CHAPITRE III
FORET DE MEUDO]^*
Situation et étendue.
iMi
Elle occupe la partie supérieure du territoire de cette commune, et revêt souvent les pentes du plateau qu'il forme ; à l'est, elle est limitée par le village de Meudon et la commune dé Clamart;au sud, par la route du Petit-Châtillon , le buisson de Verrières
et la corrimune de Vélizy ; àFouest^ par lea bois de Châville et la route de Versailles à Paris; enfin, au nord, par la commune de Sèvres et Bellevue ou par le chemin de fer de la rive gauche, qui F entame un peu.
Son point le plus élevé est au pavillon de Triveau, à 172 mètres au dessus du niveau de la mer, ou seulement à 142 mètres au dessus de celui de la Seine, pris au Bas- Meudon.
Sa superficie, y compris le château et toutes ses dépendances , est de 1,367 hectares 8â ares 70 centiares, dont 234 hectares 12 ares 80 centiares sur le département de la Seine. Il y a 1,085 hectares 39 ares 40 centiares en bois , 42 hectares 41 ares 80 centiares en terres, 28 hectares 31 ares 65 centiares en prés et pâturages, etc., etc. Elle est divisée par carrefours qui communiquent
entre eux au moyen d'allées droites et divergentes, comme dans toutes les grandes forêts de ce genre.
Considérations sor son origine , et celle des
forêts en général.
La forêt de Meudon, aussi bien que toutes les grandes étendues de bois de la France , notamment celles des domaines de l'Etat et de la Couronne» ont sans doute une origine commune ; elles ont encore un cachet primitif ou peuvent être regardées comme autant de lambeaux de celles qui couvraient les Gaules. Nos pères, que ces forêts immenses et impénétrables servirent pendant longtemps à protéger contre les invasions et la fureur des Romains, se mirent enfin à les
défricher; ils durent comnaencer à utiliser, dans le voisinage des fleuves, les terres unies, nivelées par leurs débordements, et qui étaient le plus à leur convenance ^ surtout pour les pacages ; puis, quand ils eurent substitué l'usage du froment à celui du gland, et goûté les baies de cette plante sarmenteuse introduitepar undes leurs(l)ou par lesGrecs {ad libitum), ils s'emparèrent successivement de toutes les parties du sol faciles à cultiver, et négligèrent celles qui exigeaient de grands travaux pour devenir arables , ou dont la stérilité s'opposait à Tusage qu'ils auraient
(l)Brenn ou Brennus, cbef-roi en langage celtique, lors de la conquête de Ronoe par les Gaulois, dans les premiers temps de la république, passe pour avoir rapporté de ritalie quelques ceps de vigne qu'il planta dans
son pays.
Mais comme Pline dit que la fondation de la colonie grecque à Marseille eut lieu à la même époque que Texcursion des Gaulois en Italie, il est difficile, ainsi qu'on le voit, de savoir de quel côté est la vérité.
voulu en tirer (l).IIs Qreat, ea ua mM.œqne Ton remarque encoredaus toutes les contrées dii globe, où l'espèce humaine est rareou bien à l'état sauvage. Nos ancêtres étaient aussi tant soit peu nomades, et, de même que les Lapons et les Samoyëdes actuels, ils ne $*ar-^ rataient que là où ils trouvaient de quoi vivre , ^ix et leurs troupeaux , sans se don- Qer la peine de cultiver, et tant que le pays
(1) t Presque tous les bois et les forêts des environs 4e Paris sont sur le sable : les uns sur le nh\^ ou grès dçs hauteurs, tels soat les bois ou foièts de Marly, de Gla« mart , de Verrières , de Meudon , de Tlsle-Adam , de QlNiiKtiUy, de Jialtaie , de Vontmorency, de Villers-Coterets , de Fontainebleau ; les autres sont sur les sables ou limons d'atlérissements anciens , tels sont les bois et forêts de Bondy, de Boulogne, de Saint-Germain , etc. t (Cuvier et Brongniart, Géologie des envùvns de Paris.)
Je ferai cependant remarquer qu'à l'exception des bols et forêts de Fontainebleau , de Chantilly, de Saint-Ger-* main, de Boulogne, etc., le sol proprement dit des autres bois et forêts, tels que ceux de Meudon, de Verrière, de Varly, etc., appartient aux argiles et meulières supé» rieures, qui ne laissent percer le sable que sur quelques points.
en?ironnant offrait des ressoufces pefinr ks pâturages, la chasse et la pèche.
