrivait jamais un accident grave , ce devait être dans cette circonstance. Y avait-il en eflet, à cette époque, pour l'observateur placé à Bellevue, là où le chemin subit plusieurs courbes, un spectacle plus imposant que celui de voir circuler à toute vapeur ^ suivant l'expression des mécaniciens chauffeurs, une vingtaine de wagons contenant autant de personnes qu'un vaisseau de ligne, remorqués par deux locomotives et leurs tenders ! Cette longue chaîne de voitures réunies bout à bout vacillait avec une si grande force par moments , que l'on aurait pu se figurer, en me servant d'un langage métaphorique, un monstre gigantesque h la'rges anneaux, vomissant feu et flamme , poussant les sifflements les plus aigus, se tor»

dant et glissant comme un serpent dans les entrailles entr'ouvertes de la terre, et laissant après lui d'épais tourbillons de vapeur, de soufre et de bitume.

Un jour, cependant, ces prévisions, du moins les miennes, se réalisèrent d'une manière épouvantable (1). Ce fut précisément un dimanche sur les six heures du soir, le

(1) Tout le monde a élé d^accord pour allribuer cet accident à la trop grande vitesse du convoi sur un plan sensiblement incliné de 4 millim. par mètre. Des personnes échappées à ce désastre ont déclaré devant les tribunaux que le convoi allait avec une »i grande rapîdite, qu'il kor était^ impossible de remarquer les objets devant lesquels elles passaient, tels que les maisons, les arbres.

I^Dans son rapport au préfet de Seine-et-Oise, M. obeuf s'exprime ainsi : < Le convoi parti de Versailles à cinq heures et demie, parcourait le rail-way avec une vitesse extraordinaire ; à cinq heures trois quarts, il fut out à coup arrêté surnotre commune, etc.

«Le mécanicien George, Anglais, homme réputécapabie, dirigeait le feu de la première locomotive; il se croyait seul en état d'atteindre la vitesse quil disait sans cesse bien supérieure dans son pays ; il en a élé la première victime! >

8 mai 1842, entre les stations de Bellevue et de Meudon qu'eut lieu un événement dont M. Cordier, pair de France, a le lendemain rendu compte à l'Académie des Sciences au

nom de MM. Combes et de Sénarmont, ingénieurs en chef des ponts et chaussées , chargés du service des machines à vapeur du département de la Seine. Depuis ce rapport fait à la hâte, l'enquête judiciaire ayant eu le temps de réunir et d'élaborer tous les renseignements concernant cette terrible catastrophe, je vais, en lui donnant la préférence , reproduire presque complètement la pièce qui a servi de base au procès que l'administration du chemin de fer de la rive gauche a soutenu, plus de six mois après, devant le tribunal de police correctionnelle de Paris. « Le convoi (1) qui revenait de Versailles

(i) 11 y avait 17 voitures, savoir : 2 wagons découverts de 30 places; 3 diligences de 46 places; 9 wagons couverts de 48 places ; 3 wagons à frein de 40 places. Total, 768 voyageurs environ.

à Paris, eiEàre cinq et six heures du soir, était traîné par deux locomc^ives, l'Éclair n^ 2 et le Mathieu Murray, Tune de petite dimen^ sion à quatre roues placée en tête du convoi avec son tender ; l'autre , de grande dimen-sion à six roues» construite par Sharpetet £oberts, suivait immédiatement avec son tender et le reste du convoi .

« Il venait de passer sur le pont situé entre la station de Bellevue et la borne portant : 8 kilomètres ; quelques secousses réitérées , dont la cause était alors inconnue (1) jettent

(1) La rupture de Tessieu antérieur de la petîle locomotive > tombée à 45 mètres à peu près de distance du |>oint où s'est effectué le fatal dénouement , a eu lieu aux deux extrémités , près des collets contigus aux renflements qui sont encastrés dans les moyeux des roues ; le fer de cette barre , de 9 centimètres de diamètre , était devenu lamelleux , à larges facettes. Cette rupture, suivant la majorité des experts, paraît avoir été la cause déterminante de Taccident. MM. Lebas . Gavé et Farcot

^u contraire , Tont regardée comme étant secondaire ou subordonnée à la rupture du ressort de devant à droite ^ laquelle aurait déterminé un abaissement du châssis qui supporte l'appareil.

