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VI PRÉFACE

public, — la direction à donner à notre politique étrangère, — les dangers de nos entreprises coloniales, — sont de celles qu'on discute encore tous les jours, et quelques-unes des idées que j'ai émises sur ces divers sujets pourraient encore être reproduites avec profit et trouveraient leur application. Il ne serait pas sans utilité non plus de faire voir que, sur plus d'un point, les prévisions que nous formions, mes amis et moi, ont été justifiées par l'événement.

Mais c'est une tâche qui est suffisamment remplie par de chers et éloquents compagnons d'armes restés heureusement après moi dans la vie publique. Puis, je ne pourrais revenir sur ces anciens débats, sans réveiller des querelles assoupies, et parmi les noms propres que j'aurais à prononcer seraient ceux d'hommes avec qui mes dissentiments n*ont élé que momentanés et qui ont acquis depuis lors des titres nouveaux à l'estime que je n'ai jamais cessé de leur porter. Les polémiques personnelles ne m'ont pas été épargnées et j'ai fait de mon mieux pour les soutenir, mais je n'en

PRÉFACE. Vil

ai jamais eu le goût, et la dernière chose que je regrette, c'est le triste plaisir d'y prendre part. Parmi les devoirs que la politique impose, dans les temps où nous vivons, il en est d'obscurs et de pénibles. C'est bien le moins qu'on puisse s'en dispenser quand rien n'y oblige plus.

La politique ne devait donc tenir aucune place dans ce recueil déjà plus volumineux que je n'aurais voulu. Je lui ai pourtant fait à la dernière heure une très petite part, et j'éprouve presque le besoin de m'en excuser. Je n'ai pu résister à la tentation de faire voir que quelques idées développées par moi il y a peu de temps trouvaient, dans la crise actuelle, une confirmation de nature à frapper les esprits réfléchis, j'entends par là ceux qui ne sont pas complètement absorbés par le bruit de la bagarre électorale.

Ce que j'avais essayé de faire comprendre à l'auditoire du banquet de l'Union monarchique, c'est que le vice principal de la république (vice dont il n y a pas à la défendre, puisque c'est la condition même dont elle se glorifie), c'était de ne compter dans son sein que des

Vm PRÉFACE.

pouvoirs émanés et dépendant de l'élection, à la fois mobiles et révocables, variant suivant les souffles divers et souvent contraires de l'opinion publique. Nul représentant, dès lors, dans une telle forme de gouvernement des plus grands intérêts du pays, les seuls patriotiques et véritablement nationaux, ceux qui touchent à l'existence et à la dignité d'un peuple, qui durent à travers les siècles, et doivent faire le lien commun de toutes les classes comme de tous les partis. Nul défenseur commis à leur garde pour les préserver des câptices d'une popularité éphémère et de l'entraînement des passions contemporaines.

Eh bien, quand je dénonçais avec un juste sentiment d'alarmes le danger d'un système constitutionnel où l'élection seule règne du haut en bas, je n'en disais, je n'en pensais pas encore assez : car je ne croyais pas être justiflé dans mes craintes et devancé dans mes prévisions autant que je l'ai été par le spectacle que nous avons en ce moment sous les yeux.

Que voycms-nous, en effet? Un gouvernement établi depuis quinze années déjà, et en

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