Les premiers colons de la Gaule» large-* ment pourvus de champs fertiles , nous lé* gttèr^ftt donc , grâce aisx circonstances que je viens de signaler, d'immenses surface» de terraân boisées, deveouês aujourd'hui use des plus grandes richesses de ia France. Si la nature du sol n'avait pas fait obstacle au défrichement, nous ne posséderions peutêtre pas, à rheure qu'il est, un seul chèile; Tespèce aurait disparu ; l'État n'aurait pas rencontré dans les forêts ce qui constitue aujourd'hui la partie la plus importante de sa fortune foncière (1); il serait privé d'un grand revenu naturel, impérissable, à moins
(1) La valeur approximative en capital, des propriétés immobilières de l'État, s'élève à 1 milliard 285 millions U1,678 fr. Les rorêls de l'État sont évaluées à 737 millions, 583)385 fr., et le domaine royal a 8 millions.
que des révolutions ne finissent un jour par le détruire (1). Indépendamment des bois de mâture que nous|Uirons des ports deja Baltique et de la Scandinavie , nous serions encore obligés d'emprunter à l'étranger les chênes nécessaires à la construction de nos vaisseaux. Sans l'abondance et la bonté de nos productions naturelles en ce genre , nul doute que la France n'aurait jamais été une grande puissance maritime.
Celui qui aime à remonter à l'état primitif
(1) La révolution de 89^ si violente , qui a anéanti tant de choses, n'a cependant qu'effleuré les forêts. Celle de 1830 s'est bornée à détruire le gibier.
Tout le monde, jusqu'au plus malheureux , comprend aujourd'hui combien il importe de conserver nos forêts , si l'on veut qu'un jour où toutes les mines de charbon de terre de notre continent viendront nécessairement à être épuisées, il soit possible de prévenir l'effroyable cataclysme industriel qui, ;sans des moyens suffisants de chauffage, pourra menacer nos machines, nos bateaux à vapeur, nos chemins de fer, etc., dont le développement est toujours croissant.
des choses , à errer dans la nuit des temps , à vivre un peu dans le passé , peut prendre , dans la vue de nos silencieuses et imposantes forêts, une idée de Tétat sauvage et barbare dans lequel son pays natal a été originairement plongé: en passant sous les rameaux moussus des chênes séculaires qui semblent remonter à cette époque reculée, il y cherche encore cette fameuse plante parasite (1) que tous les ans, au commencement de Tannée (pour les Celtes elle tombait au solstice d'hiver, et Ton criait alors : <r A guy, nouvel an ») , un druide coupait avec une serpette d'or , tandis que deux autres le recevaient dans un linge blanc (2).
(1) Suivanl M. Mérat , c'est probablement le loranthus europœus qui croit principalement dans le midi de la France, et qui ressemble beaucoup au gui.
(2) Là , les antiques troncs des vénérables clténes
Forment de spacieux enclos ,
Dans ie& grandes pierres isolées, <xm] vertes de lichen^îl croit voir autant de men-kin^ de cromle&hs ou dedébrisdecescfo^iMenswr lesquels ces prêtres barbares consaltaient, dans la fioénae cérémonie, les entrailles palpitaoMes des YÎctiiBes (1) ; il espère recueillir dans le aol viei^ede la forât qn'il fouie a«x pieds, de
Asiles du silence et d'un profond repos , Que respectent des vents les captives haleines.
D 'un tremblemeiH reilgieiix La sainte horreur me saisit en ces lieux :
Le druide, jadis, d'offrandes la main pleiife,
Le liront couronné 4e verveilie,
Y rendait hommage à ses dieux.
( Description de la maison royale de Mtudon , dédiée au dauphin, traduite d'une ode latine de l'abbé Boutard , par l'abbé du Jarry. Mercure Galanl, décembre 1705.)
(1) 11 existe encore des pierres levées dans la forêt d'Ermenonville; les rochers de Fontainebleau renfer* ment une grotte connue dans le pays sous le nom ^Antre des Druides,
ces objets en silex, habilement travaillés et qui ont servi de modèles aux outils dont nous nous servons pour abattre les arbres, ainsi qu'àd'autres instruments, tels que les pointes de flèches, de javelot, et même la scie, bien que Ton prétende qu'elle ait été inventée par le fils d'Icare.