une tardive alarme ; le Mathieu-Murray franchit encore sans obstacle le passage de niveau qui coupe la route départementale u^ 40, dite du Pavé-des-Gardes ; seulement il atteint et renverse en passant la guérite et la cabane du garde-barrière Carbon , puis il va s'abattre contre le talus de gauche ; la roue motrice gauche et l'avant de son châssis pénètrent dans le talus. La violence de l'obstacle et du choc arrête subitement le convoi ; l'Éclair, arrivant derrière de toute la force de sa vapeur contrariée et de l'élan du convoi, mais sans suivre la déviation gauche qu'a prise le Mathieu-Murray, brise les deux essieux du tender de cette première machine, en défonce la caisse, et la projette surla gauche, hors delà voie, dans l'intérieur de l'angle formé par le croisement de la voie de fer avec la route n*' 40.

€ Placé entre la résistance du talus et cette nouvelle secousse, le Mathieu-Murray

se couche sur le flanjc droit, la petite roue de droite dans le fossé, son foyer sur la voie.

« L'Éclair, dont les roues gauches, dont la roue de derrière du moins , monte sur cet obstacle, verse à droite de la voie sur le flanc droit ; mais le mouvement que reçoit encore sa partie d'arrière, dont la petite roue est engagée dans le Mathieu-Murray, fait que dans la dernière position qu'elle prend sur le sol, sa tête est obliquement ramenée dans la direction de Versailles.

cr ^L'angle que forment les trains d'arrière et les foyers des deux machines barre la voie. Le tender de 1 Eclair, brisant son attelage, franchit l'obstacle, et, suivant la projection de gauche à droite imprimée par TEclair, va tomber dans sa position naturelle sur la voie de départ de Paris, à 8 ou 10 mètres en avant, sans autre dommage qu'un essieu forcé .

« Le premier wagon découvert franchit

encore dans la première direction ; il va tom-

ber en se brisant sur le flanc droit, et verse au pied du talus de droite des voyageurs plus ou moins contusionnés, que cette chute préserve de Thorrible destruction qui va s'ac-^ complir derrière eux.

«t Cependant Télan s'amortit ; le deuxième wagon découvert ne franchit qu*incomplèfe^ ment les machines; son arrière-train reste suspendu sur elle , tandis que Tavant-train porte en avant, à terre, sur les charbons enflammés qu'ont répandus les foyers r^iversés des deux machines. Le premier wagon couvert s'élève et se pose en entier sur cette base qui va devenir un foyer d'incendie. Le deuxième wagon couvert, qui est la quatrième voiture , après avoir enfoncé de sa barre d'attelage la boite à fumée de l'Eclair , s'intercale encore dans cet échafaudage , dont l'élévation flnit par n'être pas moindre de 10 mètres.

« Enfin, le poids du convoi lancé, pressant

toujours avec violence les voitures qui, comme la diligence venant après* ne parviennent plus à gravir ce sommet placé devant elles, viennent s'écraser, pour ainsi dire, contre lui. Les parois se rejoignent , les banquettes intérieures se rapprochent presque entre elles, et broient les^jambes des voyageurs qu'elles emprisonnent ainsi, non moins que les portières fermées à clef des voilures.

« Tout cela se passe avec moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Bientôt les charbons répandus sur le sol communiquent le feu aux voitures amoncelées; la peinture qui les enduit, et, plus encore, les vêtements des victimes, en développent les progrès avec une effroyable rapidité. En dix minutes, il a irréparablement envahi tout ce qui est venu toucher à son foyer ; Teau bouillante et la vapeur qui s'échappent des machines brisées, mêlent leurs ravages à ceux des flam-

mes , et produisent les plus horribles bles* sures.

« On ne fut maître du feu qu'à neuf heures du soir. »

 ces détails authentiques, je crois pouvoir ajouter les suivants extraits des j(Aimaux de cette époque ; ils achèveront de peindre la scène lugubre qui s'est passée à Believue.

« Des habitations éloignées de dix minutes du chemin de fer, on entendait les cris des victimes. Ce bruit sinistre ne dura pas longtemps ; car à peine accourait on des maisons voisines que l'asphyxie avait produit son terrible effet. Les malheureux voyageurs des premiers wagons ne formaient plus que des débris calcinés qu'on retirait avec des crocs en fer du milieu de l'incendie, dont le reflet rouge se détachait au dessus des arbres. La chaleur du foyer était tellement intense, que les crochets semblaient se fondre dans les

flammes avec les cadavres qu'on cherchait à leur disputer.

