NATURE DE JEAN "BAPTISTE ET DE LA VIERGE
Avant de passer outre, il faut dire comment, conformément a leur système, les Cathares absolus se représentent la nature du précurseur et celle de la mère de Jésus-Christ.
L'opinion la plus ancienne et la plus répandue sur Jean- Baptiste est qu'il a été un des démons du mauvais Dieu , en-
voyé pour entraver l'œuvre du Christ, en opposant a son baptême spirituel le baptême matériel par l'eau1. S'il avait été bon, il aurait suivi Jésus-Christ et n'aurait pas douté de lui en disant : «Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?» (S. Matth. XI, 2), et Jésus-Christ n'aurait pas déclaré que «le moindre dans le royaume des cieux est plus grand que Jean» (ib. V, 11)2.
Quant à la Vierge, elle était généralement considérée comme un ange, comme un des esprits célestes3. Pour pouvoir donner passage a un être pur, sans le souiller, il a fallu qu'elle fût elle-même étrangère à la matière, et d'une nature semblable a la nature de celui à qui elle devait en apparence donner le jour. Il en résulte qu'elle n'a pas pu être née de parents humains , car en ce cas son corps eût participé de la nature mauvaise inhérente à la matière; aussi disent-ils qu'on ne trouve dans aucun livre canonique de la Bible ni le nom de son père, ni celui de sa mère4. Elle a un corps céleste , comme Jésus- Christ lui-même, sans sexe, paraissant seulement être le corps d'une femme, et n'ayant en réalité aucun des besoins de la nature humaine5. Quelques-uns disaient que ce n'est que par son entrée en cet ange Marie , que Jésus, ange suprême, intelligence absolument pure et incorporelle, a eu son corps céleste 6 ; cependant la croyance générale, qui se retrouve aussi chez beaucoup de dualistes
1 Bonacursus, 208 ; Erinengaudus, 2-26 ; Moneta, 225, 227 ; Reinerius, 1773; Petr. Vall. Cern., 226. Johannes Baptista fuit unus de majoribus diabolis qui unquam fuissent. Actes de l'Inquisit. de Carcassonne, 1247; Doat, XXII, folOI. Quelques-uns disaient qu'il était le mauvais prophète Élie. Evangel. Johannis, chez Benoist, I, 291.
2 Ebrardus, 154; Moneta, 229 et suiv.; Disputatio, 1724.
3 Alanus, 69; Moneta, 5, 225; Reinerius, 1768, 1774 ; Disputatio, 1722.
4 Alanus, 70; Benoist, I, preuves, 270.
5 Moneta, 5, 252 ; Actes de l'Inquisit. de Florence, 1244 ; chez Lami, II,
6 Alanus, 69.