Les forêts, considérées dans leur sol, sont donc pour nous les seuls monuments susceptibles de rappeler la première époque si into* ressante de notre histoire. Les arbres de haute futaie ne sont-*ils pas aussi pour rha« bitant des plaines^ ce que les cimes des rochers sont pour le montagnard, ce que les flèches des cathédrales gothiques sont pour le cita-* din ? Toutes ces productions que la nature ou l'art ont élevées vers les cieux, semblent destinées à rappeler incessamment à l'homme qu'il doit y chercher la cause de son exis** tence et de tous ses rapports ici-bas.
Faits hisioriqaes.
L'histoire de la forêt de Meudon appartenant à celle du château, je renvoie, pour les principaux événements qui s'y sont passés, à ce que j'ai dit plus haut; je me contenterai seulement de rapporter ici quelques particularités qui lui sont essentiellement propres.
Nous avons déjà vu que Servien l'avait fait enclore d'un mur ; ajoutons que ce mur était en meulières cimentées par de la chaux grasse, et qu'il existait des grilles placées de dislance en distance, que l'on fermait quand
— isoles seigneurs d'alors se livraient à la chasse ; mais Louis XVI, à ce qu'il parait, fit démolir celte enceinte immense qui avait dû coûter des sommes énormes , adn de donner plus d'étendue à la chasse à courre (1). La révolution acheva sans doute sa démolition. On aperçoit aujourd'hui à peine quelques traces de cette muraille, et les meulières dont elle se composait ont entièrement disparu. Il est à croire qu'elles ont été employées par les habitants voisins à la construction de leurs maisons.
C*est à cette dernière époque, à celle de la révolution, qu'il faut rapporter l'aliénation
(1) A quelques particularités près, inutiles ou ridicules, comme Tusage du faucon et autres , la chasse de Napoléon était aussi splendide, aussi bruyante que celle de Louis XVI ; et elle ne lui coûtait annuellement, assurait-il, que 400 mille francs , tandis qu'elle revenait au roi à 7 millions. ( Voir le Mémorial de Sainte- Hélène, )
de certaines portions de bois et l'enclave-^ ment de propriétés particulières dans la fo« rôt; tel est Tenclos du Mail^ et notamment celui de Vilboû , dont je vais dire quelques mots.
Vil bon ou Villebon » ancien écart de la paroisse de MeudoD» était^ au XIII* siède, une grange sur laquelle Etienne de Meudon avait cinq setiers de grain^ moitié méteil» moitié avoine» qu'il vendit, en 1236» à Simon^ abbé deSaint-Germain-des«Prés^ aussi bien que le droit de pressurage des pressoirs de Voues.
En 1696» cette ferme renfermait pourle dauphin une chapelle dans laquelle l'archevêque de Paris permit de célébrer.Il y avait,en outre, à Vilbon , un grand potager, une faisanderie et deux moulins d*une invention singulière, servant à élever les eaux de T étang du Tronchet, et à les transmettre dans deux grands réservoirs qui n'offrent plus aujourd'hui >
(te même qm le mur (Fencemte du grand âtang des Fooceaiix, que des ruines bien Urisp les avoir.
Ces moulins et réservoirs» dont l'entreUen était fort coûteux» ont été remplacés par un système de rigoles qui s'étendent jusqu'à Yélizy. Ces rigoles, qu'il suffit de curer de temps en temps, apportent à Tétang de Bel^Air toute Teau qu'elles peuvent recueillir dans le grand parcdont la pente, légèrementdéclive»
se dirige vers le château. -
Il est à remarquer que la révolution de 89^ qui a Bboii tant d'abus, tendait cependant à en introduire un autre, en laissant agir tous les intérêts individuels, et aurait continué l'œuvre de défrichement ou de destruction des forêts, poussé si loin par nos pères* Si elle a rendu d'immenses services à la France, en divisant les grandes propriétés mieux cultivées aujourd'hui, et au profit d'un plus grand nombre d'individus, nous devons néan*^
moins nous féliciter qu'elle ne soit pas allée plus loin, car elle aurait fait diqtaraltre infailliblement, ainsi que je l'ai déjà dit, une des richesses fondamentales du pays; fort heureusement les grandes propriétés s' étant Tendues à vil prix à cette époque, on ne défricha, dans l'abondance où l'on se trouvait, que des portions de bois qui promettaient de rapides et grands avantages agricoles. On fit exactement comme les Celtes ou les Gaulois.