« Les secours (suivant une autre version) étaient déjà impossibles ; les flammes, chassées par le vent, trouvaient un aliment de combustion dans les peintures toutes récentes des voitures. L'incendie commença à six heures un quart , s'éleva en peu d'instants à une hauteur prodigieuse , et l'intérieur des wagons devint une fournaise ardente d'où il n'était pas permis de sortir. Les voyageurs qui parvinrent à abaisser les glaces des portières furent asphyxiés par la fumée ; plusieurs autres , blessés par les premiers chocs, ne pouvaient naturellement se remuer et il fallut que ces malheureux attendissent ainsi la mort la plus horrible.

V Après la panique générale, on a pu juger alors de l'étendue du désastre : le feu s'était communiqué à l'amas de voitures et

(fe chaudières brisées, au milieu duquel se débattaient les malheureuses victimes de cet accident ! Les unes couvertes de sang , les autres inondées d*eau brûlante , couraient çà et là autour des blessés , tandis que de plus infortunées périssaient consumées dans les flammes, sans qu'on pût leur porter secours.

€ Ce fut avec grand'peine qu'on parvint à retirer des cendres quarante-deux cadavres, dont sept seulement de fenmies , presqu'entièrement consumés, et sur lesquels trente et un étaient entièrement méconnaissables. »

En quelques instants , grâce à la charité publique et à l'intelligent amcours de M. le commissaire de police Martinet , de M. le maire de Meudon , de la brigade de gendarmerie, de M. le curé de Meudon, des secours furent organisés de toutes parts.

Vingt-trois personnes, plus ou moins grièyement blessées, ont été immédiatement

transportées dans les dépendances du château de Meudon que M^ Empis, directeur des domaines et du contentieux de la liste civile, ainsi que MM. Amanton, soldat mutilé de Leipsick^ et Maréchaux, venaient de convertir spontanément en ambulance. Quelques heures après , des chirurgiens de Paris , notamment MM. Amussat, Lisfranc, Lucien Boyer, Demeaux, Clocquet neveu, Carot, accoururent sur l'avis du préfet de police , et vinrent seconder le zèle de MM. Obeuf, père et fils.

Le roi , informé presqu'aussitôt de Tévènement, donna des ordres ^our que les appartements du château, fussent mis à la disposition des blessés, et pour qu'on leur prodiguât tous les soins, médicaments et objets nécessaires réclamés par leur état.

M. de Montalivet, intendant de la liste civile, vint le lendemain matin de très bonne

heure, visiter les blessés et leur adresser des paroles d'encouragement. Enfin , M. le docteur Fouquier, par sa présence, acheva de combler les désirs de Sa Majesté.

C'était dans ce moment un bien triste spectacle ; les salles étaient encore dans tout le désordre de pansements précipités : un membre d'un côté , des instruments de chirurgie de l'autre, de la charpie et du sang partout; ici, un malheureux qui avait rendu le dernier soupir ; là , un moribond recevant de M . Desprez . les derniers secoursde lareligion. 11 a fallu bien de l'énergie pour qu'un littérateur qui , la première fois de sa vie se trouvant au milieu de tant de blessés, voyait pratiquer de grandes opérations, demeurât toute la nuit et le jour suivant à Tambulance du château, jusqu'à ce que sa présence n'eût plus été nécessaire. Mais que ne fait-on pas quand on joint la philantropie à son devoir!

Tous les individus qui purent supporter le brancard et désirèrent retourner à Paris»

furent conduits avec les plus grands soins au Bas-Meudon , où un bateau à vapeur, frété exprés par M. Delessert, préfet de police, les attendait pour les transporter dans la capitale.

Au nombre des blessés qui restèrent au château , se trouvait une personne chez laquelle M. Demeaux, interne de THôtel-Dieu, pratiqua l'amputation de la jambe, et qui a fait preuved'un courage héroïque et d'une philantropie bien dignes d'être mentionnés. M. Chegniau , commis-négociant de Bordeaux , au sortir des wagons , se trouvait avoir une jambe horriblement mutilée ; après qu'elle eut été tamponnée afln d'arrêter Thémorragie, il demanda avec sang-froid à M. Obeuf qui se trouvait là, s'il était en danger de périr en restant dans cet état; sur la réponse

négative du chirurgien : Eu ce cas , lui répondit-il, laissez-moi et portez secours à d'autres personnes , on verra , après cela , à m'àmputer la jambe , ce qu'il a^ supporté avec la plus grande résignation.

