‹ Histoire et doctrine de la secte des Cathares ou Albigeois (volume 2)Chapitre 12 sur 64 · NATURE DE JEAN-BAPTISTE ET DE LA VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

NATURE DE JEAN-BAPTISTE ET DE LA VIERGE MARIE

mitigés, était que Jésus, ayant apporté lui-même son corps du ciel , n'a fait que passer par Marie, afin d'avoir l'air aux yeux des hommes et du démon d'être né d'une femme1 ; et ce qui au premier abord paraît assez bizarre, on s'imaginait qu'il était entré en elle par l'oreille et ressorti d'elle par le même chemin2. Cette doctrine étrange n'est pas de l'invention des Cathares-, longtemps avant l'origine de la secte elle se trouve dans d'anciennes liturgies de l'Église et chez des Pères orthodoxes tant de l'Orient que de l'Occident. Chez ces auteurs elle n'a été peut-être qu'une figure pour exprimer que Jésus- Christ étant le Verbe, la Parole, il a dû entrer dans la Vierge par la voie spirituelle de l'ouïe ; pour les Cathares, au contraire, elle a dû être plus qu'une simple métaphore, elle a été un élément même de leur christologie mythologique; l'ayant rencontrée dans l'Église, ils s'en sont emparés avec empressement, pour marquer comment l'esprit Jésus est passé par l'esprit Marie de la manière la plus spirituelle et la plus subtile, sans aucun contact matériel3. Les Cathares étaient donc conséquents à leurs principes, en disant que Marie n'a

1 Moneta, 223, 232.

2 Moneta, 232 ; Evang. Johannis, chez Benoist, I, 290 : Cum cogitaret Pater meus mittereme inmundum, misit angelum suum ante me, nomine Maria , ut acciperet me. Ego autem descendens intravi per auditum , et exivi per auditum,

3 Parmi les Grecs, cette doctrine se trouve chez Grégoire Thaumaturge (mort en 270 , Sermo III in annunciat. B. Virginis : eiaoâov Si àxo?jç uTCiff^vcïxai ; in opp., 28; chez Proclus (patriarche de Constantinople , mort en 446), Oratio III de incarnatione Domini : ...'O Sè Xo'yoç 8î àxoyjç e$ffETO0a; dans la Biblioth. Patrum, ed. Gallandi, IX, 625. Voy. d'autres passages grecs dans le Thésaurus de Suicerus, II, 305 ; voy. aussi Thilo, Codex apocr. Novi Testam., I, 859. En Occident la doctrine se rencontre 1° dans un sermon attribué à saint Augustin, où il est dit : Deus per Angelum loquebatur, et Virgo auribus imprœgnabatur ; in opp. , V, appendice, p. 155, serm. 121 ; et 2<> dans l'ancienne liturgie de Lyon : Descendit de cœlis missus ab arce Patris, introivit per aurem Virginis in regionern nostram indutus stolàpurpureà, et eximtper auream portam lux et decus universœ fabricœ mundi; Agobardus, De correctione antiphonarii ; in

pas été la mère de Jésus-Christ; qu'il n'a pas eu de parents humains ; que Marie n'avait que l'apparence d'être une femme et d'être sa mère1. Il faut observer toutefois que quelques dualistes absolus de Bulgarie et d'Italie n'appliquaient pas à Marie le même dokétisme qu'à Jésus-Christ; ils croyaient qu'elle avait été en effet une femme ; mais un petit nombre seulement la disait née d'un père et d'une mère, tandis que d'autres prétendaient qu'elle était née a de solà muliere sine vitili semine et soutenaient ainsi une doctrine semblable à celle de la conception immaculée , défendue par beaucoup de docteurs de l'Église2. Ces Cathares qui faisaient de Marie une femme véritable, enseignaient également que Jésus n'avait fait que passer par elle avec son corps céleste ; cependant comme il faut admettre ici qu'il fut d'une manière quelconque en contact avec un corps terrestre, cette opinion est moins en rapport avec l'esprit général du système; aussi les partisans n'en étaient-ils que peu nombreux. D'un autre côté il y avait en France des Cathares professant, au sujet de la mère du Christ, une doctrine tout à fait opposée , beaucoup plus allégorique et plus mythique encore que celle qui envisageait Marie comme un ange; Marie, disaient-ils, n'est ni un ange ni une femme, elle n'est qu'une métaphore; la Vierge est l'Église cathare , qui engendre comme fils de Dieu tous ceux qu'elle reçoit en son sein3.

Une opinion enfin qui paraît avoir été assez répandue dans

opp., 594. Un savant historien ecclésiastique de l'Allemagne, Néander, de Berlin, croit que ce dernier passage (il ne paraît pas avoir connu celui du sermon attribué à saint AuguslinJ, est un reste de gnosticisme et une preuve de l'introduction précoce d'éléments gnostiques en Occident. Mais rien n'oblige d'admettre cela , dés que l'on compare ces passages avec ceux des auteurs grecs allégués ci-dessus. C'est tout simplement une figure; la Vierge ayant conçu après avoir entendu les paroles de l'ange, on s'imaginait que le Verbe était entré en elle par l'ouïe.

» Disputatio, 1722; ils citaient S. Jean II, 4; S. Matth. XII, 48.

2 Moneta, 223, 248.

3 Un Albigeois brûlé à Toulouse, en 1310, avait enseigné Mariam non

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