C'est ainsi que tontes les parties de la forât qui confinent, d'un côté, aux villages de Chàviile et de Sèvres, et, d'un autre, à la route du Petit-Bicêtre à Châtillon. et qui étaient les meilleures du domaine , ont été plus ou moins entamées. Avecquelle peinene voit-on pas aujourd'hui la charrue enlr'ouvrir le sol au milieu même dé la forêt, et cependant les possesseurs de ces terres , obligés d'avoir leurs propriétés placées dans cette situation, finienl ilevoir se plaindre du dcgâl qu'y
fait le gibier, comme si, par celte situation même, ils ne savaient pas qu'ils fussent sujels à cet inconvénient. Une ferme des plus productives occupe les fonds de Châville, où il y avait autrefois seize étangs destinés à la chasse.
Meudon, séparé de tous temps delà forêt par de grandes propriétés particulières , notamment par le château et ses dépendances, n'a pas à se reprocher d'avoir étendu la culture de
son territoire aux dépeosdes biens nationaux; les habitants paraissent s'être mis seulement à d éfricher et à cultiver lesFeriugadins, les Jardins-Bas-Meudon^etc. ,et à combler unegrande partie des pièces d'eau qui s'y trouvaient^telles que \ Ovale ^ \ecanal de l'Ombre. Tombé en la possession du prince Berthier , ce vaste enclos fut transforibé en haras ; la couronne le racheta sans difficulté et a continué d'en faire un établissement très important pour l'amélioration de la race chevaline.
Cependant, toutes les terres cultivées et enclavées dans la forêt n'appartiennent pas à des particuliers ; ainsi, les fermes de Gaillon, de la Grange-Dame-Rose, la plaine de la Patte-d'Oie, etc., sont du domaine de la couronne : ii y vient des blés superbes, comparables à ceux des meilleures terres de la Brie .Remarquons en passant que cette culture était autrefois plus étendue dans le même canton ; mais , par amour de la chasse , Louis XVI en aurait fait planter une grande
partie : de là , le carrefour des Bois-Plantés. C'est au milieu d'une chasse ea i^ne, près de la porte de Cbatillon , le 4 ou 5 ce* tobre 179^9, qu'on vint annonccar à cet infer* tuné monarque, que le peuplede Paris s'était rendu en masse à Versailles, dans Tintention de l'escorter vers la capitale, où l'on voulait qu'il fixât dorénavant son séjour. Louis XVI s'empressa de retourner à son ch&teau, après
avoir dit avec calme : c Messieurs, la chasse est finie. >
On racmte de ce prince, qui n'aimait pas à être importuné dans ses plaisirs, qu'il fit un jour arrêter le perruquier Garouge, de Meu** don , venu avec son apprenti dans la forêt pour être témoin de la chasse royale,^et qu'il contraignit ces deux hommes à se couper réciproquement les cheveux. A cette époque on les portait longs. Qui eût alors prédit que le roi lui-même verrait, quelques années plus tard, tomber les siens avant de monter sur un écha£aud !
Il y avait aussi vers le même temps, pannt les gardesde la forêt, un tireur d^une adresse des plus rares ; semblable à rÉcossais suraommé Bas^de^luir ou la Longue-Carabine, le garde Valeran ne manquait jamais de toucher un cerf au lancé, dans telle partie du
corps que le roi lui indiquait.
Lor5 de ravènementde Napoléon au tràne^.
il y eut un camp de dix-huit mille bomimes dans la plaine située près du pavillon de Triveau ; les bois furent alors tdlement remplis de ny mpbes, et ce n'étaient pas de chastes dryades, que les femmes honnêtes n'osaient plus s*y hasarder.
En sortant de la Malmaison pour se rendre àRochefortet quitter à tout jamais la France, l'empereur monta incognito. la grande avenue du diâteau de Meudon, suivit la petite située denrière l'ancienne sablonnière de la verrerie de Sèvres , et traversa la forêt jusqu'au Petit-Bicêtre , oii il rejoignit la route de Rambouillet (1).