Parmi les nombreuses personnes qui se sont rendues utiles dans ce terrible instant, on a surtout remarqué H. Piard, brigadier de gendarmerie à Heudon, qui, au péril de sa vie, a arraché des flammes plusieurs victimes , notamment M. Gaujal, député, et sa femme.

Son noble dévouement a reçu pour récom* pense la décoration de la Légion-d'Honneur.

Le sieur Paillet, en retirant une femme d'un wagon enflammé, a fait preuve aussi d'une rare intrépidité. Citons encore le brigadier 0ms et les gendarmes Gorréad et Lanrumay, qui se sont distingués.

Du reste, les habitants de Meudon et de Bel levue ont rivalisé de zèle,d'empressement

et de charité. C'était à qui recevrait le plus de blessés. Je citerai particulièrement les noms de MM. Poulain de Ladreux qui a reçu 'six blessés; Seigneur, marchand de vin, neuf; Cartier, huit; Martin, cinq; Lantin, greffier de la mairie de Meudon ; Collot, maçon ; Michel Sébastien, ouvrier employé à la descente du moellon ; Morin, journalier ; Simer, serrurier. Honneur aussi à M. Sachères qui, le plus à portée du lieu de l'événement, employa chez lui au pansement d'une foule de victimes une grande partie du linge de sa maison et même jusqu'aux rideaux. Dans cette cruelle circonstance, madame Sachères a dignement secondé son mari, en adressant des paroles de consolation et d'espérance à ses malheureux hôtes qu'elle entoura des soins les plus assidus (1).

(1) iiu milieu des soins gue M. Obeuf, avec Taide de 5pn Gis H. (Alexis Obeuf), a donnés à tous les blessés, il

Je ne dois pas aussi oublier de mentiourner MM. Deramond, médecin à Bellevue, et Babie , oflBcier. de santé à Meudon , qui , de leur côté , n'ayaient pas moins à faire que leurs confrères occupés au château.

On a remarqué égalemejit Tempressement avec lequel M. l'abbé Desprez, curé de Meudon, son vicaire, M. Rio, M. Tabbé Blainvel, curé de Sèvres et de Cbàville , ainsi que les séminaristes d'issy, sont accourus sur le lieu de l'événement pour prodiguer leurs soins et les consolations de la religion à tous les malheureux qui appelaient la mort à grands cris comme un terme à leurs souffrances.

<r Le lendemain de Tévènement, le lieu

les a particulièrement dirigés vers le jeune Giiillaud, élève de Técole polytechnique, qui a succonobé dans son domicile; vers un capitaine d'artillerie de Vincennes, dirigé par ses soins au Val-de-Grâce» atteint d'une fracture très grave de la jambe gauche ; vers H. Serrus, greffier de la justice de paix^e Toulon, en réclamation à Paris pour des intérêts portugais, père de quatre enfants.

OÙ est arrivé l'horrible catastrophe offrait encore un spectacle affreux : les deux locomotives broyées barraient le chemin. Le Ma- . thieu-Murray portait Fempreiute sanglante du corps de son malheureux chauffeur qui avait été broyé contre elle par l'Eclair (quel nom funeste ! ) ou par une masse de 17,000 kilogrammes pesant , douée de la plus grande vitesse. On voyait çà et là des débris de wagons carbonisés, des ossements calcinés, des fragments de chapeaux , de chaussures , de robes, de châles , de voiles ensanglantés , et la troupe de ligne gardant ces funèbres dépouilles que venaient examiner des familles éplorées.

« A Sèvres , à Meudon , on ne rencontrait que des malheureux inquiets, au visage hagard, courant de tous côtés, cherchant dans tous les lieux convertis en dépôts, demandant à voir des débris humains, des cadavres, ou

seulement des morceaux de robes, de gants, ou quelqu'autre fragment qui édairàt leurs investigations, i»

Le regard penché au dessus de la tranchée \ où tant de victimes s'étaient débattues dans les angoisses les plus cruelles , et dans le fond de laquelle ces malheureux cherchaient

en vain à reconnaître les traces d'un mari ^ d'une épouse, d'un enfant, d'un père ou d'une mère, d'un frère ou d'une soeur, d'un parent enfin ou d'un ami, ils semblaient écou** ter si des voix ne leur répondraient pas ces paroles de Job :

< Mes jours se sont dissipés comme de la vapeur j mes os sont tombés en poussière, m

Neuf montres , dont deux en or en état complet de conservation, ont été retrouvées; cinq autres d'argent étaient fondues en parlie ; l'une d'elles , reconnue pour avoir appartenu au malheureux Georges , marquait

l'heure fatale de six heures moins un quart; les bijoux, Tardent monnayé des voyageurs, ont été réduits en fusion. Entre autres objets^ on a recueilli deux alliances sur Tune des* quelles on lisait.: Dutruge et Peysselon, unis le 6 mai 1842! *

Ce n'est que deux ou trois jours après que Ton a pu connaître les victimes , et encore le nom de beaucoup d'entre elles ne le serait-il jamais. On apprit alors avec un vif serrement de cœur que des familles entières

avalent été anéanties. On en a cité entre autres une de la rue de la Poterie, partie au nombre de onze personnes , dont pas une n'aurait reparu ; mais , dans la crainte d'une exagération, j'aime mieux supposer que c'était une société d'un nombre semblable d'individus.

M. Dumont^d'Urville, sa femme et son fils, qui s'étaient rendus à Versailles pour voir

jouer les eattx à l'occasion de la fête du roi, ont été victimes de la catastrophe ; ce célèbre marin semblable à Cook, après avoir fait trois fois le tour du monde, devait aussi comme lui périr d'une mort violente, mais non sur l'élément qu'ils avaient bravé Fun et l'autre tant de fois. Les cendres presque entières de noire illjistre vovageur étaient, de même que son corps , destinées à parcourir des espaces immenses ; l'Océan n'a pas été assez grand pour les recevoir , elles se sont dispersées dans les airs (1) !

(1) Il n*esl resté de H. Dumont-d'Urville que la tête et le tronc, les cuisses ayant été aussi nettement enlevées que si elles eussent été tranchées. Chose remarquable f parmi les 52 cadavres charbonnés que MM. Magendie » Amussat, Lucien Boyer, Georges Empiset moi, avons été autorisés à examiner au cimetière Mont-Parnasse , dans Tintérét delà science, celui du contre-amiral était pour ainsi dire le seul dont le crâne, d'une force et d'une dureté remarquables , eût résisté à l'action dévorante du feu ; il n'y avait que la table externe de consumée. Encore un degré de plus, et on n'eût jamais pu le reconnaître.

Y a-t-il aussi un sort plus affreux que celui de M. Appiau ; cet ancien négociant de Bordeaux s'empressait de revenir de Ver* sailles avec ses deux fils pour rejoindre sa femme qu'il avait laissée malade à Paris. Tous les trois furent enveloppés dans la catasirt)phe. M. Appiau, à qui l'on fut obligé d amputer une jambe, eut le cruel désespoir de perdre un de ses fils dont il ne put retrouver le cadavre; Vautre n'échappa heureusement à la mort que pour être mutilé et diiflguré le reste de ses jours*

En somme» raccident du chemin de fer a coûté la vie à cinquante-six personnes. II y en a eu deux fois autant de blessées, et beaucoup d'entre elles> qui Tout été grièvement, ne se rétabliront sans doute jamais. Rien de plus horrible n'est encore arrivé sur les chemins de fer!

fin présence de pareil» marbeurs, il est dif-

ficilede ne pas s'abandonner aux plusamères réflexions. Hé quoi! le navigateur le plus intrépide tremble à la vue des écueils , se figurant sans cesse que son vaisseau va s'enir'ouvrir^ le touriste répugne à s'approcher des bords d'un cratère qui sommeille, tandis qu'ici ces mêmes voyageurs, des familles entières, au retour d'une partie de plaisir, iront, pleins de confiance, affronter de mobiles volcans , et s'abandonner sans crainte aux plus audacieuses conceptions de l'industrie, à des machines dont la puissance seule devrait inspirer l'effroi ! Aussi , leur force motrice que l'homme qui veut tout maîtriser, tout plier à ses caprices, a empruntée à la terre, comme, dans les premiers âges du monde, il a dérobé le feu au ciel, vient-elle à s'échapper de ses mains débiles ou inattentives, elle renverse et brise tout. C'est l'image fidèle de nos réactions sociales, dans lesquel-

les Tesclave se rue sur le mattre et le frappe sans pilië.Non seuleraentles malheureuses victimes sont mises en lambeaux, puis inondées d'eau et de Tapeurs brûlantes , mais encore le feu presque immédiatement les carbonise^ les réduit en cendres (1). Que de pauvres êtres au milieu de tous ces éléments de destruction, effroyablement mutilés, brûlés, avaient pa encore conserver l'espoir d'échapper à ces terribles épreuves ! « Sauvez ma femme !

sauvez mon fils! ^ s'était écrié M. Dumont dIJrville (2). Mais non , le feu activé par des

(1) Madame Warmser, marcliande de nouveautés de Rouen , morte des suites de ses blessures , était mère de deux jeunes enfants qu'on dit avoir péri daiis les flamloes, el dont on n'a pu retrouver aucune trace.