La forêt de Hèudon est aujourd'hui une des plus recherchées des environs de Paris »
(1) Voir plus haul pour ce qi*i est reiatit aux ôvènemeiilsdei814et 1815.
depuis surtout qu'un chemin de fer amène jusqu'à ses portes des flots de promeneurs, et que le bois de Boulogne, coupé par des fortifications, a perdu beaucoup de ses charmes. Cette aflluence que favoriserait encore un abaissement dans le prix des places du chemin de fer, trop élevé pour Meudon , ne pourra que s* accroître , si jamais la célèbre forêt de Montmorency, comme elle en a été menacée , vient à être morcelée et arrachée en grsmde partie. Enfin, pour ne rien omettre, il est triste d'ajouter que les allées de la forêt de Meudon, qui est appelée à devenir à son tour la promenade favorite de la capi^ taie, commencent à être le rendez-vous des parties d'honneur. Pourquoi ne sont-elles plus, hélas ! uniquement consacrées aux doux épancbements de l'amour et de l'amitié?
Description pittoresq[iie.
GénéFalement accidentée» la forêt de Meu*don (1 ) offre de très beaux points de vue.
{i) Sous le titre de Floretum philosaphicum seu ludus Meudonianus m termines toiius philosophiœ, extrait du manuscrit : Elogia Rabelœsina, par l'auteur lui-même, dont j'ai déjà parlé au commencement de cet ouvrage (Ij^*. ?^)> l'Oroy a publié sur la comiaune de Meudon 4^ vers latins qui commencent ainsi :
Meudonum locui est Musis gratissimus almis.
Et pietas ipsum religiosa coliU
On me saura peut-être gré d'avoir donné la préférence \ la traduction suivante, qui a été faite des principaux
recherchés par les artistes et qui rappellent assez bieDcer taifis paysages des pays de mon-
de ces vers, par uade mes amis, le docteur Paulin Silbert, neveu du célèbre Itard.
Mendo:
c C'est un lieu chéri des Muses bienfaisantes et qu» recherche la.piété fervente.
< Ici une roche parnassienne perce un double sommet et se couvre çà et là du laurier d'Apollon.
c Tout le pays s'engraisse d'eaux Pégasiennes qui serpentent jusqu'au fond de la vallée partout verdoyante*
t Pauy Flore, Gérés, Pomone, Bacchus et toutes les di- TÎnîtés des bois, habitent ces lieux, mais tout proclame le nom plus saint de Martin.
c Biaise, son fidèle compagnon, régit tous ces champs; à lui le fertile jardin des Capucins plus agréable que le paradis terrestre; à lui ces forteresses qui touchent le ciel de leur sommet.
« Ici les champs et les jardins ont leur beauté naturelle.
c La chapelle imposante de Guise frappe les cieux de M majesté, et offre une des choses de ce monde qui plaident le plus.
c Vous voyez pour lui (sans doute Meudon) la Seine
tagnes. H ne lui manque assurément qoe des masses d arbres au feuillage toujours yen et
rouler ses fli ils et les forêts venir omlMiiger les rives de oe fleuve.
c La douceur de Tair récrée ici l'esprit, et Ton peut jouir à la Cois de la campagne et de la vue de Paris qui est si proche.
« Yous, qui, par goût, recherchez les fontaines, les collines, les plaines el les forets, courez à Meudon ; si la terre de ce pays rend avec tant d'usure les semences qu'on lui confie, un esprit bien cultivé rapportera- 1- il les fruits que je lui demande? »
Flenry.
« vous, qui désirez cueillir les fruits les plus variés des champs, fréquentez d'abord Fleury.
« Les agréments de Meudon sont ici ausri bien sur la terre que dans le ciel; quels sont les fruits que le sol de Fleury ne rapporte pas? »
Val de Meudon.