(S) On a rémarqué une jeune ûlle qui , après avoir imploré des secours impuissants, s'est ' résignée à son sort ; elle se croisa les mains sur là poitrine , tourna ses regards vers le ciel, et sut mourir comme une martyre sur les bûchers de T inquisition.

résines et par le vent est venu presque aussitôt s'en emparer ; il n'a plus quitté sa proie qu'il ne l'eût rendue semblable à ces morceaux de coke qui^ tout à l'heure, alimentaient le foyer des machines. « Jamais la mort, avec ses périls et ses douleurs, n'était accourue avec autant de rapidité au devant de ses victimes, a dit l'archevêque de Paris : Circumdederunl me dolores mortis, et pericufû inferniinveneruni me[i).'^

Pour s'en convaincre, il fallait aller le lendemain au cimetière du Mont-Parnasse : là, sous un vaste hangar près duquel on jetait autrefois les suppliciés, entouré de cyprès, et sur un sol blanchi par du plâtre, comme s'il avait été mis à dessein pour mieux faire ressortir les terribles effets du feu , on aurait trouvé, exposées aux regards stupéfaits des hommes les plus habitués à la vue des cada-

(1) Circulaire adressée aux curés de Pari».

vres, tels que les cliirurgiens et les vieux inilitaires, trente et une masses informes plus ou moins calcinées. Ces résidus humains étaient privés de la plupart des membres * notamment des inférieurs. Les fibres muscu* laires, divisées et roussies par la flamme» res* semblaient de la manière la plus frappante à desboulsde câble goudronnés et épissés; à Texceptionde M. Dumontd'Urville,d'un autre homme d'une stature non moins grande» et d'une jeune femme qui a dû être très belle» le crâne avait disparu entièrement chez ces malheureuses victimes (l).L'intensité du feu avait été si grande» que Fémaii des dents n'avait pas même résisté à cet agent ; il. a fallu faire

(1) l'ai tenu entre ]es mains, le lendemain de Tévène. mfint , un grand nombre de fragments de crânes, disséminés dans les décombres retirés de dessous les locomotives; ils étaient tellement calcinés, ainsi que d'autre^ oB, qu'ils ne renfermaient presque plus de matière animale, et se brisaient avec la plus grande facilité.

des ouvertures pour pouvoir reconnaître les sexes, ce qui a permis de constater quelques commencements de grossesse, et malgré cela n'a-t-on pu toujours y réussir, c On peut assurer, a dit M. Magendie, que jamais d'aussi affreuses lésions n'avaient été produites si instantanément et sur une aussi vaste échelle ; les incendies les plus horribles , tous les bûchers de Tanliquité et des temps modernes, n'offrent pas d'exemple analogue. » Je m'empresse d'ajouter, pour abréger ce lugubre tableau, que le peu de membres qui restaient adhérents aux troncs, témoignaient, parleurs contorsions, des souffrances atroces qu'ont endurées les viclimesjusqu'à leur derniersoupir. Ce douloureux événement, dont je regrette de ne pouvoir reproduire tous les épisodes, à part sa gravité , devait encore , sous un autre rapport, acquérir plus de célébrité. Il s'est enregistré dans l'histoire des calamités.

tout à côté de deux autres non moins désastreuses; c'est un bien triste papprocbemént à faire : Un épouvantable incendie a détruit, du 5 au 8. mai , le tiers de la ville de Hambourg et la plupart de ses édifices publics. Il y a eu un grand nombre de morts et de blessés ; près de deux mille maisons ont été détruites, et les pertes se sont élevées à 170 millions de francs. Le 7, un violent tremblement de terre s^est fait ressentir dans le golfe du Mexique ; il a renversé de fond en comble plusieurs villes de Saint-Domingue , sous les décombres desquelles des milliers d'individus ont été écrasés (1). Le 8, a eu lieu la catastrophe du chemin de fer. Ainsi , la durée de

(1) Presque jour pour jour (8 février), la même calamité vient de peser sur la Guadeloupe , et n*a plus laissé qu'un monceau de ruines fumanies et de cadavres calcinés» à la place d'une ville naguère si belle et si populeuse.

ceDt heures, a vu s'accomplir sur différenis points du globe trois événements qui , dans rhisioire de rhumanilé, ne se présentent guère qu'a de longs intervalles* Il y a des époques fatales!

Enfin, une jolie chapelle gothique sous l'invocation de Nolre-Dame-des-Flammes , bénite par M. Denis Affre , archevêque de Paris, a été élevée dans un champ de vignes près du théâtre témoin de tant d'infortunes , par M. Lemaric, architecte, à plusieurs personnes de sa famille qu'il y a perdues, ainsi qu'aux autres victimes. Toutes les âmes sensibles verront ce monument à la fois commémoratif et pieux, avec d'autant plus d'intérêt que le sol où ses fondations ont été jetées est imprégné de cendres humaines que le vent y a chassées (1).

(1) Tout ce qu'on pui recueillir de ces ceiulres fut rois

Cette chapelle expiatoire est de forme triangulaire et présente un déyeloppement d'environ 4 mètres à chaque angle ; elle est entièrement construite en pierres de taille , appuyée sur trois colonnes supérieures également triangulaires , et surmontée d'une statue de petite dimension de sa patronne.

Sur la façade principale,au dessus de la porte d'entrée , on lit : Paix aux victimes, do VllI MAI ; à rintérieur, au dessus de l'autel » est une seconde statue Je Notre*Dame-des- Flammes ayant pour socle, comme la première, un globe enflammé sur lequel est

dans la blouse d'un ouvrier, et apporté dans col état chez le curé de Meudon, qui s'élait opposé vivement à ce qu'on les lavât pour en extraire Tor, l'argent el les pierres précieuses qu'elles pouvaient renfermer. Après leur avoir fait un suaire avec la plus belle pièce de son lin^, M. Desprez déposa ces tristes restes dans le cimetière cornmunaly avec autant de cérémonie que s'il se fût agi d'un cercueil.

écrit en caractères de feu : Atx victimbs DU Vm MAI MDCCCXLIÏ ; et plus bas : O BONNE Marie , défends-nous contre les flammes DE LA TERRE ! PRÉSERVE*NOUS SURTOUT DBS

FLAMMES DE l'éternité ! Ce sout là les seuls ornements qui s'oflrent à l'œil du visiteur.

La consécration a eu lieu le 16 novembre 1842, à dix heures du matin, par M. Tévêque de Versailles, assisté des curés de Meudon, de Sèvres et d'Issy, en présence d'un grand nombre de parents des victimes, des maire , adjoints et membres du conseil municipal de Meudon, et d'une immense population accourue de toutes les communes voisines.

Le tribunal, par des motifs qu'il serait trop long d'énumérer ici, a renvoyé tous les prévenus des fîns de la prévention, et condamné les parties civiles aux dépens.

Nous ne nous permettrons d'exprimer

qu'un regret relativement à ce jugement si inattendu : c'est que ,dès rorigine,on n'ait pas ouvert une souscription en faveur de victimes dignes de tant d'intérêt. Tout le monde se se- ^ rait empresséyles actionnaires et les employés du chemin de fer,les premiers, de venir à leur secours. En supposant que le procès fait à l'administration eut été inévitable, le résultat de celte souscription aurait au moins servi à couvrir les frais de procédure.

Assurément, si les inondés du Rh^ne avaient accusé le Gorpsroyal des ponts etchaûssées de n'avoir pas pris des mesures suffisantes pour empêcher le fleuve de faire autant de ravages qu'il en a faits, la charité publique, grande et inépuisable en France, qui avait été implorée immédiatement, n'en aurait pas moins suivi son cours.En présence de forces majeures ,telles que le feu et l'eau, la société ne manque jamais de se rendre solidaire envers les indi-

i^idus qui en ont été les victimes, ma|s pourvu cependant que des philantropes prennent l'initiative en temps opportun ; car les calamités, quand elles se reproduisent souvent ou à de courts intervalles, ainsi que nous n'en avons que trop la preuve , ont le triste privilège de se faire oublier réciproquement des masses.

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