^ L'agrément de sa vallée est bien grand ; dans ee» lieux enchanteurs, un esprit paresseux est bientôt
éveillé.
persistant pour prendre, dans plusieurs cir* constanees, l'aspect des contrées basses de la Scandinavie.
c Si vous aimez les lieux que vous pouvez parcourir sans peine, avouez que de délices celle pariîe de Meudon ne vous procurera-t-elle pas! •
Il n*y a pas sous la lune ^déclare Leroy, dans un autre endroit en prose de son ouvrage), une partie delà terre^ si favorisée qu'elle soit, qui n^éprouve les vicissitudes de stérilité et de fertilité; cela ne dépend pas du sol ; on doit plutôt Tattribuer, soit à Tinclémence de l'atmosphère, soit à un décret du pouvoir suprême qu'il n'est pas donné à l'esprit humain de pénétrer. Mais lorsque Tétat de l'atmosphère répond à celui du terrain, et que Tair, plus tempéré, ne dédaigne pas de fournir à cette terre» un mouvement vital et salutaire, nulle contrée n'est plus heureuse, plus féconde, plus agréable et plus salubre, il suffît d'avoir nommé Meudon.
c Un lieu si remarquable par toutes sortes de beautés et e dmagnificences , dit Lebeuf , n'a pas manqué d'être célébré par les poètes comme par les historiens. Horeau de Mautour fit paraître à ce sujet une idylle en 1696; l'auteur de la Nymphe des Chanceaux en fit une mention en 1699 ; mais le poète qui en parla* le mieux^fut l'abbé Boutard. > l^ fit une ode de quatre-vingt-douze
II est un site de la forêt qui en donne, selon moi, une idée très juste; c'est celui qui
vers^ dédiée au dauphin, et commençant par ceux-ci :
Lœtus in aërios viblanda transjeror hortos , Rapit serena me iocorum anuenitas,
( Description de la maison royale de Meudony traduite et mise en vers français par Tabbé du Jlarry. On y remarque les vers suivants qui s'appliquent plus particulièrement à la forêt :
Près des murs qu'arrose la Seine , S'élève un mont fameux que domine la plaine : 11 est couvert d'un bois dont les épais rameaux Dérobent au soleil leurs ombrages tranquilles ,
£t , dédaignant de rustiques hameaux, Commande avec orgueil à la reine des villles.
Ces coteaux ombragés d'arbres impérieux.
Dont flotte au gré des vents la verte chevelure,
£t semble mêler sa verdure
Avec le vif azur des cieux ?
m déroule 4u carrefour da Belvéder : la yue plfNige daos un large et profond vallon très boisé sur ses côtés, rase le miroir de trois pu quatre petits étangs situés çà et là, séparés par des touffes d'aulnes et quelques prairies ou champs de céréales, et un peu plus loin, discerne les clochers aigus de deux ou trois villages dont les maisons sont presque entièrement masquées par les arbres.
Telle est la physionomie de la partie méridionale de la Suède, dont la végétation ressemble si bien à la nôtre ; celui qui voyage dans cette contrée délicieuse aujourd'hui si
Mais parcourons ces bois dont les loujûTus rameaux
Doivent leur fraîcheur aux eaux vives, Qui y parmi les détours de cent confus ruisseaux , Se dérobant sous d'agréables rives , Joignent aux doux chants des oiseaux . Le murmure charmant des ondes fugitives.
{Mercure Galant, décembre 1703.)
facile à visiter, ne cesse, da haut de ses collines arrondies, de voir des bois, des champs des lacs et des bourgades au milieu desquelles s'élèvent des temples d'une simplicité extrême.
Sur un point voisin du carrefour du Belvéder, au coude que forme le Pavé-des-Gardes, près de la porte Dauphine, il y aurait à faire un autre rapprochement qui sera moins modeste: là on voit au loin, et toujours dans la même direction, percer les flèches des églises de Versailles et briller les toits métalliques et dorés de son château. On pourrait se croire alors au seindes immenses forêts slaves et jouir d'une échappée de vue sur quelque ville russe, Moscou, par exemple; l'aspect de Versailles, comme la plupart d'entre elles, entouré de collines boisées, rappelle un peu, en faisant abstraction de remparts, les édifices du Kremlin.
Mais rien n'égale le panorama dont on jouit à Topposite de la forêt en se tournant vers le cours de la Seine. Je ne pense pas que le monde entier puisse offrir quelque chose de comparable; quant à moi, je ne connais rien au dessus de la variété» du grandiose et de la richesse des objets qui s'offrent dans ce cas-ci aux yeux ; pour tout embrasser, il est nécessaire, je crois, de choisir trois points que je conseillerai : au carrefour des Capucins dans le bois de Galiardon ; prés de Té-* tang de Triveau , dans le bois de Meudon ; au dessus de Bellevue, sur le Pavé-des-Gardes ; ou bien encore sur la terrasse même du château de Meudon.
Du premier de cespoints^ après avoir plané sur la belle et riche manufacture de porcelaine» dirigée depuis si longtemps par un de nos plus célèbres minéralogistes, M. Alexandre Brongniart, et sur le village de Sèvres ,
siiué dans une gorge profonde qu'on ùituit ayoir été dans Torigine le lit d'un affluent de la Seine» l'œil se promène snccessivemetit , du pittoresque payillon de Breteuil» qui se détache admiral^ment au milieu des artn-es séculaires du parc de Saînt^loud» situé eîi grande partie sur la croupe d'une béllilie élevée , à la fameuse lanterne de Démosthènés, obélisque couronné par une <^pie en terre cuite du joli monument élevé dans la ville d'Athènes par le sculpteur Lysicrate ; s'arrête enfin au Mont-^Valérien, naguère le Calvaire, qui domine le château de Sainte Cloud et dont les flancs rougeâtres, fouillés pour en retirer des dépouillés mortelles qui avaient cru trouver là plus de garantie de repos qu'ailleurs, se recouvi'ent comme par enchantement des murailles épaisses d'une forteresse de première classe.
En contemplant paisiblement ce tableau,
oa Yoît, par iittervalles, sortir tout à coup de dessous terre, près de Ville-d'Avray et par une ouverture que l'on soupçonne à pekie, de longues masses noirâtres» articulées, passant conime un météore avec un bruit t^, que, suivant la direction du vent, il se fait quelquefois entendre dans les parties les pltts reculées de la forêt et met en émoi ses timides habitants.
Sur la droite, on distingue d'abord rtte Séguin, où un célèbre fournisseur de ce nom est parvenu, durant la république, à tanner pottr les^ besoins pressants de Tarmée du cuir daas l'espace d'un moiîs, tandis qu'auparavant il fallait phis d'une année (t) ; puis
(1) C'est probablement là qu'élail préparée la peau des ▼Ictimeê (jusqu'à des enfants !) que Texécrable tribunal révoloUonnaîro, qm'îi conviendrait mieux, par respeot pour le mot tribunal, d'aj^pejjsr abflttoir révolutionnaire^ faisait guillotiner tous les jours par charretées (voyez p. 69).
le magnifique pont en piwre de Sèvres^ commencé par Napoléon et terminé sous Louis XVIIL
Si nous suivons ensuite le cours de la Seine, au dessus de laquelle les gigantesques ormes du parc deSaint-Cloud, courbés par râgejorment berceau, la vue se trouve arrêtée par les massifs de peupliers d'Italie qui garnissent ses lies près de Neuilly ; mais après les avoir franchis; elle parcourt dans la même direction un espace immense, accidenté seu* lemenl parla flèche de la cathédrale <te Saint- Denis et va mourir sur les hauteurs dçSanois et de Montmorency* qui sont, à Tégard de Paris, le pendant de celles de Meudon ; enfin, un peu plus à droite, elle se repose agréablement sur la surface verdoyante du bois de Boulogne, au dessus duquel le grand arc de triomphe de la barrière de TÉtoile se détache comme un aigle immense qui aurait
pris son essor, et derrière ce monument élevé à la gloire de nos armées, elle se retrouve de niveau avec la butte Montmartre.
Transportons - nous maintenant au pied d*un chêne séculaire, situé sur le bord du chemin qui conduit du carrefour du Troncbet à la fontaine de Triveau. De ce point culminant, et malgré les arbres de haute futaie environnants, qui encadrent délicieusement le paysage, la vue plane d'abord sur une partie de la forêt, sur le hara^ de feu S. Â. R. le duc d'Orléans, puis s'arrête bientôt à gauche sur le village de Meudon et son château placés en amphithéâtre ; toujours dans la même direction, elle retrouve le sommet du Mont- Valérien; à droite, côtoie le joli bois de Fleury et rencontre le magnifique viaduc qui traverse le Val et sur lequel on voit de temps à autre des convois s'entrecroiser en laissant
derrière eux de longues traînées de Yapears noirâtres. Par dessus le couronnemetil de ce monument et même sous ses arcades,
on aperçoit la vaste plaine de Grenelle, le bois de Boulogne, la ligne anguleuse des fortifications de la capitale ainsi que les hauteurs^ de Sanois et de Montmorency, lesquelles forment le dernier plan de ce magique tableau.
Mais pour jouir complètement de la Yue panoramatîque de Paris, que Ton entrevoit, au reste, de toute la lisièr# orientale de la forêt ,^ il faut se placer à sa sortie, sur tes Bruyères- de^èvres, près du Pavé^les-Gardes*
De cette position bien dragée d'arbres et de maisons, élevée de i 50 mètre» au dessu»
du niveau de la mer, ta vue passe d^abord^ au dessus du bameau qui tire son* nom de sa belle position, descendre! remonte à \a fois te cours de la Seine, ressemblant si bien, lorsque ce fleuve vient baigner le pied des coteaux
4ç Meadon, à celui du Volga yersN^ni^rNoirr
^0rod , pitis ^nbraase éms tout aon ensemble
Paris, ce grand centre de la dvili^tio^,
c^te Rasa muidi^ ainsi que je Tat lOatend^
4ippeler ^ élégamment, à HaoïJbourg» par m
Allemand qui y occupe un poste très élevé et
«e fait non moins remarquer par aa pbilanr
Ihropie que par son savoir profond en histoine
naiturelle, notamment en cristallographie.
Aucune description, assurément, n'est susr
ceptiiile de rendre tous les objets ^ue cette
rose du monde, mais bien épâtteuse; étale ç il
lèudraitiak)e un voiome pour Tentrepreodre.
<2tie de pensées SMièire l'^aspect de cstte mer
d!éâîâces, dont la surface est hérissée de
tours, de clochers, de cotonnes; etc., qui sont
là comme autant de récifs ou de pics volca^
tuqnes , «9[tfre lesquels «e traînent ayec len**
teur des imites épais de poussière et de
fiiivxée)! Aeyenu de r^mpressicm profcmde que
xe spectacle fait éprouver, et si Ton chercbe à se rendre compte de la position géographe que de l'antique et féconde Lutèce, dont la puissance, dans les belles années de Napoléon, a dépassé celle de Rome sous le règne de Jules César; de cette ville qui est plus grande, à elle seule, que le sol aride sur lequel le mo* derne roi des rois, a subi un si cruel eiil, on ne tarde pas, dis-je, à reconnaître qu'elle occupe le centre d'un immense bassin traversé du sud*est au nord-ouest, par les replis tortueux de la Seine.
Placé sur le bord même de cette grande vallée d'érosion, pour me servir de Vespression des géologues, on peut en suivre facilement tout le périmètre. J'ai d^à parlé de Saint-Cloud, du Mont-Valérien et des hauteurs de Sanois, de Montmorency, situés sur la gauche de l'observateur ; à droite ou reconnaît, aans la oirection^a Panthémi, qui
— 1»3 — âoixitnç le quartier latin , les hauteurs 4e Villen^uve-Sainti^îeorges et le donjon de Tincennes ; en. suivant ensuite une ligne hcK rizontale paissant parie f attelés monuments les phi&élerés dé Paris, tels que les Invalides, Saint-SulpicerNotre-Dame, situés vers le centre, on trouve devant soi la grande Nécropde du Père-Lachaise, où tant de rangs divers el^ de générations se donnent rendez«- V0U5, et dont les cendres, tôt ou tard mélangées» fertilisent aussi bien le chardon que le laurier, la violette que la rose. Si c'est par un beau soleil couchant que les yeux se portent dans cette direction, on verra sur la gauche et un peu plus haut scintiller les vitres de Belleville (1). On croirait alors qu'il se passe de vives réjouissances dans ce vil-
(1) Le point le plus élevé de ce village, qui doit recevoir un fort, est à SS mètres au dessus du niveau delà Seine à Paris.
— 18* — lii^» tandis qlie, dans rimmonse ebAmp de U mort qvi lui est oootigu, tout devient, par le môme phénomène, de pins en plus sombre et sévère, à mesure que le soleil s'approche de sa eoudie océanienne. C'est alors aussi, et dans cet instant suprAme du jour, que la fo^ rèt de cyprès {a»se entrevoir une foule de mausolées, dont la blancheur semMe aug^ monter pendant que des ténèbres épaisses s'apprêtent à envelopper entièrement la ca^ pitale.